Éditions de l`École des hautes études en sciences sociales

  • Dans le monde indien où les savoirs textuels sont particulièrement valorisés et l'action matérielle subordonnée aux autres modes d'existence, il est difficile de penser ensemble savoir et faire, d'imaginer l'existence de savoirs techniques. Que l'on examine les conceptions traditionnelles du savoir ou les projets de développement récents, la notion même de savoir-faire sonne comme un non-sens. Or, les savoirs pratiques, les savoir-faire, font partie de toutes les activités humaines et la manière dont ils sont construits, transmis, appropriés, est une question cruciale pour comprendre la formation et l'évolution des sociétés. Néanmoins, faire émerger de tels savoirs est d'autantplus difficile qu'ils ne sont pas reconnus comme tels. A l'heure où l'interrogation sur les savoirs traverse toutes les disciplines, cet ouvrage collectif entend répondre à la nécessité d'explorer une dimension occultée dans les études indiennes. Les auteurs de ce volume ont considéré le métier, les techniques, comme autant de beux de savoir, mettant en lumière les aspects cognitif, sensible, social etpoUtique de ces savoirs indissociables de l'action matérielle. Les études réunies s'intéressent d'abord au théâtre et à la danse, où la nécessité d'un apprentissage et de compétences spécifiques est admise et bée à des traditions prestigieuses. Elles pénètrent ensuite à l'intérieur de métiers que les préjugés considèrent comme sans quabfîcation, éclairant l'intelligence et la sensibibté des hommes et des femmes qui les exercent. Elles poursuivent avec des activités résolument modernes et montrent les strates profondes de savoirs supposés objectif, ainsi que le bricolage conceptuel et humain qu'ils génèrent. Elles contribuent toutes à la réflexion générale sur les savoirs techniques, dévoilant à la fois des mécanismes sociaux et cognitifs développés dans l'exercice des métiers, une part de l'imaginaire de ces acteurs sociaux, souvent de bas statut, ainsi que des formes desociabitité dissimulées derrière des institutions mieux connues.

  • Les relations des sociétés des pays de l'Est avec leur passé communiste ne sont pas totalement apaisées. Historiens, sociologues, politistes de la nouvelle génération de chercheurs issus de ces pays mettent au jour les astucieux bricolages des gens ordinaires pour contourner les contraintes sociales du communisme, mais aussi l'impuissance des institutions face aux contradictions du régime totalitaire . Il s'agit de saisir comment la dissémination du pouvoir dans les institutions, dans des corps et des esprits dressés à l'obéissance, a laissé une place à des logiques fragmentaires d'improvisation et d'ajustements, et à une culture de la débrouillardise. Dès lors, on peut se demander si l'effondrement du communisme ne commence pas dès son avènement, avec le travail de sape accompli par des instances ou des individus politiquement soumis mais socialement subversifs. Cet ouvrage renouvelle en profondeur les façons de saisir l' histoire sociale et politique du communisme.

  • Comment faire barrage au retour des nationalismes réactionnaires en Europe ? Inédite depuis la Seconde Guerre mondiale, leur poussée laisse les partis libéraux dans un état d'hébétude. Quant au socialisme, il connaît l'un des ébranlements les plus profonds de son histoire, lui qui, jusqu'à une date récente, fournissait son assise au camp des progressistes. Foyer de la critique, il est passé du côté de sa cible. Mais c'est alors la critique elle-même qui échoue à s'articuler. Les trois études réunies dans ce livre cherchent à reprendre à la racine le double problème de l'hégémonie nationaliste et de la crise du socialisme. Cette tâche impose d'abord de redéfinir le socialisme dans son irréductibilité aux autres doctrines politiques et courants idéologiques. Elle oblige ensuite à reprendre le dossier de la contribution des sciences sociales à la politique. Elle conduit enfin à envisager l'avenir de l'Europe à la lumière de deux questions majeures : l'éducation et l'écologie.

  • L'Asie du Sud - l'Inde en tête - a réinventé le sécularisme, en l'adaptant à l'immense diversité religieuse de la région. Mais les dernières décennies ont vu cette réinvention subir, dans chaque pays, de sérieux coups de boutoir - indépendamment de la religion dominante (hindouisme, islam ou bouddhisme) et des régimes politiques (démocratiques ou autoritaires). C'est ce processus que ce volume entend analyser à travers l'étude des dynamiques à l'oeuvre dans chacun des pays concernés, de l'Inde à l'Afghanistan, en passant par le Pakistan, le Bangladesh, Sri Lanka et le Népal. Partout, la tendance est à une identification de l'Etat à la religion majoritaire qui, certes, varie beaucoup selon les pays. Les minorités religieuses sont naturellement les premières à ressentir l'influence de ce déclin du sécularisme ; là encore, certaines convergences apparaissent, se lisant en tout premier lieu dans la morphologie de la violence. Mais si le constat de cette évolution fait l'objet d'un consensus, sa nature et son ampleur restent largement débattues, comme le montrent les différentes tonalités des contributions ici réunies. Au-delà du sécularisme, ce numéro s'attache aussi à déconstruire le couple religion-politique à travers des études de cas où le lien de causalité est loin d'être systématique, même lorsqu'il est attendu, et où la relation entre les champs connaît des transformations inédites.

  • L'analyse des problèmes sociaux est l'ordinaire des sciences sociales. Pour rendre compte de leur constitution, celles-ci ont souvent recours à un argument constructiviste. Les enquêtes présentées dans ce volume proposent une approche alternative, inspirée du pragmatisme de John Dewey. Les problèmes sociaux n'y sont pas envisagés comme de simples « constructions sociales et historiques ». Ils procèdent de dynamiques de problématisation et de publicisation. Leur émergence, leur configuration et leur stabilisation vont de pair avec celles de publics qui en font l'expérience. C'est pourquoi, dans cette approche, on parle plutôt de problèmes publics. La genèse de ces problèmes est explorée à travers une « micro-politique du trouble ». Celle-ci touche à leur dimension affective, imaginaire et sensible. Mais elle passe surtout par des activités d'enquête, qui politisent l'expérience. Dans une veine critique, les différents participants à ce volume s'interrogent également sur les empêchements, les interruptions ou les blocages de ces processus de politisation.

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