Presses universitaires de Liège

  • Quand elle n'est pas pacifique, ce qui lui arrive rarement, la poésie française consacrée à la guerre entre 1914 et 1918 est patriotique, belliqueuse, germanophobe, mensongère, scolaire. C'est là tout ce qui a été retenu d'elle par l'histoire, cela peut se comprendre et, pour l'essentiel, cela n'est pas faux. Le présent essai revient sur ce corpus méconnu et désormais malaimé tant il est dévoré par la guerre. Il propose une vue synthétique des événements et une lecture serrée d'oeuvres poétiques qui, pour être mobilisées et par conséquent « en guerre », n'en sont pas moins absolument modernes. Leurs auteurs ? Guillaume Apollinaire, Jean Cocteau, Pierre Drieu la Rochelle, Paul Éluard, mais aussi André Breton, Blaise Cendrars et Philippe Soupault. Chacun aura cherché une forme capable de dire cette guerre inouïe, jamais vue, qui défie au propre comme au figuré cette bien nommée folle du logis, l'imagination, pour tenter de dire ce que deviennent, au coeur de l'horrible, le temps, l'amour, la pensée, l'espérance. Toute la lyre va au front et fait en sorte que les outrances de la Grande Guerre passent à la littérature avec audace et inventivité, mais aussi avec sensibilité et humanité.

  • Il est des fictions universelles, qui ont été accueillies par tous les peuples d´Europe ; il est des fictions accessibles seulement à quelques peuples. La dramatique aventure des amours de Tristan et d´Iseut est de celles-là, la Chanson de Roland, de celles-ci. Tandis que la légende de l´amour plus fort que la mort éveille partout des résonances endormies, le récit de la mort héroïque du neveu de Charlemagne ne dépasse qu´accidentellement les marches de la chrétienté occidentale. C´est que l´idéal de ce récit est celui de cette vaste communauté, unie par et pour la lutte contre l´ennemi religieux et politique, contre le Sarrasin qui fait peser sa menace en Espagne et en Moyen-Orient. La Chanson de Roland est la geste de l´Occident militant. Aussi la voyons-nous se répandre dans toutes les littératures occidentales. La France, qui l´a imaginée, vibre à ses accents martiaux pendant toute l´ère médiévale ; l´Allemagne et la Flandre, unies dans la défense conquérante de la chrétienté, s´exaltent aussi en entendant chanter les exploits de Roland et de ses preux. Loin dans le nord, la Scandinavie en recueille les échos ; et, dans leur île, les trois peuples britanniques, anglo-normand, gallois et anglais, rivalisent d´enthousiasme pour la geste chrétienne. L´Italie n´est pas non plus restée insensible à tant d´héroïsme chevaleresque. Très tôt elle s´émeut aux fiers accents de l´épopée et ses grands classiques, Pulci, Boiardo et l´Arioste, les répéteront avec un sourire aux lèvres. Il n´est pas jusqu´à l´Espagne, terre des ennemis musulmans, qui ne prenne place dans le concert rolandien. De ces nations, deux étaient personnellement impliquées dans l´aventure littéraire de Roncevaux : « douce France » et « claire Espagne la Belle », la France, symbole de la chrétienté victorieuse, l´Espagne, symbole de la païennie aux abois ; la France, créatrice de la fiction qui chante son triomphe, l´Espagne chrétienne assimilée par elle à l´Andalus vaincu. Ces deux peuples, déjà conscients de leur individualité, fiers de leur participation à la reconquête chrétienne, comment vont-ils réagir devant l´affabulation dont ils sont les personnages principaux ? Mettre en pleine lumière et confronter ces attitudes diverses est la première tâche de celui qui veut décrire les transformations de la Chanson au Moyen Âge.

  • Partant de ces questions, l'ouvrage Narration et jeu vidéo. Pour une exploration des univers fictionnels propose un modèle explicatif fondé sur la notion riche d'univers fictionnel. Sur cette base, il propose de penser la narration vidéoludique hors des cadres traditionnels et de la concevoir comme un dispositif non figé, ouvert à l'infinité d'actualisations possibles que représente chaque partie jouée. Alternant réflexion théorique et analyses de cas, ce livre se destine tant au chercheur qu'au game designer ou au joueur désireux de réfléchir sur sa pratique. Ce livre a été lauréat du prix BiLA en 2012 (Bibliothèque des Littératures d'Aventures).

  • Cet ouvrage est le point d'aboutissement d'une pensée qui, depuis une vingtaine d'années, interroge et travaille l'épistémologie structurale au nom du graduel, du continu, du dynamique, de l'affectif. Il s'agit d'un « structuralisme tensif », qui donne toute sa place à l'« événement ». Le présent ouvrage vise à construire, de manière systématique, un véritable édifice théorique actualisé, des fondements jusqu'au dialogue avec des auteurs classiques de la poétique et de la réflexion sur les formes symboliques, tels que Cassirer ou Wlfflin, Hjelmslev ou Mauss, Baudelaire ou Valéry. Un glossaire final permettra au lecteur de s'emparer davantage de cette théorie foisonnante et d'une grande cohérence.

  • Volontiers snobé par les écrivains, qui pourtant l'ont souvent pratiqué, le roman à clés est suspect. Il ne l'est pas moins aux yeux des universitaires adeptes de l'herméneutique textuelle, qui le réduisent ordinairement à une opération de cryptage par l'écriture et de décryptage par la lecture. Trouver les bonnes clés (noms, lieux, événements) et les ajuster aux bonnes serrures seraient les seuls gestes appelés par ces romans lus en détournant la tête. À rebours de cette double doxa, qui simplifie les mécanismes du genre et l'identifie à un seul de ses nombreux avatars, les contributeurs au présent volume ont relevé le défi d'examiner vraiment, en les prenant au sérieux, un corpus diversifié de romans à clés - de Balzac à Jean-Benoît Puech et Olivier Rolin en passant par Rachilde, Proust et Simone de Beauvoir -, à côté d'autres formes de travail sur la référentialité telles que l'autofiction, les notices biographiques des dictionnaires parodiques, les biographies imaginaires ou encore la métafiction dans le cinéma de Woody Allen. L'attention se trouve ici portée non seulement sur le fonctionnement des oeuvres retenues, mais aussi sur les dérèglements, les pratiques ludiques et les enjeux de pouvoir qui s'y cachent. Loin d'être une simple transposition de potins littéraires, le roman à clés ouvre ainsi sur une réflexion touchant aux frontières entre fiction et référence au réel.

  • Qui sont les écrivains belges francophones de l'entre-deux-guerres ? De quoi vivent-ils ? Que publient-ils ? Chez quels éditeurs ? Dans quelles revues ? Sont-ils isolés, entièrement dédiés à leurs oeuvres ? Prennent-ils part à une vie littéraire fondée sur des logiques d'opposition de groupes, comme en France ? Peut-on dégager des profils-types ? Existe-t-il des écrivains sans oeuvre ? Quel est leur rôle spécifique ? Ce livre aborde ces questions à partir d'une approche socio-statistique et relationnelle. Celle-ci met en évidence l'importance, pour les auteurs belges, de s'inscrire dans un réseau de relations afin d'exister comme écrivain. L'approche permet également de souligner la rupture socioprofessionnelle qui a lieu après la Première Guerre, entre la génération symboliste et les entrants en littérature, qui renouvellent esthétiques et thématiques. Le livre dresse enfin un panorama de la vie littéraire de l'époque, en situant les grands parmi les minores et en interrogeant ce que retient l'histoire littéraire.

  • Transvaluant les signes de l'échec et de la réussite, la malédiction de l'écrivain est l'un des grands mythes de la littérature moderne. « Il faut des malheurs, et des plus grands, pour faire ce qu'il y a de plus beau dans le plus beau des arts », écrivait un Louis de Bonald. « Le ressentiment est nécessaire à toute création artistique véritable », écrit plus près de nous un Michel Houellebecq. Ce mythe de la malédiction n'en est pas moins une croyance vécue, ayant orienté des vies entières d'artistes et d'écrivains. Un vaste continent de maudits se dessine ainsi, du XIXe au XXIe siècle, où le poète crotté voisine avec le styliste martyr de son art, où le nègre de génie le dispute au grand artiste sombrant dans la folie, où l'écrivain populaire ne se prive pas quelquefois de cette forme singulière de légitimité que procure le malheur. Le propos du présent volume n'est pas de dresser un nouveau palmarès des poètes maudits ou des acteurs obscurs de la scène littéraire, mais d'examiner les conditions de perpétuation d'une croyance - le malheur de l'auteur comme fondement de la valeur d'une oeuvre - à travers un ensemble de textes et d'images débordant les limites géographiques et culturelles de la France.

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