Presses universitaires de la Méditerranée

  • La représentation forstérienne du corps révèle une ambiguïté désenchantée dans l'approche du monde et la conception de la littérature. Les figures corporelles sont a priori absentes de cette oeuvre qui, par une esthétique de l'invisible et du silence, préfère suggérer par le non-dit. L'oeil et la voix renvoient alors au secret et aux différentes logiques de rétention du texte. Puis les romans s'ouvrent à l'écriture du sensible pour laisser apparaître un corps d'essence idéaliste, qui se voit et se touche dans toute son immédiateté, qui devient l'objet et l'origine d'une voix au coeur d'une nécessaire complémentarité phénoménologique entre vision et visibilité. Le texte privilégierait la représentation dans l'espace au détriment du récit chronologique, témoignant d'une certaine modernité esthétique. C'est ce que les trois adaptations de James Ivory notamment confirment par leurs propres figures de l'oeil et de la voix. Bien que ces films semblent d'abord passer sous silence la voix forstérienne, ils apportent aux romans un nouvel éclairage que vient encore modifier A Passage to India, où Forster renonce au corps comme à l'écriture, tous deux incapables de montrer ou de dire le monde.

  • Écrivain majeur de la littérature brésilienne, João Guimarães Rosa (1908-1967) a toujours défini ses écrits par rapport aux grandes traditions spirituelles - la Gnose Hermétique et l'Alchimie occidentale, le Taoïsme oriental et le Zen-bouddhisme. Son unique roman, Grande Sertão : Veredas, met en scène une épopée initiatique de dimension universelle. Sous les apparences régionalistes d'une chevauchée de bandits, le héros y revit les mythes de l'Égypte ancienne, de Babylone, des Hébreux et des Grecs, en symbiose avec les paraboles des Évangiles, dans un décor brésilien animé par des personnages à clef, adeptes d'Hermès Trismégiste, incarnations de figures de l'Ancien et du Nouveau Testament, ainsi que des arcanes du Tarot, ou porteurs de la sagesse orientale mêlée à la tradition maçonnique. De plus, l'accès aux mystères est compliqué par un langage codé, fondé sur des spéculations qui, par le biais des étymologies et des analogies sonores, prétendent remonter au Verbe primordial. Ainsi, João Guimarães Rosa trouve sa place parmi les émules d'Orphée dont le chant répercute dans la caverne des hommes l'écho sonore des voix du Grand Ser Tao.

  • Depuis le vol de la lettre par l'esclave qui accédait à l'écriture au péril de sa vie, le parcours de la lettre noire se fait en référence à la liberté et à l'illettrisme. Écrire est une conquête, un signe d'humanité, un miroir tendu au maître. L'oralité originaire du parler noir et le topos du « livre qui parle » hantent l'écriture de romans complexes qui mettent en abyme les aléas des correspondances. L'épître est aussi, à l'instar des lettres des soeurs Grimké, cette lettre « ouverte », héritière du sermon, qui s'inscrit dans une démarche politique. Lettre de protestation, lettre intime qui se fait publique, elle participe alors aux luttes qui jalonnent l'histoire noire. Retour aux sources, elle est le matériau brut de l'artiste Raymond Saunders. Elle intervient. Elle insiste.
    Retracer la trajectoire de la lettre dans la culture afro-américaine, tel est le but de ces essais qui portent sur les lettres de prison (George Jackson et Mumia Abu-Jamal), le roman épistolaire (Alice Walker) et ses avatars dans le roman postmoderne contemporain (John Edgar Wideman, Percival Everett), et les correspondances d'écrivains avec leurs éditeurs (James Baldwin, Charles Chesnutt, Richard Wright).

  • Recueil des contributions d'un colloque organisé à Wittenberg sur les modes de lecture dans l'Europe du XVIIIe siècle et en particulier sur l'interculturalité du savoir. Réflexions sur la traduction, l'impression et la lecture appartenant à une culture étrangère durant cette période.

  • Une exploration de la présence marquée du sang dans le roman anglais du XVIIIe siècle. Une première partie concerne le corps des personnages romanesques, et tente de définir quel rôle y joue le sang. La seconde partie analyse les rapports entre sang et société anglaise du XVIIIe siècle. La dernière partie se concentre sur les rapports entre le sang, ses motifs et le travail de l'écrivain.

  • Los Coloquios de Baltasar de Collazos fueron publicados en ­Lisboa en 1568, de cuya edición solo se conserva un único ejemplar en la Biblioteca Nacional de España. Se trata de una obra que presenta la conversación, en dieciocho diálogos, de diferentes personajes en Sevilla acerca de sus problemas para sobrellevar una vida basada en el engaño, pues se fingen caballeros sin serlo. Ello les conduce al cuestionamiento de este modo de vida y da lugar a una interesante crítica a diferentes comportamientos de la sociedad española del siglo xvi. Aunque el autor es poco conocido, el texto ha sido puesto de relieve en varias ocasiones por su llamativa y tempranísima relación con la literatura picaresca y la celestinesca, así como por el novedoso tratamiento dado a algunos temas de especial interés en la época (economía, honor y moral, etc.). Varios aspectos, como la imagen de Sevilla, la visión de la hegemonía militar española o la apariencia de honradez tras la que se esconden sus parasitarios protagonistas, llaman la atención por el momento en que se sitúan. El trabajo que se presenta ofrece el texto editado con rigor, de acuerdo a criterios filológicos y modernos. A ello se suma un estudio que intenta situar la obra en su contexto histórico, cultural y literario, así como ­resolver las cuestiones más problemáticas del texto.

  • Depuis le Romantisme, la littérature offre à ses lecteurs la représentation d'une autorité en lambeaux dans un monde « gaste » où plus aucune valeur n'est fondée, où justice et vérité ont perdu leur sens. Vers le milieu du siècle, la composition des oeuvres et la langue elle-même paraissent contaminées par cette « esthétique » de la mélancolie. Pourtant la tradition critique qui se constitue au XXe siècle veut que ce moment historique dit « moderne » constitue surtout une rupture d'avec le sujet romantique. Dans cette insistance du « soleil noir » à dominer tout le siècle, on lira plutôt la persistance d'un « inconscient romantique » et son insistance à élaborer le pacte littéraire autour d'une nouvelle fiction de l'autorité. Empruntée, parfois directement, au motif médiéval des terres gastes, cette fiction met en scène les données de l'articulation du champ des représentations telles que la psychanalyse freudienne, elle-même héritière de cet « inconscient romantique », se les figure. Les représentations de la traversée de la mélancolie, comme autrefois celle des Pères au désert, composent une figure du héros-auteur, capable de vaincre la stérilité de la terre s'il passe l'épreuve de la rencontre avec un objet merveilleux, Graal ou baleine blanche, dont l'autre face présente la désintégration mélancolique incarnée par la Gorgone. De Chateaubriand qui écrit dans son cercueil, à Ismaël sauvé par un autre cercueil jusqu'à « l'impersonnalité » de Flaubert ou de Mallarmé, cette figure de l'autorité « chante en désespérée » mais, loin des nihilismes desquels on a voulu la rapprocher, elle chante et vise bien plutôt le ré-enchantement du monde que la mort de l'art.

  • Ce dossier [...] témoigne de la difficulté insistante qu'il y a à nommer, en France et en français, tout un champ d'études qu'on désigne dans une bonne partie du monde comme gender studies. Si de telles études ne sont pas absentes de l'univers intellectuel et universitaire français, elles ont certainement mis plus de temps à y conquérir, en même temps qu'un nom, une légitimité et une visibilité.

  • Le présent volume constitue le recueil des interventions au colloque « Traduction et Lusophonie » qui s'est tenu à l'université Paul-Valéry, Montpellier III, du 6 au 8 avril 2006. Il inclut un large éventail de communications portant sur la traduction de documents en langue française et portugaise, documents aussi divers que les textes poétiques et théâtraux, la poésie classique et contemporaine, la chanson et le sous-titrage de films. Les réflexions menées par des universitaires de nombreux pays (France, Portugal, Italie, Belgique, Espagne, Roumanie, Équateur, Brésil) sont illustrées par le témoignage de deux écrivains de la jeune génération, l'un portugais (Pedro Sena-Lino), l'autre angolais (Ondjaki). De la diversité des approches proposées par les intervenants, il ressort une richesse de perspectives explorées et toujours exploitables dès lors que l'on s'attache à comprendre les mécanismes permettant le passage d'une langue à une autre. « Traduire les lointains » est sans nul doute l'axe fédérateur de l'ensemble des articles de ce volume.

  • La lecture a récemment fait l'objet d'une nouvelle recherche. Comment lisait-on dans le passé ? Où, quand et pourquoi lisait-on ? De quels lecteurs s'agissait-il vraiment ? Ou encore en quels termes les finalités et les modes de l'acte de lire étaient-ils exactement définis et répertoriés par leurs contemporains ? Telles sont les questions qui, parmi tant d'autres, ont attiré l'attention croissante des chercheurs ces dernières années dans divers domaines de l'histoire culturelle et de la critique littéraire. Diverses études, portant sur presque tous les pays européens du Moyen-Âge jusqu'à un passé relativement récent, ont proposé de nouvelles stratégies pour aborder la problématique de la lecture. Cependant, l'étude de la lecture dans la culture européenne au Siècle des lumières s'est avérée tout particulièrement fructueuse, car elle a mis au jour un grand nombre de nouvelles approches de la pratique et de la finalité de la lecture, ainsi que de ses représentations.

  • La légitimité est le capital de crédit qu'une oeuvre, un auteur, un courant reçoit de l'institution littéraire à tel moment de l'histoire. Elle se définit en fonction des valeurs littéraires en cours, doit son efficience au taux d'intérêt et de reconnaissance qu'elle suscite dans le monde social et peut se figer dans un processus de consécration, ...

  • Cas singulier que celui de R Gardy dans la littérature occitane. L'acuité de sa lecture et son érudition ont balisé le champ des lettres d'oc, de l'âge baroque à la période contemporaine. Mais en détournant l'attention de lui et en taisant systématiquement son nom, son travail de critique a occulté, par l'autorité même qu'il s'est acquise, ...

  • La culture française est marquée, depuis le xixe siècle et durant une grande partie du xxe siècle, par le règne du « livre triomphant » et plus généralement de l´imprimé ; c´est aussi de cette époque que date l´émergence de cette civilisation du journal qui est l´ébauche de nos médias actuels et qui constitue sans doute un des lieux essentiels de compréhension du dix-neuvième siècle. Mais, parallèlement, on assiste à l´apparition ou à la résurgence de pratiques qui, au contraire, imposent la présence de la parole vive. En fait, tandis que l´univers de l´imprimé (livre ou périodique) occupe une place de plus en plus hégémonique au sein de la communication littéraire, tout se passe comme si proliféraient, par compensation et par une sorte de schizophrénie, des pratiques culturelles ou des genres d´écriture impliquant un acte effectif de parole ou reproduisant les formes du discours social, mais toujours transformant en matériau proprement artistique - et, à certains égards, absolument moderne - les vieux outils pourtant empruntés à la tradition populaire ou à cette civilisation de la parole maîtrisée que l´Antiquité avait léguée aux siècles classiques. L´interview, genre hybride qui naît dans les années 1870-1880, participe à la fois de la civilisation du journal et reflète également le désir nostalgique d´une retranscription de la parole vive.

  • À virtuel s'oppose actuel, comme la puissance à l'acte et l'énergie à sa dissipation dans les travaux finis. Par définition, une oeuvre d'art virtuelle ne serait pas actualisée, ou ne serait pas actualisable, chose rude à comprendre. Car il existe de multiples degrés de virtualité et d'actualité, si bien qu'un projet architectural peut être tenu pour actualisé comme dessin, mais virtuel comme édifice ; ou, lisant une pièce de théâtre, je l'actualise texte littéraire tandis qu'elle reste spectacle virtuel. En revanche, paraissent, à première vue, plus utiles et plus fermes d'autres distinctions, comme l´opposition entre réel et irréel, ou entre réel et possible. La première est logique, aristotélicienne et sent sa scolastique, les secondes semblent solides, car elles engagent par définition un jugement « de réalité ». Une oeuvre, comme l'indique son nom, est le résultat bien visible, palpable et mesurable d'un travail.

  • Au cours de l'histoire, Melancholia s'est déjà présen­tée comme figure du destin mais, dans les mises en scène de l'absence auxquelles l'art nous a accoutumés, la mélancolie est peut-être aujourd'hui, de manière plus spécifique encore, la figure qui permet de saisir la problématique du déclin, à travers toutes les représentations d'un monde désinvesti, dans lequel le travail du deuil - de la culture, de la bonté, de la beauté.... - ne semble plus devoir trouver une fin.

  • Le second numéro de Lieux Littéraires propose, pour cahier principal, la question de l´Histoire perçue non seulement comme articulation chronologique mais, en tant que phénomène littéraire, comme « rythme » ou, plutôt, partitions croisées de l´Histoire, de la Littérature et des formes de leur médiation, comprises ici dans l´acte, au sens large, de l´édition.Nous avons vu là non seulement une manière de recomposer l´histoire de la littérature mais aussi d´aborder les phénomènes culturels spécifiques au xixe siècle. Le glissement de l´Histoire sur la scène de la fiction n´est pas simple affaire, conjoncturelle, de propagande ou de thèmes.

  • Ce livre prolonge et approfondit les Collectifs Un autre Senghor (1999) et Sony Labou Tansi, le sens du désordre (2001) publiés dans la même collection de l'Axe francophone et méditerranéen du Centre d'étude du XXe siècle. Réunir des écrivains africains et antillais dans un même livre, c'est prendre au sérieux ce que Patrick Chamoiseau a souvent affirmé: il y a, entre eux, à la fois d'incontestables filiations en même temps que des problématiques culturelles et des poétiques très différentes. Le thème de l'écriture et du sacré permet de bien comprendre ces ressemblances et ces variations. Un premier contraste, classique, oppose Senghor à Césaire, le poète nostalgique du mythe et de l'épopée à celui des arrachements et des ruptures qui déchiffre le Sacré dans le coeur noir de la langue, dans les syncopes et les abruptions du rythme. Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau, quant à eux, s'ils ne renient pas l'héritage de la négritude, leur part africaine, comme ils disent, font face à un danger plus contemporain et, au fond, plus difficile à combattre : celui d'un tarissement possible de la « diversalité » du monde, d'un désenchantement (qui oeuvre au coeur même du symbolique et de la langue). L'écrivain retrouve alors une vocation fondamentalement romantique, dans une attention constante à la poïesis du monde et des mots: expérience d'un Sacré que l'oeuvre, sans cesse, réinvente, en une nouvelle alchimie rimbaldienne du Verbe.

  • Si l'on néglige, un instant, les arguties conceptuelles et les débats méthodologiques, il est clair que toute la théorie littéraire est une longue réflexion - ou rêverie - sur le pouvoir de la littérature, sur ce pouvoir mystérieux des mots dont l'écrivain, par vocation artistique, aurait découvert le moyen de décupler l'efficacité. De cette vertu intemporelle du langage, le discours critique sur le Romantisme - disons sur le xixe siècle - a en outre inventé la version historienne, qui est à l'origine de l'extraordinaire renouveau des recherches littéraires sur le xixe siècle français, depuis près d'un demi-siècle. L'homme d'après 1789 aurait découvert l'Histoire : que l'Histoire a un pouvoir sur le réel et un sens, et qu'il lui revient de se saisir du premier pour influer sur le second. Là encore, l'auteur, parce qu'il est, plus que tout autre, libre et responsable de ses mots, aurait la mission de penser le modèle de cette historicité-là, ou, du moins, d'en élaborer l'image textuelle ; si bien que, désormais, toute poétique est, ipso facto, une politique.Tout cela est bien connu. Mais, justement, il ne sera pas question, dans cette troisième livraison de Lieux littéraires, de ces deux images, triomphales et aveuglantes, de la Littérature et de l'Histoire, mais, au contraire, de ce qu'elles ont laissé dans l'ombre - ou à contre-jour.

  • Quelle définition donner au « topos » ? Au confluent de quelles traditions théoriques et critiques apparaît cette notion ? Quelle peut être sa pertinence comme noyau d'interprétation et de lecture sérielle du roman français, du Moyen-Âge jusqu'à la fin de l'Ancien Régime ? Depuis 1987, la Société d'Analyse de la Topique Romanesque (SATOR) s'efforce de constituer un thésaurus des topoi dans les romans de langue française avant 1800. Dix ans après sa fondation, elle a souhaité dresser un bilan de son activité, prendre la mesure du terrain qu'elle a défriché et de sa contribution à la compréhension des procédés de l'invention romanesque. C'est l'objet de la trentaine de textes réunis dans ce volume par Nathalie Ferrand et Michèle Weil, à la suite du XIe colloque de la SATOR, qui s'est tenu en 1997 à l'Université Paul-Valéry de Montpellier.

  • This study, based on the numerous Bible references found in Aaron´s Rod (1922), Kangaroo (1923) and The Plumed Serpent (1926), shows how the constant borrowings from Bible sources voice D. H. Lawrence´s political thought. In many ways, Lawrence´s relation to the Bible recalls Nietzsche´s, however his appropriation of religious rites and sacred texts aims at questioning the political role of man in a community in terms of power and submission while positioning man in the cosmos. Still under the trauma of his war experience, Lawrence introduces characters who, mirroring his own despair, reject their native country and leave in search of a new political order. They question their relation to God, to homeland and to marital bonds, intertextual dialogism voicing their doubts. In exile, their distancing from the power of the Word, which represents European political power, increases, as does the amount of transformation the biblical text undergoes. Eventually confronted with ideologies such as Fascism and Marxism, the characters state their opinions by weaving intertextual links with the Bible. Thus, to voice his political answers, Lawrence´s writing becomes highly apocalyptic. By coupling politics and the Bible, the study offers an original reading of the so-called leadership novels which qualify as political essays.

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