Flammarion

  • Avec Le Pouvoir au féminin, paru en 2016, le public français a redécouvert la figure fascinante de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780), la souveraine la plus puissante de son temps. Son art de la diplomatie et sa finesse psychologique ont marqué les esprits, tout comme ses seize enfants et son affection jamais démentie pour son mari volage.
    Puisant dans des archives inédites, Elisabeth Badinter revient sur cette figure majeure par le biais de la maternité. Ce nouveau portrait révèle un aspect caché de sa personnalité: une mère complexe, fort soucieuse de ses enfants, capable de la plus grande tendresse, mais aussi parfois de dureté, voire d'injustice.
    Une femme souvent tiraillée entre les choix que lui dicte son coeur et ceux imposés par la raison d'État.

  • « 55 % de ce volume figurait déjà dans la deuxième édition d'Interventions,
    parue en 2009. Cette troisième édition comporte donc 45 % de nouveaux textes. Bien que je ne souhaite pas être un "artiste engagé", je me suis efforcé dans ces textes de persuader mes lecteurs de la validité de mes points de vue, sur le plan politique rarement, sur différents "sujets de société" le plus souvent, sur le plan littéraire de temps à autre.
    Il n'y aura pas de quatrième édition. Je ne promets pas absolument de cesser de penser, mais au moins de cesser de communiquer mes pensées et mes opinions au public, hors cas d'urgence morale grave - par exemple une légalisation de l'euthanasie (je ne pense pas qu'il s'en présente d'autres, dans le temps qui me reste à vivre).
    J'ai essayé de classer ces "interventions" par ordre chronologique, dans la mesure où je me souvenais des dates. L'existence au moins apparente du temps a toujours été pour moi un grand motif d'agacement ; mais l'habitude a été prise de voir les choses en ces termes. Pour cette fois, donc, j'y consens. »
    M.H.

  • La voix des poles Nouv.

    Quand Lydie Lescarmontier embarque à bord de l'Astrolabe, célèbre navire polaire, elle ne connaît que sa destination : l'Antarctique, via les quarantièmes rugissants puis les cinquantièmes hurlants.
    Partie dans le cadre d'une expédition scientifique pour observer l'évolution des glaciers, elle ignore encore qu'elle sera marquée à tout jamais par cette aventure : le mal de mer, l'exiguïté des espaces comme des relations sociales, le risque vital omniprésent et l'insignifiance de l'homme dans un milieu aussi hostile que suffocant de beauté.
    Peu à peu, son sujet d'étude la glace devient une dévorante passion. Elle découvre la douce apparition de la banquise, du premier cristal de frasil à la plaque de nilas ; le fonctionnement de la calotte, de la chute du premier flocon au vêlage de l'iceberg ; ou encore les écosystèmes polaires, du développement d'une algue attachée à la banquise jusqu'à la migration des baleines venues se nourrir de krill.
    Dans ce périple sauvage, qui est aussi le roman de son propre apprentissage, Lydie Lescarmontier se fait l'interprète des pôles. Les glaces sont à la fois les baromètres et la mémoire climatique du monde. Saurons-nous écouter leur cri d'alarme ?

  • « Bal tragique à Colombey : un mort » : Charlie Hebdo est né, un jour de novembre 1970, d'un clin d'oeil irrévérencieux et d'une censure imbécile qui pensait faire taire définitivement l'impertinence.

    Lancé par des bricoleurs de génie qui s'appelaient Cavanna, Bernier, Cabu, Gébé, Reiser ou Wolinski, relancé, grâce à Cabu, par Val, Charb, Luz, Riss ou Tignous, le journal satirique occupe une place unique en France depuis cinquante ans. Mort en 1981, il a ressuscité en 1992, a failli disparaître en 2009. Des terroristes ont voulu lui donner le coup de grâce en 2015.
    Pour la première fois, l'historien Christian Delporte relate les grandes heures de Charlie Hebdo dans un récit « de l'intérieur » où, s'attachant à montrer les hommes et femmes qui le conçoivent, il revient sur les grands combats qui ont marqué son histoire.

  • Peut-on marcher sur l'eau ? L'homme « produit-il » vraiment de l'énergie ? Est-il possible d'expliquer l'origine de l'Univers ?
    À travers 23 textes joliment ciselés, Étienne Klein combat avec humour et rigueur le relativisme ambiant et nous invite à voir le monde autrement. Qu'ils traitent de science, de politique, du langage ou encore de progrès, ces billets montrent en filigrane que non, décidément, tout n'est pas relatif. À la façon des théories d'Einstein, notre quotidien est lui aussi sous-tendu par des invariants et des absolus qu'il importe d'identifier.

    1 autre édition :

  • Contrairement à l'idée reçue qui fait de lui la figure de proue des avant-gardes du XXe siècle, Baudelaire fut à la fois moderne et antimoderne.
    C'est ce que montre son obsession pour certaines des nouveautés de son temps : la presse, la photographie, la ville et les manières de faire de l'art. Autant de facettes d'une même « chose moderne », fuyante et contradictoire, à laquelle il donne le nom de modernité. Face à ces bouleversements, le poète est partagé entre l'horreur et l'extase : les journaux à grand tirage le dégoûtent, mais il assiège ces « canailles » de directeurs pour qu'ils le publient ; il attaque la photographie, mais il pose pour des clichés de légende...
    Cette ambivalence constitue la toile de fond du Spleen de Paris, sommet des contradictions du dernier Baudelaire, véritable objecteur de la conscience moderne. Avec brio, Antoine Compagnon dessine le portrait d'un poète insoupçonné autant qu'irréductible.

    1 autre édition :

  • La Divine Comédie Nouv.

    Ce voyage qui traverse les trois royaumes d'outre-tombe pour parvenir à la Vision finale est en même temps tendu vers le retour sur terre, vers le moment où sera racontée aux vivants la traversée accomplie. Et pour relater son périple à travers les trois royaumes des morts, Dante bouleverse les représentations traditionnelles, affronte l'indicible, crée une langue : sa hardiesse poétique préfigure celle des grands inventeurs de la modernité en littérature, de Rimbaud à Joyce, en passant par Kafka et Proust.
    Animé par une ambition folle - celle de rendre les hommes meilleurs et plus heureux, par la conscience du sort qui les attend après la mort -, il décrit tour à tour le gigantesque entonnoir de l'Enfer et ses damnés en proie à mille tourments ; la montagne du Purgatoire, intermédiaire entre l'humain et le divin, peuplé d'anges, d'artistes et de songes ; le Paradis, enfin, où, guidé par Béatrice, le poète ébloui vole de ciel en ciel. Un parcours initiatique qui se termine lorsque le héros, absorbé dans l'absolu, contemple « l'amour qui meut le soleil et les autres étoiles ».

  • Pensees

    Blaise Pascal

    Après l'éclatante campagne des Provinciales, Pascal aurait eu pour projet de composer une Apologie de la religion chrétienne. À sa mort, ses proches entreprirent de reconstituer cet ouvrage à partir des fragments épars trouvés dans ses papiers : c'est ainsi que naquirent les Pensées.Ni traité de métaphysique, ni auto-biographie mystique, ni même seulement apologie de la religion chrétienne, les Pensées décrivent l'homme dans sa grandeur et sa misère, posent les fondements d'une politique et d'une morale, sondent le sens de la vie et exhortent les coeurs à se tourner vers Dieu. Par le style fulgurant de l'auteur, la force de sa réflexion et son ardeur à persuader, elles constituent l'une des oeuvres les plus fascinantes de la littérature française. Ainsi que l'écrivait Chateaubriand, « les sentiments de Pascal sont remarquables surtout par la profondeur de leur tristesse, et par je ne sais quelle immensité : on est suspendu au milieu de ces sentiments comme dans l'infini ».

  • L'histoire débute à la fin du XIXe siècle. Persuadés d'avoir retrouvé en Afrique la nature disparue en Europe, les colons créent les premiers parcs naturels du continent, du Congo jusqu'en Afrique du Sud. Puis, au lendemain des années 1960, les anciens administrateurs coloniaux se reconvertissent en experts internationaux. Il faudrait sauver l'Éden ! Mais cette Afrique n'existe pas. Il n'y a pas de vastes territoires vierges de présence humaine, et arpentés seulement par ces hordes d'animaux sauvages qui font le bonheur des safaris touristiques. Il y a des peuples, qui circulent depuis des millénaires, ont fait souche, sont devenus éleveurs ici ou cultivateurs là. Pourtant, ces hommes, ces femmes et enfants seront - et sont encore - expulsés par milliers des parcs naturels africains, où ils subissent aujourd'hui la violence quotidienne des éco-gardes soutenus
    par l'Unesco, le WWF et tant d'autres ONG.
    Convoquant archives inédites et récits de vie, ce livre met au jour les contradictions des pays développés qui détruisent chez eux la nature qu'ils croient protéger là-bas, prolongeant, avec une stupéfiante bonne conscience, le schème d'un nouveau genre de colonialisme : le colonialisme vert.

  • « There is no society » : la société, ça n'existe pas. C'est en octobre 1987 que Margaret Thatcher prononce ces mots. Depuis, son message a été entendu par l'ensemble des classes dominantes occidentales. Il a pour conséquence la grande sécession du monde d'en haut qui, en abandonnant le bien commun, plonge les pays occidentaux dans le chaos de la société relative. La rupture du lien, y compris conflictuel, entre le haut et le bas, nous a fait basculer dans l'a-société. No more society.

    Mais les classes populaires n'ont pas disparu pour autant. La vague de révolte qui traverse aujourd'hui le monde occidental, des urnes à la rue, des leaders populistes aux Gilets jaunes, n'est que la partie visible de leur soft power qui contraindra le monde d'en haut à rejoindre le mouvement réel de la société, ou bien à disparaître.

  • Grâce aux sondes automatiques, on sait que de l'eau a coulé à la surface de Mars, que cette dernière est émaillée de volcans géants et qu'elle a jadis subi un terrible changement climatique. Mais pourquoi n'a-t-elle pas évolué comme la Terre ? Aurait-elle abrité la vie ? Mystère...
    Pour répondre à ces questions et à bien d'autres encore, l'objectif scientifique est aujourd'hui de rapporter des échantillons de la planète rouge. Mais un autre programme d'une tout autre nature se dessine, sous la pression inédite d'acteurs privés : y envoyer un jour des hommes.
    Défi colossal ! Concevoir un atterrisseur, se protéger des radiations meurtrières, trouver des ressources sur place, gérer la psychologie humaine durant l'interminable voyage, etc. Ce qui paraît impossible est pourtant déjà en préparation. À l'heure où le retour d'échantillons s'amorce, Francis Rocard nous propose un tour d'horizon, aussi fascinant que documenté, de cette ambition spatiale sans précédent.

  • « À peine mon archet eut-il effleuré les cordes du Vicomte de Panette que je fus saisi d'une sensation de bien-être intense. La sonorité de ce violon me parlait comme le ferait une voix intérieure. Je me mis à jouer le thème de la première sonate de Brahms... ».
    Un jour de 2005, Renaud Capuçon fait une rencontre bouleversante, celle du violon de sa vie : le mythique Guarnerius del Gesu de 1737, appelé Vicomte de Panette, que joua Isaac Stern pendant près de cinquante ans. Depuis lors, cet instrument merveilleux fait corps avec lui sur les scènes du monde entier.
    Initié à la musique à l'âge de quatre ans et formé à l'école des plus grands, du Conservatoire de Paris aux concerts avec Carlo Maria Giulini, Claudio Abbado, Daniel Barenboïm ou Martha Argerich, Renaud Capuçon nous livre ici les étapes d'une vie dédiée à la musique.
    Artiste lumineux et tourné vers la transmission, mais aussi homme d'action, Renaud Capuçon a créé plusieurs festivals, dont le festival de Pâques d'Aix-en-Provence.

  • Et si la Renaissance était née d'un livre ? Un livre perdu, connu par fragments, copié par quelques moines et retrouvé par un humaniste fou de manuscrits anciens? L'idée, audacieuse, vertigineuse, ouvre les portes de l'histoire de Poggio Bracciolini, dit le Pogge, qui découvrit dans un monastère allemand une copie du De rerum natura de Lucrèce.

    C'était à l'aube du XVe siècle. Le Pogge n'était pas seulement un bibliophile passionné et un copiste exceptionnel. Il aimait les arts et avait écrit des facéties grivoises. Il aimait les femmes et était père de dix-neuf enfants. Il n'aimait pas l'Église, mais était secrétaire d'un pape diaboliquement intelligent et corrompu. Sa découverte allait précipiter les temps modernes et influencer des esprits aussi puissants que Botticelli, Montaigne ou Machiavel.

  • Qui sont ces corps abstinents ? Intriguée par ce sujet tabou et opaque, abstinente elle-même pendant cinq ans, l'écrivaine Emmanuelle Richard a recueilli l'intimité de ces sexualités non partagées.
    Pour Sandrine, l'abstinence est son ordinaire car elle ne parvient pas à établir le lien dont elle aurait besoin pour se sentir bien avec l'autre ; le jeune Noâm a profité de ce temps de retrait pour redéfinir sa masculinité ; Virginie dit avoir gagné son autonomie grâce aux sextoys ; Paul est un retraité très heureux malgré la fin de toute relation sexuelle dans son couple; pour Sylvia, l'absence de sexualité est une libération.
    Près de quarante personnes se confient, loin des stéréotypes et des idées approximatives, tissant peu à peu un récit polyphonique empreint de délicatesse. Par-delà la mélancolie, sans amertume ni ostentation, s'élève une parole forte sur l'absence du toucher où se laisse entendre l'universelle quête du sens. Et d'amour - comme toujours.

  • Cinquante lignes: telle est la modeste place qu'occupe l'histoire d'Adam et Ève dans la Bible. Pourtant, rien n'a plus durablement influencé notre conception des origines de l'homme. Comment ce récit peut-il être considéré, encore aujourd'hui, comme le miroir exact de l'aube de l'humanité ?

    Stephen Greenblatt, auteur de l'inoubliable Quattrocento, retrace l'histoire de nos origines, des récits millénaires de la Création jusqu'aux rivages darwiniens de l'évolutionnisme, en passant par les voies tumultueuses de la pensée de saint Augustin, par l'atelier des plus grands artistes de la Renaissance, de Dürer au Caravage, et par Le Paradis perdu de Milton.

    Chercheur érudit et conteur passionné, l'auteur nous guide dans ce labyrinthe d'interprétations rivales, célébrant en chacun de ses détours l'inextinguible pouvoir de la narration.

  • Lettres a lucilius

    Sénèque

    "Une grande partie de la vie s'écoule à mal faire, la plus grande à ne rien faire, la vie tout entière à faire autre chose. Quel homme me citeras-tu qui mette un prix au temps, qui estime la valeur du jour, qui comprenne qu'il meurt chaque jour? Mon cher Lucilius, embrasse toutes les heures." (Lettre 1) Vivre en accord avec le destin, se défaire du superflu, adopter une attitude digne face à la mort et garder, en toutes circonstances, la tranquillité de l'âme : telles sont les leçons que Sénèque enseigne à son disciple Lucilius au fil de cette correspondance pédagogique. Manuel pratique à l'usage de l'apprenti stoïcien, les Lettres à Lucilius (Ier siècle apr. J.-C.) nous exhortent de changer nos habitudes afin de nous changer nous-mêmes, et d'apprendre à mourir - pour essayer de vivre.

  • « Au rythme où progresse le brave new world libéral, si aucun mouvement populaire autonome (j'entends par là : non soumis à l'hégémonie de ces mouvements "progressistes" qui ne défendent plus que les seuls intérêts culturels des nouvelles classes moyennes des grandes métropoles du globe, soit un peu moins de 15 % de l'humanité), capable d'agir collectivement à l'échelle mondiale, ne se dessine rapidement à l'horizon, alors le jour n'est malheureusement plus très éloigné où il ne restera presque rien à protéger des griffes du loup dans la vieille bergerie humaine.
    Mais n'est-ce pas, au fond, ce que Marx lui-même soulignait déjà dans le célèbre chapitre du Capital consacré à la journée de travail ? "Dans sa pulsion aveugle et démesurée, écrivait-il, dans sa fringale de surtravail digne d'un loup-garou, le Capital ne doit pas seulement transgresser toutes les limites morales, mais également les limites naturelles les plus extrêmes."
    Les intellectuels de gauche n'ont désormais plus aucune excuse. »

  • Les textes ici rassemblés, publiés dans des journaux et mis en recueil par Pasolini lui-même, témoignent par leur violence d'une démarche provocatrice. L'auteur de Théorème y examine tour à tour le problème de l'avortement, le fascisme, l'antifascisme et surtout la consommation de masse qui conduit à une déshumanisation de la société et à la destruction de l'identité italienne.
    Pasolini dévoile ainsi, peu de temps avant de mourir assassiné sur une plage d'Ostie, une nouvelle facette de sa personnalité et de son talent inclassables, livrant à ses contemporains sa révolte nostalgique face au monde qui l'entoure.

  • Esprit libre, scientifique de renom, curieux de philosophie et d'humanités, Carlo Rovelli est aussi un formidable conteur. Sa curiosité l'amène à s'interroger sur le monde qui nous entoure, sur la nature du temps qui passe, et jusqu'aux grandes questions philosophiques aux réponses incertaines.
    Il rassemble ses réflexions dans ces Écrits vagabonds, un recueil de textes accessibles, composés au long cours, qui va des trous noirs à la Lolita de Nabokov, du LSD au plaisir de voyager en Afrique, de l'athéisme à l'alchimie de Newton, de la philosophie analytique aux erreurs d'Einstein.
    Dans ce journal de bord d'une intelligence toujours en mouvement, le lecteur fera l'expérience d'une pensée qui s'intéresse à tout, subtile, profondément contemporaine. Il rencontrera un esprit en quête continuelle d'une cohérence où science, littérature et philosophie dialoguent harmonieusement.
    Un précipité de connaissance et d'inventivité.

  • Faut-il qu'à chaque conflit de société notre esprit critique cède le pas à la frénésie générale ? Les partis politiques sont-ils condamnés à reproduire les mêmes schémas qui précipitent leur perte ? Devons-nous rester passifs devant les nouvelles technologies qui poussent de plus en plus loin la manipulation et le contrôle des citoyens ?

    Autant de questions posées par Doris Lessing dans ces six conférences données dans les années quatre-vingt, qui répondent pourtant précisément aux défis du XXIe siècle. Elle exhorte chacun de nous à prendre conscience des lois qui nous gouvernent pour que nous puissions enfin nous affranchir des loyautés aveugles, de l'obéissance aux slogans, aux chefs, aux émotions collectives.

    Déployant avec éloquence son franc-parler habituel, la lauréate du prix Nobel de littérature prouve une nouvelle fois sa force visionnaire dans ce livre à l'écho aussi puissant que déconcertant.

  • D'où vient l'univers ? Et d'où vient qu'il y a un univers ? Irrépressiblement, ces questions se posent à nous. Et dès qu'un discours prétend nous éclairer, nous tendons l'oreille, avides d'entendre l'écho du tout premier signal : les accélérateurs de particules vont bientôt nous révéler l'origine de l'univers en produisant des « big bang sous terre » ; les données recueillies par le satellite Planck nous dévoiler le « visage de Dieu » ; certains disent même qu'en vertu de la loi de la gravitation l'univers a pu se créer de lui-même, à partir de rien... Le grand dévoilement ne serait donc devenu qu'une affaire d'ultimes petits pas ? Rien n'est moins sûr... Car de quoi parle la physique quand elle parle d'« origine » ? Qu'est-ce que les théories actuelles sont réellement en mesure de nous révéler ? À bien les examiner, les perspectives que nous offre la cosmologie contemporaine sont plus vertigineuses encore que tout ce que nous avons imaginé : l'univers a-t-il jamais commencé ?

    2 Autres éditions :

  • L'histoire de la modernité est d'abord celle d'une discrimination : en érigeant la vitesse en modèle de vertu sociale, les sociétés modernes ont inventé un vice, celui de la lenteur - cette prétendue incapacité à tenir la cadence et à vivre au rythme de son temps.
    Partant d'une violence symbolique et d'un imaginaire méconnu, Laurent Vidal fait la genèse des hommes lents, ces individus mis à l'écart par l'idéologie du Progrès. On y croise tour à tour un Indien paresseux et un colonisé indolent à l'époque des grandes découvertes, des ouvriers indisciplinés dans le XIXe siècle triomphant ; plus proches de nous, le migrant en attente ou le travailleur fainéant restent en marge de l'obsession contemporaine de l'efficacité.
    Mais l'auteur révèle avant tout la façon dont ces hommes s'emparent de la lenteur pour subvertir la modernité, à rebours de la cadence imposée par les horloges et les chronomètres : de l'oisiveté revendiquée aux ruses déployées pour s'approprier des espaces assignés, les hommes lents créent des rythmes inouïs, jusque dans les musiques syncopées du jazz ou de la samba. En inventant de nouveaux modes d'action fondés sur les ruptures de rythme - telles les stratégies de sabotage du syndicalisme révolutionnaire -, ils nous offrent un autre regard sur l'émancipation.
    Mêlant la rigueur de l'historien à la sensibilité d'un écrivain qui puise aussi bien dans la littérature que dans les arts, cet essai ouvre des horizons inédits pour repenser notre rapport à la liberté.

  • Dans Les Disparus, Daniel Mendelsohn partait en quête de l'histoire de sa famille ; avec L'Étreinte fugitive, il s'est livré à une quête infiniment plus intime. De l'écriture rhapsodique qui est la sienne, il fait revivre son enfance entre sa mère, «l'institutrice», la toute-belle, et son père, «le mathématicien», celui qui répare, construit et se collette aux choses ; une enfance peuplée d'êtres, frères et soeurs, parents juifs âgés, avec, au centre, son grand-père, ce dandy mystérieux et raconteur d'histoires.
    C'est pendant ses années d'étudiant dans l'exotique Sud américain que le jeune homme se découvre une passion jumelée pour les langues anciennes et les beaux garçons. Dès lors, la recherche de la «grammaire de son identité», de ce que veut dire être un homme, suivra des méandres surprenants, bouleversants. Car, lorsqu'une amie lui propose d'incarner une «figure paternelle» auprès de l'enfant qu'elle porte, il accepte et se prend à s'attacher si fort à lui qu'il va, petit à petit, partager sa vie entre Chelsea, le quartier où vivent les «garçons» de New York, et la banlieue où habitent son amie et leur petit garçon. Comme Les Disparus, ce récit réverbère l'écho de textes antiques - ici, des poèmes latins et des tragédies grecques - et renferme un secret de famille lancinant, dont le lecteur n'aura la clé que dans les dernières pages du livre, après avoir, avec Daniel Mendelsohn, rendu visite à des tombes désertées et déchiffré des épitaphes menteuses.

  • Carol Gilligan est l'auteur d'un livre capital, célébré dans le monde entier : Une voix différente, qui a forgé l'éthique du care, centrale aujourd'hui dans les réflexions sur le féminisme et la démocratie. Son nouveau livre, Pourquoi le patriarcat ?, avance une hypothèse psychologique nouvelle sur la persistance du patriarcat. S'il perdure, c'est non seulement parce que les personnes en position de pouvoir sont réticentes à renoncer à leurs privilèges, mais aussi parce qu'il sert une fonction psychologique. Dans la mesure où il requiert le sacrifice de l'amour au nom de la hiérarchie (songeons à Abraham qui se soumet à l'ordre divin en tuant son fils Isaac), le patriarcat s'érige en rempart contre la vulnérabilité associée au fait d'aimer. Par là même, il se dresse en bouclier contre la perte. La simple prise de conscience que c'est notre capacité à communiquer nos sentiments personnels et à capter ceux des autres qui menace les structures hiérarchiques change entièrement la donne.
    Une thèse forte, et un combat résolument actuel.

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