La découverte

  • Dignité, justice sociale, partage du travail, égalité, rapport renouvelé à l'art, à l'éducation, à la culture et au quotidien... C'est tout cela, la Commune de Paris, une expérience révolutionnaire à bien des égards inouïe : pour la première fois, des ouvriers, des ouvrières, des artisans, des employés, des instituteurs et institutrices, des écrivains et des artistes s'emparent du pouvoir. Comme l'écrit Rimbaud qu'elle enthousiasme tant, la Commune entend vraiment " changer la vie " par des " inventions d'inconnu ". Ses protagonistes sont des femmes et des hommes ordinaires qui créent de l'extraordinaire, non seulement en l'imaginant mais en le mettant en pratique.
    C'est de leur expérience si actuelle que part ce livre, sous une forme originale : il est composé de lettres adressées à ces femmes et ces hommes comme s'ils et elles étaient encore en vie et comme si on pouvait leur parler. Ces lettres rendent la Commune vivante et présente, par un entrelacement des temps. L'ouvrage s'appuie sur un vaste travail d'archives et de nombreux documents, le plus souvent inédits : correspondances, débats, projets, procès... Il offre aussi au regard plus de cent photographies qui s'égrènent tout au long de ses pages, images d'époque et images d'aujourd'hui, comme un télescopage entre passé et présent.
    L'événement reste de par le monde une source d'inspiration, car il permet de réfléchir à l'émancipation, aux solidarités et aux communs. Il nous concerne toutes et tous, de manière plus brûlante que jamais, et demeure évocateur par les espoirs et les projets qu'il porte. Tant il est vrai que " la Commune n'est pas morte ".

  • Du genre autobiographique, on connaissait les récits sans enquête et les ego-histoires de " grands hommes " ; dans les sciences sociales, les enquêtes sur des proches tenus à distance par l'effacement de soi. Renouant avec l'ambition d'une sociologie sensible et réflexive, Rose-Marie Lagrave propose un nouveau type de socioanalyse : l'enquête autobiographique.
    Ressaisissant son parcours en sociologue et en féministe, elle remet en cause les récits dominants sur la méritocratie, les stéréotypes associés aux transfuges de classe, le mythe d'un " ascenseur social " décollant par la grâce de talents ou de dons exceptionnels. Cet ouvrage retrace une migration sociale faite de multiples aléas et bifurcations, où domination de classe et domination de genre s'entremêlent : le parcours d'une fille de famille nombreuse, enracinée en milieu rural, que rien ne prédestinait à s'asseoir sur les bancs de la Sorbonne puis à devenir directrice d'études à l'EHESS, où elle croise notamment les chemins de Michelle Perrot, Françoise Héritier, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron.
    Mobilisant un vaste corpus théorique et littéraire, Rose-Marie Lagrave ouvre sa malle à archives et la boîte à souvenirs. De ses expériences de boursière à ses engagements au MLF et sa pratique du métier de sociologue, elle exhume et interroge les traces des rencontres qui l'ont construite. Parvenue à l'heure des bilans, cette passeuse de frontières et de savoirs questionne avec la même ténacité la vieillesse et la mort.
    Contre les injonctions de " réussir " et de " rester soi ", ce livre invite à imaginer de nouvelles formes d'émancipation par la socioanalyse : se ressaisir, c'est acquérir un pouvoir d'agir, commun aux transfuges de classe et aux féministes, permettant de critiquer les hiérarchies sociales et de les transgresser.

  • " Il n'y a de puissance que dans la Relation, et cette puissance est celle de tous.
    Toute politique sera ainsi estimée à son intensité en Relation. Et il y a plus de chemins et d'horizons dans le tremblement et la fragilité que dans la toute-force. "
    Cet ouvrage rassemble pour la première fois six textes :
    De loin...,
    Dean est passé. Il faut renaître. Aprézan !,
    Quand les murs tombent et
    L'Intraitable beauté du monde coécrits par Patrick Chamoiseau et Édouard Glissant ; et avec Ernest Breleur, Gérard Delver, Serge Domi, Bertène Juminer, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar et Jean-Claude William le
    Manifeste pour un projet global et le
    Manifeste pour les " produits " de haute nécessité.

  • Brutalisme

    Achille Mbembe

    Toutes les sphères de l'existence sont désormais pénétrées par le capital, et la mise en ordre des sociétés humaines s'effectue dorénavant selon une seule et même directive, celle de la computation numérique. Mais alors que tout pousse vers une unification sans précédent de la planète, le vieux monde des corps et des distances, de la matière et des étendues, des espaces et des frontières, persiste en se métamorphosant. Cette transformation de l'horizon du calcul se conjugue paradoxalement avec un retour spectaculaire de l'animisme, qui s'exprime non sur le modèle du culte des ancêtres, mais du culte de soi et de nos multiples doubles que sont les objets.
    Avec le devenir-artificiel de l'humanité et son pendant, le devenir-humain des machines, une sorte d'épreuve existentielle est donc engagée. L'être ne s'éprouve plus désormais qu'en tant qu'assemblage indissociablement humain et non humain. La transformation de la force en dernier mot de la vérité de l'être signe l'entrée dans le dernier âge de l'homme, celui de l'être fabricable dans un monde fabriqué. À cet âge, Achille Mbembe donne ici le nom de
    brutalisme, le grand fardeau de fer de notre époque, le poids des matières brutes.
    La transformation de l'humanité en matière et énergie est le projet ultime du brutalisme. En détaillant la monumentalité et le gigantisme d'un tel projet, cet essai plaide en faveur d'une refondation de la communauté des humains en solidarité avec l'ensemble du vivant, qui n'adviendra cependant qu'à condition de réparer ce qui a été brisé.

  • Nouvelle édition de ce parcours pédagogique à travers l'histoire et les formes des diverses utopies : le travail et les loisirs ; l'éducation, la famille et les relations amoureuses ; la ville et l'architecture, l'uchronie et la S.-F.
    C'est avec la publication de L'Utopie de Thomas More en 1516 que le mot se répand et que naît un genre littéraire associant critique sociale et description d'une " société heureuse ". L'utopie n'est pas une anticipation, mais un présent qui mise sur le bonheur, l'équité, l'abondance et le respect de chacun. Thierry Paquot explore diverses utopies écrites ou expérimentées qui se sont succédé depuis le XVIe siècle, en privilégiant certains thèmes : le travail et les loisirs, l'éducation, la famille et les relations amoureuses, la ville et l'architecture. L'utopie s'enrichit au XIXe siècle de l'uchronie, puis de la science-fiction, pour proposer de nouvelles alternatives à la " société de consommation ". L'utopie contient le pire et le meilleur, elle se révèle parfois autoritaire, totalitaire, culpabilisatrice, triste et uniformisante, tout comme elle peut favoriser le déploiement des désirs, démultiplier les plaisirs, répondre joyeusement aux attentes de ses membres. Ce sont ces paradoxes qu'analyse cet ouvrage documenté à l'écriture directe et passionnée, en s'attardant sur les oeuvres de Thomas More, Francis Bacon, Fénelon, Diderot, Sébastien Mercier, Robert Owen, Saint-Simon, Charles Fourier, Edward Bellamy, William Morris et quelques autres " sublimes rêveurs ".

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Est-elle en mesure de se confronter à des oeuvres particulièrement difficiles, et même étranges, qui découragent plus d'un lecteur et soumettent habituellement à rude épreuve le travail des interprètes ?
    Est-il possible de percer les mystères de la création littéraire ? La sociologie peut-elle entrer dans la chair même des oeuvres ? Bernard Lahire s'est confronté à l'un des plus grands représentants de la littérature d'avant-garde, Franz Kafka : pourquoi écrit-il ce qu'il écrit comme il l'écrit ? Pour répondre, Bernard Lahire examine la fabrication sociale de l'auteur du Procès, depuis les primes expériences familiales jusqu'aux épreuves les plus tardives. Ce faisant, non seulement il saisit les raisons qui le conduisent à être attiré par la littérature, mais il se donne les moyens de comprendre les propriétés formelles et thématiques d'une oeuvre travaillée par les éléments constitutifs de sa problématique existentielle. Dans ce livre magistral qui, au-delà du cas de Kafka, pose les fondements d'une théorie de la création littéraire, les oeuvres apparaissent comme autre chose que des solutions esthétiques à des problèmes formels ou que des manières de jouer des coups dans un " champ littéraire ". Elles sont aussi des points de vue sur le monde, des manières formellement spécifiques de parler du monde mises en oeuvre par des créateurs aux expériences sociales singulières.

  • Élever un enfant dans deux langues demande un effort soutenu sur plusieurs années. Le bilinguisme ne va pas de soi, que la seconde langue soit celle d'un des parents, qu'elle soit celle de la cellule familiale dans un pays étranger ou, tout simplement, un projet d'apprentissage pour l'enfant d'une famille monolingue. Combattre les idées reçues, trouver les moyens de lutter contre la disparition de la langue " faible ", se construire une identité à partir de deux langues et de deux cultures, tels sont les défis à relever par les enfants bilingues et leurs parents.
    Comment s'acquiert le langage chez l'enfant ? Quelle est la meilleure façon pour transmettre deux langues simultanément ? Quels sont les effets du bilinguisme sur les parcours scolaires et le développement intellectuel ? Combien de langues un enfant peut-il apprendre, et quelles sont les différentes méthodes d'apprentissage ?
    Ce livre est destiné à tous ceux - parents, enseignants, professionnels de la petite enfance - qui s'intéressent au bilinguisme et au plurilinguisme. Il en analyse les différents aspects à la lumière des études les plus récentes pour que, au-delà de " recettes " ou de " conduites à tenir ", chacun puisse trouver sa propre réponse dans des situations toujours singulières.
    La troisième édition de cet ouvrage, devenu une référence sur le sujet, a fait l'objet d'une mise à jour des données, issues d'études récentes. Elle est enrichie d'une préface inédite de l'auteur.

  • D'Armand Gatti à Augusto Boal, en passant par Alain Badiou, André Benedetto et de nombreux collectifs, l'histoire agitée et passionnante d'un pan méconnu et souvent occulté de l'histoire du théâtre.
    Depuis les années 1960, de nombreuses expériences théâtrales ont revendiqué en France un clair dessein politique. Inscrit au coeur des luttes (anti-impérialistes, ouvrières, féministes, immigrées, homosexuelles, altermondialistes, etc.), ce théâtre militant s'est donné pour but de contribuer, à sa manière, aux combats d'émancipation de son temps. Injustement déprécié ou ignoré, il constitue pourtant tout un pan de l'histoire théâtrale. Et c'est cette histoire inédite et passionnante que l'on découvrira dans cet ouvrage extrêmement documenté. Comment représenter la colère, l'injustice et l'espérance ? Quelles formes pour dire la lutte ou expliquer les mécanismes du capitalisme ? Et à qui de telles représentations doivent-elles être destinées ? Contrairement aux idées reçues, le théâtre militant n'a jamais cessé d'inventer des solutions dramaturgiques et scéniques pour mettre en scène le présent : un présent à transformer. Héritier d'Erwin Piscator, de Bertolt Brecht et des troupes d'agit-prop soviétiques, ce théâtre n'est pas homogène : il est traversé d'options politiques et esthétiques diverses, voire contradictoires, d'Armand Gatti à Augusto Boal, en passant par Alain Badiou, André Benedetto et de nombreux collectifs (la Troupe Z, Al Assifa, le Levant, le Groupov...). Revenir sur ces propositions, sur leurs richesses et leurs impasses, c'est tout autant s'opposer à l'oubli que tenter d'ouvrir des pistes pour le théâtre militant d'aujourd'hui.

  • Jusque vers la fin des années 1970, on pouvait encore croire que l'ordinateur n'aurait d'effet que sur les domaines scientifiques et techniques. On se rend compte aujourd'hui que cet appareil et ses technologies sont en train de révolutionner la façon même dont notre civilisation crée, emmagasine et transmet le savoir. Une réflexion passionnante sur la place et l'avenir de l'écrit dans notre civilisation
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1999.
    Jusque vers la fin des années soixante-dix, on pouvait encore croire que l'ordinateur n'aurait d'effet que sur les domaines scientifiques et techniques. On se rend compte aujourd'hui que cet appareil et les technologies qui l'accompagnent sont en train de révolutionner la façon même dont notre civilisation crée, emmagasine et transmet le savoir. À terme, cette mutation influencera l'outil le plus précieux que l'homme ait inventé pour construire ses connaissances et élaborer son image de soi et du monde : le texte. Et comme celui-ci n'existe qu'en fonction de la lecture, les mutations du premier ont des répercussions sur la seconde, de même que celles de la seconde entraînent nécessairement la mise en place d'autres modes de textualité. On ne lit pas un hypertexte comme on lit un roman, et la navigation sur le Web procure une expérience différente de la lecture d'un livre ou du journal. C'est à l'ensemble de ces bouleversements qu'est consacré l'ouvrage de Christian Vanderdorpe. S'inscrivant au croisement de travaux de plus en plus nombreux consacrés à l'histoire de la lecture, l'hypertexte, l'ordre de l'écrit, la " fin " du livre et la médiologie, ce livre conduit une réflexion passionnante sur la place et l'avenir de l'écrit dans notre civilisation
    Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 1999..

  • Depuis plus de dix ans, l'usage que les poètes latins de la fin de la République ont fait du mythe de l'âge d'or a piqué la curiosité de l'auteur. Ses recherches l'ont convaincu que derrière ce vieux mythe, se livrait un débat passionné dont les enjeux n'étaient autres que la notion même de liberté et la capacité de l'imagination poétique à engendrer le bonheur. Il lui a paru qu'il pouvait valoir la peine de faire partager à d'autres cette conviction.

  • En Afrique, au Moyen-Orient ou dans les républiques de l'ex-Union soviétique, des organes de presse sont directement utilisés pour lancer des appels à la haine et à la violence. Devant la montée de ces médias de la haine, Reporters sans frontières, une organisation de défense de la liberté de la presse dans le monde, a envoyé des journalistes dans une dizaine de pays, pour enquêter.

  • Romain Rolland (1866-1944) a été un des plus proches compagnons de combat de Péguy (1873-1914). Son roman Jean-Christophe, a d'abord été publié par Péguy dans les Cahiers de la quinzaine. Ils se sont battus côte à côte pour Dreyfus et ont vibré pour les mêmes idéaux socialistes.
    À la fin de sa vie, en pleine désillusion sur l'URSS, Romain Rolland nous livre une biographie de Péguy qui reste inégalée. Il reconstitue le parcours du poète philosophe, raconte la genèse et le contenu de ses oeuvres tout en dressant un portrait saisissant des fabuleuses années 1900 où Einstein formule sa première théorie, où le pape condamne le relativisme et met Bergson à l'index. Mais il ne cache pas non plus l'exaltation nationaliste de Péguy avant la guerre de 1914 et sa haine de Jaurès. On est frappé par la profondeur du travail et le style de Romain Rolland. Il sait nous entraîner dans ce fleuve qui le (et nous) déborde de toute part.
    Le sens des engagements de Péguy - que l'ami Rolland n'a, loin de là, pas toujours partagés - fait l'objet d'un décryptage minutieux. Son dreyfusisme " mystique ", son socialisme irréductible, sa détestation de la Sorbonne et du " parti intellectuel ", son bergsonisme jamais pris en défaut et son appel à la révolution dans l'Église deviennent enfin compréhensibles dans leur complémentarité.
    À qui appartient Péguy ? Romain Rolland montre comment cette oeuvre immense est irrécupérable par l'extrême droite et en quoi elle réjouira tous ceux qui ne se résignent pas au pouvoir de l'argent.

  • Pourquoi insulte-t-on ? Dans quels cas les injures sont-elles efficaces ? Comment peuvent-elles aussi rater leur cible et se retourner contre celui qui les profère ? Ces questions nous en apprennent beaucoup sur la société et ses règles de bon fonctionnement. Si injurier, c'est chercher à humilier, " bien injurier ", c'est surtout apprendre à se révolter. " Fils de pute ", " nique ta mère ", " sale chien ", " connasse ", " pédé " : pourquoi insulte-t-on ? Dans quels cas les injures sont-elles efficaces ? Comment peuvent-elles aussi rater leur cible et se retourner contre celui qui les profère ? Injurier, c'est chercher à humilier. Ce livre pourrait certes nous apprendre à " bien injurier ", mais il pourrait aussi nous aider à résister à la violence des mots. Celui qui veut injurier efficacement doit se faire apprenti sociologue ! Car les injures renferment des mystères plus profonds qu'il n'y paraît à première vue. Elles tendent à nous assigner un rôle, à nous définir. Elles recèlent un réel pouvoir magique : celui qui est nommé peut se reconnaître, et trouver ainsi une nouvelle manière d'exister et... de se révolter. Ce livre explore une variété d'injures et d'insultes courantes aujourd'hui. À chaque fois, il en reconstitue le contexte et le sens. Il propose ainsi un parcours amusant, plein de péripéties et d'aventures dans un monde pas toujours reluisant qui est pourtant le nôtre. C'est aussi un livre d'espoir pour un avenir meilleur.

  • Fidèle à son goût pour l'autodérision, ainsi décrit-il cette corporation des critiques littéraires à laquelle il appartient : " Paisibles alligators dont l'oeil blasé affleure, depuis le jurassique, à la surface du marigot des lettres. " Lui, Angelo Rinaldi, c'est depuis moins longtemps, mais tout de même depuis plus de trente ans - et toutes ses dents - qu'il observe ce qui paraît et reparaît : romans, essais, poésies, biographies. De ses chroniques, il ressort une galerie de portraits qui " décoiffe ", où le cocasse le dispute au tragique, et un tableau des moeurs certes à ne pas laisser entre toutes les mains. En même temps qu'on découvre, jamais blasé, un mémorialiste de la vie comme elle va : parfois belle à pleurer, si souvent donnant la nausée, tout de même à ne jamais désespérer, décidément foldingue.
    Recueil de 120 chroniques parues au Nouvel Observateur entre 1998 et 2003, on croisera ici des admirables et des affreux, des auteurs de toutes les époques et aussi différents qu'Elizabeth Taylor, Vialatte, Sciascia, Camilleri, Cassady, Mishima, Wilde et Max Jacob, les cardinaux de Retz et de Bernis, Céline, Racine et la Palatine, Beauvoir, Garcia Márquez, Chandler, O'Faolain, mais aussi Marc Levy et Christine Ockrent, et tant d'autres. Un florilège et un guide.

  • De 1850 à 1914, les médecins constituent l'écriture des déviants en un objet de vérité.
    En lisant les écritures ordinaires, ils découvrent des objets inquiétants : des écrits qui échappent à leurs grilles de lecture, des signes graphiques qui semblent témoigner du caractère anormal de leur scripteur et enfin des gestes graphiques qui révèlent des pathologies jusqu'alors inconnues. On entreprend de décrypter les écrits des déviants pour identifier leurs caractéristiques. On tente de repérer, dans la graphie, des signes indiquant le degré de normalité du scripteur.
    On observe le geste graphique afin d'isoler des pathologies propres au mécanisme de l'écriture. Les médecins font entrer l'écriture au laboratoire. On y photographie le produit graphique et on éprouve sa conformité par des substances chimiques. Enfin, devant l'engouement pour la graphologie, la médecine s'efforce de clarifier les grilles de lecture graphologique.
    Ce savoir induit plusieurs modifications dans la société du tournant du siècle : l'expertise est repensée, l'enseignement de l'écriture est renouvelé et sa pratique professionnelle modifiée. à partir d'événements comme le récit de la visite d'un patient à l'hôpital ou la description de l'invention d'une machine, cet essai, le premier livre de son auteur, initialement publié en 1998 aux Empêcheurs de penser en rond cherche, à montrer comment et pourquoi la médecine s'est saisie de l'écriture pour opérer un nouveau partage entre le bien et le mal, le vrai et le faux, le naturel et l'artificiel, le normal et le pathologique.

  • Si les écrivains parlent et écrivent beaucoup sur eux-mêmes, sur leur identité et sur leur conception de l'écriture, force est de constater qu'on les connaît en réalité très mal. Faute d'enquête solide et rigoureuse, on se contente souvent d'une vision commode et désincarnée de l'écrivain, tout entier consacré à la littérature, sa raison de vivre. C'est cette enquête qu'a conduite Bernard Lahire. Il en expose les résultats passionnants dans ce livre. Il y montre que les écrivains forment une population tout à fait singulière : à la différence des ouvriers, des ingénieurs, des médecins ou des patrons, qui passent tout leur temps de travail dans un univers professionnel unique et tirent l'essentiel de leur revenu de ce travail, la grande majorité des écrivains vivent une situation de double vie. Amenés à cumuler activité littéraire et second métier, ils alternent en permanence temps de l'écriture et temps des activités professionnelles rémunératrices. Il apparaît aussi que, parmi les écrivains, les plus grands professionnels d'un point de vue littéraire, c'est-à-dire ceux qui mettent le plus d'art dans ce qu'ils font, ont très peu de chance d'être les plus professionnels d'un point de vue économique, c'est-à-dire de vivre des seuls revenus de leurs publications. Une telle situation de double vie n'est ni nouvelle, ni occasionnelle. Elle est pluriséculaire et structurelle. Et c'est à en comprendre les raisons et à en préciser les formes et les effets sur les écrivains et leurs oeuvres que cet ouvrage est consacré. Il permet de construire une anthropologie des conditions pratiques d'exercice de la littérature. En " matérialisant " les écrivains, c'est-à-dire en mettant au jour leurs conditions d'existence sociales et économique, en particulier leur rapport au temps, il apparaît que ni les représentations que se font les écrivains de leur activité ni leurs oeuvres ne sont détachables de ces différents aspects de la condition littéraire. Fruit d'une longue enquête en profondeur, remarquablement documenté, ce livre exceptionnel à plus d'un titre, permet de pénétrer les aspects les plus concrets du travail de dizaines d'écrivains contemporains aussi divers que Patrick Drevet et Brigitte Giraud, Alain Gagnol et Marcelin Pleynet, Enzo Cormann et Nicole Avril, Charles Juliet, Marc Lambron, Yves Bichet, Annie Zadek et bien d'autres.

  • Speech acts. Mais pourquoi toujours penser nos communications selon le modèle linéaire de la chaîne ? En suivant ce paradigme communicationnel, Daniel Bougnoux montre l'insistance d'unelogique circulaire:sans son mouvement perpétueld'ouverture et de fermeture, nous ne saurions communiquer. Mais lesboucles étrangesne cessent de déborder nos langages, et c'est ce que l'auteur s'efforce de démontrer.

  • En confrontant des données relatives au Québec et à la France, les auteurs de cet ouvrage se trouvent placés dans une rare situation d'observation : une même langue pour deux populations dont l'une tire ses origines de l'autre mais qui ont connu des destins forts différents ; des rituels d'origine commune dans un passé lointain mais qui ont évolué de façon singulière de chaque côté de l'Atlantique. Une partie des textes explorent directement ce rapport de filiation ; d'autres contributions élargissent les perspectives et les terrains.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Les histoire racontées dans Les Mille et une nuits sont une école de sagesse. Dans la lecture qu'en fait Abdelfattah Kilito, elles sont parcourues par un fil rouge : la question du livre. A qui revient-il de raconter des histoires ? De les coucher par écrit ? De les enfermer dans un livre ? De faire passer celui-ci de main en main et de bouche à oreille ? Qu'est-ce qu'un auteur et qu'est-ce qu'on bon lecteur ?
    De la parole à l'écrit, de l'écrit au livre, et de fil en aiguille, Abdelfattah Kilito nous fait pénétrer dans le livre magique, rendez-vous de la mort et de la vie.

  • C'est en 1983 que les Éditions La Découverte ont pris le relais des Éditions François Maspero. En mai 1982, François Maspero décidait de quitter la maison qu'il avait fondée en 1959, après avoir confié la direction à François Gèze, en lui demandant de poursuivre l'activité, mais en changeant de nom.
    Au fil des années, l'équipe de La Découverte a consolidé l'une des rares maisons indépendantes de taille moyenne, présente surtout dans le domaine des sciences humaines et sociales, des essais sur les problèmes de société et des ouvrages accessibles sur l'économie et les questions internationales. Une maison globalement orientée à gauche, dans un esprit non dogmatique et non " partidaire ".
    Ce livret, diffusé à l'occasion du trentième anniversaire de la maison, propose la présentation détaillée d'une quarantaine de livres publiés depuis 1983 et qui, à divers titres, " ont fait date ". Une sélection difficile dans un catalogue de quelque 3 500 ouvrages publiés en trente ans, dont plus de 1 500 sont toujours disponibles. On la trouvera ici précédée, en guise d'introduction, par une liste de 235 titres marquants de " non-fiction " publiés de 1983 à 2012, classés par année, en essayant de faire justice à une production dont la palette a toujours été très large (de la synthèse pour étudiants au document d'actualité, des atlas aux enquêtes sociologiques, des collectifs de chercheurs aux essais monographiques, etc.) ; avec la volonté de rendre sensible la richesse des approches, des formats, des sujets, des auteurs et des directeurs de collection, qui sont le plus souvent des fidèles sur la longue - voire très longue - période. En 2013, toute l'équipe de La Découverte reste plus que jamais mobilisée pour offrir aux lectrices et aux lecteurs curieux des livres pour comprendre, des livres pour agir. Et pour offrir aux auteurs - les plus anciens et fidèles comme les plus jeunes - cherchant à renouveler la pensée du monde, la possibilité d'atteindre ces lectrices et ces lecteurs.
    En bref, pour célébrer ses trente ans d'existence, La Découverte entend bien mobiliser, pour ses auteurs comme pour les lectrices et lecteurs de leurs livres et revues, tous les apports des nouvelles technologies afin de poursuivre un objectif plus que jamais impératif : comprendre le monde pour refuser l'inacceptable.

  • À l'approche des 110 ans du Goncourt, ce livre, ni pamphlet ni étude sociologique, propose la première enquête d'envergure sur un dispositif très mal connu, qui est pourtant un véritable miroir grossissant de la condition littéraire contemporaine. Reposant sur de très nombreux entretiens menés avec des auteurs et des jurés littéraires, il ne se limite pas aux grands prix d'automne, mais interroge aussi les innombrables (entre 1 500 et 2 000, rien qu'en France) prix populaires créés par des médias, les prix pour la jeunesse, ou encore ceux des " mauvais genres " (BD, policier, littératures de l'imaginaire).
    Avec les prix littéraires, ce sont des reconfigurations majeures du monde littéraire qui se donnent à lire : le déclin de la fonction sociale et de l'autorité symbolique de l'écrivain ; le déclin du livre comme objet sacralisé ; les mutations des pratiques culturelles et le déclin de la lecture ; la reconfiguration de l'expertise littéraire à l'ère des industries culturelles et du numérique ; les figurations nouvelles du littéraire ; la professionnalisation de l'écrivain.
    De l'homme de lettres d'hier à l'écrivain minuscule d'aujourd'hui, ce sont bien les effets à la fois structurants et paradoxaux des prix littéraires que l'on cherche à pointer. Structurants : les prix régulent un marché et une offre, contrôlent et font perdurer une certaine idée de la littérature en l'ouvrant au plus grand nombre, proposent une définition normée de la lecture et du goût. Paradoxaux : les prix rassurent l'écrivain sur son sentiment d'appartenance à une commune condition littéraire, mais le fragilisent comme figure unique et singulière ; ils obéissent à un protocole réglé dont l'écrivain ne décide pas des règles, mais il y participe librement selon des relations de proximité et des affinités spontanées ; ils mettent en lumière mais n'aident pas à durer.
    Au final, cet ouvrage se veut une contribution à l'histoire sociale et culturelle de la littérature et du statut de l'auteur.

empty