Epel Editions

  • L'évidence de la différence sexuelle présente quelque chose de révoltant pour l'esprit : comment deux êtres si semblables peuvent-ils être si dissemblables ? Et la conjonction occasionnelle de ces deux-là dans l'acte qui les fait tout à la fois s'unir et se heurter n'annule pas l'écart.
    Une fois bien ou mal effectué ledit rapprochement, chacun des partenaires peut ressentir comme un lointain écho de la forte parole de Maxime le Confesseur : « Car l'union, en écartant la séparation, n'a point porté atteinte à la différence ». À quoi revient alors de voir dans cette différence, non plus le gond qui ferait l'un porte, l'autre chambranle, mais un hiatus irréductible, un bâillement sans commissures, une solution de continuité sans appel : « Il n'y a pas de rapport sexuel » ?

  • Un psychanalysant voit en rêve l'image de la lettre H. Elle est dessinée en blanc sur un panneau à fond bleu. Ces précisions disent que H chiffre le signifiant « hôpital ». Dès lors, l'interprétation suit : la veille son psychanalyste était intervenu d'une manière intempestive et ce H, qui renvoie à l'injonction « silence ! », vient signifier au psychanalyste qu'il a à tenir sa place... et rien de plus. L'être qui peut ainsi lire sa trace se fait « dépendant d'un Autre dont la structure ne dépend pas de lui ».

  • Selon son auteur lui-même, La Recherche du temps perdu recèle une « construction dogmatique ». Mais laquelle exactement ? Il n'est pas si aisé de répondre car l'oeuvre de Proust est écrite de telle sorte que sa structure, les étapes de sa création et ses fins philosophiques y sont laissées volontairement implicites. Cependant, il est possible d'éclaircir ces points, dès lors que l'on s'avise que la Recherche est une démonstration, d'un genre très particulier. Ainsi l'enquête de Thierry Marchaisse vise-t-elle à expliciter la construction proustienne, en répondant aux quatre questions suivantes : Qu'est-ce qui a déclenché l'oeuvre de Proust ? Quelle vérité fondamentale voulait-il y démontrer ? Et comment ? Enfin, pourquoi s'est il efforcé d'effacer les marques trop apparentes de son étrange traité philosophico-littéraire ? Au moment d'y mettre la dernière main, Proust craignait encore que la pointe de son ouvrage, dont « l'idée » l'obsédait depuis 1909, resterait « comme un monument druidique, au sommet d'une île, quelque chose d'infréquenté à jamais ». Il avait bien raison de s'inquiéter. Précisément parce que la sacralisation des aspects esthétiques de son oeuvre a eu pour effet de rendre presque infréquentables ses aspects logico-philosophiques, et notamment la belle « leçon d'idéalisme » qu'elle contient en matière de créativité.

  • Désormais reconnue pour ses travaux sur le genre (gender) et la sexuation, Judith Butler poursuit ici son questionnement en étudiant de très près l'Antigone de Sophocle. Faut-il continuer de réduire Antigone à ce que ses plus célèbres commentateurs en ont fait ? Tantôt une femme défendant les lois non écrites de la famille contre celles de l'État (Hegel), tantôt une fille se tenant à l'orée de l'ordre symbolique, choisissant le royaume de l'entre-deux-morts plutôt que la loi commune (Lacan) ? Son nom d'anti-gonè (contre la génération) ne désigne-t-il pas le trouble qu'elle jette, tant par ses paroles que par ses actes, dans l'ordre de la famille hétéronormée et dans la répartition des genres sexués ? Aujourd'hui où la parentalité se détache en partie de la famille traditionnelle, Antigone ne serait-elle pas en mesure de nous livrer quelques clefs de ce chamboulement ?

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