Septentrion

  • Tant les thèmes abordés par Pierre Michon que sa manière d'écrire se caractérisent par un refus de la ligne droite, de l'approche directe. Il faut détourner le regard du centre pour s'intéresser à la périphérie : petites gens, province, gestes de l'écriture qu'on aurait de prime abord jugés inintéressants. Si Michon décline l'obliquité sous ses formes les plus variées, c'est afin d'en proposer, d'une façon elle-même oblique, une théorie. Les grands thèmes, les enjeux véritables ne peuvent s'appréhender qu'en partant du détail, de la périphérie, de la digression. Obliquement, Michon nous dit le monde de façon bien plus percutante qu'une approche frontale ne saurait le faire. Mieux, Michon nous invite à cette gymnastique de l'esprit. Il s'agira donc de débusquer, dans la rigueur de ses phrases, les effets obliques du dire, de dépasser l'imposture de l'écrit pour atteindre la constellation essentielle de la vie même.

  • À en juger par sa réception dès l'Antiquité, la nature de l'oeuvre d'Horace qu'on a nommée Art poétique ne semble pas devoir être mise en question. On tient là le pendant latin de la Poétique d'Aristote, c'est-à-dire un bréviaire technique transposant dans la Rome augustéenne les vues aristotéliciennes, sans doute enrichies d'apports alexandrins, en matière de théorie littéraire. Toutefois, un examen attentif des particularités énonciatives et stylistiques du texte invite à réviser ce jugement séculaire. Mobilisant la langue instable du sermo, l'oeuvre prend les traits d'une épître adressée à des destinataires précis, les Pisons, dont le statut textuel est ici revalorisé. La démarche de renouvellement interprétatif peut même aller plus loin si l'on considère la pluralité des images poétiques qui jalonnent le texte ; ce dernier, affranchi de sa dimension strictement théorique et rendu à sa singularité, apparaît alors comme un poème, au sens fort, sur l'art de la poésie.

  • Établir l'art de l'interprétation comme science, tel est l'objectif de l'Essai de G. Fr. Meier, publié à Halle en 1757. Il s'agit du traité systématique d'herméneutique le plus abouti du rationalisme des Lumières dans son effort pour dégager des principes généraux de l'interprétation, dont le principe d'équité est le coeur. Les règles méthodologiques dégagées permettent de justifier la prétention de l'interprétation à être une connaissance, favorisant ainsi tant la culture que la lutte contre la superstition. La traduction de l'Essai en français permet d'introduire l'herméneutique des Lumières, sa prétention à l'objectivité, son rapport avec la logique et la théorie du langage, dans un paysage marqué par la philosophie herméneutique de Heidegger et Gadamer.

  • Les villes divisées, en proie à de multiples formes de fragmentation sociale, religieuse, ethnique et politique, sont une réalité prégnante du monde contemporain qui traverse les oeuvres de fiction. Les représentations littéraires et cinématographiques des frontières et démarcations urbaines étaient restées un thème peu abordé par les sciences sociales. Elles sont ici explorées dans une approche résolument pluridisciplinaire. De Belfast à Beyrouth en passant par Londres, Paris, Berlin, Ramallah, Jérusalem, Le Caire, New York ou Bogota, les auteurs s'emparent, à partir de matériaux originaux de quatre thématiques distinctes mais liées entre elles : les tensions liées aux ségrégations sociales et ethniques (« Franchir la ligne ») ; les disséminations sociales et spatiales des communautés urbaines (« La ville disséminée ») ; les mémoires, les démarcations et les pratiques de violence urbaine (« Espaces urbains et violence » ; les rapports complexes entre centralités et marges (« Réfractions urbaines »).

  • La prose de Michel Chaillou témoigne d'un rapport renouvelé et subversif avec la littérature et le(s) savoir(s) d'hier et d'aujourd'hui. Dans la plupart de ses ouvrages il arpente textes, auteurs, personnages, espaces et géographies d'époques révolues. En suivant un parcours chronologique à rebours - de l'Éloge du démodé (2012) à Jonathamour (1968) - et en s'appuyant sur les manuscrits de l'auteur, l'essai affronte deux questions cruciales de son univers littéraire : le rapport problématique et controversé avec le temps et la thématique du voyage - onirique, initiatique, métaphorique, littéraire ou réel. Les pratiques fixées par l'Éloge du démodé - le « recul en avant », la « lecture d'un autre temps », « la route serpentine » des parenthèses parsemées dans sa prose - représentent en fait des enjeux caractérisant l'écriture de Chaillou depuis son début littéraire en 1968.

  • Introduite en 1997 par David Herman, l'expression postclassical narratology (« narratologie postclassique ») rend compte des mutations qu'a connues la recherche sur le récit dans les deux dernières décennies. Ces approches multiples supposent le recours à des concepts et des méthodes inédits, venus de différentes disciplines, notamment des sciences cognitives, ainsi que l'élargissement du champ de l'étude du récit, désormais considéré comme un objet transgénérique et transmédial : s'inscrivant dans différents genres et porté par différents media. Le présent ouvrage offre pour la première fois en traduction française l'essentiel de travaux qui se sont largement imposés dans la recherche anglo-saxonne. Signés des plus grands noms de la narratologie postclassique, ils permettent d'en découvrir les principaux courants : narratologie féministe et queer (Susan S. Lanser), narratologie rhétorique (James Phelan), narratologie cognitive (Monika Fludernik, David Herman, Ansgar Nünning), narratologie transmédiale (Marie-Laure Ryan), narratologie non naturelle (Brian Richardson).

  • Au Québec, pendant que la culture est de plus en plus évacuée des médias au profit du divertissement, la critique culturelle, lorsqu'elle n'est pas décriée, ne fait pas toujours l'unanimité. S'interrogeant d'abord sur la mauvaise réputation de ce métier,

  • Il sera ici essentiellement question d'une certaine relation à l'espace propre à l'oeuvre de Claude Simon. Plus que les personnages eux-mêmes, c'est la plupart du temps leur environnement immédiat qui retient l'attention, à travers lui qu'elle poursuit l'énigme qui les constitue. Car le milieu dans lequel ils évoluent semble toujours exercer sur eux une influence décisive, les modelant, leur imprimant mystérieusement sa marque. L'évocation du cadre rapporte aussi en creux, description palimpseste, un événement que l'écriture choisit d'évoquer par ces voies détournées. Pour narrer, il convient de dépeindre. Mais tout paysage s'inscrit également dans une temporalité. Redéfinir la topographie d'un site, replacer paroles et gestes dans leur configuration singulière, c'est poser les bases de « l'édifice immense du souvenir ». Le corps lui-même tient lieu de paysage ; ses reliefs, ses effondrements, relatent l'histoire de l'individu, tout comme celle des territoires relate celle des hommes. Façon de traduire la pulsation singulière qui rythme l'univers. à la lisière du paysage et du portrait enfin, l'ombre entremêlée, mouvante, des corps enlacés, la parade sexuelle, viennent interroger une autre inscription dans l'espace, celle de la marche vers l'autre et de la quête de soi dans cet affrontement à l'altérité irréductible. De là la question, centrale, de la sédentarité et du nomadisme, du repli et de la recherche. Qu'est-ce qu'un lieu, un être, où se reconnaître ?

  • Les nombreux travaux réalisés en collaboration avec des artistes, peintres, plasticiens ou musiciens constituent désormais la majeure partie de l'oeuvre de Michel Butor. Ils demeurent cependant peu connus, et sont rarement envisagés par une critique qui s'en tient toujours aux romans de l'écrivain. Or ces réalisations visent à promouvoir un « dialogue avec les arts » où s'affirme la radicalité d'une démarche résolument moderne. Ce « dialogue » permet de mieux comprendre, rétrospectivement, le véritable projet des premiers livres (de L'Emploi du temps, à Description de San Marco...) en les situant enfin dans une entreprise d'envergure. Surtout il manifeste l'émergence d'une réflexion critique originale sur le statut de la création artistique dans le monde contemporain, saisi à travers ses enjeux poétique, politique, esthétique et philosophique.

  • « Toute une grappe de visages juxtaposés dans des plans différents et qu'on ne voit pas à la fois »... C'est ainsi que Marcel Proust conçoit ce qu'il appelle « le visage humain ». Définition bien étrange. On dirait presque de l'hébreu. On croirait presque entendre « panim », qui désigne « le visage », mais qui signifie, littéralement, « faces » - toujours au pluriel. C'est ce pluriel oublié du visage que Proust semble réveiller, avec cet étonnement qui « vient surtout de ce que l'être nous présente aussi une même face »... Énigmes de panim. Mystères d'À la recherche du temps perdu. Combien de visages par personnage ? Quant à ceux de l'auteur... Figures et gueules, esquisses et masques, voiles et rides, larmes et petites marques habitent le livre. Visions tour à tour effrayantes et merveilleuses : le visage fait résonner l'oeuvre de Proust dans toute son étrangeté.

  • « Lol resta toujours là où l'événement l'avait trouvée ». À son entrée dans l'histoire, le personnage est chez Marguerite Duras stoppé net. Confronté à un événement traumatique, impossible à oublier comme à convertir, il est rendu à la vacance d'une vie privée de conquêtes. On le voit alors aller et venir, dans un exercice élaboré de reprises et de redites, avant qu'il n'envisage la seule décision susceptible d'orienter l'histoire : revenir se placer au lieu même où son existence fut gagée. Mais pénétrer dans ce haut lieu ne ranime pas les faits vécus. Le Ravissement de Lol V. Stein se ferme. Son monde survit cependant par le développement du cycle, ou plutôt par son enroulement, à travers Le Vice-consul et L'Amour, décrivant, sur le tracé de la danse inaugurale, un soir de bal au casino municipal de T. Beach, une large boucle spiralée. Chez Marguerite Duras, le récit accorde à l'espace l'importance qu'il refuse à l'intrigue. Au contact de cette oeuvre, il s'agit de rendre à la poétique du récit de fiction la dimension de l'espace trop longtemps sacrifiée à l'évidence des interactions entre temps et récit. Espace et narration, espace et perception, décor et représentation donneront à cette poétique construite avec le soutien de la linguistique et de la phénoménologie ses grands axes.

  • Jacob Bernays (1824-1881), lettré autant que philologue, fut un grand découvreur. À Bonn où il enseigna, il eut, entre autres élèves, Nietzsche et Wilamowitz. C'est une des figures les plus fascinantes de l'histoire des lettres. Exclu par ses origines juives et par son ascétisme de l'institution, et, du même coup, de la folie d'une productivité scientiste effrénée, qui emportait le siècle, il est resté fidèle aux idées qui avaient justifié les Lumières. Il fit fructifier cette extériorité dans une recherche fondatrice, à la fois savante et ouverte. Ce livre, écrit par un helléniste d'aujourd'hui, se veut le portrait de son oeuvre : il saisit la nouveauté de ses points de vue - sur le sens de la katharsis dans la Poétique d'Aristote, sur l'importance des présocratiques, sur les voies croisées de la philosophie religieuse des juifs et des chrétiens, sur leurs mentalités et leurs rites-, en captant cette nouveauté dans le jaillissement de la découverte, au moment où ces vues se sont exprimées, avec leurs blocages, leurs promesses, leurs déviances latentes, ponctuelles ou définitives. L'histoire juge l'histoire, dans un débat passionné avec le passé, et montre ce qui allait être, mais aussi ce qui aurait pu être.

  • La fin du dix-neuvième siècle nous a appris une vérité douteuse : que la sexualité humaine est universelle. Depuis cette époque, nous nous sommes habitués à la singularité du plaisir, dans son principe toujours le même. Mais au dix-huitième siècle, on préférait parler de plaisirs au pluriel, et de l'art de les varier. Comment, dans les textes libertins et pornographiques, ce pluriel s'est-il transformé en singulier ? Cette transformation, historiquement, suppose une véritable crise.

  • Théâtre de l'autre, pour l'autre, avec l'autre, l'oeuvre de Koltès offre une expérience éthique singulière, où la conscience occidentale affronte, sans honte complaisante et sans oubli obscène, son passé d'esclavagiste et son présent de prédateur, la légende de ses conquêtes et le trouble de son désir. Consacré spécifiquement aux six pièces créées entre la fin des années soixante-dix et la fin des années quatre-vingt, En noir et blanc cerne au plus près ce topos incontournable du théâtre koltésien : le conflit du noir et du blanc dont la violence n'a d'égale que la complexité. Avec une grande acuité de regard, une âpreté sans compromis, Bernard-Marie Koltès en a décliné toutes les figures. Riches et pauvres, dominants et dominés, autochtones et émigrés, anciens colons et nouveaux colonisés s'affrontent impitoyablement mais ces duels, qui les jettent les uns contre les autres, redorent aussi l'altérité prestigieuse de l'ennemi. Nourri du roman anglo-saxon ou du cinéma, Koltès ouvrait la scène théâtrale sur l'horizon brûlant du monde, pour dissoudre les rouges et or du rideau dans le béton des chantiers, l'acier des hangars ou la nuit urbaine. À l'heure où l'écriture théâtrale empruntait déjà les voies du narcissisme ou du formalisme langagier, Koltès réévaluait ainsi la très ancienne dramaturgie du conflit, pour s'inscrire lui-même en tant que sujet dans son histoire et dans l'Histoire.

  • Montréal, 1948. La noirceur est partout, tant dans le monde politique que dans la vie quotidienne, une noirceur oppressante, voire suffocante. Seul refuge possible pour échapper à la lourdeur de cet environnement, l'imaginaire. C'est l'époque de l'absurde en littérature et de l'abstrait en art. La Librairie qui ouvre ses portes au 67, rue Sainte-Catherine Ouest n'est pas une quelconque librairie. Non seulement peut-on y bouquiner mais aussi y entendre son propriétaire, Henri Tranquille, grand amateur des débats et des confrontations d'idées, discourir sur tous les sujets possibles. La librairie devient rapidement l'un des lieux incontournables de la bohème littéraire et artistique montréalaise et Henri Tranquille, l'un de ses acteurs principaux. S'y déroule notamment le lancement de ce qui va devenir l'un des écrits-phares de la période, le manifeste Refus global. Passionné de littérature, Monsieur livre - ainsi consacré en 1980 par le Salon du livre de Montréal - est aussi ami des artistes. Il fait une large place à l'art dans sa librairie, dont le décor est d'ailleurs réalisé par Alfred Pellan. Elle accueille régulièrement des expositions et des oeuvres parmi lesquelles celles du groupe Prisme d'Yeux et des Automatistes dont Riopelle, Mousseau, Ferron et Borduas.Résolument épris de liberté, opposé à toutes formes de censure, anticlérical, frondeur, Henri Tranquille a été un libraire engagé. Il a partagé sa passion avec ses contemporains afin de les aider à prendre conscience de leurs opinions, de leurs rêves, de leur libre-arbitre, pavant ainsi la voie à l'ouverture de la société québécoise.

  • Si l'apport de la communauté juive à la société canadienne reste encore aujourd'hui méconnu, la littérature de cette communauté l'est tout autant. Un auteur s'y est pourtant intéressé il y a un peu plus de 25 ans. Dans Hundert yor Yidishe oun Hebreyshe literatur in Kanade, Haim-Leib Fuks a rédigé, en grande partie grâce aux collections de la Bibliothèque publique juive de Montréal, la biographie de 429 auteurs ayant écrit en yiddish ou en hébreu au Canada. Ceux-ci, dont la majorité sont venus d'Europe de l'Est entre 1900 et 1950, ont publié au Canada 271 ouvrages en yiddish et 43 en hébreu, en plus de plusieurs centaines d'autres dans leur pays d'origine ou aux États-Unis. Fuks répertorie tous ces ouvrages ainsi que les périodiques et journaux publiés en yiddish et en hébreu au Canada, pas moins de 135 en tout. Aucune autre étude parue depuis n'a réuni autant de renseignements sur la vie et les ?uvres de ces auteurs. La traduction de Pierre Anctil donne enfin accès à cette manne d'informations. Elle permettra non seulement aux personnes intéressées de puiser dans la compilation de Fuks les éléments biographiques et bibliographiques nécessaires à la compréhension de la littérature yiddish, mais aussi de lever en partie le voile sur l'apport culturel et social des Juifs est-européens à la société canadienne au XXe siècle. Saviez-vous que la littérature yiddish canadienne est la plus importante en langue non-officielle au pays ?

  • Georges Bataille, la terreur et les lettres met en cause la vulgate critique qui, à la suite de Tel Quel, continue à donner la faveur à une lecture « terroriste » de l'oeuvre bataillienne. On lit toujours Bataille pour le sublime de son abjection et la passion indicible de ses textes. On retient encore de son oeuvre ce moment initial où la révolte contre le surréalisme contribue à proposer l'image durable d'une « écriture » antirhétorique, sacrificielle et pulsionnelle. Or, cette approche est aussi historiquement limitée qu'elle est textuellement problématique. Elle ne permet pas de prendre en compte l'ensemble d'une réflexion littéraire qui, dans les années quarante, revient sur ses textes et repense leur relation au sacrifice et à l'indicible. C'est donc à partir d'une relecture générale de l'oeuvre et plus particulièrement de certains textes charnières des années quarante (le Coupable, L'expérience intérieure, L'impossible) que le présent ouvrage remet en question le « terrorisme » de Bataille. Il réévalue son approche littéraire dans le contexte critique des oeuvres contemporaines pour montrer que l'appel paulhanien à un « retour à la rhétorique » trouve alors davantage d'échos dans l'écriture bataillienne que la terreur anti-poétique. L'expérience intérieure de Bataille, son « impossibilité », n'y perdent pas leur tension vers l'indicible. Elles y gagnent une conscience de leurs clichés et le savoir très sûr de leur littérarité.

  • Dans un premier temps, un voyage opéré dans la géographie cinématographique du spectateur-Claude Simon permet de mettre en évidence un auteur imprégné de cinéma, un véritable « enfant de cinéma ». Nous suivons la trace des multiples allusions aux techniques qui participent des débuts du cinéma, repérons la marque du cinéma burlesque et du cinéma surréaliste, la place de la Star et de la mythologie hollywoodienne, ainsi que la présence d'un autre versant du cinéma, celui de la pornographie. Toujours dans le cadre d'une typologie du cinéma, les goûts de Claude Simon en matière de Western sont révélés par une lecture attentive des romans. Dans un second temps, l'étude de l'adaptation cinématographique de La Route des Flandres, marquée à la fois par l'enthousiasme et la déception, éclaire les relations ambiguës qu'entretient Claude Simon avec cet art et met en exergue ses choix concrets en matière de cinéma. La description et l'analyse minutieuse du découpage de La Route des Flandres et des dessins de Claude Simon, que l'on peut qualifier de « Story board », permettent de mettre en relief un projet cinématographique très avancé, dans lequel l'auteur se pose la question de l'adaptation et de la représentation.

  • Au Québec, pendant que la culture est de plus en plus évacuée des médias au profit du divertissement, la critique culturelle, lorsqu'elle n'est pas décriée, ne fait pas toujours l'unanimité. S'interrogeant d'abord sur la mauvaise réputation de ce métier, Catherine Voyer-Léger explore la façon dont il est pratiqué et se demande ce que serait un espace critique idéal.

    Mais qui sont les critiques culturels? Pourquoi leur travail est-il important? Pourquoi demande-t-on si souvent à des vedettes de jouer aux critiques dans nos médias? Est-ce que les nouvelles technologies changent la donne? La critique doit-elle tenir compte de questions morales ou éthiques? Qui est responsable de s'assurer que l'espace critique est un lieu sain où la discussion sur l'art peut évoluer? Ce sont autant de questions qui ouvrent des pistes de réflexion dans cet ouvrage d'une grande pertinence où l'autrice invite tous les gens concernés, y compris le public, à analyser notre rapport à la critique pour entreprendre une discussion de société qui dépasse les procès d'intention, les blessures d'orgueil ou les querelles de clocher.

    Catherine Voyer-Léger est écrivaine et chroniqueuse. Après une forma­tion aux cycles supérieurs en science politique, elle poursuit maintenant un doctorat en lettres françaises. À la suite de la parution de la première édition de Métier critique, elle a voyagé partout au Québec et dans certaines communautés franco-canadiennes pour discuter de l'état de la critique culturelle.

  • Dessin à regarder de traviole, le titre d'Artaud formule un étrange mode d'emploi, tout comme sa définition du lecteur de poésie - lire l'oeuvre d'un poète c'est avant tout lire au travers - restitue à la lecture une étrange valeur d'usage. Ecrire, lire, dessiner, penser, regarder de traviole, au travers, là serait l'unique chance pour que le réel advienne, dans la décomposition et l'ouverture des formes, le renoncement à l'identité, la violence faite au langage, le refus de tout système fabricateur de réalité. A partir de la revue Documents qui fut dirigée, par Georges Bataille, c'est l'exigence et le travail du réel que ce livre tente d'explorer. Ou comment la littérature, la peinture, la pensée critique, en fustigeant l'ancienne attitude esthétique qui n'aurait été qu'escamotage, mensonge et sérieux métaphysique, s'acharnent à déstabiliser les codes de perception et à faire voir le réel, inventent un tout autre réalisme.

  • Les romans d'Antoine Volodine et d'Olivier Rolin se saisissent de l'histoire du xxe siècle pour en méditer le cours. Hantés par l'échec de l'utopie collectiviste, ils soulignent avec une ironie mordante l'écart que celle-ci entretenait avec le réel social. Mais, nostalgiques envers l'élan du sublime qu'elle inscrivait dans le champ de nos représentations, ils se désolent des renoncements du temps présent à l'action collective. Et leur lucidité se trouble d'une indéfectible mélancolie. Première étude comparée de deux oeuvres majeures du panorama littéraire contemporain, cet ouvrage souligne les paradoxes de la représentation romanesque de l'utopie dans un monde désenchanté. Résolument sociocritique, il envisage les rapports que la fiction littéraire noue avec les représentations idéologiques et, joignant l'analyse de l'imaginaire social à l'approche formelle des textes, met en évidence la consignation douloureuse d'une mémoire du politique. Quelle pertinence le recours à la littérature peut-il avoir face aux espoirs et aux errements du xxe siècle ? Telle est la question majeure de ce livre qui retraverse le champ des questions esthétiques et les affronte aux mutations de l'imaginaire politique des sociétés occidentales.

  • Robert Merle est une énigme. Voilà un écrivain qui obtint pour son premier roman, Week-end à Zuydcoote, le prix Goncourt, qui alimenta les chroniques littéraires durant plus d'un demi-siècle ; un écrivain apprécié du grand public et dont l'oeuvre est toujours publiée, traduite et adaptée, mais qui est demeuré au purgatoire des belles lettres. À contre-courant du Nouveau-Roman, cet amoureux de la péripétie opta pour le romanesque, pour un roman populaire, démocratique, et symptomatique du second xxe siècle. Il mit en intrigue le totalitarisme, la guerre, la décolonisation, l'angoisse atomique, le féminisme, les événements de 68, etc. Par l'histoire du passé, du présent, ou de l'avenir dans ses romans de politique-fiction, Merle se confronta à des questions existentielles : le mal, le droit de tuer, la monstruosité de l'homme de devoir, le vivre-ensemble. Cette première monographie française se propose d'offrir une « revie littéraire » à un écrivain en quête d'humanité.

  • La correspondance italienne de Claire de Gonzague, conservée essentiellement dans les Archives de Mantoue, rassemble de très nombreux sujets éclectiques qui traduisent les préoccupations publiques et privées des Gonzague et des Bourbon-Montpensier. Si ceux-ci sont le plus souvent évoqués dans le style informel, naturel et spontané de lettres familiales, toutefois quelques missives sont rédigées dans une prose baroque qui s'orne d'images hyperboliques témoignant d'une vénération pour Dieu, le roi de France et surtout pour son frère François, héritier de la lignée princière. Ces échanges épistolaires font état notamment de la relation particulièrement intense qui unit la comtesse et son frère, une tendresse qui se traduit par des petites phrases affectueuses empreintes d'une admiration qui ne se démentira jamais. Les liens affectifs de Claire avec ses jeunes soeurs sont presque aussi vifs et des relations très cordiales unissent les deux beaux-frères, Gilbert et François, qu'aucun événement politique, aussi grave soit-il, ne viendra rompre par la suite. La correspondance révèle également le jeu diplomatique joué par la comtesse à partir de 1494, lorsque Gilbert, lieutenant-général de l'armée française, accompagne le roi Charles VIII dans sa descente en Italie, conflit au cours duquel son époux devra s'opposer à son frère, à la tête de la Ligue de Venise. Ce rôle politique va s'accentuer après son veuvage, lorsqu'il lui faudra défendre sa patrie face à la volonté de Louis XII de s'emparer des petits États qui constituent l'héritage de sa grand-mère Valentine Visconti. Puisse la publication de cette correspondance contribuer à éclairer cette période confuse marquée par la première campagne d'Italie et faire connaître cette princesse mantouane qu'un destin atypique a conduit à devenir une des premières ambassadrices de la Renaissance italienne.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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