Philippe Rey

  • Le chant d'amour à la poésie par un grand écrivain contemporain

    Je suis entré dans la poésie Tang presque à l'improviste, mais non par hasard, en lisant un poème de Li Bai, qui met face à face un homme et une montagne. Le poète décrit un lieu d'immobilité et de majesté devant lequel l'être humain, dans sa faiblesse et son impermanence, ne peut que s'asseoir et regarder.

    Li Bai m'apportait autre chose, à quoi je n'étais pas préparé par mon éducation et par mon langage : une plénitude, une paix intérieure. Cette paix n'était pas difficile à atteindre. Il suffisait de s'asseoir et de regarder.

    La poésie Tang est sans doute le moyen de garder ce contact avec le monde réel, elle nous invite au voyage hors de nous-mêmes, nous fait partager les règnes, les durées, les rêves.

    J.M.G. Le Clézio

  • Après plusieurs ouvrages consacrés à la Russie (Dictionnaire amoureux de la Russie, Saint-Pétersbourg, L'Âme russe, Avec Tolstoï...), Dominique Fernandez reprend ici ses riches questionnements sur ce peuple et ce pays qui le fascinent. Il médite sur les espaces infinis où les Russes se perdent, s'identifiant aux plaines et aux fleuves qu'ils regardent, ne plaçant aucune frontière entre eux et la nature. Il interroge les arts : la littérature d'abord, avec Pouchkine, Gogol, Tchékhov, Tolstoï, en démontrant combien ces auteurs ne proposent pas seulement de grands textes mais surtout des livres de vie ; le cinéma, avec Tarkovski, qui donnait comme personne au spectateur l'impression d'être lui-même l'auteur de ce qu'il voyait à l'écran ; la musique, à travers les grandes figures de Tchaïkovski, Prokofiev ou Chostakovitch ; la danse, avec Nijinski ou Diaghilev opérant, en compagnie de Stravinski, un bouleversement de toutes les habitudes mentales.

    Au hasard des Russies de Fernandez, on croise aussi le peintre Steinberg et sa solitude brillant comme une lumière au milieu de la nuit, le prince Dimitri Koutouchef, héros de Flèche d'Orient, roman de Paul Morand, qui ne résiste pas à l'attraction d'un « bon poêle chaud », des odeurs, des visages, des musiques de son pays où il va rentrer au péril de sa vie et de sa liberté. On rencontre aussi le jeune frère Boris du monastère de Valaam, confiant à l'auteur un cierge en lui demandant de l'allumer sur la tombe de l'écrivain Ivan Bounine en France, geste de fraternité d'un compatriote voulant transmettre à celui qui était mort en exil, un peu de russitude perdue.

    Un voyage au coeur des Russies de Dominique Fernandez, à la suite d'un des meilleurs (et plus enthousiastes) connaisseur dont on puisse rêver.

  • Un livre salutaire et accessible, qui invite à prendre soin de soi par temps difficiles

    Dans un monde où l'activité humaine maltraite l'environnement et malmène l'individu, où les crises économiques et sociales se succèdent, comment rester lucide sans être désespéré ?

    Inspiré par les grands penseurs de l'Antiquité, eux aussi confrontés en leur temps à cette même question, Jean-Yves Leloup propose un ensemble de conseils pour construire une vie libérée de l'inquiétude. Son enseignement, soutenu par une quinzaine de méditations accessibles à tous, nous appelle à surmonter les obstacles, vivre avec nos maux, écouter notre corps, respecter nos émotions et nos désirs.

    Dans cet ouvrage lumineux, Jean-Yves Leloup nous apprend à prendre soin de nous-même et à vivre en harmonie avec notre être profond.

  • Christiane Taubira raconte avec passion ce qu'elle doit à la littérature et aux grands auteurs

    " Quoi que vous cherchiez à savoir ou à ressentir, à comprendre ou à percevoir, à saisir ou à entrevoir, quelque part un livre répond à votre quête. En procurant plaisir, volupté, félicité.

    Lire. Toute l'énergie, la passion, le bien-être et le tourment d'une vie ardente. " Ch. T.

    Dans cet ouvrage passionnant, Christiane Taubira rend hommage aux livres et aux écrivains qui l'ont façonnée. De son enfance à Cayenne – où les lectures des jeunes filles étaient sévèrement contrôlées – à aujourd'hui, les auteurs et leurs oeuvres défilent : Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, Gabriel García Márquez, René Char, Yachar Kemal, Simone Weil, Toni Morrison, et tant d'autres...

    Éveil de sa conscience sociale par les romans engagés, découverte de la force de renouvellement de la langue, relecture de l'histoire grâce à la pertinence de la littérature, convocation des auteurs au moment de ses grands discours politiques : Christiane Taubira raconte tout ce qu'elle doit aux infinies ressources des livres.

    Car la lecture, cette " vie ardente ", n'est-elle pas le meilleur moyen de conquérir sa liberté ?

  • Un document passionnant sur l'édition et la vie intellectuelle des quarante dernières années

    Enfant de Mai 68, Olivier Bétourné entre aux Éditions du Seuil en 1977 alors que la maison, toujours dirigée par ses fondateurs, vit la fin des temps héroïques : si l'ombre de Jean Cayrol plane encore sur le comité littéraire, d'autres personnalités, comme Philippe Sollers ou Denis Roche, s'imposent peu à peu rue Jacob tandis que François Wahl érige, à l'écart du comité, un monument unique dédié aux sciences humaines. Mais c'est auprès de Jacques Julliard, éditeur d'essais politiques, que le jeune homme, entré comme simple lecteur, apprend le métier. En 1984, à trente-trois ans, Olivier Bétourné devient le numéro 2 de la maison. À la suite du changement de direction, il quitte en 1992 la rue Jacob pour rejoindre Claude Durand chez Fayard. La réussite du tandem est spectaculaire avant de se briser, huit ans plus tard, sur la retentissante affaire Renaud Camus. Accueilli en 2006 chez Albin Michel comme directeur général, Bétourné y poursuit son travail d'éditeur tout en s'attachant à percer le secret d'une maison réputée pour son exceptionnel savoir-faire commercial. Il revient finalement au Seuil en 2009, invité par son nouveau propriétaire à prendre la barre d'un paquebot à la dérive, défi qu'il relève en quelques années, parvenant – grâce à l'embauche d'éditeurs de talent, aux succès commerciaux et au retour de la maison dans la course aux prix littéraires – à redonner son éclat à sa maison, celle de ses débuts, la seule où il se soit toujours senti chez lui.

    Voici le parcours intime et professionnel d'un homme pleinement engagé dans son temps et dans son métier. Le récit s'ouvre sur une évocation très personnelle de ses années de formation au sein d'une famille libre et peu banale. S'ensuit la chronique, rapportée sur le mode épique, de la traversée par gros temps de l'édition française de ces quarante dernières années, le narrateur multipliant anecdotes et portraits nourris par l'abondante documentation qu'il a constituée lui-même : lettres, notes, procès-verbaux de réunions, mémos en tous genres, etc. Ce livre fera date pour la façon si personnelle qu'a son auteur d'inviter le lecteur à pénétrer dans les coulisses d'un monde hanté par le secret, à comprendre l'enjeu des joutes intellectuelles du temps et à revivre les crises auxquelles il a lui-même été confronté. S'attardant à saisir la personnalité des éditeurs qu'il a côtoyés (Paul Flamand, Michel Chodkiewicz, Jérôme Lindon, François Maspero, Claude Cherki, Claude Durand, Francis Esménard, Richard Ducousset, Hervé de la Martinière...), des figures fondatrices de sa maison de cœur (Jacques Julliard, Jean Lacouture, Philippe Sollers, Denis Roche, François Wahl...), des écrivains devenus ses amis (de Julien Green à Viviane Forrester et François Bon), des grandes figures intellectuelles dont il aura été l'éditeur (de Pierre Bourdieu à Jacques Derrida en passant par Alain Touraine et Elisabeth Roudinesco), Olivier Bétourné prend un plaisir manifeste à mettre son expérience en scène, échecs et insuffisances compris. Comme une invitation à poursuivre aujourd'hui le combat au nom d'une certaine idée de l'édition et de la culture.

  • Un ouvrage savoureux qui permet de redécouvrir la ville au passé exceptionnel qu'est Florence

    Depuis plus de cinquante ans, Dominique Fernandez parcourt avec passion chaque recoin de l'Italie. Dans ce texte riche et animé, il raconte ses parcours florentins, ses découvertes, ses émotions et les lieux incontournables. Alors que le nom seul de Florence éveille la nostalgie d'une époque où sur quelques kilomètres carrés se sont trouvés réunis tant d'hommes exceptionnels, la " cité du lis " est encore aujourd'hui si vivante.

    En trois siècles éblouissants, toute la modernité est née. Les plus grands bâtisseurs, les plus grands peintres, les plus grands sculpteurs, la perspective, la coupole, le théâtre à forme ovale, les premiers opéras, les lois de la pesanteur, le télescope, la banque. C'est le lieu du monde où la beauté du corps humain a été reconnue pour la première fois depuis l'Antiquité, adulée jusqu'à la vénération, immortalisée sous les deux espèces du
    David de Michel-Ange et de la
    Vénus de Botticelli.

    Dominique Fernandez fait un portrait savoureux de la prise de pouvoir et du règne des Médicis, décrit les figures de Dante, Machiavel ou Savonarole, parcourt les lieux phares comme Santa Croce ou Santa Maria Novella, visite le Dôme de Brunelleschi, les créations de Michel-Ange, les singularités des étonnants et trop méconnus peintres maniéristes... C'est avec bonheur que le lecteur se joint à lui sur les traces de la glorieuse histoire de Florence.

  • Un livre réjouissant et original qui fait réfléchir à la transformation de notre langue par les outils numériques

    Cyber robots, appareils connectés et informatiques, algorithmes, intelligence artificielle nous annoncent le monde de demain. Dans le domaine de la communication, des logiciels nous permettent déjà de nous exprimer, de lire et d'écrire dans toutes les langues. Mais quelle langue ?

    Nous avons soumis un de ces logiciels de traduction (Google translate) à une épreuve : traduire la première page d'
    À la recherche du temps perdu de Marcel Proust en différentes langues, puis chaque fois de la retraduire en français. Les résultats sont variables, de 8 sur 20 pour la traduction en italien à 0 sur 20 pour celle en népalais ou en birman.

    Proust moins facile à battre que Garry Kasparov, le champion du monde d'échecs, mis échec et mat par l'intelligence artificielle ?

    Les résultats de cet exercice sont souvent inattendus. À son insu, le logiciel nous fait rire lorsque la célèbre première phrase de Proust, " Longtemps, je me suis couché de bonne heure ", devient " Pendant longtemps je me suis couché le matin " ou encore " Longtemps j'ai dormi dans mon lit ". Mais on peut être aussi touché par cette écriture aléatoire post-dadaïste d'un robot devenu poète.

    À la recherche du texte perdu soulève d'autres questions : qu'est-ce que la traduction ? C'est là que se porte l'intérêt de Daniel Pennac pour ce livre. Où commence et où s'arrête la fidélité au texte original ? s'interroge-t-il. Comment les outils numériques que nous employons à tout bout de champ sont-ils en train de transformer peu à peu notre langue ?

  • Avec plus de quatre-vingts ouvrages à son crédit et une place de premier plan dans la littérature américaine, Joyce Carol Oates se voie souvent poser la question : comment devient-on écrivain ?

    Bien que le travail de l'imagination demeure un mystère, Oates fournit, à travers ce livre, un certain nombre de réponses à tous ceux qui s'interrogent sur l'acte d'écrire et le processus de création.

    Traitant non seulement de l'inspiration, mais aussi de la mémoire, de lautocritique et de l'« unique pouvoir de linconscient », Oates aborde la manière dont le langage, les idées et l'expérience se rassemblent pour créer une oeuvre. Sur un plan plus personnel, elle évoque ses premiers pas dès sa plus tendre enfance dans le domaine de l'écriture, offre de précieux conseils aux jeunes écrivains, et samuse presque à décrire les affres de l'auteur au travail.

    Et si, tout au long de ces pages, court le fil du doute et de l'humilité, s'affirme aussi une certitude : l'inspiration et l'énergie et même le génie sont rarement suffisants pour produire une oeuvre d'art littéraire : car faire de la prose est aussi un métier, et un métier doit s'apprendre.

  • Biographe des plus grands auteurs britanniques, Peter Ackroyd rêvait depuis toujours de se pencher sur Shakespeare, quintessence du génie d'outre-Manche, l'écrivain qui dut conquérir son droit à la gloire littéraire par le biais du théâtre, l'auteur dramatique qui exhaussa, s'il ne les a pas carrément créés, le statut et la réputation de l'auteur commercial. Plusieurs lignes de force dessinent le personnage et sa vie. L'attachement à la terre natale, Stratford. L'amour du théâtre, qui donne lieu ici à des analyses fascinantes des divertissements londoniens de l'époque, et des pièces elles-mêmes, évoquées avec verve. Le rapport, simultanément, à une troupe d'amis comédiens, dont Ackroyd montre bien qu'elle fut une condition sine qua non de l'émergence du théâtre shakespearien. Le rapport aussi à la ville, Londres, cadre d'incessantes épidémies de peste, lieu de violences dont la scène se fait le reflet. L'ambiguïté face à la hiérarchie sociale ? la volonté que montre Shakespeare d'être considéré comme un gentilhomme en même temps qu'il fraie avec les milieux interlopes ou populaires. L'ambiguïté, enfin, face à la religion : l'auteur dramatique le plus célèbre de ce pays protestant depuis peu fut peut-être un catholique caché...

    À chaque page de ce livre, désormais de référence, émerge ainsi le portrait d'un pays et d'une époque tout autant que d'un homme, fabuleux témoin de son temps.

  • Aimé Césaire. Saint-John Perse. Édouard Glissant. Trois des plus grands poètes de tous les siècles.

    Pourtant, il nous est difficile d'envisager une entité pareille. Dans l'ordinaire perception, on les distingue, on les oppose, on les distingue en les opposant. Le contexte historique et politique accuse cette perception d'antagonismes définitifs. L'homme de l'Afrique et de la Négritude. L'homme de l'universel conquérant, orgueilleux et hautain. L'homme des chaos imprévisibles du Tout-Monde. Derrière ces classifications, on sent bien que persiste notre impossibilité à envisager l'unité-diversité, les solidarités conflictuelles, les ruptures qui rassemblent, les écarts convergents. Dès lors, il nous faut tenter de deviner leur inévitable relation, ces « liaisons magnétiques » qui les rassemble sans les confondre, et qui nourrissent, et leurs mouvements particuliers et leurs musiques secrètes. La liaison magnétique est rétive aux rapprochements généralisants. Elle est tremblante, légère, subtile, réversible, diffractée et infime. Elle va de notes en contre-notes, de sentiments en longues rêveries. Sa fécondité provient de l'intensité des imprévisibles qu'elle suscite, des déplacements, combinaisons et dispositions nouvelles qu'elle suggère. Césaire. Perse. Glissant. La magnétique puissance de ces solitaires ne les rend-elle pas finalement solidaires ?

  • Pendant de nombreuses années, une bonne partie de l'intelligentsia occidentale - en France surtout - s'enflamma pour l'utopie maoïste. Jusqu'au jour où une voix isolée, celle de Simon Leys, clama son indignation : témoin de la réalité atroce de la « Révolution culturelle », ce brillant sinologue sortit de sa réserve pour en dénoncer le caractère totalitaire et meurtrier.
    D'abord accueillis par la calomnie, les essais sur la Chine de Simon Leys se sont bientôt imposés comme des références par leur clairvoyance et l'élégance de leur style satirique. Puis on a découvert la subtilité de ce lettré cosmopolite vivant en compagnie de Confucius ou Cervantès, Tchekhov ou Stendhal, Conrad ou Chesterton, Orwell ou Lu Xun, et tant d'autres encore. Qu'il s'agisse de littérature, de peinture, de la mer, des îles, mais aussi du bon (et mauvais) goût, du succès, du jargon, de la paresse, de l'imagination, de la beauté, de la vérité, du catholicisme : Simon Leys, de son exil australien, savait comme nul autre nous instruire et nous enchanter, nous faire rêver et méditer.
    Cet essai montre comment la lecture de Simon Leys (1935-2014) a été et reste un parapluie unique contre la folie des idéologies, la sottise et l'esprit de sérieux. Pourquoi ce rebelle aux modes a-t-il été traité avec un incroyable mépris ? Quel a été le parcours intellectuel de ce grand « interprète traducteur » de la civilisation chinoise ? Et pourquoi son oeuvre a-t-elle une coloration si singulière et attachante ?

  • « L'image que les médias donnent de l'Afrique ne correspond en aucune façon à la réalité. Elle vise surtout à faire honte à chaque Nègre de sa mémoire et de son identité. Ce n'est pas acceptable et la prise de parole est un impératif moral pour tous ceux qui ont la possibilité de se faire entendre. Les textes réunis dans cet ouvrage sont nés du désir de dire, en tant qu'intellectuel africain, ma part de vérité.Outre des hommages à Cheikh Anta Diop et Mongo Beti, sont abordés ici des sujets aussi variés que le dilemme de l'écrivain coincé entre deux langues, le naufrage du Joola au Sénégal, les nouveaux flux migratoires vers l'Europe ou les défis culturels de la globalisation. Une place importante est accordée au génocide des Tutsi du Rwanda que trop de gens cherchent encore à nier. J'ai mis l'accent sur l'implication de l'État français parce que sa responsabilité dans cette tragédie, via François Mitterrand, est aussi évidente - les faits ne manquent pas pour l'étayer : que mal connue ou acceptée. Projeter le regard au-delà du miroir, c'est essayer de montrer quels mensonges se dissimulent sous tant de lieux communs proférés au sujet de l'Afrique. C'est surtout tirer la sonnette d'alarme, car on voit bien quel inquiétant projet politique se profile derrière la négrophobie triomphante. »

  • À qui un écrivain adresse-t-il un roman ? Aux lecteurs, bien sûr, ensemble anonyme et silencieux... Mais pas seulement. Parfois l'auteur ose glisser une dédicace, faire de son livre une offrande personnelle. C'est à ces messages privés que s'est intéressée Macha Séry pour éclairer un pan méconnu de l'histoire littéraire.

    Combien de thèses écrites sur André Malraux et La Condition humaine ! Presque rien sur Eddy du Perron, cet écrivain hollandais, élevé à Java, qui en fut le destinataire. Malgré la réédition de ses oeuvres, la figure de Léon Werth, associé au Petit Prince de Saint-Exupéry, est tombée dans l'oubli. Elizabeth Craig, la belle danseuse américaine qui partagea pendant huit ans la vie de Louis-Ferdinand Céline et accompagna la naissance douloureuse du Voyage au bout de la nuit, fut sans doute l'unique femme que l'auteur ait aimée follement. Pascal Pia, l'incarnation de l'homme absurde selon Albert Camus, fut le mentor et le modèle de celui-ci avant leur brouille définitive en 1947. On se souvient de Sarah Bernhardt, mais pas de Coquelin, acteur le plus populaire de son temps, qui commanda à Rostand Cyrano de Bergerac et en assura le succès par son interprétation. La liste est prestigieuse qui inclut Baudelaire, Flaubert, Gide, Martin du Gard, Cendrars, Blondin... jusqu'à Patrick Modiano, qui dédia plusieurs de ses livres à son frère Rudy, mort encore enfant.

    Autant de personnages à qui Macha Séry rend hommage. Autant d'histoires émouvantes, au coeur de la création littéraire, restituées dans cet ouvrage foisonnant, solidement documenté et qui se lit comme un roman.

    Journaliste au Monde, Macha Séry est l'auteur de deux essais littéraires (Des amis en toute saison : d'Apollinaire à Camus et Albert Camus. Premiers combats) et de deux romans (Les Cendres du soupçon et Blanche Maupas).

  • Elle a beau avoir vécu son enfance et son adolescence en Chine, c'est au Japon en vérité que n'a cessé de naître Diane de Margerie. La preuve en est dans cet attachant inventaire littéraire et sentimental qu'elle offre avec générosité et humour à ses lecteurs. Dans ce retour sur des emprunts qui l'ont souvent nourrie, ils sont tous au rendez-vous, ces auteurs superbement japonais, à la fois tendres et cruels - et constamment tourmentés - qu'ils s'appellent Yasunari Kawabata, Kenzaburô Ôé, Shûsaku Endô, Yukio Mishima, Natsume Sôseki ou Junichirô Tanizaki. Et surtout Murasaki Shikibu, cette femme du xe siècle prodigieusement moderne, l'auteur du plus séduisant des romans dont la lecture pourrait suffire à accompagner une existence entière - vouée au songe... On ne raconte pas un éventail, et encore moins celui-ci : on l'ouvre et on se délecte du contenu de ses feuilles et des brises qu'elles agitent, venues jusqu'à nous grâce à ces traducteurs de l'inconnu que sont les écrivains et les artistes d'un Empire où le soleil continue de se lever avec bonheur et entêtement.

  • Le monde fascinant des auteurs maudits, à découvrir ou redécouvrir, par un écrivain et journaliste littéraire très apprécié des Français.

    Quatre-vingts écrivains maudits se sont hissés à bord de ce livre, tels des naufragés perdus dans une tempête. Ils ont eu faim, ils ont eu froid, ils ont eu peur, ils ont souffert, la plupart sont morts jeunes, leurs livres ont été ignorés pendant des années. Pourtant, quelques-uns figurent parmi les plus grands de la littérature : Samuel Beckett, Fedor Dostoïevski, Francis Scott Fitzgerald, Jean Genet, Franz Kafka, Jack London, Guy de Maupassant, Edgar Poe, Arthur Rimbaud, Virginia Woolf, Stefan Zweig. D'autres sont injustement méconnus – ou mal connus – malgré leur talent : Paul Celan, René Crevel, Isabelle Eberhardt, Olivier Larronde, Violette Leduc, Katherine Mansfield, Klaus Mann, Flannery O'Connor, Rutebeuf, Simone Weil...

    Les manuels scolaires ne retiennent des écrivains que leur vie publique. Ils oublient les coulisses, qui permettent de percer leur mystère : les maux inavouables, les passions impossibles, les moeurs réprouvées, les addictions de toutes sortes, la misère qui rend fou.

    Ces damnés du genre humain sont frappés du sceau de la dualité : leur existence fut une souffrance, leur oeuvre est d'une splendeur infinie. Ce livre révèle leur vie secrète et tourmentée, et comment la littérature a été leur absolu. Il ne pouvait leur rendre plus bel hommage.

  • Universellement connu grâce à ses Contes de Canterbury, Geoffrey Chaucer demeure pourtant un personnage mystérieux. De cet auteur du XIVe siècle londonien, dont l'image est brouillée par le temps, et qui le fascine, Peter Ackroyd reconstruit la silhouette et le parcours sans tenter de combler les lacunes imposées par la distance et l'oubli. Comme d'une fresque en partie estompée, il fait ressortir les traits saillants et laisse dormir les ombres. L'homme n'en reprend pas moins vie : celui qu'on savait poète, sans se demander comment il avait vécu, se révèle tout à la fois administrateur, diplomate bien rémunéré et membre des meilleurs cercles londoniens, mais pourtant impécunieux ; bibliophile amateur d'auteurs italiens ; époux sans épouse et accusé de viol, et ainsi de suite. Brillant adaptateur de Pétrarque et Boccace ? ce qui ne l'empêchait pas de dénigrer son propre talent ?, on peut néanmoins dire qu'il est, par son emploi de la langue vulgaire, l'initiateur de la langue anglaise. Une vie bien remplie, qui donne envie d'aller découvrir ou redécouvrir le « père de la littérature anglaise moderne ».

  • Battling Siki... Dans les années vingt et trente, Ho Chi Minh, Paul Vaillant-Couturier, Hemingway et Henry Miller ont écrit sur lui, exaltant ses prouesses. Plus près de nous, un lieutenant de Che Guevara lui a rendu hommage en prenant « Battling Siki » pour nom de guerre, dans la clandestinité. Un groupe de rock alsacien et un quatuor de blues de Denver ont aussi choisi de se baptiser comme lui.

    Qui était cet homme et qu'a-t-il fait pour devenir ainsi une sorte d'emblème mystérieux des opprimés, des révoltés, des insoumis ?

    Ce livre raconte l'histoire de Battling Siki. Un destin magique, ensorcelé. À 7 ou 8 ans, cet enfant du Sénégal est kidnappé par une danseuse hollandaise, qui s'est entichée de lui. Il arrive à Marseille, s'y retrouve bientôt abandonné, commence une carrière précoce de boxeur... puis s'engage pour la Première Guerre mondiale. Il y gagne la croix de guerre et la croix du mérite, retourne sur les rings, où il est opposé au héros du sport français, Georges Carpentier. Il le bat en 1922 et devient champion du monde, à la surprise générale. Mais ce match cause son malheur : pour défendre l'idole nationale, on accuse bientôt Siki d'avoir triché. Les journaux se déchaînent contre cet « Orang-outan », ce « championzé », symbole de la dangereuse race noire. Il n'aura d'autre choix que de partir boxer aux États-Unis, où la presse l'attaque encore plus violemment. Cependant, Siki rend coup pour coup. « Vous avez une statue à New York et vous l'appelez Liberté, déclare-t-il publiquement, en 1923. Mais c'est un mensonge. Il n'y a pas de liberté ici - il n'y en a pas ! aucune ! En tout cas pas pour moi. » Provoquant les autorités, il se promène en cape noire sur Broadway, un singe sur l'épaule, comme à Paris il se baladait, deux ans plus tôt, en tenant en laisse des lionceaux. Il se marie avec une Américaine blanche, sans avoir divorcé de sa première épouse, de sorte qu'il est bigame !... Trop de vagues, trop de défis lancés : il est assassiné le 16 décembre 1925, à Harlem, de trois coups de revolver. Il n'a pas trente ans...

    Dans un texte vif, engagé et très bien documenté, Jean-Marie Bretagne raconte cette vie brève et magnifique, faite de légendes et de combats. La vie d'un homme qui ne se résignait pas à être traité en inférieur, ni aux États-Unis, ni en France. Il l'a payé cher... mais n'a jamais courbé l'échine.

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