Editions Zoé

  • Nicolas Bouvier est devenu l'incarnation d'un art de voyager, L'Usage du monde s'est imposé comme la référence de la littérature du voyage. Mais la critique sur son oeuvre n'englobe pas les relations de Bouvier à l'histoire, à la géographie, à tous ces savoirs qu'il dit vouloir ignorer afin d'être plus disponible à ce qu'il découvre. L'éloge de l'ignorance et la logique du désencombrement sont pourtant loin de mettre fin au désir de connaissance, explique Liouba Bischoff : ils visent surtout à fonder un rapport authentique au monde.L'auteure explore les carnets inédits de Bouvier et l'ensemble de son oeuvre dans le but de comprendre ce paradoxe. Elle démontre brillamment et sans jargon, quel usage des savoirs Bouvier a développé, dans ses voyages comme dans son oeuvre.

    Liouba Bischoff, maître de conférence à l'École normale supérieure de Lyon, est spécialiste des récits de voyage et des rapports entre littérature et sciences humaines (géographie, histoire, anthropologie.Elle a écrit sur Jean Rolin, Nicolas Bouvier, Lorenzo Pestelli.

  • Petite prose

    Robert Walser

    Petite Prose, publié en 1917, illustre de manière exemplaire cette période charnière de la vie de Robert Walser que sont les années " biennoises ", après Berlin, avant Berne.
    Dans ces vingt et un textes de longueur inégale, Walser explore avec jubilation tous les registres de la prose brève, entraînant le lecteur dans un pas-de-deux débridé qui annonce déjà la virtuosité des proses tardives. Mêlant l'autobiographie et la fiction, il fait miroiter une vivante galerie de portraits et de petites histoires burlesques, alternant la satire mordante et une vibrante méditation sur le néant pour conclure avec une prose plus ample, " Tobold ".
    Ce récit, que l'on appellerait aujourd'hui une autofiction, évoque avec malice son expérience de laquais au service d'un comte, dans un château de Silésie...

  • Cette soixantaine de textes, dont la moitié pour la première fois en français, donnent à entendre les réflexions lucides et subtiles de Robert Walser sur l'art musical. Envolées lyriques pour la Flûte enchantée de Mozart ou ironie acérée face aux mondanités des auditeurs et poses affectées des musiciens, le poète s'attache à toutes les mélodies. Mais ce n'est pas une surprise s'il marque sa préférence pour les formes modestes, brèves et les sons du quotidien. Avec la précision qui le caractérise, Walser s'attache à écouter le silence de la neige, les flonflons des cafés ou la petite musique qui accompagne le badinage amoureux. Sa prose elle-même est empreinte de musicalité, tressautant tantôt gaiement d'un sujet à l'autre, tantôt entonnant des lamentos aux accents plus graves.

    Robert Walser (1878-1956), maître des petites proses, poètes du quotidien, est l'un des grands écrivains de langue allemande du XXe siècle. Les textes réunis ici couvrent toute sa période créative - des premiers poèmes qui lui valent son entrée dans le monde littéraire (1899) aux textes tardifs, composés à la Waldau où il est interné dès 1929.

  • L'écriture foisonnante de Catherine Colomb défie toutes les constructions littéraires traditionnelles. Colomb est la preuve qu'on peut écrire loin des écoles littéraires, des centres culturels et faire une oeuvre absolument originale et novatrice.

    Pourquoi s'obstiner par exemple à bouleverser la linéarité du temps et du récit? C'est que cette forme lui permet de réunir dans un seul texte toutes les oppositions, les contrastes et les deuils qui la traversent. L'écrivaine passe avec naturel d'une conversation à propos d'un investissement boursier à la présence des anges, elle se situe entre le flux de conscience de Virginia Woolf et le fantastique.

    Après des études de lettres, Catherine Colomb (1892-1962) vivra jusqu'à son mariage en Allemagne, en Angleterre, puis à Paris. De retour en pays vaudois, elle donnera naissance à deux fils. Le temps qu'elle consacre à l'écriture est arraché à sa vie familiale. Rien ne la prédisposait à devenir une écrivaine d'une telle originalité. Sauf peut-être un drame personnel dont elle a porté la marque incandescente toute sa vie : la perte de sa mère lorsqu'elle avait cinq ans.

  • Né en 1945 dans la Creuse, Pierre Michon est considéré aujourd'hui comme un des plus grands écrivains français. Dès les Vies minuscules, paru en 1984, s'imposait une langue intense, chargée d'électricité poétique, saturée d'un classicisme à la fois vénéré et bouffonné, pour dire le petit et l'indigne, célébrer des vies infâmes avec les apprêts du grand style et sur le mode de l'hagiographie. Nourrissant un dialogue avec la critique littéraire ainsi que l'histoire de l'art, l'oeuvre de Michon interroge anxieusement l'émergence de ses propres conditions de possibilité. Van Gogh, Rimbaud, Balzac, Faulkner et d'autres figures tutélaires, évoquées dans les Vies minuscules, font l'objet de volumes ultérieurs. Comment devient-on un grand auteur, un grand peintre ? La question est d'autant plus aiguë que, pour Michon, la littérature a été d'abord idéalisée. La possibilité d'écrire ou de peindre apparaît dès lors comme un miracle et est assimilée au salut.
    Dans cette première monographie consacrée à Pierre Michon, l'auteur met en lumière l'itinéraire d'une oeuvre encore en devenir. Il interroge les manières dont elle met en scène de nouvelles configurations narratives, qui font reculer les frontières des genres littéraires. Se penchant sur la question, cruciale pour Michon, de la filiation, il convoque la psychanalyse et la sociologie pour en montrer les implications. Plus qu'à une improbable réalisation définitive, la notion théologique de Grâce par les OEuvres désigne un des rêves qui animent cette entreprise littéraire parmi les plus singulières de notre temps.

    Écrivain et chargé de cours à l'Université de Saint-Gall (Suisse), Ivan Farron est l'auteur d'un roman, Un après-midi avec Wackernagel (Zoé, 1995, prix Dentan). Il a dirigé un volume collectif consacré à Pierre Michon et est l'auteur d'études sur Bouvier, Larbaud, le roman policier et la psychanalyse.

  • Art, pièges et techniques de l'écriture romanesque.
    Un manuscrit de premier roman peut être bien écrit. Il peut faire preuve d'intelligence ou d'imagination. Pourtant il sera refusé comme des milliers d'autres. Pourquoi ? Parce que tout n'est pas possible dans un roman qui est une promesse faite au lecteur, un pacte.
    Laure Pécher fouille les entrailles du roman pour en comprendre l'architecture et les mécanismes. Elle met en lumière les erreurs les plus fréquentes, dissèque personnages, structures et passages de grandes oeuvres littéraires en les comparant à des productions plus anodines, explique à l'apprenti romancier comment ne pas se perdre dans la liberté romanesque. Le ton est simple et direct ; pour elle, écrire de la fiction, ça s'apprend, aussi.
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  • Robert Walser, promeneur solitaire, écrivain en marge dans la retraite de ses mansardes : telle est l'image que nous renvoie une légende littéraire opiniâtre. C'est un autre aspect de Walser, encore mal connu, que ce livre veut mettre en évidence à travers l'ensemble de l'oeuvre, y compris les "microgrammes" récemment décryptés : un Walser qui réagit en sismographe aux secousses et aux frémissements de son temps, en hume l'air, en partage les engouements et les angoisses, en ausculte le langage, pour tout de suite reprendre ses distances et transformer les impulsions reçues en énergie cinétique pour sa plume dansante. C'est d'abord Cendrillon, figure marginale mais centrale à l'époque, qui conduit le bal. Puis le mouvement dansant entraîne le lecteur à travers une maladie du temps, la "nervosité", rabote au passage le massif alpin et les mythes qui l'exaltent, gambade autour des monuments de Nietzsche et de Kleist. Partout Walser tend l'oreille à son temps, sans jamais s'en faire l'écho. Sa souveraineté littéraire et ludique prend ses aises dans le "feuilleton", ce genre marginal relégué en "bas de page", méprisé de la "grande littérature" mais très prisé des lecteurs. Il peut s'y jouer des contraintes, comme le danseur s'y joue de la pesanteur. Il peut s'y égarer dans des discours labyrinthiques qui le rapprochent de Kafka ou de Benjamin, y exécuter, en dansant avec les mots, des enchaînements hardis et inattendus. Toujours en mouvement, Walser a échappé à son époque ; toujours en mouvement, il séduit la nôtre : ce danseur ne vous lâche jamais, car jamais on n'arrive à le saisir.

  • Nicolas Bouvier a effectué le trajet de Genève à Tokyo dans les années 50. Des livres ont jailli de ses voyages, si forts qu'ils ont inspiré nombre de vocations de voyageurs et d'écrivains. Voyageur-poète, écrivain-musicien, artisan de l'image et du verbe, Nicolas Bouvier incarne dans son oeuvre sa manière d'être au monde. Pour lui rendre hommage, un colloque lui a été consacré à Brest en 2008. Ce livre en est le prolongement.
    Les auteurs, issus d'horizons intellectuels et géographiques différents - Jean Starobinski, Michel Butor, Jacques Lacarrière, Gilles Lapouge, le photographe Jean Mohr, un spécialiste de poésie japonaise, une musicologue, des voyageurs, des écrivains et des universitaires -, soulignent le caractère humaniste et universel de l'oeuvre de Nicolas Bouvier.

  • Nicolas Bouvier (1929-1998), voyageur ouvert au monde entier et aux langues inconnues grâce à son oreille musicienne, n'a pas croisé Charles-Albert Cingria (1883-1954) sur les routes et les chemins, autour de Genève, de paris ou de Rome, ni n'a fait halte dans les mêmes bibliothèques à la recherche des mêmes manuscrits. Mais il a lu ses chroniques, ses proses, ses récits fantastiques ou fantasmagoriques, ses traductions des maîtres anciens, entrant ainsi en dialogue avec lui, cherchant les raisons de ces instants magiques où le monde dévoile son secret, son sens lumineux, sa beauté légère. Ce qui intéresse Nicolas Bouvier lisant Cingria, homme au charisme épique, c'est la manière d'écrire le voyage, l'art de circuler et d'aller et venir tout en observant le proche comme s'il était neuf et inconnu.
    « Un mètre carré, et l'univers ! », c'est la formule de Cingria pour déambuler, s'étonner, vivre, méditer, écrire.

    Le titre de ce livre, choisi par Nicolas Bouvier, souligne le rapport très libre qu'il entretient avec Cingria : lâcher prise et couler sans entrave.

  • A la frontière de la nature et de la civilisation surviennent ce que nous nommons des «catastrophes». Ces phénomènes ont fasciné nombre d'écrivains de la Suisse moderne qui ont contribué à la culture de la catastrophe par de multiples scénarios d'effondrement, dans les quatre langues du pays. Qu'est-ce qui les a incités à se passionner pour ce thème ?
    Peter Utz montre comment la littérature fait de la catastrophe le versant sombre de l'idylle alpine : lorsque au XIXe siècle, il s'agira de fonder l'identité d'une nation qui se construit sans ennemi extérieur, la catastrophe prendra une valeur essentielle en forgeant une communauté de destins. L'art de l'auteur est de développer la présentation des oeuvres choisies par période et par thème, ce qui ouvre d'innombrables pistes de lecture : Jeremias Gotthelf et Gottfried Keller, Cendrars et Ramuz, Friedrich Glauser, Friedrich Dürrenmatt figurent parmi des dizaines d'autres écrivains. La richesse des exemples fait de ce livre une référence sur la littérature suisse, mais aussi sur la culture littéraire de la catastrophe dans la modernité.

    Peter Utz, germaniste, est professeur à l'université de Lausanne. Il est le grand spécialiste de l'oeuvre de Robert Walser sur lequel il a publié Robert Walser : danser dans les marges.

  • La Poste du Gothard ou les états d'âme d'une nation relève autant de la critique littéraire que de l'histoire, avec en ouverture l'analyse d'une oeuvre peinte : le célèbre tableau de la diligence du Gothard. On peut classer ce livre comme un essai engagé sur les rapports entre littérature et histoire d'une nation, avec pour exemple la Suisse du 18e au 21e siècle.
    La dimension politique actuelle est présente tout au long du livre, soit l'utilisation par les forces politiques de la tension entre mythes des origines et progrès. Comment les écrivains illustrent cette tension, comment ils sont perçus, c'est le propos de von Matt.
    Composé de chapitres originaux, d'articles et de conférences entièrement réécrits, ce livre a reçu le Goncourt suisse en 2012, le Schweizer Buchpreis.

  • Au moment où les littératures des marges intéressent de plus en plus, où les diverses régions francophones affirment leur identité propre face au centralisme parisien, la Suisse romande représente un exemple particulièrement intéressant de métissage culturel au carrefour des grandes cultures européennes. Voici un ouvrage de référence qui fait le point sur l'état actuel de nos connaissances de la littérature en Suisse romande, du Moyen Age à nos jours. Une somme de plus de 1750 pages réalisée par les meilleurs spécialistes qui étudient d'Othon de Grandson à Jean-Luc Benoziglio, en passant par Ramuz, Cendrars, Cingria ou Jaccottet. La plupart des auteurs dont il est question dans les dernières parties de cette Histoire sont bien vivants. Leur nombre, la diversité de leurs écrits, la richesse des thèmes traités témoignent de l'extrême intensité de la vie littéraire en Suisse française. C'est bien sûr un défi, que de parler d'auteurs vivants dans une perspective historique.

  • En 1919, Carl Spitteler devenait le premier Suisse à recevoir le Prix Nobel de littérature. Cent ans après, huit écrivains alémaniques, romands et tessinois entrent en dialogue avec Notre point de vue suisse, son discours prononcé en 1914 pour la paix et la neutralité alors que la guerre commence. Ils engagent une réflexion personnelle entre essai et fiction, humour et regard critique : quel rapport la Suisse et ses habitants entretiennent-ils avec leurs voisins européens ? Avec la question des migrants ? Les frontières sont-elles toujours aussi définies qu'il y a un siècle ? Quelles valeurs rattache-t-on aujourd'hui à cette fameuse neutralité helvétique et à la cohésion nationale prônées par Spitteler ? Neuf textes et autant de points de vue sur des questions toujours actuelles.

    Carl Spitteler (1845-1924), prix Nobel de littérature en 1919, fait figure d'intellectuel exigeant, observateur critique de ses contemporains. En écho, huit écrivains proposent leur « point de vue suisse » : Adolf Muschg, l'auteur engagé, européaniste de la première heure, Pascale Kramer, Suissesse établie en France depuis trente ans, ou Fabio Pusterla, avec sa sensibilité de poète, mais aussi Daniel de Roulet, Dorothee Elmiger, Catherine Lovey, Tommaso Soldini et Monique Schwitter.

  • Depuis La Part d'Esmé (1977) jusqu'à La Distance de fuite (2017), Catherine Safonoff explore les « espaces du dedans », ce domaine obscur et vaste où naissent les mouvements intérieurs les plus fins. Ecrivant sur les êtres aimés, pour contrer la perte et le temps qui passe, elle construit une oeuvre à la première personne qui met en relation les fragments de son vécu en brouillant les frontières entre autobiographie et fiction. L'analyse que propose Réinventer l'île permet de mesurer la richesse de ses thématiques et la cohérence d'une oeuvre qui préserve aussi ses silences et tend au lecteur un miroir. Dans ce premier ouvrage entièrement consacré à Catherine Safonoff, Anne Pitteloud, critique littéraire au quotidien Le Courrier et auteure, envisage l'ensemble de l'oeuvre comme un réseau d'îlots : chaque nouveau livre vient compléter les précédents, éclaircir certaines de ses zones d'ombres. La figure de l'île représente également pour la critique cet éden où les choses coïncident avec leur expression ; elle est le rêve d'un accord enfin trouvé entre l'intimité et le monde extérieur, l'espace et le temps, le dedans et le dehors. L'originalité de la démarche de Safonoff en fait l'un des grands écrivains suisses de ces cinquante dernières années.

  • Longtemps considéré comme un « nouveau romancier », Robert Pinget a traité la littérature en poète, dans l'esprit de R. Roussel, et en méditatif, à la façon de M. Proust. Sans pour autant négliger le « vrai » (les narrateurs ont le souci maniaque de l'exactitude), ni le « beau » qui tient au « ton » musical adopté, il s'est préoccupé du « bien » que peut produire le travail littéraire. Ce n'est pas qu'il ait attendu le salut de l'écriture, en imaginant déceler entre les événements quotidiens cocasses les manifestations de la Providence ; ni une grâce, en tirant avantage des défaillances de la mémoire ; le bien espéré est celui de pouvoir, un jour, acquiescer à ce qui est dans le temps, et vivre avec l'innocence de l'enfant.

  • Dans ce livre, Peter von Matt embrasse du regard la littérature suisse de langue allemande, de Gotthelf à Fritz Zorn, de Keller à Robert Walser, Frisch, Dürrenmatt et les contemporains Urs Widmer et Gerhard Meier. Ce regard n'est pas seulement celui d'un connaisseur et d'un amoureux de la littérature, c'est aussi celui d'un citoyen doté d'une conscience historique et politique. En Suisse plus qu'ailleurs les écrivains peuvent être caractérisés par les temps de l'histoire.
    La violence est partout présente, même chez des poètes qui semblent en être si loin, comme C. F. Meyer ou Robert Walser. Une grande colère habite le «doux» Walser contre les papes de la critique qu'il soupçonne de condescendance à son égard.
    Les écrivains sont présentés de manière saisissante et souvent poétique. Car si ce livre est conçu par un spécialiste, il est écrit par un artiste.

  • Singes, caniches, perroquets, papillons, traîtres, contrebandiers ou funambules, traîne-misère ou poules de luxe, amoureux fervents ou lucides linguistes : qui sont les traducteurs littéraires ? Voici un livre poulies rencontrer, un hommage au mystère de

  • Questionner les frontières - du monde réel, de la raison et de la folie, du silence et de la parole, ou celles des langues. Tenter de guérir d'un défaut d'origine par l'exercice de la traduction. Passer enfin de l'étude des autres ou du pastiche à l'invention de soi : telle fut l'ambition d'Adrien Pasquali, dont l´oeuvre protéiforme ressemble à une autobiographie de l'esprit.

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