Fayard/Mille et une nuits

  • De février 1903 à Noël 1908, Rainer Maria Rilke correspond avec le jeune Franz Xaver Kappus, et l'encourage dans sa vocation. Les Lettres à un jeune poète se signalent par une qualité toute particulière du ton, une intimité chaleureuse qui n'exclut ni le scrupule ni la rigueur. Une lucidité de philosophe y épouse sans cesse étroitement la sensibililté lyrique. Elles sont devenues l'un des textes les plus célèbres et les plus appréciés du grand poète.

  • « À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l'inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? » 
    Henry David Thoreau (1817-1862) quitte à vingt-huit ans sa ville natale pour aller vivre seul dans la forêt, près du lac Walden. Il a pour habitude de marcher au moins quatre heures par jour. Avec cet éloge de la marche, exercice salutaire et libérateur, Thoreau fait l'apologie de l'éveil à soi par la communion avec la nature.

  • Sénèque, philosophe latin né à Cordoue, a vécu entre le Ier siècle avant et le Ier siècle après Jésus-Christ. Il suit des études de réthorique et de philosophie à Rome mais est contraint à l'exil en 41 avant J.-C. À son retour à Rome, il devient le précepteur du jeune Néron et compose une satire excessivement mordante de sa société. Dans ces lettres, il s'adresse à son vieil ami Lucilius. D'origine modeste, Lucilius parvient, à force de mérites, au rang de chevalier, puis de procurateur de Sicile, au moment de sa correspondance avec Sénèque. Quoiqu'amis de longue date, Lucilius est plus jeune que Sénèque, il est donc tout à sa place dans son rôle de disciple. C'est durant les quelques mois précédant son suicide que Sénèque rédige cette correspondance sous la forme d'un recueil d'écrits moraux.

  • Philosophie de l'ameublement Nouv.

  • « La liberté individuelle, je le répète, voilà la véritable liberté moderne. La liberté politique en est la garantie ; la liberté politique est par conséquent indispensable. Mais demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme ceux d´autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c´est le plus sûr moyen de les détacher de l´une et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l´autre. » En 1819, Benjamin Constant donne au cercle de l'Athénée une conférence mémorable, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes ». Pour les Anciens, en Grèce comme à Rome, la liberté consistait à participer à la vie de la cité, avec une forme « d´assujettissement complet de l´individu à l´autorité de l´ensemble ». Avec la Révolution et un certain nombre d´évolution (commerce, esclavage, etc.), la liberté est devenue, pour les Modernes, synonyme de liberté individuelle. Mais cela veut-il dire que la liberté politique est obsolète ?

    Au contraire, pour Constant, le danger encouru par les sociétés modernes est que l´individu soit trop absorbé par ses intérêts propres et renonce au partage du pouvoir publique. Il prône donc un système représentatif dans lequel les individus dépassent leurs intérêts particuliers en jugeant leurs mandataires... Et appelle à la responsabilité de chacun et à la participation du plus grand nombre... Un classique d´une perpétuelle actualité politique et philosophique. Édition établie par Louis Lourme.

  • Seul un singe qui aurait appris à parler et côtoierait les hommes pourrait dire toute la folie humaine. C'est la fiction qu'imagine Restif de la Bretonne (1734-1806) dans la Lettre d´un singe aux animaux de son espèce. César-singe, animal domestique qui a reçu une éducation classique auprès de sa maîtresse, entend consoler les bêtes des malheurs que leur causent les humains en décrivant leurs pratiques barbares : ceux qui se présentent comme les rois de la nature sont en fait bien plus à plaindre, puisqu´ils s'asservissent entre eux et sont les premières victimes de leurs funestes inventions : la monogamie, la propriété, l´hypocrisie de la politesse et, surtout, l´inégalité et l´esclavage. Un pamphlet très vigoureux, étonnamment contemporain.

  • "Il n'y peut avoir d'amitié là où est la cruauté, là où est la déloyauté, là où est l'injustice ; et entre les méchants, quand ils s'assemblent c'est un complot, non une compagnie, ils ne s'entr'aiment pas, mais ils s'entrecraignent, ils ne sont pas amis, ils sont complices." La Boétie

  • Avoir l'esprit bourgeois, c'est penser selon les habitudes de son milieu et s'y conformer. Sa vie durant, Flaubert joua de la lyre, du couteau (à découper) et de la massue. Au cours de sa vaste entreprise de démolition, lui vint l'idée diabolique du « Dictionnaire des idées reçues » à partir d'une constatation de génie : le propre des gens bêtes est de craindre par dessus tout de paraître tels. Pour les vaincre, il faut donc les conduire à s'étouffer dans cette crainte...

  • Antoine Albalat (1856-1935) est un grand critique littéraire, injustement oublié. Il s'en prend ici à ce qui est devenu le mal de notre siècle, ce « mal d'écrire » qui commençait déjà à faire des ravages à son époque : « La littérature a été le refuge de ceux qui pensaient que tout le monde pouvait écrire, puisque tout le monde avait pu s'instruire. » Or, il ne suffit pas, pour s'autoriser à écrire, d'avoir quelque chose à dire ! La forme importe autant, sinon plus, que le fond.Albalat relève impitoyablement tous les tics d'écriture, y compris ceux des grands auteurs, mais c'est le style en apparence profond et savant qui l'irrite le plus, tout particulièrement le jargon innommable qu'affectionnent psychologues et philosophes. Avant donc d'enseigner à bien écrire, il convient de montrer Comment il ne faut pas écrire. Une leçon de mots qui est aussi une leçon de choses !

  • Alors que la France est en deuil national, en mars 1885, et pleure la disparition de Victor Hugo, Paris est agité de l'une des plus bruyantes et des plus immenses cérémonies de la fin du siècle. Un seul fait entendre une voix discordante dans le concert de pleurs et des regrets louangeux que la presse entonne: Paul Lafargue, cet écrivain inclassable à qui l'on doit Le Droit à la paresse, s'attaque ainsi à la légende nationale que lui fabrique toute la presse. Alors que nous nous apprêtons à célébrer de nouveau le « géant politique », il est encore temps de ne pas succomber à l'hugolâtrie, très répandue.

  • Edition établie et commentée par Jean-Louis Prat Enfoui dans un recueil qui, depuis bien longtemps, n'est plus réédité, cet ouvrage de Hippolyte Taine sur le récit du périble des Dix Mille, ces mercenaires engagés par Cyrus le Jeune contre son frère Artaxerxés II, puis leur retraite vers l'Hellespont, tel que relaté par Xénophon dans l'Anabase, est pourtant « bien connu » par quelques citations que se transmettent pieusement les hellénistes, notamment celles-ci : « Rien de plus curieux que cette armée grecque, république voyageuse qui délibère et qui agit, qui combat et qui vote, sorte d'Athènes errante au milieu de l'Asie » ; « Le livre est un journal de marche, sans commentaires, ce qui lui donne un air de vérité frappante. » C'est parce que Taine a fait école au XIXe siècle que l'Anabase est souvent lue comme un reportage pittoresque, écrit au jour le jour par un « correspondant de guerre », qui suivait l'armée de Cyrus sans y être général, capitaine ou soldat... et même sans connaître l'objectif de Cyrus, et sans réfléchir sur ce qui lui est arrivé. Taine écrit cet article pour se délasser de ses autres études littéraires et historiques. C´est pour lui une occasion de retraduire les passages qui lui semblent les plus intéressants du récit de Xénophon. En procédant ainsi, il nous offre un résumé à sa manière, incluant la "montée" à partir de la mer, jusqu'au coeur de l'Empire perse, la "descente" qui nous mène au bord d'une autre mer et la dernière étape, qui longe cette mer jusqu'à Chrysopolis, le Bosphore et Byzance. Si la version de Taine est contestable, elle lui permet de faire un résumé de l'oeuvre : il est fort intéressant de lire cette histoire abrégée, tout en goûtant la saveur du récit de Xénophon.

  • Victor Hugo avec Claude Lévi-Strauss ? Qu´est-ce à dire ? Hugo n´est pas seulement notre poète national. Avec Lévi-Strauss, mais aussi avec Jakobson, Saussure, Benveniste, McLuhan, Günther Anders ou Legendre, il est un contributeur majeur de la pensée des XXe et XXIe siècles, aux avant-postes de l´anthropologie et de la linguistique actuelles. C´est ce que démontre Françoise Choay dans une thèse vigoureuse et stimulante. Il nous aide à penser les conséquences de la mondialisation du double point de vue : et de notre identité nationale, et de notre appartenance à l´espère humaine. Docteur d´État en philosophie, historienne des théories et des formes urbaines et architecturales, ancien codirecteur de l´Institut français d´urbanisme, Françoise Choay a enseigné dans des universités européennes, nord-américaines et japonaises. Elle est notamment l´auteur de La Terre qui meurt (Fayard, 2011) et de La Règle et le Modèle (Le Seuil, 1980 ; nouvelle édition, 1996).

  • Au lendemain de la Révolution, on aime à imaginer des lois pour toute chose, ce qui engendre parfois d'étonnantes, mais révélatrices aberrations...En 1801, un « honnête homme », avocat de formation, libre-penseur et progressiste, fait paraître son Projet d'une loi portant défense d'apprendre à lire aux femmes. Son brûlot, collection des arguments les plus éculés contre l'instruction des filles, ravive la « querelle des sexes ». Le temps de la citoyenne n'est pas encore venu.

  • À la fin des années 1840, Henry Murger (1822-1861), jeune écrivain qui tire le diable par la queue, rencontre un immense succès avec sa pièce, dont il fait bientôt un roman, Scènes de la vie de bohème (1851). Donnant à voir la vie de tout un groupe d´artistes pauvres, fils du petit peuple, il invente la « bohème ». Mieux, il l´« incarne ». Aussi, à sa mort, sera-t-il l´objet d´un véritable culte, ponctué de publications retraçant sa vie. Alfred Delvau offre un témoignage fidèle à l´ami. « À dix-huit ans, Henry Murger connaissait plus de grands hommes en herbe que beaucoup de gens du monde. La Bohème était fondée, - la Bohème, fille de la Révolution de 1830 et du Romantisme, quelque chose comme la Pléiade, avec le génie en moins et la pauvreté en plus. Elle venait de naître dans je ne sais plus quelle mansarde de je ne sais plus quel quartier. L´un d´eux, Nadar, a parlé avec l´éloquence de l´émotion, de « ce demi-quarteron de poètes à outrance, mais absolument inédits, réunis en un tas, sans vestes ni semelles, ne doutant de rien, ni de leur lendemain, ni de leur génie, ni du génie de leur voisin, ni de l´éditeur à venir, ni du succès, ni des belles dames, ni de la fortune, - de rien, si ce n´est de leur dîner du soir. »

  • « Ernesto "Che" Guevara n´était ni un saint, ni un surhomme, ni un chef infaillible : il était un homme comme les autres, avec ses forces et ses faiblesses, ses lucidités et ses aveuglements, ses erreurs et ses maladresses. Mais il avait cette qualité rare chez les acteurs de la scène politique : la cohérence entre les paroles et les actes. De ce point de vue, il était exceptionnel, et cette singularité est pour beaucoup dans l´attraction qu´il exerce aujourd´hui encore à travers le monde.Médecin argentin devenu ministre de l´Industrie à Cuba, il est mort en combattant la dictature militaire en Bolivie le 9 octobre 1967. Il existe déjà un bon nombre de biographies consacrées au Che. Nous, nous avons fait le choix de nous intéresser aux idées, aux valeurs, aux analyses, aux propositions, aux rêves de l´homme. Certes, il était un combattant qui maniait avec autant d´aisance la plume que le fusil. Mais pour quelle cause se battait-il ? Quelle image avait-il de la société enfin émancipée du cauchemar capitaliste ? Voilà les questions qui nous occupent dans ce livre, sans avoir la prétention de livrer la réponse. »O. B. et M. L.

  • Si l'on en croit ce qui nous est dit en France de la littérature française contemporaine, celle-ci est plus vivace que jamais. Est-il permis de douter des " nouveaux Balzac et Dante " qui se vendent mille fois mieux que leurs glorieux devanciers en leur temps ? de leur qualité tant médiatisée ? en premier lieu, dans les pages littéraires des plus prestigieux journaux ? Ce devrait l'être. D'en discuter ? Difficilement, très difficilement... Qui ose débattre de la valeur des livres encensés se marginalise, mais qui ose s'attaquer aux choix idéologiques et partis pris esthétiques de la critique littéraire française s'expose à la cabale.
    En publiant un article consacré à la rentrée 1992 dans la revue Esprit, Jean-Philippe Domecq en fit l'expérience cuisante. Son texte fut l'objet d'un étouffement immédiat, suivi d'une véritable censure. Dix ans après, il est enfin temps de rompre d'une voix discordante le concert unanimiste et d'inciter à lire de la littérature. Car celle-ci continue de s'écrire. Dans le monde. Pas - vraiment - lue, pas offerte au public, oblitérée par la peur de cette chair vive. Pourtant, plus que jamais, il importe d'en rappeler les enjeux fondamentaux, enjeux au regard du temps qui passe et qui dépasse le narcissisme des auteurs, enjeux pour ce que la littérature nous a toujours révélé et nous révêlera de l'amour et du désir, enjeux d'exigence aussi. Enjeux auxquels la critique française peut s'ouvrir à nouveau.

    Jean-Philippe Domecq est romancier et essayiste. On lui doit notamment L'Ombre de ta peau (Fayard, 2001). Amateur d'art, il a consacré deux ouvrages au débat sur l'art contemporain, dont Misère de l'art. Essai sur le dernier demi-siècle (Calmann-Lévy, 1999).

  • « Sans le latin, sans le latin, la messe nous emmerde » chantait Georges Brassens. Après lui, malheureusement, l´ennui a gagné du terrain, à commencer par celui de l´école, au point que c´est le sens même de notre langue qui finit par se perdre.
    Le latin est la langue mère du français et la conscience culturelle de l´Europe. Que goûter de la culture, que comprendre de l´histoire, que savoir de la science et de son évolution, si l´on renie cette filiation?
    Alors qu´on exalte le patrimoine avec fébrilité, on liquide, avec une logique soft de taliban, tout ce qui fait l´enracinement du français dans son passé. Sans le latin, c´est tout bonnement notre « roman familial » qui devient illisible. Raconter cette histoire, ce n´est pas idéaliser une sorte d´épopée nationale. C´est se montrer d´abord attentif aux avatars linguistiques et littéraires d´un français qui s´est édifié sous l´égide et la tutelle éclairée de la langue latine.
    Chasser le latin, comme on le fait actuellement dans l´enseignement secondaire par toutes sortes de moyens directs ou détournés, c´est désapprendre le français. Organiser la disparition des filières qui permettaient de maintenir un bon noyau de langue et de culture latines chez les enfants de France, c´est rendre inaccessible aux générations futures notre patrimoine littéraire, philosophique et historique ; c´est ramener le français à un simple outil de communication, qui perd toute chance de s´affirmer dans un monde dont la plupart des communications sont désormais assurées dans un anglais pauvre mais commun. On peut rêver : quel président, quel ministre courageux oseront enfin renverser la tendance en instituant le fait latin à l´intérieur même de l´enseignement du français ?

    Seize auteurs, poètes, écrivains et professeurs attachés à des institutions prestigieuses, rappellent avec érudition et simplicité que le latin est encore une langue vivante non seulement en poésie et en littérature, mais aussi en médecine, en science, en droit, en politique, en philosophie, et ce dans tous les pays européens.

  • " Ceux qui sont aujourd'hui inquiets ont toutes les raisons de l'être. Non seulement la survie de l'espèce humaine ne va plus de soi, mais l'existence même des êtres vivants sur notre planète est menacée. Quant à la vie humaine comme elle va, chacun sait qu'elle est vécue dans l'opulence par une petite minorité et dans la misère par la plus grande partie de l'humanité. Par le simple effet des échanges marchands, une surhumanité se reproduit, heureuse et fière de vivre " à l'âge de la mondialisation, surplombant une subhumanité privée d'horizon, à qui l'espoir même paraît interdit. [...] Aux inquiets, il manque d'abord de fortes raisons de ne pas désespérer, ensuite et surtout des raisons d'agir, lesquelles se profilent comme des raisons de réagir contre les nouvelles figures du Destin, de résister aux impératifs d'adaptation à ce qui serait un mouvement planétaire inéluctable. Car il n'est pas de résistance ni de révolte souhaitables sans une idée régulatrice de l'humanité ou de la société.

    Ce qui se dessine nettement, c'est le système de valeurs et de normes à travers lequel l'idéologie globaliste prend forme. Les nouvelles élites transnationales exigent de tous les individus humains qu'ils " bougent ", qu'ils suivent le mouvement globalisateur, qu'ils accélèrent leur propre mouvement, qu'ils vivent désormais à " l'heure de la mondialisation ". Les normes en sont simples, voire sommaires : consommer toujours plus, communiquer toujours plus rapidement, échanger d'une façon optimalement rentable. L'entrée dans la société " bougiste " planétaire et l'imposition à tous les peuples des valeurs de l'individualisme moderne/occidental (utilitaristes, " compétitivistes ", hédonistes) s'accompagnent d'une réduction de la démocratie au couple formé par les droits de l'homme et le marché libre, sans frontières. Entre le sujet universel (le genre humain), sujet d'inhérence des droits de l'homme, et la multiplicité des individus idéalement dotés de droits, il n'y a plus rien ou presque, en tout cas, il ne doit rien y avoir. [...] Cette volonté d'éliminer les peuples, les nations et les États souverains est l'attribut principal du sujet mondialisateur et/ou globaliste, celui qui incarne ou représente le nouveau pouvoir polymorphe émergeant à l'échelle planétaire. C'est là priver la démocratie de son champ d'inscription et d'exercice, c'est plus largement abolir l'espace politique.
    Le processus de globalisation, toujours suivi par son double symbolique " l'idéologie vaguement messianique et faiblement utopiste du salut par le mouvement technomarchand ", illégitime le politique tandis qu'il légitime absolument le technique/technologique, l'économique et le financier. Le lien social est pulvérisé pour être remplacé par les interactions libre-échangistes.

    Cette idéologie, fondée sur une promesse de salut dans et par le mouvement en avant perpétuel, suivant une vitesse accélérée, je l'ai baptisée " bougisme " ou " mouvementisme ". Il s'agit d'un nouveau système du destin : au coeur de la Vulgate émergente, l'on rencontre l'idée d'une évolution technomarchande inéluctable. " Pierre-André Taguieff ne nous avait pas habitué à une écriture pamphlétaire, aussi brève et incisive. En lançant le concept de "bougisme " qui lui semble le plus opérant pour une critique radicale, il s'attaque radicalement au processus dans lequel notre société semble fatalement engagée. Selon lui, il résulte de la dégradation du concept de " progrès ", tel que celui-ci a été opérant tout au long du siècle dernier. Délaissant une analyse très méticuleuse et érudite, celle dans laquelle il a excellé en traitant du racisme, de l'antisémitisme et de la nouvelle droite, il s'en prend à la rhétorique mystificatrice des élites néo-libérales qui masque le passage à une société post-démocratique, remplaçant le citoyen par le consommateur et l'actionnaire. Résister au bougisme constitue une proposition forte de résistance et de lutte. Contre toute résignation et contre tout défaitisme, Pierre-André Taguieff tente une ouve

  • Le Coran, texte fondateur d'une communauté religieuse, n'est pas susceptible en tant que tel d'une lecture libre et ouverte comme le serait n'importe quelle oeuvre littéraire. Il n'y a même pas, à proprement parler, de lecture littéraire du Coran car ce texte elliptique n'est pas lisible en dehors de la geste littéraire qui s'est créée autour du prophète de l'islam et de ses compagnons. Il ne se lit pas en dehors d'une Tradition qui en donne le sens en restituant au texte son contexte. Il nous est impossible de lire le Coran et d'en tirer quelque profit dans l'ordre pratique et intellectuel pour nous faire entendre des musulmans si nous ne possédons pas les clefs de cette Tradition. La lecture directe ou littérale est une illusion du fondamentalisme moderne.Donner des clefs de lecture, c'est la raison première de ce livre constitué comme un dossier à l'usage de l'honnête homme qui voudrait avoir à sa disposition les éléments nécessaires pour forger son propre jugement sur les questions toujours actuelles du djihad, des lois alimentaires, du statut de la femme, du voile et de la mixité. Une des façons de clarifier le débat aujourd'hui en France pourrait être de venir à bout de la méconnaissance totale de cet objet opaque qu'est le Coran et de placer les interlocuteurs des intégristes en situation de poser les bonnes questions avec des références précises à des textes précis. Même si l'on pense que ce que le Coran dit importe peu, ce qui importe, c'est ce que les musulmans en disent.

  • InéditLa lutte contre le néolibéralisme est la raison d'être d'Attac. Et les échéances électorales sont des moments pri­vilégiés pour la mise en discussion publique de ses ana­lyses et propositions. Disons-le tout net : c'est avant tout sur la position des candidats aux élections de 2007 et 2008 face à la question centrale qu'est la « question libérale », dans toutes ses dimensions - précarité, chômage, loge­ment, délocalisations, privatisations, écologie, Europe, entre autres -, que les citoyens pourront juger du contenu réel et du sérieux de leurs promesses.Attac a choisi : dans ce Manifeste altermondialiste, dont la portée se situe bien au-delà de l'horizon des prochaines élections, l'association avance plus d'une centaine de mesures argumentées de véritable rupture avec les poli­tiques menées depuis un quart de siècle, et en premier lieu avec celles impulsées par l'Union européenne. De quoi bousculer le ronron des débats entre le pareil et le même...

  • « Rencontrer Marguerite Duras. J´eus cette chance alors que j´étais tout jeune homme, et cette rencontre fut fondatrice. Elle m´engagea dans ma vie, me fit voir le monde et me fit avancer dans ce que j´ai appelé mon chemin de vérité. Que de lecteurs y ai-je croisés, bouleversés comme moi par ses livres, dotés soudain d´un autre regard, éclairés par d´autres lueurs ! » Alain Vircondelet raconte cette aventure intime qu´a été pour lui la lecture de l´oeuvre de Marguerite Duras, mais aussi son cheminement auprès d´elle, de ses premières rencontres en 1969 jusqu´aux dernières, juste avant sa mort en 1996.Écrivain et universitaire, Alain Vircondelet est l´auteur de la première monographie (1972) et de la première biographie (1991) parues sur l´écrivain. Président d´honneur de l´Association Marguerite-Duras, Président du prix Marguerite-Duras, il lui a consacré six ouvrages.

  • Le Management est un Empire mou ; c'est là sa force. Des myriades de pouvoirs en réseaux volatilisent les formes inaptes à la compétition.La Globalisation-Mondialisation a semblé l'ultime étape de l'occidentalisation de la planète. Avec, à la clé, la folklorisation des cultures qui résistent encore et l'alignement des individus sur la maquette euro-américaine.Mais quelque chose se durcit dans les rapports mondiaux, quelque chose de guerrier, qui déborde la techno-science-économie et touche aux ressources généalogiques, à la Terre intérieure de l'homme.P.L.Un film documentaire, Dominium mundi. L'Empire du Management, réalisé par Gérald Caillat, conçu avec Pierre Legendre et Pierre-Olivier Bardet, pour la chaîne ARTE, est à l'origine de ce texte inédit de Pierre Legendre.Ce film complète le triptyque qui comporte La Fabrique de l'homme occidental (1997) et Miroir d'une Nation. L'École Nationale d'Administration (2000).

  • « Au temps de Pascal, l´homme était un roseau pensant. Mais, pour les hommes d´aujourd´hui, l´obligation de penser est beaucoup moins impérieuse. Nos prédécesseurs ont pensé pour nous. » C´est sur ces mots narquois que le pédagogue, philosophe et humoriste suisse Henri Roorda (1870-1925), un proche d´Elisée Reclus, ouvre le recueil de ses chroniques intitulé Le Roseau pensotant. Le Roseau pensotant, c´est l´homme du XXe siècle, atteint d´une faiblesse du raisonnement, ou d´une fainéantise acceptable parce que la technologie a réduit considérablement les difficultés de survie. Il apporte encore quelques lumières sur des faits simples de l´existence, après avoir constaté dans les brasseries et les cafés, dans sa classe ou dans la rue, que les connaissances de base, les notions les plus élémentaires étaient méconnues ou battues en brèche. Il pensote donc. Les temps héroïques de la grande pensée sont révolus. « Le Roseau pensotant, c´est moi », dit Roorda, non sans ironie. Diffusées dans les journaux de Lausanne, ses chroniques lui valurent une grande notoriété d´esprit. Il est pourtant à comparer aux brillants stylistes issus de la Mitteleuropa de son époque.

  • « Le Rien, je l'ai vu à ma petite échelle lorsque plus rien, plus rien ne m'a paru banal. Plus rien de ce que je trouvais tel auparavant. Ce n'était pas la plénitude pour autant, non c'était beaucoup trop tremblé pour cela, surtout pas assuré. Alors, s'il m'est permis de me prendre pour support d'expérience, j'ai constaté qu'une tranquille avidité résulte chaque fois de notre redécouverte ahurie d'une parcelle du monde. on n'appréhende jamais mieux que dans l'inquiétude. Inquiet, on est prêt à tout capter, d'où que ça vienne, surtout de là où on ne l'attend pas, on éprouve la jubilation de l'étonnement. Devant un bâtiment, un paysage, un infime détail. De banalité apparente. Car tout se joue dans l'apparent, évidemment. Le banal n'est pas, il paraît tel. II est verbalement étiquetée « banal ». Un a priori hérité nous fait penser que tel objet, tel lieu, tel comportement est banal, et le regard glisse dessus, nous passons à autre chose. C'est apparemment que ceci nous semble banal et cela non. Donc ceci, qui nous semblait banal, peut ne plus nous le sembler. Tout dépend de notre regard, constatais-je.
    Le banal n'est pas dans la masse du réel, il n'est que dans notre tête, dans la masse des préconceptions et préjugés dont elle est farcie et en vertu desquels nous regardons là et pas ailleurs. C'est pourquoi cette petite affaire de banal, anodine s'il en est, m'a paru engager jusqu'à la pensée et la conception que l'on s'en fait. Jusqu'à la pensée de notre pensée, autrement dit. » Dans les années 1970, à la suite des promenades surréalistes et des dérives situationnistes, Jean-Philippe Domecq invente une nouvelle discipline du regard, la banalyse. Un dépôt Pernod, une usine désaffectée, des maisons abandonnées, sa chambre, des couloirs - lieux d'une uniformité à couper le souffle -, tout est bon pour l'exercice qui lui offre des expériences toujours troublantes. II en naît des textes poétiques, souvent drôles, que le romancier et critique littéraire rassemble dans ce Traité de banalistique.

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