Le Dilettante

  • Natchave

    Alain Guyard

    Jusqu'à il y a peu, en philosophie, antique patrie du concept poli à la main et de la dialectique fin moulue, Alain était synonyme de commerce pondéré, de sagesse en trois points et de radicalisme sur coussin d'air. Enfin Guyard vint. Guyard le goliard, le poissard, le soudard, nous rappelant que les Alains, long time ago, furent une tribu des plus barbares. Avec lui philo se fit folie, défroqua la toge, mit les doigts dans le nez et dans la prise, se risqua aux mauvais lieux et substitua au portique de Zénon ceux que Dame Sécurité impose à l'entrée des centrales.

    En témoignent à la barre les trois titres qu'icelui publia au Dilettante, on l'y voit philosopher au coeur de la taule, frôler le ravin avec des Gitans et s'encanailler la sagesse avec tout ce que le monde compte de marginaux.

    À lire Natchave, son quatrième titre, le dossier de l'auteur s'épaissit : natchave, en bel argot, signifiant « s'en aller, partir, se faire la belle ». S'y démontre en effet ce que le futur pensant retiendra comme « le théorème de Guyard ». Énonçons : « La profondeur de la pensée est fonction de l'usure des semelles. » À savoir que si, quelqu'un se dit penseur, matez-lui les tatanes : pures d'éraflures, vous avez affaire à un rentier du logos, un de ces fonctionnaires du cogito qui touillent la soupe conceptuelle dans un sens puis dans un autre ; mais, si elles sont usées jusqu'à la corde ou si le crèpe est fourbu, sans doute avez-vous touché un vrai, un tatoué du jus de crâne.

    Car le philosophe va et sa pensée va de concert, marche, rôde, randonne, dort dehors et rentre tard, passe en fraude. Au fil de ce flamboyant et turgescent traité de philosophie à grandes foulées, Guyard nous modèle un Socrate SDF, lointain disciple des chamans thraces, nous cisèle un portait d'Antisthène l'anti-système, maître de Diogène, déroule l'histoire des goliards, escholiers en rupture de colliers académiques et de bancs de galère scolastique, entrelardant le tout de tranches de vie juteuses, guyanaises, camarguaises et surtout gitanes. Tous les chemins mènent aux Roms.

  • À quoi ressemblait le modèle de la duchesse de Guermantes ? Colette a-t-elle eu de mauvais exemples à la maison ? Peut-on compter sur un festival de poésie pour redynamiser une région ravagée par le chômage ? Est-il encore possible d'enseigner Racine après la vague Mitou ? Madame Rolland était-elle la dernière des lyriques ? Peut-on boire et conduire jusqu'à Lépanges-sur-Vologne ? A toutes ces questions brûlantes et à d'autres encore que vous ne vous étiez jamais posées, Des écrivains imaginés apporte une réponse.
    Pour des raisons triviales liées à la longueur des procès en diffamation, Des écrivains imaginés se refuse à évoquer des gens qui ne sont pas morts, enterrés et rongés par les vers depuis au moins vingt ans. De même l'auteur n'a choisi que des écrivains à ayants-droit placides. Vous pouvez par contre compter sur ce livre pour traiter avec une rigueur extrême Antoinette Deshoulières (morte en 1694) et Charles d'Orléans (1465).

  • Des librairies qui tirent le rideau, d'autres où il n'y a pas un chat ? à part celui qui orne une couverture familière -, ainsi va la pente. L'air du temps harcèle à ce point les esprits pour qu'ils se divertissent loin des anciennes routes, des belles habitudes, que, bientôt, cela va devenir une tare de parler littérature, de la mettre en avant.

  • Tartuffe au bordel

    Alain Paucard

    Défense et illustration de la prostitution face au marché de l'interdiction. Une des industries marchandes aujourd'hui parmi les plus florissantes, c'est l'industrie des Droits de l'Homme. Et c'est au nom des Droits de l'Homme et de la Femme que la Marchandise veut interdire la prostitution et punir le client. Le but de la manoeuvre est de vendre autrement, dans un monde sans péché.

  • Le danger majeur de l'essai littéraire est de s'apparenter à la taxidermie. Loin des trophées ternes et figés, Jacques Perret nous fait visiter son ranch. Là, les écrivains, comme des bêtes, renâclent, brament, pleurent et chient tout leur soûl : Rabelais s'en met partout, Vigny est roide et piaffant, Balzac, bestial et finaud, matoisement balourd. Puis ce sont un Dumas démoucheté, un Flaubert bouchonné, et encore Poe, Barbey, Renard, Vialatte, London. Voilà, tout ce monde est atrocement vivant. Perret nous les sort, les ferre, les selle et les fait trotter sous nos yeux, dans nos têtes, en une parade à mi-chemin entre le commentaire et la dégustation amicale. Et c'est la seule critique viable : celle d'un écrivain décrivant amoureusement d'autres écrivains.

  • Inédits ou parus en revue, les portraits amicaux d'Anna de Noailles, Christian Dior, Jean Cocteau, Henri Sauguet, Paul Morand, Louise de Vilmorin, etc... de la plume élégante de l'auteur de Les Étonnements de Guillaume Francoeur.

  • Elle, c'est Marion, 27 ans, étudiante en médecine. Princesse libérée, elle dit non à la suprématie du string, régresse en suçant son pouce et organise des soirées MacDo-Champagne entre filles.
    Eux, ce sont Théo, coeur d'artichaut notoire, Alban, un peu trop gros et un peu trop porté sur la boisson, et Simon, l'écorché vif, le désabusé ambigu. Et puis il y a Antoine, l'officiel, la valeur sûre. Le Prince charmant ?

  • Téméraire mais pas courageux, chefdeville n'a jamais été un héros du travail.
    Il fallait pourtant qu'il se trouve un métier, enseignant : profession en danger. maître de conférence : trop guindé. auteur à succès : une idée. il ne lui restait donc qu'animateur d'ateliers d'écriture, un job à la mode mais surtout à sa portée. sans concession aucune, chefdeville livre ici ses expériences sur une activité accessoire qui fait couler beaucoup d'encre.

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