UGA Éditions

  • L'ouvrage propose une étude grammaticale et stylistique de sept textes littéraires de langue française représentatifs de la littérature française du XVIe au XXe siècle. La démarche suivie est celle qui est demandée pour le traitement de la question de grammaire et de stylistique des sujets proposés à l'épreuve de français moderne, dite aussi grammaire et stylistique, du CAPES et de l'agrégation de lettres modernes. L'approche grammaticale est diversifiée et envisage différents champs : orthographe, lexicologie, morphologie, syntaxe, histoire de la langue, de même que l'étude stylistique, qui aborde les dimensions rhétoriques, sémiotiques, poétiques, dramaturgiques et narratologiques des oeuvres. L'étude des textes vise aussi à valoriser les questions d'intertextualité, d'histoire culturelle ou d'interdisciplinarité. Les questions posées sont l'occasion d'approfondissements théoriques de certaines notions ou de rappels défi nitionnels, proposés dans des encadrés distincts de l'étude des textes. De ce fait, l'ouvrage intéressera un lectorat large, allant des étudiants de classes préparatoires littéraires et de licence de Lettres ou de master MEEF (métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation) visant la préparation des concours, aux étudiants de master recherche souhaitant parfaire leurs connaissances.

  • L'oeuvre de Rudyard Kipling, si populaire et si controversée, dépasse les critiques parfois stéréotypées qu'on lui attache : sans nier son exotisme, son impérialisme, son militarisme, il s'agit de relire la fiction de Kipling en se penchant sur son esthétique géographique. En s'orientant vers une lecture concrète et sensible, vers le domaine métaphorique, spatial et visuel, Le géomètre et le vagabond cherche à rendre le plaisir du texte, en analysant sa réception sans la dénaturer. Les nouvelles de science-fiction, les nouvelles fantastiques, les farces, les récits modernistes, les poèmes accompagnant les nouvelles - tous ces textes sont étudiés en lien avec les récits d'aventure plus connus, Kim et les fables de la Jungle, afin de montrer les lignes de force qui parcourent l'oeuvre. Une approche géopoétique montre que l'espace n'y est pas une simple donnée : il est multiple, problématique et divisé, et c'est de son appréhension qu'émerge le récit.

  • Présenter l'oeuvre de Keats et en apprécier toute sa richesse nécessite aujourd'hui d'accepter ses contradictions et se pencher sur l'ensemble de la production du poète, si hétéroclite soit-elle, ou du moins d'en observer des exemples significatifs. C'est en analysant le lien entre les différents types de textes, la propension à mêler tons, genres et registres, qu'il est possible de cerner plus précisément l'identité et le fonctionnement de cette oeuvre protéiforme. On parle souvent de développement, à juste titre, pour qualifier le cheminement artistique de Keats, et la critique s'est longtemps consacrée à l'observation de l'oeuvre pour en dégager les évolutions stylistiques et thématiques. L'objectif de cet ouvrage est de montrer le trajet qui mène soit de la lettre au poème, soit du poème à la lettre. Ainsi, chaque chapitre se penche à la fois sur la poésie et la correspondance, mais la singularité irréductible de l'un et de l'autre texte exigera, selon le moment, de consacrer plus d'espace à l'oeuvre poétique ou inversement aux lettres. Ainsi seront identifiés, par cette approche comparative, les moments exacts où lettres et poèmes entrent en conversation, les instants où leurs voix se chevauchent ou se confondent, ainsi que ceux où elles se séparent.

  • Cet ouvrage propose une approche inédite de l'oeuvre de Stendhal à travers une analyse des liens qui l'unissent à la musique. Quels ont été ses rapports avec la musique ? Quels étaient ses compositeurs, ses opéras préférés et pourquoi ? Ce livre montre comment la musique, et particulièrement l'opéra, a totalement imprégné l'oeuvre de Stendhal : dans ses romans, ses nouvelles ou ses écrits intimes, il a cherché à transformer la musique en mots, faisant souvent référence à Mozart ou Cimarosa. Persuadé d'avoir été un musicien manqué, Stendhal a rêvé de rivaliser, en tant qu'écrivain, avec la musique et ainsi d'atteindre l'idéal romantique de la fraternité des arts.

  • Le complexe de l'ironiste ; de Quincey à l'oeuvre Nouv.

    Thomas De Quincey est connu pour deux textes qui n'ont, en apparence, rien en commun : les Confessions d'un mangeur d'opium anglais, clé de voûte d'un récit autobiographique morcelé, ont longtemps été lues comme l'oeuvre d'un romantique mineur, dans l'ombre du poète William Wordsworth ; tandis que « L'assassinat, considéré comme l'un des Beaux-Arts » cultive la provocation et la fantaisie. Les deux cependant expriment toutes les nuances de l'ironie : De Quincey se confronte aux grands auteurs et proclame son statut d'écrivain mineur pour mieux le dépasser. Rassembler dans un même regard ces deux textes nous permet de rétablir la cohérence d'une oeuvre complexe et contradictoire, mais finalement unie, encore et toujours, autour du portrait de l'Anglais mangeur d'opium. Céline Lochot présente ici De Quincey comme mêlant l'ironie dans une démarche de séduction et de définition de soi dans le romantisme. Cette mise en contexte romantique de l'ironie, a priori plutôt paradoxale, enrichit considérablement le propos et souligne la modernité de De Quincey.

  • Essais anglais

    Walter Pater

    À travers ses portraits littéraires de poètes et de prosateurs publiés dans des revues et rassemblés en 1889 dans la première édition d'Appreciations, Walter Pater (1839-1894) propose une certaine histoire littéraire anglaise depuis le xviie siècle jusqu'à William Morris et Dante Gabriel Rossetti. Abordant une grande diversité d'oeuvres dans leur caractère créatif pour les situer dans la trajectoire intellectuelle de leurs auteurs, Pater les replace au coeur du dialogue qu'elles entretiennent avec la culture anglaise. Connu comme prosateur et critique d'art, Pater se révèle critique littéraire sensible et stimulant, élaborant ses propres conditions de canonicité tout en célébrant la langue anglaise. Les textes présentés et annotés ici sont traduits pour la première fois.

  • Dans les années 1920, a lieu en France un événement littéraire et intellectuel de première importance : pour la première fois, la littérature et la pensée contemporaines d'un pays non occidental - l'Inde -, sont considérées comme une ressource majeure pour penser au présent. Situé au croisement de l'histoire littéraire et des études postcoloniales, cet ouvrage montre la manière dont, à l'occasion de la crise de civilisation que connaît l'Europe après la Première Guerre mondiale, les discours orientalistes concernant la culture indienne se trouvent contestés par une parole indienne de plus en plus abondamment traduite et prise en compte (en particulier celle du premier prix Nobel de littérature non occidental, le poète Rabindranath Tagore). L'intérêt qu'on porte à l'Inde depuis l'époque romantique pousse alors à la considérer dans sa tradition spirituelle mais aussi dans son actualité politique et, en retour, à récuser la supériorité de la culture occidentale, à dénaturaliser les savoirs occidentaux et à mettre en cause l'autarcie de la littérature nationale. Tel est l'objet central de ce livre : indiquer le mouvement par lequel la littérature et la vie intellectuelle françaises se nourrissent d'apports étrangers, identifier les résistances que ce mouvement suscite et déjouer la manière habituellement très franco-française d'écrire l'histoire de la vie littéraire et intellectuelle nationale.

  • Contrairement à bien des idées reçues, la littérature a toujours été attentive à l'évolution technologique. Il lui revient de mettre en forme notre imaginaire des techniques, que la première révolution industrielle rend plus sensible et complexe en faisant entrer la machine dans le quotidien. Mais l'adhésion des artistes à ce nouveau sujet fait débat, à plusieurs titres : l'intrusion de la machine dans la littérature dérange les codes esthétiques ; sa représentation s'avère difficile, faute du lexique, des images, du registre, des rythmes adéquats ; son utilisation transforme la relation de l'auteur, du lecteur et de l'oeuvre. « À écrire », la machine l'est donc comme nouveau médium qui bouleverse les pratiques d'écriture (et de lecture), mais aussi, et avant tout, parce qu'elle est un objet a priori étranger, qui jette un défi aux arts. Depuis les balbutiements d'une « littérature de la machine » au début du xixe siècle jusqu'aux questions soulevées aujourd'hui par l'usage de l'informatique, cette étude, première synthèse sur la question, s'adresse autant à un public curieux qu'à un lectorat plus spécialisé.

  • Écrivains improvisés promis à un oubli immédiat, jeunes débutants à l'avenir brillant ou plumes rôdées ayant déjà fait leurs preuves dans les revues qui comptent, prêtées un moment à la cause de la révolution sociale ; polygraphes frénétiques, paisibles philosophes entichés de fiction et marginaux colériques avec des comptes à régler ; idéalistes purs confiants dans la bonté fondamentale de la nature humaine et propagandistes désabusés persuadés qu'il n'est guère besoin d'espérer pour entreprendre. Ils se retrouvent tous sur les pages des myriades de feuilles militantes produites par le mouvement anarchiste à cheval entre le dix-neuvième et le vingtième siècle, et ils contribuent à former un ensemble bigarré où tous les styles et tous les genres sont appelés à hâter la venue prochaine du « grand soir » de la révolution sociale. Symbolisme, naturalisme, réalisme neutre et distant, ou alors misérabilisme populaire et appel sentimental aux pulsions profondes du coeur humain : la littérature sous tous ses aspects se prête à la mise en forme du message libertaire à travers une floraison de textes, des plus naïfs aux plus élaborés, épicés de mélancolie, d'indignation, de rage parfois, mais aussi souvent imbus de sarcasme vengeur ou d'un humour rafraîchissant.

  • L'anarchisme a entretenu des rapports complexes et constants avec le monde des lettres depuis sa toute première apparition sur la scène politique. Au-delà de la période de la fin du siècle, marquée par les attentats à la bombe qui ont inscrit le fantasme de l'anarchiste dynamiteur dans l'imaginaire du grand public, et au-delà des rapports avec le symbolisme et les avant-gardes poétiques, auxquels on a souvent réduit l'influence de l'anarchisme dans la sphère littéraire, ce livre propose de redécouvrir les productions variées des auteurs qui ont mis leur plume au service du drapeau noir, de 1848 jusqu'à la fin des années 1930. À travers nombre de sources inédites et avec une attention particulière à la création et aux débats littéraires véhiculés par les nombreux journaux et périodiques de la presse militante, sont ainsi examinés les rapports des anarchistes avec les grands mouvements littéraires de l'époque (romantisme, réalisme, naturalisme, symbolisme) et la conception anarchiste de la culture et de l'éducation. On explore les oeuvres des auteurs appartenant au monde de la culture officielle qui ont mis en scène des anarchistes dans leurs romans - dont Anatole France, Montherlant, Ernest Psichari, Villiers de l'Isle-Adam, Roland Dorgelès et d'autres encore -, pour passer ensuite aux littérateurs proches de l'anarchisme ou actifs dans le mouvement. Reviennent alors les noms de plusieurs écrivains ayant joui en leur temps d'une certaine notoriété - Han Ryner, J. H. Rosny aîné, Jules Lermina, Jehan Rictus -, et ceux de quantité d'autres - Brutus Mercereau, Fernand Kolney, Henri Rainaldy, K. X. et de nombreux nouvellistes - demeurés presque totalement inconnus en dehors des cercles libertaires. Se dessine ainsi l'esquisse d'un milieu vivant à la culture riche et diversifiée, sur un arc temporel bien plus long que celui à l'intérieur duquel on a généralement tendance à la limiter.

  • Outil de travail inestimable et souvent mal employé, la psychanalyse, dans le domaine littéraire, après avoir frayé tant de nouvelles voies, a encore à trouver la sienne. D'abord psychobiographie, à l'origine freudienne, lecture symptomale tâchant à remonter du texte à l'auteur ; puis mythographie, archétypale et jungienne ; plus récemment, psychocritique, avec Mauron, poursuivant l'étude structurale et, en grande partie, autonome, des oeuvres, - dans quelle direction pousser l'analyse ? Pour ma part, j'ai essayé de tenir compte de l'objection, réitérée à son encontre, qu'elle est trop souvent critique du signifié psychique et non du signifiant littéraire. Cette littérarité du signe, toutefois, n'est nullement inscrite dans un espace neutre ; d'emblée, son symbolisme est tout entier engagé dans un « destin de pulsion » : celle d'écrire. La « place de la madeleine » me paraît ce lieu privilégié, chez Proust, où se narre la naissance de l'écriture, son émergence dans les divers ordres du désir où elle s'étale et s'étale, en son originaire et féroce naïveté. Écoute du fantasme ouvrant le texte, dépistage de ses réseaux, de ses détours, de ses spirales, l'approche est ici clinique : mais clinique de la « névrose d'écriture », non des « complexes » de l'écrivain. Constituée ainsi en véritable logique du fantasme, dans laquelle elle est elle-même, d'ailleurs, prise et comprise, la critique psychanalytique, portant sur le fondement pulsionnel du texte, fonctionnerait, en sa limite idéale, comme poétique de l'inconscient.

  • Les débats contemporains sur la place et la fonction de la littérature - et particulièrement du roman - dans la culture, sur son rapport à l'esthétique, au politique, au marché, se fondent sur des oppositions inlassablement récurrentes : la nouveauté opposée à l'accessibilité, la qualité artistique à la communicabilité, l'engagement dans le social au dégagement élitaire. Toutes ces questions, jamais résolues, parce que peut être mal posées, sonnent étrangement familières aux oreilles de qui s'est intéressé à la naissance et aux développements du roman-feuilleton, au xixe siècle ; l'arsenal des arguments échangés semble en effet un écho lointain et affaibli de la querelle qui fit rage, dans les années 1840, autour de ce phénomène précurseur de la médiatisation et de la massification de la littérature qu'est le roman-feuilleton. Les textes que nous reproduisons ici, tirés de journaux, revues, voire de discours parlementaires de l'époque permettent de faire prendre conscience de la précocité, de l'importance et de la permanence de ce débat dans notre culture, ainsi que d'en évaluer les enjeux et les stratégies. Ils éclairent donc une question capitale de l'histoire culturelle du xixe siècle - et de la modernité en général.

  • Après des ouvrages consacrés aux régionalismes autour du Mont-Blanc et à la toponymie alpine, écrits en collaboration avec Claudette Germi, Hubert Bessat s'est attaché à restituer la richesse du patois de son village natal, Les Contamines-Montjoie (Haute-Savoie). Fruit d'une enquête de longue durée effectuée par l'auteur auprès des patoisants de son village, ce livre présente un recueil de mots, de noms de lieux, d'expressions et de récits en dialecte avec leur traduction intégrale. Sous forme thématique ce premier volume envisage les domaines du milieu naturel (relief, climat, végétation, faune) et des activités agro-pastorales et forestières. Les termes patois apparaissent avec leur catégorie grammaticale, leur signification illustrée d'exemples extraits de conversations, leur survivance dans le français local et la microtoponymie du village. Des notes historiques et ethnographiques précèdent chaque chapitre. L'ouvrage illustré de quelques photos s'achève sur un index des mots patois (avec leur sens usuel) et des toponymes (avec la référence aux secteurs du territoire communal). C'est donc tout un pan du patrimoine ethnolinguistique d'un village de montagne savoyard qui est proposé au regard du lecteur attaché à l'identité culturelle de la montagne alpine autant qu'à l'appréciation du dialectologue du franco-provençal.

  • Cet ouvrage sur le bizarre est motivé par la présence insistante du mot dans des textes du XIXe siècle appartenant à des genres divers (romans d'analyse, récits de voyage, récits de rêves, récits fantastiques, récits d'enquête, critique littéraire, critique d'art, poésie...). Il se fonde sur une étude des dictionnaires depuis le XVIe siècle, étude qui permet de découvrir divers sens, tressés ou sélectivement convoqués par les oeuvres qui utilisent le terme ou ses dérivés. La première partie fait valoir l'utilisation du mot aux trois sens de singulier, irrégulier, bigarré, dans le domaine de la psychologie, de l'exotisme, de l'onirisme, du surnaturel, des enquêtes et de l'esthétique. Mais abordé ainsi, le bizarre tend à se confondre avec le grotesque. La deuxième partie s'intéresse donc au sens spécifique, qui correspond à l'effet intellectuel produit par la personne, l'objet, le lieu, le fait, l'oeuvre ou le discours bizarre : déconcertant, voire incompris ou inexplicable. La troisième partie s'interroge sur les formes que prend l'expérience esthétique du bizarre au sens d'inexpliqué. La quatrième étudie les enjeux moraux d'une promotion de ce dernier sens. La mise au point lexico-sémantique à partir des dictionnaires figure en annexe. L'émergence du sens intellectuel et subjectif (l'effet intellectuellement déstabilisant ou paralysant produit sur un sujet) se trouve mise en perspective : elle a pour fond un puissant courant irrationaliste, et vitaliste, et l'émancipation de la psychologie à l'égard de la religion et de la morale, qui concerne aussi la littérature.

  • Surréaliste de la première heure, ami de Bataille, Leiris, Masson et Dubuffet, conteur original et critique d'art prolifique, Georges Limbour, malgré l'admiration de ses pairs, reste méconnu. Son oeuvre littéraire, pourtant, d'un style à la fois précieux et familier, déploie un imaginaire singulier dont la cohérence frappe au-delà de la dispersion des textes, due en partie à la négligence d'un homme qui a promené son dilettantisme de son port natal, Le Havre, à l'Égypte et la Pologne. Après la Seconde Guerre mondiale, ce promeneur impénitent met son goût de la marche au service de son amour de l'art, et devient le visiteur assidu des galeries parisiennes : Limbour chroniqueur est un témoin précieux des querelles qui agitent les avant-gardes artistiques après-guerre. Témoin, mais témoin engagé, Limbour défend dans sa critique d'art l'idéal surréaliste d'un art exprimant la réalité profonde de l'homme et de la nature, et son discours accompagne avec autant d'humour que de sensibilité l'oeuvre de ses amis peintres. Souvent plus proche d'un Baudelaire ou d'un Nerval que d'un Breton, Limbour nous laisse ainsi une oeuvre élégante et gouailleuse, parfois nostalgique, qui porte jusqu'à l'orée des années soixante-dix les derniers feux du romantisme.

  • René Ghil fut autour de 1890 le plus soudainement célèbre, le plus admiré, le plus contesté, le plus violemment haï, puis le plus injustement oublié des auteurs de la génération symboliste : précisément parce qu'il s'avéra l'adversaire le plus irréductible du Symbolisme. Il rompit très tôt avec Mallarmé sur la question de l'Idéalisme, auquel il opposait une vaste métaphysique de la Matière en évolution vers un « Mieux », inspirée des cosmogonies orientales autant que de la science occidentale contemporaine (Darwin). Sa théorie de l'« Instrumentation verbale », basée sur un sensualisme linguistique inspiré des théories sur le langage de Rousseau et des recherches récentes en acoustique et en phonétique expérimentales (Helmholtz), eut un impact considérable : des futuristes russes et italiens à Breton ou Aragon, voire aux lettristes dissidents Jean-Louis Brau et François Dufrêne, pionniers de la Poésie sonore. Si les versions successives de son précoce et effervescent Traité du Verbe, devenu En Méthode à l'OEuvre, ont fait l'objet d'innombrables commentaires, certes point toujours amènes, ses traités plus tardifs, consacrés à la « Poésie scientifique », ont fait beaucoup moins de bruit et sont restés largement ignorés ; ils représentent pourtant les états les plus aboutis, et les plus personnels, d'une pensée aussi intransigeante que singulière, parvenue à une ferme maturité. Pour toutes ces raisons, ils méritent aujourd'hui d'être lus, et, en dehors des clichés tenaces, de contribuer aux débats actuels sur la poésie, dans ses rapports avec la connaissance et la chose publique...

  • Le propre du secret est qu'il donne à imaginer. Il est le point de départ d'une recherche, qui peut prendre la forme de la quête, ou même de l'enquête. Il déclenche surtout une rêverie dont bénéficient la littérature et l'art. Partant d'un exemple apparemment très simple, « Le secret de maître Cornille », dans les Lettres de mon moulin, Pierre Brunei a choisi, sans aucun souci d'être exhaustif, un libre parcours. Il convoque, au gré de sa fantaisie, mais aussi d'une nécessité interne du sujet, antiques et modernes, écrivains, peintres et musiciens. Nul esprit de système, dans tout cela, nulle grammaire de l'imaginaire, mais un libre déploiement à partir de visages d'hommes, de figures mythiques et même de simples lettres de l'alphabet, immobiles ou dansantes, d'apparents cryptogrammes qui peuvent aussi constituer des clefs.

  • À y bien réfléchir, la montagne est partout, ne serait-ce que sous la forme d'une éminence, qui a le plus souvent présidé à l'origine des villes. On connaît sa puissance sacrée, le rôle symbolique fondamental qu'elle a toujours joué, et l'on devine à quel point elle constitue l'un des éléments essentiels d'un paysage psychique. Or, des certitudes toutes faites peuvent s'écrouler si l'on analyse de façon pluridisciplinaire la production artistique européenne et japonaise depuis le Moyen Âge. La montagne dont il est le plus souvent question est la plus archaïque, c'est-à-dire généralement celle qu'on n'escalade pas, que l'on gravit tout au plus, que l'on contemple surtout : ce qui est visé ici n'est pas la montagne accessible, fût-ce au péril de sa vie, mais celle, plus difficile à appréhender, que le corps ne saurait vaincre. La puissance du décor montagnard est en effet si grande que la notion même de décor se trouve remise en question, que se produit une sorte d'aplatissement entre ce qui paraîtrait relever du détail et ce que l'on considérerait trop hâtivement comme essentiel. Certes, des montagnes célèbres sont ici examinées, mais l'ouvrage que l'on va lire, lorsqu'on en embrasse l'ensemble des contributions, montre bien que les considérations esthétiques sur le paysage montagnard seront toujours ou presque secondes, la plupart de ces nouveaux discours sur la montagne désignant en effet paradoxalement par les attitudes les plus anciennes, sinon les plus primitives, ce que la montagne n'est pas et voudrait donner à voir. Ce qui conduira à constater alors combien l'écart entre l'Europe et le Japon peut parfois se réduire à l'extrême.

  • La collection Ad usum Delphini, entreprise considérable d'édition de classiques latins et de dictionnaires de quelque soixante-dix volumes in-quarto, qui coûta si cher au Trésor royal, qui occupa tant de place dans les bibliothèques, qui pesa tant sur la vie de ses directeurs, l'illustre Montausier, gouverneur du Dauphin fils de Louis XIV, et le savant Huet, n'est même plus une idée, tout juste une expression consacrée par l'usage. Ultime geste de sauvegarde de la culture latine, qui se voulait destiné à la génération de 1670 comme aux suivantes : ultime et inutile, la barque ayant sombré avant le navire. Un échec, donc, mais bel échec dont il fallait retracer l'histoire, souligner l'originalité éditoriale et pédagogique, mesurer les implications et les enjeux moraux, politiques, idéologiques, pour retrouver ce qui constitue son véritable sens : une formation intellectuelle destinée, bien au-delà du cadre scolaire, à l'honnête homme, et la certitude qu'il n'est de véritable connaissance du monde et des hommes qu'à travers la littérature antique.

  • La crise de la littérature : la rumeur est si banale aujourd'hui qu'elle en paraît avoir existé de tout temps. En fait des années 1830, et des bouleversements culturels qui, liés aux séquelles sociales de la Révolution, transforment radicalement la communication littéraire. Cette mutation qu'on appellera indifféremment romantisme ou modernité touche non seulement le fonctionnement social ou institutionnel, mais surtout la nature même de la littérature, considérée désormais comme un fait textuel et non plus discursif : de cette rupture jusqu'alors inimaginable avec la tradition héritée de l'Antiquité, découlent toutes les grandes innovations esthétiques du 19e siècle, parmi celles-ci les oeuvres de Mme de Staël, Lamartine, Balzac, Musset, Hugo, Baudelaire, Allais, Mallarmé.

  • Ce volume rassemble quatorze articles de Gilbert Durand publiés de 1953 à 1996, inédits en France ou devenus introuvables. Hommage à l'auteur, il se veut aussi un véritable outil théorique, méthodologique et bibliographique. Les articles choisis couvrent des champs divers : littérature et poésie, sociologie et anthropologie, histoire et introduisent très concrètement les concepts-clés de l'investigation méthodologique par ailleurs définis et structurés dans les ouvrages parus au fil des ans. L'ordre chronologique de présentation tente de rendre le mouvement d'une pensée élaborée sur près d'un demi-siècle. En rassemblant en ce lieu plus de 250 publications de Gilbert Durand, la bibliographie invite le lecteur à élargir et approfondir sa connaissance de l'oeuvre du fondateur du Centre de recherches sur l'imaginaire.

  • George Sand inscrit la théâtralité au coeur de son oeuvre. Elle explore les limites du théâtre et du roman comme elle interroge les frontières de l'être et du paraître. La théâtralisation de l'existence est chez elle l'obstacle à la rencontre sincère entre les êtres autant que le moyen d'inventer de nouvelles relations humaines. Si les travestissements vestimentaires de Sand ont pu évoquer une performance féministe avant l'heure, l'écrivaine a su créer des personnages chargés d'explorer tous les possibles du corps et de la voix, le plus souvent dans la pudeur et l'idéalisation, mais aussi dans le souci d'une critique sociale et d'un renouvellement des formes littéraires et artistiques. Le concept de performance permet d'interroger les stratégies esthétiques et les facettes dérangeantes des écritures sandiennes, dans leurs rapports au corps, au temps et à l'espace.

  • L'ouvrage porte sur les représentations de l'Orient - de l'Europe orientale à l'Inde et à la Chine en passant par le Proche-Orient - dans de grandes revues généralistes françaises et francophones des années 1830 aux années 1960. Il adopte une perspective chronologique mettant en valeur les reconfigurations des imaginaires et l'orientation générale d'une évolution, non sans retours nostalgiques, qui mène du paradigme orientaliste à une perception plus étatique et nationale de l'Orient en situation coloniale. L'enquête porte sur des revues emblématiques (Revue des deux mondes, Mercure de France, Europe, Cahiers du Sud, Esprit, Nouvelle Revue française) comme sur de moins étudiées (Revue indépendante, Magasin pittoresque, Tour du monde, Un Effort) et permet d'appréhender une collectivité polyphonique, véritable creuset intellectuel et littéraire sur la longue durée, au sein duquel les lettrés orientaux prennent la parole à partir des années 1920.

  • L'activité littéraire en Islande médiévale fut extraordinaire. En témoignent notamment les célèbres sagas des Islandais, mais aussi d'autres catégories de sagas moins connues à l'étranger comme par exemple les sagas de chevaliers, en partie traduites ou adaptées du français, et les sagas légendaires qui mettent en scène des héros du Nord dont les aventures se déroulent dans un passé lointain et un univers plus fictif que réel. Puisant dans les mythes et dans le folklore, les quatre textes ici présentés et traduits appartiennent à cette dernière catégorie : le Dit de Thorstein le Colosse-de-Ia Ferme, le Dit de Helgi Fils de Thorir, la Saga de Sturlaug l'Industrieux, et la Saga d'Egille Manchot et d'Asmund Tueur-de-Guerriers-Fauves. Rédigés à la fin du xiiie siècle et au xive siècle et destinés au divertissement, ces textes s'adressent aujourd'hui non seulement aux spécialistes mais aussi à tout amateur de merveilleux curieux de découvrir le monde imaginaire des Islandais de cette époque. L'ouvrage comporte une sélection bibliographique des sagas islandaises.

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