Albin Michel

  • L'imaginaire musulman, en particulier salafiste, a tendance à présenter le règne des quatre premiers successeurs de Muhammad, celui des « califes bien guidés », comme un temps idyllique. Or les textes les plus anciens révèlent une toute autre réalité : celle d'une déchirure précoce avant même que le Prophète soit porté en terre. Ses plus proches Compagnons rivalisèrent alors de trahisons, de pactes secrets, de corruption et de menaces de mort pour s'emparer du pouvoir. Voici l'histoire stupéfiante des Califes maudits, dont ce premier volume révèle les enjeux et les acteurs. Fidèle à la méthode déployée dans Les Derniers Jours de Muhammad, Hela Ouardi est allée fouiller dans les replis des sources les plus classiques - mais en réalité très peu consultées - pour reconstituer cette histoire secrète. Les protagonistes sont tous des figures majeures de l'islam naissant : Abû Bakr, le plus proche Compagnon, 'Umar, son second impétueux et violent, 'Alî, le gendre bien-aimé, Fâtima, la fille chérie au destin funeste, qui lancera une terrible malédiction à ses spoliateurs, les futurs premiers califes. Entre tous ces personnages hauts en couleur se noue une véritable tragédie grecque aux conséquences durables. Car au-delà des querelles de personnes, c'est bien le destin de l'islam et, par conséquent, du monde entier qui se joue.

  • Les Califes maudits est un cycle de cinq récits historiques qui reconstituent les règnes des quatre successeurs du Prophète Muhammad. Qualifiés de califes « bien guidés » par la tradition apologétique, ils n'ont cessé en réalité de s'entredéchirer, et ont tous connu une mort violente. Le premier volume, La Déchirure, publié au printemps dernier, nous faisait revivre comme une tragédie grecque la confrontation acharnée des prétendants au califat, et la malédiction proférée contre eux par Fatima, la fille du Prophète, dépossédée de son héritage. Ce deuxième volume nous entraîne, après le coup d'Etat d'Abou Bakr, dans ce que l'on a appelé les « guerres d'apostasie », la religion étant alors instrumentalisée dans les luttes meurtrières pour le pouvoir. C'est un baptême de sang que va connaître le Califat : les musulmans vont s'entretuer par milliers, dans une violence fondatrice dont les répliques se ressentent jusqu'à aujourd'hui...

  • Allah au féminin

    Eric Geoffroy

    À l'encontre de la misogynie ordinaire qui traverse tous les milieux sans épargner les plus « éveillés », il est indéniable que le Divin en islam présente des aspects profondément féminins. Dieu ne se nomme-t-il pas lui-même « le Tout-Miséricordieux » (expression coranique qui renvoie à la « matrice » de la femme) ? Ainsi, nombre de maîtres soufis ont exalté la précellence spirituelle du principe féminin, et se sont parfois adressés à « Elle » plutôt qu'à « Lui ».Éric Geoffroy, islamologue et spécialiste internationalement reconnu du soufisme, rend compte ici de cette face méconnue de l'islam, à travers ses développements sur l'androgynie originelle de l'humanité, l'évocation de grandes figures féminines comme Marie et des saintes soufies.Ce tableau étonnant débouche sur l'évolution actuelle du soufisme qui ouvre des voies nouvelles dans la pratique musulmane : nous découvrons des femmes théologiennes, des imames, et même des cheikhas de confréries, qui s'imposent par leur dimension spirituelle. Il nous permet aussi de mieux saisir en quoi le Féminin semble incarner l'avenir de nos sociétés.

  • « Nasr Eddin est au plus mal. Sa femme est là, l'imam est là ainsi que le cadi qui est venu entendre ses dernières volontés :
    - à l'école coranique, dit le Hodja dans un souffle, je lègue dix mille dinars...
    - Mais mon cher mari, le coupe aussitôt Khadidja, nous n'avons jamais possédé une telle somme !
    - Dis donc, proteste-t-il en se redressant un peu, c'est toi qui meurs ou c'est moi ? »
    Du monde arabe aux pays balkaniques, en passant par l'Asie mineure et centrale, la renommée de Nasr Eddin Hodja - Ch'ha au Maghreb - est sans pareille. Tous les peuples qui connaissent ses aventures se sont approprié le mythique « savant », dont on ne sait jamais si la folie dissimule une grande sagesse... ou l'inverse. Jean-Louis Maunoury, qui régale depuis longtemps les lecteurs français de ses aventures et pitreries, nous en offre ici l'ultime recueil.

  • Savant à la pensée profonde, Mohammed Arkoun (1928-2010) était également un intellectuel engagé. Son analyse serrée des processus à l'oeuvre dans l'islam d'hier était indissociable de ses appels répétés à une réforme des sociétés islamiques contemporaines. Il n'a cessé de porter ce message dans les divers colloques où il était convié, y compris là où l'on ne s'attendrait guère à croiser un islamologue : à un congrès de psychanalystes lacaniens, dans des conférences sur la condition féminine...
    Il avait choisi de consacrer les dernières années de sa vie à retravailler les textes issus de ces rencontres, qui sont ici publiés dans leur version définitive. Traitant de la nécessité de la réforme, voire de la « subversion » de l'islam, de l'ouverture lacanienne à la parole et à la « raison émergente », de la condition féminine en islam ou encore du rapprochement entre sunnites et shî'ites, ils montrent combien la pensée de Mohammed Arkoun est plus que jamais féconde pour penser notre époque.

  • Le Coran consacre de nombreux développements à la place de l'homme dans le cosmos, lui qui fait partie, avec les anges, les animaux et les djinns, du « monde des vivants ». Il décrit les rapports complexes entre les anges et Adam, devant lequel ils doivent se prosterner, et évoque l'adoration des animaux envers Dieu. Mais quelle est au final la place de l'homme dans cet univers ? Est-il simplement un être intermédiaire entre l'ange et la bête ? En quoi se différencie-t-il des djinns, qui semblent être eux aussi des créatures de l'entre-deux ?
    À l'heure où certains fondamentalistes, au nom d'une lecture dévoyée de l'islam, considèrent les infidèles comme « pires que des bêtes » et se figurent réellement se hisser au niveau des anges tout en commettant des atrocités, cette synthèse savante et accessible de Pierre Lory fait le point sur cette anthropologie spirituelle de l'islam en se fondant sur les grands commentaires classiques du Coran et la tradition soufie d'Ibn 'Arabi.

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