Karthala

  • La langue, premier matériau de l'écrivain, est un enjeu dont on ne saurait exagérer l'importance. Si tout écrivain doit jusqu'à un certain point réinventer la langue, la situation des écrivains francophones a ceci d'exemplaire que le français n'est pas pour eux un acquis mais plutôt le lieu et l'occasion de constantes mutations et modifications. Engagés dans le jeu des langues, ces écrivains doivent créer leur propre langue d'écriture, et cela dans un contexte culturel multilingue, souvent affecté des signes de la diglossie.

  • Roman d'homme ou de femme ? Telle est de nos jours l'une des premières questions que se pose le lecteur d'une oeuvre de fiction. La réponse qu'il y donne modèlera son regard sur le texte. Les différences gestuelles et orales jouent un rôle dans la spécification des rapports interpersonnels. Comment peut-on repérer et interpréter ces différences dans les textes littéraires ? Quelle place faut-il accorder aux débats sur la domination du masculin, à l'hypothèse d'une crise des identités de genre ? Curieusement, dans les textes littéraires, l'étude sémiologique des gestes et de la parole a, jusqu'à présent, fait l'impasse sur la sociologie du genre. Le présent ouvrage vient à point pour analyser le rapport masculin/féminin à partir d'une représentation du corps et de ses activités : "Des hommes et des femmes se côtoient dans l'espace textuel : chacun se comporte dans cette situation spécifique en fonction de son sexe et de son ethnie. Toute cette étude autour de la corporéité (oralité et gestualité) se décline à partir de ce concept."

  • Enorme, anormal, difforme ou sinueux, le thème baroque se développe au mépris des limites, cadres de l'image, marges de la page, frontières des genres ou des tonalités. N'y aurait-il pas, dès lors, une affinité entre le baroque et la mise en question de la loi? Entre une liberté merveilleuse et l'angoisse du vide, le baroque mène ainsi la folle sarabande de l'écriture et de la musique. L'écrivain n'est-il pas à l'image de ses personnages ivre des pouvoirs de l'imaginaire, se livrant à la transgression joyeuse, et cependant inquiet de découvrir une "loi symbolique", ou une "loi d'expression", dans le langage d'Edouard Glissant ?

  • Treize critiques et écrivains s'expriment sur leur rapport à la langue française et sur leur "identité française".Tout en faisant partie des voix francophones, ils réagissent à la politique des organismes officiels de la "francophonie" et aux influences de la culture française. La langue se révèle fondatrice dans ses diverses manifestations, tout en générant des conflits par rapport à ses héritages divers. Pour des francophones de langues et de nationalités multiples, le français reste inséparable de la politique culturelle et économique de la France. Thomas C. Spear enseigne à la City University of New York (CUNY). Auteur de nombreux articles sur des auteurs francophones (de France, des Caraïbes et du Québec), il étudie spécialement les formes de l'autobiographie. Il est également traducteur et webmestre du site " île en île ".

  • Maryse Condé, née en Guadeloupe, est un écrivain de renommée internationale dont l'oeuvre abondante, couronnée par de nombreux prix, a été traduite en plusieurs langues. Auteur de Hérémakhonon, Moi, Tituba, sorcière... Noire de Salem, Ségou et Traversée de la Mangrove, elle a écrit seize romans, huit pièces de théâtre et quatre récits autobiographiques, sans compter des livres pour la jeunesse. Elle est également essayiste et critique littéraire de grand talent. Ses romans, s'inspirant généralement du passé et du présent de l'Afrique et de sa Diaspora, traversent des époques et des espaces géographiques qui recoupent parfois les siens à différentes périodes de sa vie. Ses thèmes de prédilection incluent l'esclavage, le colonialisme, les migrations, l'exil, le concept d'identité, le racisme, l'histoire et la mémoire. Dans ces Nouveaux Entretiens, elle parle de ses oeuvres et de littérature, bien sûr ; mais, en témoin de son temps, elle exprime aussi ses opinions sur les grands sujets d'actualité qui agitent le monde. Elle-même se définit comme « quelqu'un qui cherche et qui se cherche, qui cherche à être heureuse et à vivre le moins mal possible », voulant explorer la signification de tout ce qui l'entoure, dans « une quête qui n'est jamais finie ». Ce livre d'interviews, contenant des propos d'une grande sincérité qui mêlent l'humour au sérieux, s'adresse à un lectorat divers. Ceux qui n'ont pas lu Maryse Condé y découvriront un écrivain humaniste à la recherche de lui-même et à l'écoute du monde. Les autres y retrouveront son habituelle tendance à la provocation, qui n'est probablement qu'une façon de susciter le débat sur des questions que d'aucuns voudraient ignorer.

  • Constitué d'articles publiés entre 2000 et 2013, résultat de plus de quarante années de recherches effectuées par Anne Marty dans la littérature haïtienne, l'ouvrage ne se confond pourtant pas avec une collection d'essais. Des thèmes précis en sous-tendent l'architecture, montrant la dynamique à l'oeuvre.
    Le premier de ces thèmes est celui du féminin, étudié à partir des auteures et des personnages représentés. Plus d'une vingtaine d'auteures sont évoquées ou traitées, de Virginie Sampeur à Maggy De Coster. Leur présentation ainsi que l'analyse de leurs oeuvres sont mises en perspective et montrent la place importante qu'elles prennent dans le champ littéraire haïtien. Anne Marty montre aussi que la représentation du corps féminin est un des puissants leviers de la fiction, et que c'est à partir de cette représentation que l'intime parvient aux mots. Analyses éclairantes et perspicaces, elles mettent en relief la façon dont ces auteures se démarquent des stéréotypes courants qui constituent le fonds de l'idéologie masculine.
    Un deuxième thème parcourt le travail, celui du rappel de l'action délétère de la dictature sur la société haïtienne. Elle montre comment les écrivains, surtout à partir des années duvaliéristes, ont résisté et cherché à rénover une langue instrumentalisée pour l'expression du pire. Enfin, elle prend en charge la littérature qui, après janvier 2010, se dresse contre l'effondrement.
    L'ouvrage d'Anne Marty est important en ce qu'il rend compte à la fois du long terme, cette perspective radicale que déploie une littérature qui fut dès ses commencements une littérature critique, et du court terme, celui des circonstances et des accidents d'une histoire souvent chaotique.
    D'après la préface d'Yves Chemla

  • À partir d'une lecture critique de l'oeuvre de l'écrivain congolais Sony Labou Tansi (1947-1995), cette étude se propose d'analyser la façon dont la littérature peut tirer parti de la circulation d'énergies au sein des espaces impériaux. Si la colonisation fut bien un phénomène mondial, les différents empires ont déployé des nappes spatiales différenciées, qui n'obéissent ni au principe d'intériorité nationale, ni à celui de mise en connexion globale, mais à des dynamiques de spatialisation encore actives aujourd'hui.
    Le déploiement des empires coloniaux, qui a été vécu par les conquérants comme d'enthousiasmantes ouvertures d'espace, a eu comme envers l'expérience faite par les colonisés d'un effondrement de leurs lieux de vie. Le souffle de cet effondrement est une contre-énergie, un principe de décomposition, qui ne cesse de remonter de la périphérie aux centres impériaux, et dont la littérature de Sony Labou Tansi témoigne merveilleusement. La tonalité apocalyptique de son écriture, qui « invente un poste de peur dans ce vaste monde qui fout le camp », naît de l'expérience de ceux qui sont condamnés à parler depuis des lieux de relégation. C'est depuis une Afrique postcoloniale en voie de décomposition que cet auteur interpelle le monde pour le rappeler à l'espoir et au sens de l'humain.
    Xavier Garnier est professeur à l'Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 où il enseigne les littératures francophones.

  • Metka Zupancic a réalisé une série d'essais sur dix femmes francophones, qui vivent entre le Québec, l'Ontario, la Belgique, la Tunisie et la France. Elle y adopte une orientation critique qui se nourrit du mythe orphique et de ses avatars, tels qu'on peut les trouver dans leurs oeuvres - où le démembrement se voit remplacé par ce qu'elle appelle le remembrement (terme qui fait référence à la reconstitution de terrains agricoles à partir de parcelles dispersées). Ces écrivaines, avançant en écriture et en maturité, ressentent la nécessité de modifier les rapports avec les femmes tels qu'ils avaient été promus par les féministes des années 1970. Le contact de la fille avec la mère, enviable et détestable, prison et liberté, lien et rupture ; le réseau à former, dans lequel il s'agit d'établir sa propre individualité pour ensuite revenir au groupe et à la communion nécessaire : voici quelques-unes des questions qu'elles posent. La littérature est le moyen d'évoquer la généalogie, la démultiplication du féminin, l'altérité et l'identité, la variété et la ressemblance. Dans ce mouvement sans fin, le remembrement des aspects éclatés du corps symbolique féminin reste le centre nécessairement multiple d'où part la réflexion. Metka Zupancic ne craint pas de laisser paraître sa propre subjectivité dans ce texte très personnel, allant jusqu'à évoquer la mort de sa propre mère. Cette complète implication de l'auteure dans son texte, combinée à une approche analytique nourrie d'une grande connaissance de la mythologie classique, en fait la principale originalité. Metka Zupancic, originaire de Slovénie, est Professor of French / Modern Languages et French Program Director à l'Université d'Alabama (Tuscaloosa, États-Unis). Elle a publié en 2001 un livre sur Claude Simon et en 2007 une monographie sur Hélène Cixous. Chevalier dans l'Ordre des Palmes académiques, c'est une francophone passionnée.

  • Parmi les écrivains de la Caraïbe francophone, Maryse Condé se distingue par son côté fondamentalement rebelle, provocateur et contestataire. Son refus de se rallier aux diktats des mouvements littéraires et à toute idéologie est manifeste dans son oeuvre qui se place tout entière sous le digne du défi.
    Ecrire, pour Maryse Condé, c'est avant tout s'écarter des chemins battus de la doxa, dévoiler l'envers des idéologies et éclairer les zones d'ombre de l'histoire, des sociétés et de la nature humaine. Le but de ce recueil d'essais est d'éclairer la complexité intrinsèque de cette écriture qui fait éclater les cloisonnements des genres littéraires et invite à des interprétations plurivoques.

  • Dans la riche littérature antillaise d'exrpression française, il est un personnage qui revient de manière récurrente depuis une vingtaine d'années, c'est celui de l'écrivain. Lydie Moudileno analyse ses représentations dans la production romanesque de la Martinique et de la Guadeloupe depuis les années 80. En examinant les diverses mises en scène de ce personnage, à la fois marginal et familier, elle s'interroge sur la condition du sujet-écrivant aux Antilles, ses fantasmes, ses limites, ses paradoxes, et sur le rapport qu'il entretient avec ses prédécesseurs, qui vont du conteru traditionnel aux chantres de la négritude. Chacun à sa façon, les écrivains qui figurent dans les romans de Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant, Maryse Condé et Daniel Maximni, repensent leur rapport à la langue, à l'Histoire et à la communiuté culturelle à laquelle ils appartiennent, faisant du texte de fiction un lieu privilégié où s'élaborent de novuelles théories pour la génération de l' "après-négritude". Lydie Moudileno est profeseur à l'Université de Pennsylvanie, à Philadelphie, où elle enseigne la littérature française et francophone.

  • On a souvent consacré Mouloud Feraoun comme l'un des pionniers de la litterature maghrébine de langue française, sur des critères de chronologie. A-t-on toujours perçu comment, chez lui plus encore que chez d'autres écrivains qui commencent à publier autour de 1950, s'ébauche pour la première fois dans le Maghreb colonisé un projet d'écriture déterminé ? Avec Mouloud Feraoun, une voix originale se révèle, à la fois singulière et résonnant de la grande voix multiple de la Kabylie natale, porteuse aussi d'universel.

  • Des femmes et de l'écriture analyse les écrits des femmes francophones du bassin méditerranéen qui ont pris la plume durant les toutes dernières années, interrogeant leur spécificité. Dans le contexte socio-culturel actuel et sous l'influence des mouvements de libération des femmes, c'est de la rive du Nord que va émerger un mouvement des femmes du Sud qui réclame une affirmation de soi. " La femme cesse d'être Pénélope qui attend en silence le retour d'Ulysse. Elle s'affirme en disant je et en racontant son propre vécu, que ce soit dans son propre pays ou dans e pays d'accueil. " Le pouvoir de l'écriture qui soulève le problème du rapport des sexes sera une compensation à un pouvoir politique féminin souvent absent sur les deux rives de la Méditerranée, en particulier sur la rive Sud. Des littéraires, linguistes, philosophes, psychologues, sociologues, anthropologues, juristes, et journalistes ont examiné et analysé dans des approches pluridisciplinaires l'écriture des femmes du bassin méditerranéen donnant aux lecteurs et lectrices qui s'interrogent sur le sujet des outils de réflexion qui leur permettront d'alimenter leur propre travail. Carmen Boustani est professeure à l'Université libanaise de Beyrouth et auteure de nombreux écrits sur le sujet. Edmond Jouve est professeur à la Sorbonne Paris V et auteur de nombreux écrits francophones.

  • Les textes retenus dans cette étude procèdent à la fois d'un désir de mettre en question le langage de l'imaginaire et d'une volonté de s'op- poser à tout ce qui fait obstacle à une (re)conquête active du sentiment de l'humain, par le biais du « parler-dérision ».

  • Une terre sans frontières, en laquelle toute l'humanité pourrait se reconnaître, c'est ce qu'évoque sans trêve Andrée Chedid tant à travers le poème, le roman que la nouvelle et le théâtre. Elle tente sans cesse de sonder par l'écriture l'énigme de la vie et de la nature humaine, ce qui la conduit à explorer des états diamétralement opposés comme l'espoir et le désespoir, la vie et la mort, la plénitude et la perte.
    D'une famille libanaise, Chedid est née en Égypte, au Caire en 1920. Elle a vécu à Paris de 1946 jusqu'à sa mort en 2011. Ses écrits ont été couronnés de nombreux prix littéraires, dont le Prix Albert Camus, en 1996, pour son autobiographie, Les Saisons de passage, et pour l'ensemble de son oeuvre.
    Ayant grandi dans un monde où s'entremêlaient Orient et Occident, elle a vécu cet univers composite non pas comme une aliénation, mais comme un enrichissement. C'est avec les sensations et les images de l'Égypte, du Liban et de la France qu'elle a bâti son oeuvre.
    Convaincue que l'essentiel est l'interrogation sur le fond de l'être humain, elle relance sans relâche la recherche de ce qu'elle appelle le « visage premier de l'être ». « N'oublie pas que vivre est gloire. » Cette citation de Rainer Maria Rilke pourrait servir de phrase emblématique de toute l'oeuvre chedidienne.
    Lucide face à la pulsion destructrice inhérente à l'être humain, elle ne cesse pourtant de donner voix à un énorme instinct de vie. Les récits de Chedid sont en effet des lieux de combat et de transcendance où résonnent autant son indignation que son élan vital. Ils portent aussi sur des thèmes comme l'identité, l'hybridité et l'exil, la figure de l'orphelin et la figure obsédante de la mère.
    L'ouvrage se termine par un questionnement sur l'origine de l'espoir chez Andrée Chedid. Il est enrichi de deux entretiens que l'auteure a eus avec l'écrivaine.

  • Entre 1995 et 2008, des romancières de grande qualité, relevant du Maghreb et de sa diaspora, ont émergé pour les unes et confirmé leur talent pour les autres. Si Kateb Yacine disait à l'époque, en parlant des écrivaines algériennes, que "[t]oute femme qui écrit vaut son pesant de poudre", trente ans plus tard, il est temps de soulignerr les aspects littéraires de leur oeuvre. Le présent essai se centre donc sur des questions qui touchent à la langue, à la représentation symbolique du monde et aux techniques narratives, c'est-à-dire à tout ce qui fait le caractère littéraire et poétique des ouvrages retenus. Un dernier chapitre est consacré au cinéma maghrébin, dans lequel on note une présence de plus en plus remarquable de réalisatrices. Les auteures abordées dans l'ouvrage sont, principalement, Assia Djebar, Malika Mokeddem, Fatima Mernissi, Bouthaina Azami-Tawil, Hélène Cixous, Nina Bouraoui, et les réalisatrices Raja Amari et Leïla Marrakchi. Marta Segarra enseigne les études de genre ainsi que la littérature et le cinéma français et francophone à l'Université de Barcelone. Directrice du Centre de recherche "Dona i literatura", elle est associée au Centre d'études féminines et d'études de genre de l'Université Paris 8, où elle a plusieurs fois invitée à enseigner.

  • À l'ère de la mondialisation et des recompositions identitaires qu'elle induit, la nouvelle doxa culturelle semble considérer comme advenue la fin des sédentarités et des inscriptions identitaires enracinées dans un territoire donné. Cette opinion est confortée par le fait que certains écrivains africains remettent en question la notion d'appartenance à un espace littéraire national et considèrent que le temps de la « littérature monde » est désormais venu. Dans ce contexte, le terme de territoire semble devenu obsolète et il est nécessaire d'en réexaminer les définitions. Qu'il soit géographique ou historique, le territoire varie d'un lieu circonscrit à un espace symbolique transmis par la tradition orale ou réinventé par l'écriture. La littérature joue alors le rôle d'occupation du territoire mental qu'elle marque en tant qu'activité artistique. Les migrations trouvent également leur place dans cette appropriation nomade, déterritorialisée. L'interprétation du lieu comme espace soumis à des temporalités multiples - mythiques, historiques, légendaires - dépend des stratégies rhétoriques adoptées dans les différents imaginaires des territoires. Un ouvrage dirigé par Christiane Albert, Rose-Marie Abomo-Maurin, Xavier Garnier et Gisèle Prignitz.

  • Le texte littéraire ne naît pas en apesanteur, selon Edward Saïd. Il se présente dans un contexte historique et social et dépend pour son existence d'instances de pouvoir spécifiques : maisons d'édition, presse, critique, comités de prix littéraires. Ce constat s'impose avec encore plus de force lorsque l'on considère la situation des auteurs africains francophones qui sont presque entièrement tributaires de l'infrastructure éditoriale parisienne et des autres instances légitimantes du pays (anciennement) colonisateur. Cette étude présente le discours éditorial et critique de la première édition de quatre romans africains francophones publiés en métropole pendant les années 1950-1970. En dépit d'un climat politico-social plutôt favorable aux écrivains africains au début des années 1950, la politisation croissante des maisons d'édition au cours de la deuxième moitié de cette décennie n'a pas manqué d'avoir une forte incidence sur la réception des romans de l'époque. Ainsi, le sort du Pauvre Christ de Bomba - roman férocement anticolonial de Mongo Beti - sera très différent, par exemple, de celui de L'Enfant noir de Camara Laye, dont le texte brosse un tableau idyllique de la vie des Guinéens sous la colonisation. De même, deux romans qui voient le jour pendant la première décennie post-indépendance - Les Soleils des indépendances d'Ahmadou Kourouma et Le Devoir de violence de Yambo Ouologuem - se voient réserver des sorts très divergents. La théorie de la production culturelle de Pierre Bourdieu et celle sur l'esthétique de la réception de Hans Robert Jauss fournissent les outils de l'analyse de la réception de ces quatre romans, qui font désormais partie des classiques de la littérature africaine francophone. Vivan Steemers est maître de conférence à Western Michigan University aux États-Unis. Elle est spécialiste de littérature africaine francophone et de théorie de la traduction.

  • Paris soigne son image de ville accueillante pour les artistes et les écrivains venus du monde entier. Ils sont de fait nombreux à avoir adopté cette destination comme une sorte de patrie cosmopolite de l'art et de la littérature. Parmi ceux-ci, les francophones sont dans une position particulière liée au statut de cette ville dans l'imaginaire de la langue française. La capitale de la France, cette ville impériale qui s'ignore, a pu générer chez eux des sentiments concurrents d'attachement et de déracinement plus aigus que chez des immigrants qui n'étaient pas de langue française. Attirés par la « Ville lumière », fuyant la persécution ou simplement l'exiguïté de leur patrie d'origine, ces « expatriés du dedans de la francophonie » se sont sentis à la fois accueillis et repoussés par une ville qui ne cessa de les fasciner. Xavier Garnier est professeur de littératures francophones à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 et Philippe Warren est titulaire de la Chaire d'études sur le Québec à l'Université Concordia (Montréal, Canada).

  • Si, pour le sociologue Jacques Leenhardt, la littérature est, dans nos sociétés, indissolublement livre (objet pris dans un circuit marchand), oeuvre littéraire (travail sur la pensée et le langage) et lecture (communication entre un écrivain et un lecteur), la désunion entre l'objet et sa lecture va désormais grandissant, symptôme manifeste des fluctuations d'une industrie de la culture irrévocablement mondialisée. En effet, les nouvelles donnes de l'activité économique du livre dépendent de conglomérats financiers régis par des logiques de rendement qui débordent les enclaves singulières pour former des réseaux par-delà une géographie prédéfinie. Le livre francophone se commercialise donc dans un paysage présenté comme « métissé », rendu « hybride » de par le brouillage de l'identité des producteurs et des consommateurs. La littérature antillaise tient une place exemplaire au coeur du vaste ensemble francophone, les écrivains caribéens étant simultanément imbriqués dans le local (la culture créole), le national (la culture française) et le global (le marché mondial de la traduction). Elle est, de ce fait, le lieu par excellence pour une réflexion sur la théorisation de la réception et de la commercialisation d'auteurs qui écrivent en marge de l'esthétique admise et de toute taxinomie. Les questions qui sous-tendent cet ouvrage sont les suivantes : l'unification des marchés du livre à l'échelle mondiale est-elle en synergie avec les impératifs de la « diversité culturelle » telle qu'elle est définie par la Déclaration universelle de l'UNESCO à ce sujet ? Le texte peut-il prétendre à l'autonomie poétique lorsque le livre devient une marchandise ? Comment appréhender la transparence putative entre les concepts de « Weltliteratur », « World Literature » et « Littérature-monde » ? Nadège Veldwachter est docteur en Études francophones, diplômée de UCLA. Elle est maître de conférences en littératures francophones à l'université de Purdue (Indiana, États-Unis). Ses domaines de recherche portent sur les études post-coloniales, la sociologie de la littérature, la traductologie et la culture française contemporaine.

  • Qu'on s'en réjouisse ou qu'on le déplore, les études postcoloniales, issues du monde anglophone, font désormais partie de notre horizon critique. Nous n'en sommes donc plus au stade où il faudrait encore et toujours les acclimater en France et dans le domaine francophone. Les auteurs de ce volume en prennent résolument acte et, en se fondant sur la vitalité des créations qu'elles ont eues pour objet, ils interrogent les postures, intellectuelles ou littéraires, que les littératures et les études postcoloniales ont rendu possibles. Dans leur vocation politique et pluridisciplinaire, les productions postcoloniales ont en effet contesté les rapports de force et les hiérarchies qui ordonnaient habituellement les champs du savoir et de la littérature, en étroit lien avec l'exercice ou l'héritage des dominations coloniales. Auteurs et penseurs postcoloniaux ont ainsi pris position contre un ordre dominant du discours. Mais les manières dont ils ont accompli ce geste créateur et critique constituent autant de postures, qui ont elles-mêmes une histoire et une mémoire. Comment se déclinent-elles ? Quels sont leurs modèles ? Quels sont ceux qui les incarnent aujourd'hui dans le monde francophone ? Centré sur les domaines africains et antillais, l'ouvrage propose un premier tour d'horizon en se concentrant sur certaines pratiques (l'autobiographie, l'essai, le roman, le théâtre...) et sur certaines figures majeures du postcolonialisme littéraire et philosophique (Valentin-Yves Mudimbe, Aimé Césaire, Édouard Glissant...). Les contributeurs au volume sont Kusum Aggarwal, Florian Alix, Viviane Azarian, Corinne François-Denève, Mar Garcia Lopez, Kathleen Gyssels, Anthony Mangeon, Sylvère Mbondobari, Yannick Martial Ndong Ndong, Yolaine Parisot, Steeve Renombo, Marie-Christine Rochmann. Anthony Mangeon, maître de conférences HDR à l'université Paul-Valéry (Montpellier III), est l'auteur ou l'éditeur de plusieurs ouvrages - Harlem Heritage, 2008 ; Alain Locke : Le Rôle du Nègre dans la culture des Amériques, 2009 ; La Pensée noire et l'Occident, 2010.

  • Tierno Monénembo, lauréat du prix Renaudot en 2008 pour son roman Le Roi de Kahel, a fait partie des 12 auteurs retenus pour le Goncourt 2012 avec Le Terroriste noir. L'ouvrage propose une analyse détaillée de l'écriture de Tierno Monénembo et notamment des quatre romans suivants : Les Crapauds-brousse, Un rêve utile, Cinéma et Peuls. L'étude montre comment l'écrivain guinéen a sa place au sein de ce qu'il est aujourd'hui courant d'appeler les « écritures migrantes », héritières des littératures postcoloniales. Depuis le milieu des années 1990 en effet, les littératures africaines en langues européennes sont de plus en plus étudiées en ce qu'elles seraient dépositaires d'une culture globale, issue de la mondialisation : on y recherche une esthétique et des thèmes qui refléteraient la multiplicité des référents identitaires du sujet africain postcolonial contemporain. Ce discours théorique ouvre des pistes de lecture intéressantes et permet une analyse originale de l'oeuvre de Monénembo et de son évolution dans le temps. Mais on ne peut en rester là. Car, si le discours des écritures migrantes est novateur et productif, il tend aussi à la généralisation, ou même à l'ignorance de discours concurrents, moins « multiculturels ». L'analyse détaillée de l'écriture de Monénembo oblige ainsi à nuancer une approche trop volontiers oublieuse des particularités locales, en faisant apparaître que, même sur fond de monde globalisé aux identités bouleversées, Monénembo écrit toujours l'Afrique, son histoire et ses problèmes spécifiques. Elisa Diallo (1976) a étudié l'histoire à l'université Paris VII et la littérature à l'université de Leyde, aux Pays-Bas, où elle a obtenu son doctorat en 2009. Elle vit actuellement à Munich en Allemagne, où elle travaille dans l'édition.

  • Cet ouvrage examine les rapports entre création littéraire contemporaine et politique, dans les littératures francophones - Afrique noire, Maghreb, Antilles, Québec. Il s'attache à identifier et caractériser les figurations du politique. Les oeuvres littéraires jouent à la fois d'une représentation du politique et d'une réflexivité au regard de cette représentation. Cette représentation n'est pas dissociable d'une pensée de l'histoire et du pouvoir, qui choisit d'être indépendante des paradigmes occidentaux. Ces littératures aident aujourd'hui à penser le devenir et le futur des pays qu'elles évoquent - au-delà des impasses politiques contemporaines. Elles s'attachent à des perspectives, qui dessinent la communauté publique à venir.

  • Ce livre est consacré aux écrivains originaires des colonies françaises d'Afrique et des Antilles qui ont vécu à Paris entre 1920 et 1960. Il s'agira notamment de chercher à comprendre comment les plus représentatifs d'entre eux - R. Maran. L.-S. Senghor, A. Césaire. E. Glissant, Mongo Beti - se sont construit une identité d'écrivain selon la logique propre au champ littéraire parisien. Du fait de leurs origines et de l'époque considérée, cela revient à étudier leur rapport à l'Afrique, tant d'un point de vue sociopolitique que littéraire. Les premières études qui leur ont été consacrées ont consisté en de vastes synthèses qui apportaient un éclairage historique, linguistique, psychologique et biographique sur une littérature qualifiée d'africaine. Les recherches récentes, au contraire, tendent de plus en plus à aborder les études littéraires dites " francophones " dans une perspective relationnelle et à rechercher le lien qui peut exister entre les oeuvres qui occupent l'espace littéraire francophone. Ces nouvelles approches sont à compléter par une étude de la place qu'occupent les auteurs afro-antillais au sein de l'institution littéraire parisienne. B. B. Malela examine donc les conditions de leur émergence littéraire : Comment, à partir de leur position sociale et politique, ont-ils réussi à percer dans le centre parisien ? Ont-ils pu constituer un champ littéraire spécifique ? Quel statut attribuent-ils à l'Afrique dans leur production ?
    Buata B. Malela est né à Kinshasa en 1979. Docteur en philosophie et lettres de l'université libre de Bruxelles, docteur en littérature générale et comparée de l'Université Paul-Verlaine (Metz), il est spécialisé dans la sociologie des littératures francophones d'Afrique, des Caraïbes et d'Europe. Parallèlement, il s'intéresse aux relations entre philosophie et littérature au sein de la diaspora euro-africaine et afro-américaine, ainsi qu'à la question de la diversité culturelle et des études postcoloniales.

  • En 1960, Shaaban Robert (1909-1962) est un écrivain reconnu. Il siège depuis 1946 à l'East African Swahili Committee et on le considère comme le plus talentueux promoteur d'une littérature swahilie moderne. Il sait que la publication d'une prose littéraire est nécessaire à la promotion du swahili comme langue de la modernité. Le récit autobiographique que l'on va lire est sous-tendu par une philosophie de la vie très précise, au confluent de multiples influences culturelles et religieuses.

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