Presses universitaires de Paris Nanterre

  • Ces Éclats de littérature grecque explorent plusieurs facettes des différents genres littéraires de la Grèce ancienne, d´Homère et de ses commentateurs aux textes de la seconde sophistique, mais ce sont aussi les modernes qui, de La Fontaine à Pascal Quignard, font scintiller leur lecture de l´Antiquité. Par ces études, les anciens étudiants, français et américains, de Suzanne Saïd ont voulu rendre hommage à cette helléniste de renommée internationale en lui offrant quelques pages de leurs recherches qu´elle a su, avec tant d´énergie et de générosité, initier, stimuler et orienter. Professeur en France et aux États-Unis, Suzanne Saïd n´a cessé d´ouvrir de nouveaux chemins dans le paysage littéraire de la Grèce ancienne et de contribuer en profondeur au renouvellement des études classiques. Les articles réunis ici sont à l´image du parcours littéraire et philologique qui l´a conduite de la poésie homérique et des mythes grecs à la tragédie et à la comédie attiques, à la philosophie et la rhétorique, jusqu´à la réception hellénistique et impériale de cette culture classique, et ses résonances modernes. Ce volume contient une bibliographie récente des travaux de Suzanne Saïd.

  • CE LIVRE EST NÉ DE LA VOLONTÉ DE DÉCLINER une piste que nous n´avions pu aborder dans notre précédent ouvrage, Le Livre et ses espaces, qui envisageait le livre dans sa mise en scène spatiale, réelle et métaphorique, que ce soit à travers l´espace du livre - ses dimensions -, l´espace dans le livre - la typologie de la page -, ou l´espace hors du livre - la bibliothèque par exemple. Dans L´Esthétique du livre par contre, c´est le livre comme lieu d´expériences sensibles que nous souhaitons traiter. Mais que l´on ne s´y méprenne pas ; c´est plus la question de la perception du livre comme objet, industriel ou non, que ses liens éventuels avec la création artistique qui nous intéresse. Et plutôt que d´en rester à la simple analyse du beau livre avec les deux sous-entendus qui l´accompagnent : le beau livre serait le livre d´artiste ou le livre d´art, et l´esthétique du livre l´affaire exclusive des bibliophiles, nous avons préféré partir des perceptions suscitées par l´objet livre pour creuser ses dimensions esthétiques et les impressions qu´il engendre.

  • En 1959, Michel Crozier, Jean-Daniel Reynaud, Alain Touraine et Jean-René Tréanton prennent la responsabilité éditoriale d'une nouvelle revue : Sociologie du travail, publiée aux Éditions du Seuil. La « sociologie du travail » et sa revue éponyme incarnent alors le renouveau de la sociologie française fondé sur la démarche de « terrain » et la confrontation avec la « demande sociale » dans le contexte de la France de la Reconstruction. C'est à ce moment charnière de l'histoire de cette discipline qu'est consacré cet ouvrage. Les auteurs y dressent le portrait d'une communauté scientifique vivante où les sociologues académiques sont dans un échange permanent avec les acteurs sociaux de tous bords : hauts fonctionnaires, syndicalistes, dirigeants d'entreprises. Cet ouvrage est une contribution à l'histoire de la sociologie et de son institutionnalisation, mais aussi à l'histoire des intellectuels et de leur engagement dans la Cité. Les témoignages des quatre fondateurs qui s'expriment avec rigueur et sincérité et qui ne cachent pas leurs désaccords, constituent en eux-mêmes des documents de première importance. Ce livre porte principalement sur l'histoire de la sociologie, mais aussi sur les débats politiques, économiques et sociaux de la France d'après-guerre.

  • Les livres sont aussi des bibliothèques. Dans la salle de lecture de celle que constitue celui-ci, on peut croiser, entre autres, Thomas Bernard, Adnré Breton, Blaise Cendars, Pascal Quignard, Pierre Michon ou encore Philippe Soller, qui y forment une petite communauté provisoire. Chacun de ces lecteurs singuliers vient là pour des raisons diverses : pour voyager, dénombrer, rêver ou encore interpréter. On y rencontre aussi l'auteur qui s'interroge sur cette étrange passion - lire - dont il souprçonne qu'elle cache quelque chose. Il semble que chacun de ces lecteurs ait trouvé dans le livre un objet d'amour. Un objet d'amour qui en remplace un autre.

  • Le 14 septembre 2011, dans l´émission de Laure Adler Hors champ sur France Culture, Jean-Luc Godard tenait les propos suivants : « Question : Expliquez-nous la différence entre du cinéma vrai et des films, faire des films. Réponse : Les films on peut les voir, le cinéma on ne peut pas le voir. On peut juste voir ce qu´on ne peut pas voir... de l´inconnu ou des choses comme cela... Question : C´est cela que vous tentez de faire ? approcher de l´invisible... Réponse : Ce qu´on fait naturellement, ce que font beaucoup d´écrivains à leur manière. Quand j´étais adolescent, l´un des premiers livres qui m´avaient touché, c´est un livre de Maurice Blanchot... je ne connaissais rien à la philosophie et à toute cette école... c´était un livre qui s´appelait Thomas l´Obscur... voilà c´est Thomas l´Obscur... » Le 28 janvier 1942, à la sortie de Thomas l´Obscur, Thierry Maulnier faisait le commentaire suivant dans sa chronique littéraire : « Le premier roman de M. Maurice Blanchot constitue à n´en pas douter une des expériences les plus subtiles et les plus audacieuses qui aient été faites depuis longtemps pour faire dire aux mots plus ou autre chose que ce qu´ils ont coutume de dire dans leur emploi habituel. » Deux témoignages différents mais la même intuition sur un auteur à part qui a marqué toute une génération d´écrivains. L´intention de cet ouvrage collectif sur les romans et récits de Maurice Blanchot est justement de creuser cet informulé dans le connu du mot, autrement dit la manière dont l´écriture de Blanchot pose la question de l´invention du langage à travers l´acte de nomination : comprendre le combat que livre Thomas avec, pour ou contre le mot.

  • « Il y a des dates qui comptent, d´autres qui tombent en poussière. » À la manière de 1900 qui selon Paul Morand fêtait les noces d´or du passé et de l´avenir, l´année 1925 s´est imposée à la mémoire collective comme une année mythique. Entre l´armistice de 1918 et la crise de 1929, les années vingt, profondément marquées par la Grande Guerre, présentent un singulier mélange de désarroi, de révolte et de frivolité. Soutenus par un développement sans précédent des transports et des médias, l´éloge de la vitesse et le « bel optimisme des machines » cher à Blaise Cendrars se diffusent comme des mots de passe. Sous le signe du jazz, la mythologie de ces « Années folles » se forge au Boeuf sur le toit autour de Jean Cocteau, tandis que Fantômas et Charlot, la garçonne de Victor Margueritte et Coco Chanel, la Lulu de Pabst et d´Alban Berg, la Nadja d´André Breton, tendent leurs miroirs aux incertitudes du temps. Au « nouvel mal du siècle » font réplique, ici, un renouveau de l´aventure et, là, un regain de la spiritualité. 1925 marque un apogée et un tournant. Deux manifestations dominent la saison à Paris : la Revue nègre au Théâtre des Champs-Élysées, avec Joséphine Baker et Sidney Bechet, et l´Exposition internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes - les Arts décos - qui va définir le style de l´époque. Caractériser l´esprit de 1925 sur un plan international, dans les arts comme en littéraire, faire apparaître le fragile équilibre de ses tendances et de ses tensions, interroger dans ses contradictions l´appel à un ordre nouveau, telles sont les ambitions du présent ouvrage.

  • L´Interprétation des songes d´Artémidore de Daldis, composée à la fin du iie siècle de notre ère, est le seul ouvrage antique du genre qui nous soit parvenu dans son intégralité. C´est une source d´information irremplaçable et pourtant encore mal exploitée sur les attentes, les craintes, les représentations des contemporains d´Artémidore et sur le monde dans lequel ils vivaient. C´est aussi un exemple de guide interprétatif comme on en trouve dans de nombreuses civilisations et à maintes époques historiques, mais jamais à un tel degré d´élaboration ni avec une telle complexité d´analyse. Ce recueil rassemble six études portant sur Artémidore et son traité, ainsi que sur sa postérité. Il s´agit de situer l´auteur dans le paysage religieux de son temps et par rapport aux courants philosophiques qui dominent la scène intellectuelle de son époque ; d´explorer les thèmes reflétant les préoccupations et les activités de ses contemporains (le théâtre, l´argent, la mort) ; il s´agit enfin de présenter l´onirocritique byzantine qui se différencie de celle d´Artémidore tout en étant son héritière.

  • NOUS SOMMES PORTÉS à admirer les figures littéraires que la tradition nous a léguées. Dans un même temps, un mouvement de répulsion nous saisit lorsqu´on songe à la façon dont les politiques de tous bords ont pu utiliser certains grands récits mythiques.

  • « Mythe » et « fiction » : deux catégories qui renvoient aux notions d´imagination, de fantaisie et de chimère ; à cette puissance ennemie de la raison raisonnante que Malebranche, dans une réflexion célèbre, appelait la « folle du logis ». « Mythe et fiction », un pléonasme ? Le « mythe » est une forme de pensée structurante, un mode d´articulation logique de la réflexion en liberté. La « fiction » est un outil d´investigation efficace pour l´exploration d´un nouveau monde, l´espace littéraire dont les univers parallèles de la fantasy ou les mondes possibles de la science-fiction sont devenus les nouveaux paradigmes. La Grèce et la Rome antique sont un carrefour idéal pour faire se rencontrer ces deux forces. Littéraires et historiens des mentalités et des représentations avaient déjà parcouru ces sentiers, mais sans les faire se croiser. Il était donc temps de procéder à un état des lieux de la recherche, dans sa diversité et ses complémentarités, dans ses oppositions et ses conciliations. Aucune approche n´a été a priori exclue dans cette recherche de l´hybridation : textes et images, Antiquité et modernité se sont retrouvés l´espace d´un volume en dialogue. Voici l´ambition de Mythe et fiction : être un carrefour, un lieu de passage et de discussion où les théories du mythe et les théories de la fiction puissent se rencontrer.

  • Depuis le xviie siècle, les traducteurs, les adaptateurs et les praticiens du théatre n'ont jamais cessé de faire vivre en France les pièces de Lope de Vega, Tirso de Molina ou Calderon de la Barca, malgré la célèbre phrase de Louis Jouvet qui affirmait que « le théâtre du Siècle d'Or est un théâtre mort ». Traditionnellement envisagé sous l'angle de la critique des sources, le riche et complexe phénomène de la réception de la Comedia espagnole en France, depuis l'âge classique jusqu'à la période contemporaine, a donné lieu, depuis quelques années, à des travaux novateurs réalisés par des chercheurs provenant de diverses disciplines. Le présent ouvrage rassemble ainsi dix-sept contributions d'hispanisants, de francisants ou de comparatistes, qui rendent compte de la vitalité des études portant sur un processus tenant autant de l'imitation ou de la réécriture que de l'échange interculturel. Un livre qui nous invite à repenser le rapport entre théâtre espagnol et théâtre français afin d'enrichir une histoire transnationale du goût et de l'esthétique dramatiques.

  • Longtemps rélégué dans l´ombre, le rire est aujourd´hui à la mode. Mais on s´intéresse presque toujours au rire pour d´autres raisons que le rire lui-même. On veut démontrer ses significations philosophiques, exalter ses vertus esthétiques - comme s´il fallait toujours s´excuser de rire et de faire rire. À rebours, L´Esthétique du rire veut s´en tenir au rire. D´abord, en rappelant son irréductible unité, malgré toutes les variantes ou sous-catégories qu´il est loisible d´énumérer (l´ironie, le burlesque, la satire, la blague, la parodie, la farce, etc.). Ensuite, en affirmant avec force que, s´il existe bien un art du rire, il n´est rien d´autre que l´art de faire rire, avec le plus de force et de plénitude possible. Pour saisir cette dynamique du rire, il fallait un dialogue entre les spécialistes du Moyen Âge, des siècles classiques et de la modernité post-révolutionnaire. Mais l´histoire ne doit pas faire oublier l´essentiel : la nature anthropologique du rire. Le mécanisme comique plonge dans les zones les plus mystérieuses de l´homme : dans l´inconscient que refoule le moi sérieux ; dans les mondes merveilleux de l´enfance ; plus généralement, dans un stade archaïque et primitif de l´homme. L´art du rire opère la mystérieuse transfiguration des ténèbres opaques de l´intimité humaine en bruyant feu d´artifice. Et ce sont les extases d´imagination induites par cette inversion miraculeuse qui fait du rire un phénomène d´ordre esthétique.

  • Écrire les migrations, les errances et les exils, c´est se tourner vers les problématiques des déplacements et des passages. Se pose alors la question de la définition de l´écriture migrante, définition nécessairement mouvante selon que l´on s´intéresse aux artistes qui choisissent la problématique de l´exil pour mettre en scène un questionnement identitaire ontologique ou à ceux qui, ayant eux-mêmes subi ou choisi l´exil, transforment leur propre exil en un exercice d´espoir dans un double mouvement mnémonique et didactique. Qu´il s´agisse d´une littérature de migrants ou sur les migrants, d´exils politiques ou d´exils imaginaires, l´esthétique de la migrance se construit dans la fracture et dans la perte pour réaffirmer le droit à la vie à travers une nouvelle éducation du regard : celui du sujet sur lui-même et sur l´autre, celui de l´autre sur l´étranger. Dès lors l´exil ne saurait se concevoir simplement comme une expérience purement physique et accidentelle, mais devient la condition même de notre relation à autrui, bouleversant les frontières commodes entre le dedans et le dehors. L´expérience de l´exil conduit ainsi le sujet à hanter les marges du langage, à s´ouvrir à d´autres langues, pour devenir cet « hôte [...] dont le métier est de demeurer vulnérable à de multiples présences étranges, qui doit garder ouvertes à tous les vents les portes de son logis du moment ».

  • Les différents articles présentés dans cet ouvrage mettent en lumière la dimension corporelle du livre. Toutefois, les analyses développées dans Le Livre au corps ne se contentent pas de l'analogie qui associe le corps à l'objet-livre à travers les mots d'un vocabulaire commun à l'instar de ceux de tête, pied, dos, nerfs...

  • Lorsque, au début des années 1980, avant la chute du rideau de fer, les romans de Kadaré commencèrent d'être traduits et connus en France, puis en Europe et ailleurs, ils fascinaient certes, mais ils ne satisfaisaient vraiment personne sur le plan de l'idéologie.

  • LA CONNAISSANCE DU LIVRE se rattache ici à la mise en jeu dialectique de termes apparemment éloignés : « livre » et « espace ». Le livre ne se réduit donc pas à son support matériel. Notre intention n´est pas non plus de délimiter tous les espaces possibles du livre qu´ils soient physique, esthétique, littéraire, métaphysique ou anthropologique. Il s´agit plutôt de proposer au lecteur un voyage à travers l´espace dans le livre - la page, le texte..., l´espace pour le livre - la bibliothèque, la collection..., l´espace hors du livre - l´oeuvre d´art, l´hypertexte... Le livre utopique de Lévinas, Blanchot ou Deleuze, la poésie plastique de Mallarmé, Apollinaire ou Claudel, le récit littéraire de Kundera, Le Clézio, ou Perec, l´espace pictural de Matisse, Kandinsky ou Gris, seront autant de jalons pour mieux mesurer l´étendue de ces espaces infinis que le livre invente.

empty