Odile Jacob

  • Nous en venons et nous y retournons. Pourtant, nous ne pouvons rien en dire. Le néant - qui n'est ni le rien, ni le vide - reste l'inconnu fondamental, le non-être, sans sensation, sans conscience et sans mémoire. Pour m'en approcher, prudemment, je me suis lancé dans une promenade, un peu au hasard des chemins, en reprenant un vieux thème persan. J'ai voulu voir comment d'autres ont réagi, ici ou là, dans l'histoire du monde, au plus secret, au plus insistant des mystères. J'ai découvert, au passage, plusieurs attitudes, qui peuvent paraître contradictoires. Chacun peut choisir. C'est banal à dire, nous sommes tous emportés par un mouvement irrésistible. Il est notre maître, et nous savons où il nous conduit. Rien ne reste, rien ne revient. Pour peupler ce passage où il n'y a « rien » (« N'y a-t-il rien dans ce rien ? » se demandait Chateaubriand), nous avons, au long des siècles, imaginé toute une farandole de monstres, de vapeurs, de fantômes, des hurlements, dont un grand nombre sont évoqués ici. Avec quelques questions inévitables : comment nous protéger du désespoir et de la vanité de toutes nos vies, si nous n'en devons rien garder ? Comment, peut-être, en tirer une force, et même une joie ? Pourquoi rire ? Pourquoi pleurer ? Et pourquoi rêver d'immortalité ? ?Scénariste, dramaturge, écrivain, Jean-Claude Carrière est l'auteur de grands succès comme Einstein, s'il vous plaît, Fragilité, Tous en scène et, plus récemment, Croyance et La Paix. 

  • L'instinct du langage

    Steven Pinker

    Quelles sont les structures universelles du langage? Quelles sont ses bases biologiques? Que savent les bébés en naissant? Existe-t-il des gènes de la grammaire? Parviendra-t-on à recréer le langage humain par l'intelligence artificielle? Quelle différence entre les humains et les animaux? Que nous apprennent les idiots savants et les enfants loups? Pense-t-on en langage ou en image? Existe-t-il une «langue mère»? Pourquoi existe-t-il autant de langues différentes? Et pourquoi est-il si difficile d'en apprendre une à l'âge adulte? Voici la somme la plus élaborée et la plus accessible à l'heure actuelle, par l'une des personnalités les plus brillantes du monde scientifique international. Steven Pinker dirige le centre de neurosciences cognitives du Massachusetts Institute for Technology.

  • « Le rêve d'une bibliothèque universelle accessible à tous pourrait, grâce aux ordinateurs et à Internet, devenir bientôt réalité. Nul ne contestera le formidable progrès que représentera la possibilité, pour chacun, d'accéder à l'ensemble du patrimoine écrit de l'humanité. Pourtant, les conditions dans lesquelles cette idée prend corps déclenchent, de divers horizons, plusieurs levées de bouclier. Et de sombres prophéties se font jour touchant la marginalisation de la haute culture en général et de ses expressions francophones en particulier. Les créateurs et leurs héritiers risquent-ils de se voir spoliés de leur travail ou de leur propriété ? Éditeurs et libraires y survivront-ils ? Quel sera l'avenir du livre papier ? Faut-il craindre que les géants du Net, tels Amazon ou Google, n'imposent leurs conditions à l'univers de la culture écrite ? Bref, ce rêve de liberté est-il voué à se transformer en cauchemar ou peut-on le sauver en combattant ses effets pervers ?Pour cerner les difficultés et repérer les lignes de force du débat, quelques-uns des meilleurs spécialistes de la question, tous des professionnels du livre, confrontent ici leurs points de vue et s'efforcent de dégager un ensemble d'exigences et de solutions visant à relever le défi. » L. F.

  • OEuvre dédiée au mouvement même de la mémoire, À la recherche du temps perdu laisse une large place aussi bien à la mémoire de l'histoire qu'à celle de la littérature même. « Toute la littérature vit dans À la recherche du temps perdu. La littérature donne vie à la littérature comme "résurrection de la vie intégrale" à la manière de l'histoire de Michelet », écrit Antoine Compagnon. Proust et le mythe d'Orphée ; l'effacement d'une source flaubertienne ; l'interpolation ; la reconnaissance ; le pastiche ou la mémoire des styles ; les réminiscences travesties ; l'allusion littéraire : des spécialistes français et étrangers explorent toutes ces pistes essentielles dans l'écriture de Proust. Antoine Compagnon est professeur au Collège de France, chaire de littérature moderne et contemporaine, et à l'Université Columbia (New York). Il a notamment publié La Seconde Main, Nous, Michel de Montaigne, La Troisième République des lettres, Le Démon de la théorie, Les Antimodernes, ainsi que De l'autorité. Contributions de A. Bouillaguet, S. Duval, S. Guindani, N. Mauriac Dyer, P.-L. Rey, H. Sakamoto, I. Serça, A. Simon, K. Yoshikawa.

  • Écrire dans une langue qui n'est pas sa langue maternelle : du Moyen Âge à l'époque contemporaine, de nombreux poètes ou romanciers l'ont fait, par choix ou par contrainte. Dans maintes civilisations, la vie intellectuelle et la littérature ont même eu recours avec une sorte d'aisance naturelle à une langue étrangère ou apprise : le grec pour les Romains, le chinois pour les Japonais, le latin pour l'Occident médiéval. Écrire dans une autre langue, c'est s'arracher à soi-même, ou simplement se partager : la langue du poète, la langue du mathématicien ne relèvent-elles pas de la catégorie des langues autres ? Et la langue maternelle peut, elle aussi, se faire « autre » : lorsqu'elle est dévoyée ; ou lorsqu'elle est consciemment choisie et modelée ; ou lorsqu'elle préserve au sein de l'écriture la langue de la tribu, de l'enfance, de la fratrie. Ces questions se posent à tout écrivain si, comme l'écrit Proust : « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère. » Michel Zink, spécialiste de littérature médiévale, est membre de l'Institut et professeur au Collège de France. Avec les contributions de Jean-Paul Allouche, Odile Bombarde, Yves Bonnefoy, Pascale Bourgain, Antoine Compagnon, Sir Michael Edwards, Marc Fumaroli, Claudine Haroche, John E. Jackson, Jacques Le Rider, Jean-Noël Robert, Luciano Rossi, Karlheinz Stierle. 

  • Qui était vraiment Michel de Montaigne ? Peut-on se fier à l'auteur des Essais quand il dépeint un moi universel dans son « humaine condition », autrement dit un moi dissocié des vicissitudes de l'histoire ? À rebours du mythe auquel Montaigne a le premier largement contribué, cette biographie s'interroge sur l'historicité des Essais et leur inscription dans les pratiques politiques et sociales de la fin de la Renaissance. Conseiller au parlement de Bordeaux, ville dont il devint maire et gouverneur, négociateur et ami proche du futur Henri IV, Montaigne incarnait cette noblesse de robe qui voulait s'intégrer à la moyenne noblesse d'épée. Acteur de son temps, il conçut chaque édition de ses Essais (il y en eut quatre de 1580 à 1592) comme le corollaire indispensable d'une carrière politique riche en rebondissements. À travers ce parcours se découvre ainsi un autre Montaigne que celui dont nous sommes familiers, détaché et stoïque : un Montaigne qui ne séparait pas sa vie privée de sa vie publique, un Montaigne pris dans les tumultes de son temps - il connut pas moins de huit guerres civiles et se retrouva embastillé par la Ligue -, un Montaigne enfin dont les prises de parole comme les silences obéissaient d'abord à des raisons stratégiques. Ni candide ni transparent, ne cédant pas non plus au machiavélisme de son époque, ce Montaigne-là donne une nouvelle épaisseur à celui de la légende littéraire. Philippe Desan est spécialiste de l'histoire des idées et de la Renaissance. Il occupe une chaire d'histoire de la culture à l'Université de Chicago et a publié de nombreux ouvrages sur la Renaissance et sur Montaigne. Il dirige également la revue Montaigne Studies. 

  • Anita Conti, pionnière de l'océanographie, grand photographe et écrivain, a sillonné les mers froides et tropicales à bord des bateaux de pêche et marqué près d'un siècle de vie maritime. En 1939, première femme embarquée au service de la Marine nationale, elle participe au déminage du port de Dunkerque, avant de partir pour l'Afrique où l'attendent missions humanitaires, chasse aux squales et décolonisation. Sensibilisée au problème de la faim et au gaspillage des ressources, elle s'élance vers l'Atlantique Nord à bord des terre-neuvas avant de rejoindre Cousteau au Musée océanographique de Monaco...« Il faut cesser de piller l'océan », « Nous devons penser aux générations à venir »... Cette femme au destin exceptionnel avait pressenti la nécessité du développement durable. Son combat est plus que jamais d'actualité.À partir d'archives inédites, Catherine Reverzy nous livre le magnifique portrait d'une femme hors du commun, libre et passionnée, dont la vie fut entièrement tournée vers l'océan. Catherine Reverzy est psychiatre et écrivain. Elle est l'auteur de Femmes d'aventure.

  • Chateaubriand s'oppose à Napoléon et Hugo au Second Empire ; Lamartine prend la tête de la IIe République ; George Sand se bat pour le socialisme naissant ; Zola lance son " J'accuse " et Maurras L'Action française ; Barrès milite pour le nationalisme et Gide contre le colonialisme ; Malraux prend les armes lors de la guerre d'Espagne. L'engagement est-il seulement affaire de principes ? N'est-il pas toujours plus ou moins ambigu chez l'écrivain ? Entre quête de pureté et désir de gloire, voici les stratégies adoptées par quelques-unes des plus grandes figures du panthéon littéraire français des XIXe et XXe siècles. Herbert Lottman a publié une quinzaine de livres centrés sur la vie intellectuelle française, notamment L'Épuration, Colette, Flaubert, Albert Camus, Pétain, La Rive gauche ou encore La Dynastie Rothschild et plus récemment Man Ray à Montparnasse.

  • Qu'est-ce que le développement ? Qu'est-ce qui permet la modernité, le progrès, la croissance ? Depuis Adam Smith et Karl Marx jusqu'à Max Weber et Fernand Braudel, on n'a cessé de s'interroger sur les causes de la « richesse des nations » ou de leur pauvreté. La plupart des penseurs ont privilégié les explications matérielles : capital, travail, ressources naturelles, climat. Et si les mentalités et les comportements constituaient le principal facteur du développement - ou du sous-développement ?Pour évaluer la fécondité de cette hypothèse, Alain Peyrefitte propose de revisiter l'histoire de la chrétienté occidentale, du XVe au XVIIIe siècle. Il montre en particulier que le développement en Europe trouve sa source dans ce qu'il appelle un « éthos de confiance » - disposition d'esprit qui a bousculé des tabous traditionnels et favorisé l'innovation, la mobilité, la compétition, l'initiative rationnelle et responsable.

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