Presses universitaires de Franche-Comté

  • Parmi les approches de la critique contemporaine et plus spécialement celles qui se consacrent à l'étude de l'imaginaire, la mythocritique occupe une place de choix. Les treize études réunies dans ce volume en illustrent quelques aspects. La mythocritique se propose de découvrir les mythes déclarés ou latents contenus dans les oeuvres littéraires. Le mythe peut d'abord être le fantasme d'une imagination personnelle ou collective : quelques études illustrent ce premier sens, celui que Barthes donne à ce mot dans Mythologies. Mais il est aussi une histoire exemplaire située au temps des origines. Plusieurs spécialistes ont cherché comment se réécrivaient dans l'oeuvre littéraire - théâtre, poésie, mémoires, conte, roman - quelques-unes de ces histoires fondamentales, généralement empruntées à la Bible ou à la tradition gréco-latine. Le but est notamment de mettre en lumière l'imaginaire de quelques écrivains et de l'époque à laquelle ils appartiennent. Les investigations ont porté sur la littérature latine (Apulée), allemande, anglo-saxonne, aussi bien que sur les oeuvres françaises d'époque médiévale, classique ou contemporaine.

  • Apparu en Europe centrale au xviie siècle, le vampire est une figure de l'imaginaire née de la confrontation de l'Occident et du monde ottoman. L'auteur présente la naissance de ce thème en Europe centrale, la construction d'un mythe du vampire. Il analyse son évolution en motif littéraire lorsque le vampire perd sa dimension explicatrice du réel en arrivant en France et en Grande-Bretagne. Le vampire devient un jeu romantique. L'étude est accompagnée du corpus des textes qui ont forgé l'image du vampire : la nouvelle fondatrice de Polidori ; le roman initial de Bérard ; les trois adaptations théâtrales de Nodier, Scribe et Dumas ; la nouvelle de Gautier et celle, en extraits, de Mérimée. Cet ouvrage intéressera un large public, du lecteur de textes fantastiques au spécialiste du romantisme.

  • "Mondialisation", "choc des civilisations", "sans-papiers", "fracture sociale", "devoir de mémoire", "développement durable", "malbouffe"... Toutes ces expressions (et bien d'autres) peuvent être envisagées comme des formules : à un moment de l'histoire, elles s'imposent à la fois comme des passages obligés des discours et comme des objets polémiques dans l'espace public. Elles condensent des enjeux politiques et sociaux. Elles cristallisent le débat. Elles mettent en place des évidences et des questionnements. Dans une perspective pluridisciplinaire, cet ouvrage propose un cadre théorique et méthodologique pour comprendre et étudier de tels faits discursifs. La présentation du cadre théorique permet de situer la notion de formule dans ses fondements conceptuels. Les éléments de méthode proposent au lecteur des catégories d'analyse et des critères pour étudier sur corpus telle ou telle formule déterminée. Ce livre est destiné à des étudiants et à des enseignants-chercheurs de différentes disciplines qui souhaitent soumettre à l'analyse du discours les réalités politiques et sociales dont ils se saisissent. Plus largement, ce livre retiendra l'attention de tous ceux qui aspirent à porter un regard critique sur les discours dominants. Ces derniers, faut-il le préciser, ne se comprennent pas sans les contre-discours qui se donnent à voir comme des alternatives ou des contradictions.

  • Ce livre est une étude de l'oeuvre poétique et dramatique de Paul Claudel tout au long de la recherche, qu'il a menée de l'aube du xxe siècle à l'explosion de la Seconde Guerre mondiale, d'une approche et d'une définition de la modernité. Aujourd'hui que cette interrogation paraît (dit-on) caduque, le champ de l'exploration et de la découverte - celui, infini, de la lecture - peut d'autant mieux se parcourir et s'offrir, comme le dramaturge l'a souhaité, à la façon d'un inépuisable spectacle. Ce spectacle de la modernité, Claudel lui a donné pour nom Europe. À l'âge où le glorieux mythe baudelairien et rimbaldien du nouveau a perdu de ses splendeurs et où. à la suite de la théorie spenglerienne du déclin de l'Occident, la plupart des contemporains du dramaturge ont cru voir et voulu dire les "derniers feux" et les "pâles scintillements" (S. Zweig) de la culture européenne, Claudel seul ou presque a exalté la vocation du vieux continent en proie au doute et d'où le sacré s'est enfui. "Je serai le premier grand poète Européen", a-t-il écrit au faîte de ses réflexions sur la poésie et alors qu'il inventait, avec sa somme théâtrale Le Soulier de satin, une dramaturgie inouïe. Inouïe en ceci qu'elle a répondu, non à la grâce de l'arbitraire ainsi que l'ont fait de leur côté, eux aussi issus du symbolisme, Hofmannsthal, T.S. Eliot, Maeterlinck. Pessoa, Rilke, W.B. Yeats ou Valéry, mais à la faveur du texte littéraire, à la grande énigme de notre sphynx moderne : à quoi bon écrire quand le monde croule ? L'Europe a incarné la modernité claudélienne : le mythe des temps modernes sera supranational, sous le triple rapport de l'art, de la métaphysique et de la religion, ou ne sera pas. À la lumière du grand théâtre du monde tel que le dramaturge en a fixé les structures, une nouvelle culture a trouvé de quoi advenir, qui a reçu la fraîcheur et l'immémorial en partage. Car il faut croire avec Claudel à la culture européenne. Par elle la création (celle d'un poème, d'une route ou d'une cathédrale) pourra faire partie pour toujours des archives indestructibles de l'humanité, la pensée (celle de saint Augustin, de Dante ou de Briand) sera sans cesse relancée, et le sens ne fera jamais défaut. Voilà la scène : celle de l'homme enfin soustrait au hasard.

  • Claudel et Calderón, deux grands poètes chrétiens, deux croyants. Lequel est-il le plus primitif, lequel le plus moderne ? L'étude proposée confronte deux écrivains, baroques tous deux. L'un appartient au siècle d'or espagnol, l'autre à la modernité. Chez l'un et chez l'autre, le paradis est le commencement et la fin de l'Histoire. "Alpha et omega". Et tous deux sont en quête du chemin qui y retourne. Toute l'histoire humaine devient la mise en scène d'un itinéraire, pénible pour Calderón, enthousiasmant pour Claudel, de l'innocence ignorante à l'innocence qui sait. Tous deux conçoivent la poésie et comme art de réminiscence et comme art prophétique. Or, selon la belle parole d'Eugenio d'Ors "tout art de réminiscence ou de prophétie est toujours plus ou moins baroque". OEuvres habitées par la nostalgie du Paradis Perdu, oeuvres donc, par essence, profondément baroques. Chez Claudel, l'expression baroque se pressent, joyeuse et exubérante, comme une récompense, vision liée très certainement à l'inouïe vitalité du poète et à son optimisme foncier. Pour Calderón, bien plus pessimiste, le baroque est une longue patience, tourmentée et trouble comme le vin de Dionysos. Ainsi Claudel, le moderne devient le primitif tandis que l'ancien, Calderón épanche sur nous sa douceur terriblement désabusée.

  • Cette association Lovecraft-Verne est à l'honneur de Florent Montaclair et de ceux qui l'ont dirigé dans ces travaux. C'est un bonheur de constater à quel point l'Université - non pas celle d'Arkham, mais l'Université Française - sait depuis quelques décennies laisser aux littératures de l'imaginaire la place qui leur revient. Après le précurseur Pierre-Georges Castex, il y a eu Antoine Faivre, Simone Vierne, Maurice Levy, Jean Marigny, Roger Bozzetto, Gwenhaël Ponnau, et d'autres encore. Ce livre-ci, que j'ai eu grand plaisir à préfacer, prouve heureusement que la relève est assurée pour demain : les étudiants de Lettres du xxie siècle auront de la chance, grâce à leurs propres Grands Anciens.

  • Le présent volume s'ouvre sur le bilan d'une trentaine d'années de recherches consacrées à l'intertextualité, ce vaste champ théorique où se croisent plusieurs disciplines et courants d'idées. Viennent ensuite dix-sept études sur des textes et leur contexte d'écriture. En effet, les particularités d'un corpus, l'approfondissement d'une poétique permettent de combiner des notions déjà établies et parfois de les compléter, notamment les classifications très utilisées de Genette. En outre, les variations de genre et de style, l'abondance ou la raréfaction des emprunts à d'autres textes peuvent être analysées à travers l'imaginaire, l'esthétique, l'idéologie d'un auteur ou d'un groupe littéraire. Certains exemples font valoir les jeux fictionnels ou les contraintes structurelles ; d'autres éclairent surtout l'arrière-plan biographique ou culturel, l'incidence de l'inconscient, l'ancrage socio-historique, l'horizon d'attente du public. Car il s'agit essentiellement ici d'explorer les fonctions, les effets, les enjeux de l'intertextualité. Par conséquent, les formes implicites ou diffuses n'ont pas été écartées lorsqu'elles se présentent comme une ressource possible dans des circonstances ou à des fins précises. Activité herméneutique par excellence, la lecture intertextuelle ne manque pas de relancer le "plaisir du texte", mais loin de nous disperser entre les allusions, références et citations, elle nous rend finalement plus attentifs à des corrélations, à des tendances générales qui offrent une synthèse révélatrice de chaque époque : l'ésotérisme médiéval, les codes de l'imitation antique et classique, la défense et illustration du Burlesque, l'esprit des Lumières, les mythologies du Romantisme et de la Décadence, les expériences de la modernité...

  • La critique est plus que jamais à l'ordre du jour. Des universitaires de Birmingham et de Besançon ont voulu confronter l'expérience qu'ils en ont lors d'un colloque qui s'est tenu à Besançon en janvier 1996. Ils l'envisagent par rapport à la littérature, au théâtre, à la peinture et à la chanson. Ils s'interrogent aussi sur son utilisation pédagogique et publient ici le résultat de leurs réflexions.

  • L'étude des correspondances d'écrivains s'est considérablement développée ces dernières années. L'un des sujets qui intéressent particulièrement nos contemporains est de savoir quel rôle exact joue l'écriture d'une correspondance dans la formation littéraire d'un écrivain et dans la lente élaboration de son oeuvre. Le présent livre tente de proposer le plus grand nombre de réponses à cette question, s'agissant du cas de Marcel Proust. Il s'appuie notamment sur l'art poétique épistolaire que l'auteur de la Recherche a déposé, au jour le jour et sans y songer, dans des lettres écrites sur une période de quarante années, et dont les deux tiers sont contemporaines de l'élaboration de son cycle romanesque. L'écriture épistolaire, la réception et l'envoi de lettres, la matérialité même des correspondances, suscitent, à tout instant quoique incidemment sous sa plume, de riches réflexions qui nuancent toujours davantage le rôle joué par la constitution de ce monument totalement improvisé, en regard du monument minutieusement construit de la Recherche. Pourquoi le visage et le style de Proust épistolier sont-ils si différents de ceux, mieux connus de nous, de Proust romancier ? Et comment une correspondance, écrite sans lui prêter aucune valeur littéraire, a-t-elle pu malgré tout former le laboratoire de loeuvre en chantier ? C'est à ces deux questions déconcertantes que l'enquête ici menée tente principalement d'apporter des éléments de réponse. Proust aurait-il autorisé la publication de toutes ces lettres ? Là aussi, l'examen de la correspondance permet de proposer une réponse précise, justifiant pleinement l'immense entreprise de l'Américain Philip Kolb, qui en soixante années de travail ininterrompu, a publié plus de cinq mille lettres de l'écrivain, occupant vingt et un volumes et couvrant plus de dix mille pages. Le dernier chapitre s'appuie sur un témoignage totalement inédit, le seul dont on puisse disposer, dans lequel l'éditeur des lettres retrace l'aventure de cette édition, aventure commencée vers 1930. On voit apparaître, dans cette rétrospective, l'entourage familial et littéraire de Proust, que Philip Kolb a pu à l'époque encore approcher, les circonstances très diverses qui ont permis de retrouver tant de lettres a priori dispersées, et l'on saisit ainsi sur le vif dans son déroulement la postérité si particulière réservée à une correspondance d'écrivain.

  • Des années troublées de Partage de midi à l'apaisement du Soulier de Satin, du drame personnel à la création d'un théâtre à l'état naissant, puis d'un théâtre total, la lecture de la Bible apparaît d'abord comme une tentative de voir clair en soi, de sonder l'incohérence d'un moi livré à une double passion, charnelle et mystique. Claudel cherche le sens de sa confrontation avec l'innocence de Dieu et le désir de la femme. Il interroge ensuite les Écritures pour découvrir un sens à sa vie, pour se convaincre que les souffrances de l'amant et les échecs du diplomate, tant en Europe qu'en Chine, étaient nécessaires pour faire de lui le créateur d'un univers de l'imaginaire. Il interroge aussi la stérilité et les contradictions de son époque qui a vu, à partir des enthousiasmes révolutionnaires, le triomphe de l'affairisme et l'humiliation du spirituel, lorsque le Turelure conquérant de L'Otage s'est mué en un vieillard rapace sans pitié pour les siens, acculant au meurtre du père son fils qui détruira une autre image de la paternité en la personne du pape. Et ainsi, ce qu'il nous offre n'est rien moins qu'une réécriture de la Bible, une Bible du 20e siècle. L'imprégnation est telle que le référent scripturaire naît sous sa plume, si fondu dans son texte qu'il n'en semble pas conscient. Il fait siens les schémas bibliques et liturgiques qui donnent à Tête d'Or son élan dramatique, fournissent aux Odes le canevas d'une création consciente et savante, offrent aux oratorios le patron à partir duquel le scénario se construit. Son oeuvre en devient, comme l'Ancien Testament, un dialogue entre Dieu et son élu, où les autres ne sont pas oubliés et comme les Évangiles, le récit d'une vocation de salut où la victoire naît de l'échec et la vie de la mort.

  • Voici de quoi nourrir l'âme et l'esprit de ceux que la mort de Julien Green, le 13 août 1998, a laissés seuls au coeur du silence. Ils ne manqueront pas de noter que la diversité des sujets des deux colloques ici réunis s'accompagne d'une mystérieuse impression d'unité. Le secret de celle-ci ne serait-il pas dans l'audace d'une oeuvre qui, saisie par l'un ou l'autre de ses aspects, dit toujours, grâce à des mises en scène implacables, le plus grave de tous les conflits : celui de l'humain et de l'inhumain ?

  • Le personnage du médecin, le rapport du patient avec un corps souffrant suscitent un intérêt privilégié dans le domaine littéraire. Certains auteurs étudiés dans le cadre d'un séminaire de DEA ont eux-mêmes pratiqué la médecine ou ont été témoins d'un père qui la pratiquait. D'autres ont observé sur eux les progrès d'une maladie. Le regard de l'écrivain a pu être marqué par la sympathie ou par une distance entraînant une peinture caricaturale. Des fictions romanesques ou dramatiques, des essais, des écrits autobiographiques gardent la trace d'un tel intérêt. Les études portent sur la littérature française, espagnole, anglaise, allemande. Les auteurs des communications sont en général spécialistes de littérature. Des médecins ont aussi apporté leur collaboration.

  • Formaliser les langues avec l'ordinateur ; de intex à nooj Nouv.

    Ce volume fait suite à celui publié en 2004, et rassemble une sélection de vingt-trois communications parmi celles présentées aux sixièmes (Sofia 2003) et septièmes (Tours 2004) journées INTEX/NooJ. NooJ, qui est disponible depuis fin 2002, est la nouvelle génération du logiciel INTEX. Son moteur linguistique contient des améliorations significatives à tous les niveaux de la formalisation linguistique. Les thématiques qui se dégagent de ce volume portent sur (1) la formalisation de ressources linguistiques avec INTEX et NooJ, (2) l'utilisation de corpus pour en caractériser le vocabulaire, et (3) l'analyse syntaxique automatique, avec une étude sur la levée d'ambiguïtés, et une classification syntaxique des phrases d'un texte littéraire. Le numéro conclut enfin avec une discussion sur trois applications de TALN « non NooJ » mais qui proposent de nouvelles voies d'exploration pour NooJ : un logiciel d'analyse de corpus, le WEB sémantique et la traduction automatique.

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