Librairie éditions tituli

  • À l'origine de ce livre, cette question : pourquoi tant de poètes se sont-ils engagés dans la traduction de poèmes en langues étrangères, scellés selon Dante dans l'intraduisi-bilité par « le lien musaïque » ? Quelle serait une éventuelle relation entre le désir de traduire et le souci de la poésie (Bonnefoy) ?

    Sans doute un rapport intime : quand ce souci cherche à donner du sens au sensible, c'est au moyen de la métaphore au sens large, apanage des poètes. Ils tirent, pour la forger, le meilleur parti de la polysémie des mots ; jetant des ponts inattendus entre eux, ils les disposent selon le rythme propre à leur langue maternelle. Ce processus correspond à la « traduction » à travers la grille de la langue (Celan), qui finit par rendre leur langage à la fois particulier et commun. Mais leur parole peut-elle ainsi toucher et tisser des liens au-delà des frontières linguistiques ? Aurait-elle une autre vie dans une autre langue ?


    Ce livre comporte une partie théorique qui interroge ces questions, suivie de trois articles consacrés à la pratique de la traduction des poèmes : ceux de Jacques Dupin par Paul Celan ; ceux de Michel Deguy par l'auteur lui-même ; ceux des haïkus de Bashô par divers poètes français.

  • Un entretien avec Jacques Kraemer (né en 1938) mené par Karim Haouadeg, d'abord paru dans la revue littéraire en ligne Secousse. Une occasion rare d'entendre le dramaturge et directeur de théâtre revenir sur ce qui fait l'extraordinaire cohérence de ses soixante années de carrière.

  • Sous la forme de carnets regroupant des fragments de pensées éparses, le poète Pascal Boulanger partage à la fois ses confidences intimes et existentielles, ses impressions de lectures, une réflexion sur la poésie et une critique politique. Confiteor n'est pas un essai spéculatif, il est l'expression d'une pensée en fragments, une pensée de l'existence. L'auteur y évoque des thèmes qui lui sont chers tels que la poésie politique et la liberté divine. Il y consigne également un journal de lectures et de citations. Ces fragments révèlent le travail de réflexion qui précède le travail poétique, constituant ainsi un véritable laboratoire de la pensée, de l'écriture et de la sensibilité du poète. Ils sont une tentative de transcrire ce qui se joue pour un poète dans les coulisses. « C'est un peu comme faire visiter mon atelier », remarque Pascal Boulanger, « pour montrer ce qui s'inscrit en amont du poème. » Confiteor a aussi une forte teneur politique : dans l'esprit de « Mon coeur mis à nu » de Baudelaire, Pascal Boulanger y produit une violente critique de la modernité.

  • On ne lira pas, dans ces carnets, de confidences, de confessions, de dévoilements intimes, ou encore d'aveux puisque je n'ai jamais cédé à la tyrannie de la transparence et de l'indiscrétion. On ne lira que des incises, des réminiscences de lectures, des détournements, des greffes, des échos qui parlent et qui parlent au-delà de ma propre vie anecdotique.
    Il y a une parole insignifiante qui domine et qui pense que l'on peut dire et écrire sans être confronté au silence et au néant. Il y a une autre parole qui laisse surgir l'épiphanie, là où les choses prennent figure, en gardant la bonne distance. Le visible, en effet, ne reçoit d'hommage bienveillant que par l'accueil qu'un retrait ménage.

  • Être tout entier occupé à devenir humain, "naître humain" - n'être humain, pourrait-on dire : ne voulant ni ne pouvant être enfermé dans aucune vision restrictive de l'homme ou de son individualité, c'est cela qui n'a pas de forme et à quoi l'auteur désire en donner par l'écriture aux interstices de ces monologues répertoriés "mère", "enfant", "professeur" et "fée" et numérotés : la présence "incalculable" du corps, les flux et les pulsations de la pensée qui le traversent comme étant le propre de l'humanité ou enclos en elle, mais toujours sur le point d'en sortir en douce.

  • Les poètes abordés ici - Yves Bonnefoy, Michel Deguy, André du Bouchet, Jacques Dupin et Philippe Jaccottet - sont plus ou moins marqués par le deuil du fondement mythique ou métaphysique, ainsi que des divers savoirs qui y étaient associés. Leurs oeuvres présentent souvent les symptômes de cette fin qui s'annonce sans fin, en nous mettant face aux signes de l'absence, de l'interruption : le souffle, l'air, le vide ou le silence. Les quatre premières études ont pour objet les rapports entre la pensée poétique et la philosophie dans un tel contexte. Deux études sont consacrées à la tradition renouvelée de l'Ut pictura poesis. Dans la lignée du projet romantique qui voulait fédérer les arts, les poètes - en l'occurrence, ici, Yves Bonnefoy et Jacques Dupin - maintiennent des rapports étroits avec les arts plastiques. Ils oscillent, tout comme les peintres, entre images et pensées : auraient-ils l'intuition de la pensée interne à l'image produite par les peintres ? Enfin, la plupart de ces poètes ayant des relations avec le Japon, soit par leurs voyages, soit par la fréquentation de la littérature nippone, certaines de leurs oeuvres - telle De nul lieu et du Japon de Jacques Dupin - sont analysées dans les deux dernières études comme les signes positifs de la rencontre de cultures éloignées, signes d'autant plus intéressants que la mondialisation qui suit son cours ne cesse d'ignorer ou d'amoindrir toute différence.

  • Des « devoirs » ? En littérature, qui plus est ? Pour certains, le terme résume toutes sortes d'offenses et d'abominations. Le plus débonnaire des écrivains, le moins enclin à se répandre dans les médias, se déclare prêt à descendre dans la rue dès qu'il résonne à ses oreilles. L'extraordinaire est donc là : avoir à rappeler qu'en littérature comme dans les autres sphères de l'activité humaine il y a des principes et que ce n'est pas parce qu'on les a énoncés hier qu'il ne faut pas les répéter aujourd'hui. En voici quelques uns, pour mémoire, qui ne feront d'ombre à personne et certainement pas au talent - quand il est là.

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