Ibis Rouge Editions

  • « Guyane, pour tout dire », vaticinait le poète Serge Patient. Car, comment dire ? Et quoi dire ? Tâche difficile voire impossible, mais entreprise salutaire. Aussi bien, à son exemple, faut-il que tour à tour chacun ait à coeur de s´interroger, au lieu de l´origine, au premier commencement de l´inquiétude identitaire collective. Qui et quels sommes-nous ? Qu´est ce pays devenu ? Quelle en est la raison d´être, le centre de gravité ? A cette question entêtante, aujourd´hui comme naguère constamment recommencée, s´il est une réponse peu ou prou éclairante, d´utiles éléments en sont d´ores et déjà, là, réunis. Ce pour quoi il est de bonne méthode de relire Michel Lohier. Toute modeste soit-elle, son oeuvre est un viatique au sens propre du mot. Pour remonter à la source du fleuve, à travers les forêts amazoniennes, il est un guide discret mais des plus fiables.

    Extrait de la préface du professeur Roger Toumson

  • Préface de Emile Ollivier « Yves Chemla a choisi de traiter la question de l'autre dans la littérature haïtienne : son travail est d'autant plus exemplaire qu'il nous ouvre le terrain pour toutes les autres littératures.

    Cette question de l'autre, philosophique, morale, nous savions bien qu'elle concernait aussi la littérature : il nous en donne une magistrale et dérangeante démonstration. Le parallèle qu'il dresse ici entre les pratiques coloniales et le génocide est éclairant : l'autre n'est autre que dans le maintien irréductible de sa position d'altérité ; le comprendre, c'est toujours risquer de le réduire ; le concevoir, de le saisir dans une généralité, certes rationnelle, mais tellement empreinte d'occidentalité que c'en est à se demander si d'autre regard est encore possible.

    Comment penser l'autre sans s'y réduire, sans le réduire ? Comment se penser sans immédiatement le faire sous le regard de l'autre, dans sa langue, dans sa logique de domination ? Mais en même temps comment l'autre peut-il être et affirmer son identité quand tout, de son passé et de son humanité, semble devoir être gommé par l'aliénation et le discours du maître ? » Pierre-Michel Simonin, philosophe

  • Le public français a découvert la littérature de la Créolité à la fin des années 80, avec un roman de Patrick Chamoiseau, Chronique des sept misères (1986) dont la langue semblait faire entendre le créole en français et attirait l´attention sur la réalité qu´elle cherchait à évoquer. Raphaël Confiant allait suivre le même chemin l´année suivante : Le Nègre et l´amiral (1988) illustre une même liberté de langage et marque une rupture avec son oeuvre précédente, écrite en créole. Puis en 1989, Confiant et Chamoiseau publiaient en collaboration avec le linguiste martiniquais Jean Bernabé, un essai, Éloge de la Créolité, où tous trois revendiquent un nouveau cadre de pensée pour l´identité et la création antillaise, la Créolité. L´idée était d´asseoir celle-ci sur la réalité géographique, historique, linguistique et culturelle des Antilles. « Ni européens, ni Africains, ni Asiatiques », déclarent-ils, nous nous proclamons Créoles.



    Delphine Perret est docteur ès-Lettres, elle enseigne le français et la littérature francaise, la langue, la littérature et la culture créoles à San Francisco State University. Elle a publié des articles dans des revues américaines telles que Callaloo et The French Review et trois ouvrages dont Penser la Créolité en 1995.

  • Ils ne sont pas légion les façonneurs de mots, les faiseurs d'Histoire. Aimé Césaire est l'un d'eux.

    Mondialement reconnu, le poète, dramaturge et essayiste a marqué des générations de créateurs aux Antilles et en Afrique, tous ses fils, parfois rebelles.

    Son engagement en politique a également rythmé les combats de la décolonisation et de l'identité des peuples en quête d'eux-mêmes.

    Aimé Césaire a traversé le xxe siècle et y a laissé une marque unique. Les générations à venir auront à coeur de savoir ce qu'elles lui doivent tandis que leurs aînés iront en répétant : « Nous l'avons tant aimé, Césaire »...

  • ?Léon-Gontran Damas : poète, écrivain patrimonial et postcolonial. Quels héritiers, quels héritages au seuil du XXIe siècle ? Hommage  à un homme, hommage à une oeuvre. Quête de soi, quête collective, exploration de l´historicité guyanaise, ressourcement culturel, abolissement des frontières, édification personnelle... Les textes de Damas aident à appréhender la Vie...

  • Les quilombos du Brésil, rassemblements d'esclaves fugitifs, se sont disséminés sur tout le territoire durant les trois siècles et demi qu'y a duré l'esclavage. L'histoire des quilombos est celle qui émerge des textes qui leur sont consacrés, les premières sources, émanant de ceux qui les ont combattus, les gouverneurs, les soldats, les colons. Les Portugais ne les ont perçus que comme ennemis sauvages, qu'à travers la guerre, et les historiens ont eu du mal à faire autrement.

    Les Palmares, situés dans le Nordeste brésilien, sont considérés comme le plus important et le plus durable ensemble de quilombos. On ne sait pratiquement rien de la vie de leurs habitants, de leur quotidien, de leur apparence. Pourtant leur société a perduré près d'un siècle. Une société organisée qui chassait, pêchait, cultivait, et transmettait ses mythes, son savoir et ses valeurs. Des rois et des chefs se sont succédés dans les Palmares, mais la mémoire de deux seulement nous est parvenue : Ganga-Zumba et Zumbi, les seuls à avoir fédéré les quilombos pour faire naître un royaume.

    Si les Palmares n'ont pu survivre, en revanche les quilombos n'ont jamais cessé d'exister jusqu'à aujourd'hui sous la forme de communautés noires vivant dans un relatif isolement.

    Gérard Police choisit parmi les voies d'accès aux Palmares une relecture comparative approfondie des textes des historiens et des sources.

  • La fable en langue créole est sans conteste le genre littéraire qui a connu, et qui continue de connaître, la plus grande fortune tant aux Antilles que dans l'Océan Indien. Proche de l'oralité, porteur d'une moralité accessible au plus grand nombre, jouant sur tous les registres de l'humour, ce genre, aujourd'hui si décrié dans les grandes littératures (celles de l'Europe et de l'Amérique du Nord), demeure une étape indispensable sur le chemin qui conduit, depuis une trentaine d'années, le créole à la souveraineté scripturale.

    Assez paradoxalement, le lien intertextuel qui lie la fable créole aux oeuvres du grand fabuliste français Jean de Lafontaine et, à travers lui, aux plus anciens fabulistes de l'humanité (Pilpay en Inde, Esope dans la Grèce antique, Abstemius à Rome etc.), n'est ni un frein ni un handicap à son plein épanouissement. En effet, le fabuliste créolophone est contraint de se faire à la fois écrivain et traducteur, ce qui l'amène à élargir les potentialités expressives d'une langue qui est restée trop longtemps, diglossie oblige, confinée à l'expression de réalités immédiates ou locales. Autant l'écrivain créolophone peut tout à fait restreindre son champ d'action à la Plantation ou au quartier populaire urbain et se satisfaire du créole tel qu'il est, autant le fabuliste, de part sa posture traductive, est contraint de confronter son outil linguistique à l'évocation de réalités étrangères c'est-à-dire non créoles. Traduire / Transposer / adapter Lafontaine l'amène nécessairement à désigner des realia qui n'appartiennent pas à l'univers créole, à décrire des événements propres à une autre sphère culturelle, à faire sien une psychologie différente. Quand on connaît le rôle qu'a joué la traduction dans le processus de littérarisation des grandes langues du monde (français, anglais, allemand, finnois, swahili etc.), on ne peut que se réjouir du succès ininterrompu que connaît la fable créole depuis Louis Héry (La Réunion, 1826).

    Cependant, le plus intéressant demeure la comparaison des divers traitements qu'on fait subir nos fabulistes à l'hypotexte lafontainien. Certains, tels le Guadeloupéen Paul Baudot (1860) ou le Guyanais Alfred de Saint-Quentin (1874) sont restés très proches de ce dernier ; d'autres, tels que le Martiniquais François Marbot (1846) ou le Haïtien Georges Sylvain (1901) s'en sont quelque peu écartés et se sont efforcés de créoliser leurs textes chaque fois que cela leur semblait possible ; d'autres enfin, tels que les Martiniquais Gilbert Gratiant (1958) ont carrément rompu avec lui et ont tenté de forger un modèle de fable typiquement créole en s'appuyant à la fois sur l'oralité (parole quotidienne) et sur l'oraliture (contes, proverbes, devinettes etc.) créoles. Cet assez vaste corpus, non encore inventorié en totalité et finalement peu étudié, est l'une des principales richesses de notre culture créole écrite.

    Raphaël Confiant

  • Nous, créoles des Antilles et de la Guyane, et plus largement des Amériques, avons-nous une mythologie ? Et si c'est le cas, à partir de quoi et comment notre imaginaire, qui s'exprime alors plus volontiers en langue créole à travers nos contes, nos légendes et nos mythes, la construit-il ? Telle est la question qu'explore ici Raymond RELOUZAT, professeur agrégé de grammaire à l'Université Antilles-Guyane, en analysant un certain nombre d'exemples de notre production oralittéraire. De la Louisiane à la Guyane, en passant par Haïti, La Dominique, la Martinique, Sainte-Lucie, Marie-Galante, les Saintes, la Guadeloupe, Trinidad, etc. il interroge notre créativité, et interpelle nos héros et nos légendes.



    Mais cette foule de personnages et de symboles s'organise-t-elle de façon cohérente et intelligible ? Là aussi, Raymond RELOUZAT nous propose de le suivre à la découverte du sens caché de notre tradition orale.



    La préface est de Raphaël CONFIANT, Prix Novembre 1992, Prix Casa de Las Americas.

  • Bien qu'il soit particulièrement labile, le littoral est encore perçu par la population comme une entité relativement stable. La réalité est pourtant toute autre, puisque si nous prenons l'exemple des côtes françaises, 80 % sont en phase de repli. La situation est tout aussi préoccupante en Martinique, car l'exiguïté du territoire (1100 km2) limite les choix d'aménagement et le développement des activités ; en outre, celles-ci sont de plus en plus menacées par l'érosion côtière et les dynamiques d'envasement. Pour permettre aux aménageurs et plus généralement aux décideurs de prendre conscience des caractéristiques physiques du littoral martiniquais et de leur caractère labile, une présentation du milieu a été réalisée à partir des données recueillies dans la littérature scientifique duXVIIe siècle à nos jours. Tous les écrits n'ayant pu être utilisés, seuls les plus pertinents sont recensés dans cet ouvrage. La côte est d'abord décrite de façon générale, elle l'est ensuite par secteurs, puis sont présentés les baies et les culs-de-sac, les récifs, les îlets et l'évolution du rivage de l'holocène à nos jours.



    En définitive, cet ouvrage offre au lecteur un véritable panorama susceptible de l'informer sur les caractéristiques physiques et les dynamiques du littoral martiniquais. Il s'agit d'un excellent prélude à l'aménagement côtier.

  • Les trois analyses qui composent cet essai constituent une introduction à la « fonction muette » du langage, celle de sujet entendant ; pour un sujet qui parle, il en faut au moins un qui entende et qui ne parle pas. Le dialogue, lieu de parole, est aussi par nécessité, un espace de silence. Le sujet qui entend et qui ne parle pas ne quitte pas pour autant la sphère du langage. Son activité d'entendant, activité intelligente par excellence, est une expérience de langue. Le sujet qui parle entend aussi ; autrement dit, le parlant est également un entendant : parler présuppose la capacité d'entendre. Ainsi dans le dialogue, parler est un événement, et entendre, une constante. L'activité de langage se partage donc en deux rôles dialogiques, celui d'entendant qui parle et celui d'entendant qui ne parle pas. Dans ces trois analyses, la fonction muette d'entendant est définie comme une activité de langage, montrable comme telle.

  • Mélanges offerts à Maryse Condé sous la direction de Madeleine Cottenet-Hage et Lydie Moudileno.
    Ces mélanges se veulent à la mesure de celle qu'ils célèbrent : balayant un vaste espace géographique et littéraire, ils rassemblent des textes de nature diverse, des témoignages personnels, des survols de l'oeuvre, des analyses ponctuelles, et des textes de création. Ils rassemblent aussi des noms divers : Jacques Chevrier, René Depestre, James Arnold, Ernest Pépin, Caryl Phillips, Myriam Warner Vieyra, Richard Philcox, Régis Antoine, entre autres.

    Ils se réclament de nationalités et de lieux de résidence multiples. Si toute l'oeuvre de Condé témoigne de cette ouverture au monde, le présent volume dessine en retour une cartographie internationale des contacts personnels et professionnels que Maryse a établis dans ses différents « passages » d'un espace à un autre. La diversité des collaborateurs à ce volume est significative : des Etats-Unis, des Mascareignes, du Congo, du Cameroun, du Sénégal, d'Inde, de France, et, naturellement, de Guadeloupe et de Haïti. Des chercheurs et écrivains toutes générations confondues dont certains pourraient bien être des personnages des romans de Condé, exilés qu'ils sont eux aussi, sujets de diasporas ou candidats permanents au voyage.
    Les auteurs : Madeleine Cottenet-Hage et Lydie Moudileno sont toutes deux professeurs de littérature francophone, l'une à l'Université du Maryland, l'autre à celle de Pennsylvannie.

  • André-Alexandre Bonneton, psychiatre, a exercé la médecine générale, dans ses débuts, à quelques années d'intervalle, comme son confrère, le docteur Louis-Ferdinand Destouches (alias Céline), dans le secteur Nord de Paris. Il y a côtoyé des gens du même profil que ceux croqués par l'auteur du Voyage au bout de la nuit.

    Il nous convie à une approche objective de la psychologie d'un écrivain dont on occulte habituellement les pamphlets racistes et antisémites : Bagatelles pour un massacre, l'Ecole des cadavres, Les Beaux Draps, Mea culpa. Ces derniers se sont pourtant avérés criminogènes et incitateurs au génocide des juifs lors de la Deuxième Guerre mondiale où ils ont été réédités. Dans son As-tu lu Céline ?, André-Alexandre Bonneton met en exergue la facilité des inventions gratuites d'un style dont l'auteur n'a cessé de prétendre qu'il était unique. Il y démontre aussi que Céline a fait l'objet d'un procès tronqué dont il demande la requalification en crime contre l'humanité.

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