Ecriture

  • Question : Georges Rémi, dit Hergé, a-t-il puisé aux pamphlets antisémites de Louis-Ferdinand Céline pour alimenter le réservoir à jurons du capitaine Haddock ? Telle est l'intuition d Émile Brami, spécialiste de Céline : « Un jour, j étais en train de parcourir Bagatelles pour un massacre . Au détour d'une phrase dans laquelle Céline prend à partie les prolétaires anglais, je suis tombé sur ceci : Fellahcieux, Incas à lumes, coolies, benibouffes, anthropogans, cafans rouges, orthocudes, Karcolombèmes Cela m'a littéralement sauté aux yeux : c était du Haddock ! Au terme de mon enquête, je ne possède aucune certitude absolue, mais je dispose d'un extraordinaire faisceau de présomptions. » Lesquelles ?
    Les coïncidences chronologiques. 1938 : date de la première apparition du nom de Haddock dans un carnet d'Hergé et date de mise en vente de Bagatelles pour un massacre . 1941 : publication du Crabe aux pinces d'or , où Haddock apparaît pour la première fois.
    La comparaison quantitative des injures du pamphlet de Céline avec celles du Crabe aux pinces d'or et l'étude de leur technique identique de « fabrication » par le jeu des sonorités et des transferts de sens. Parmi les jurons que les deux oeuvres ont en commun : parasite, renégat, aztèque, noix de coco, bachi-bouzouk, iconoclaste, sapajou, ornithorynx, macaques, canaque, cannibales (ces trois derniers à connotation explicitement raciste chez Hergé) L'examen des contextes politiques dans lesquels évoluaient Céline et Hergé.
    L'approche du personnage de Robert Poulet, critique littéraire, ami intime de Hergé et proche de Céline, qui aurait pu donner à lire Bagatelles au père de Tintin.

  • En 1817 s´ouvre à Saint-Louis du Sénégal la première école en français. Jean Dard, l´instituteur qui en est responsable, fait le choix d´apprendre d´abord à écrire et lire aux élèves dans leur langue, le wolof. S´ensuivront de longs débats, parfois polémiques, sur la place des langues africaines dans l´enseignement et le type de pédagogie à appliquer.

    Près de deux siècles plus tard, les pays africains sont confrontés au même type de problèmes. Mais le français s´est en même temps « africanisé », il a pris des couleurs locales, tandis que certaines langues africaines s´imposaient comme langues véhiculaires et que d´autres étaient utilisées dans l´enseignement ou l´alphabétisation.

    C´est cette histoire que retrace Louis-Jean Calvet, s´appuyant aussi bien sur l´analyse de documents d´archives que sur des enquêtes de terrain, brossant le tableau d´une langue désormais partagée, en copropriété, et évoquant ses possibilités d´évolution.

  • Il n'est pas de pays qui ne dispose d'une politique linguistique. Or, paradoxalement, les modalités de la mise en oeuvre d'une telle politique, mais aussi de son évaluation, apparaissent rarement dans la littérature spécialisée, qui ne se prive pourtant pas de critiquer les politiques linguistiques des pays du Sud, lesquels auraient plutôt besoin d'aide et d'expertise.
    La vision de la politique linguistique présentée par Nazam Halaoui a fait en partie l'objet d'un séminaire de formation de cadres oeuvrant dans le domaine des langues et de l'éducation, organisé par l'OIF à Kinshasa en septembre 2005. L'ouvrage contribue à combler le vide théorique et surtout méthodologique et pratique qui caractérise le domaine de la politique linguistique. La première partie traite des fondements de la politique linguistique, concept à affiner et réalité observable à environnement multiple. La deuxième partie a pour objet de déterminer la place de la politique linguistique ; y sont abordées les questions de classification et proposée une typologie des situations africaines. La troisième et dernière partie traite de la mise en pratique de la politique linguistique dans sa diffusion, sa mise en oeuvre et son évaluation, et propose une analyse de la transition juridique qu'une telle politique opère.
    Fondé sur des données puisées dans le monde francophone, l'ouvrage se veut à la fois un guide pratique et l'esquisse d'une théorie. Il est surtout destiné aux cadres et agents des ministères qui, en Afrique et ailleurs, sont chargés des questions linguistiques et éducatives.

  • Selon la Bible, il fut un temps où les humains, parlant une seule langue, entreprirent de construire une tour jusqu'aux cieux. Pour les punir de leur orgueil, Dieu sema la « confusion des langues » et les hommes, incapables de se comprendre, se dispersèrent. La langue adamique aurait donc été pulvérisée en une multitude de « confettis linguistiques » : 7 000 aujourd'hui à la surface du globe.
    De ce mythe découlent deux idées qui continuent de marquer notre vision des langues : que le plurilinguisme est une malédiction, et qu'il faut une langue commune pour mener à bien une entreprise commune. L'histoire politique des langues est liée à ces deux idées, les uns soulignant le fait que le droit à la langue, même locale et minoritaire, est imprescriptible, les autres invoquant un principe de réalité selon lequel les « grandes » langues sont incontournables.
    Cependant les « confettis de Babel » ne sont pas retombés chacun sur un territoire délimité. Les technologies de l'information et de la communication leur offrent de nouvelles possibilités de diffusion. C'est dans ce cadre qu'apparaît la notion de diversité linguistique et même d'écologie linguistique. Mais la diminution du nombre des langues met-elle en danger la survie de l'espèce humaine ?
    Qu'est-ce que la diversité linguistique ? Comment évalue-t-on le « poids » d'une langue ? Qu'est-ce qu'une langue menacée ? Peut-on parler de minorités audibles comme on parle de minorités visibles ? Toutes les langues doivent-elles être sauvegardées ? Quelles politiques linguistiques développe-t-on pour la défense de cette diversité ? Autant de questions ici abordées de façon approfondie.

  • Il y aura dix ans, le 9 août 2010, disparaissait Louis Nucéra. « Je n'écoute plus depuis longtemps les moutons et les perroquets ! », disait-il. Les écrivains qu'il aimait étaient les esprits libres, tels Marcel Aymé, Emmanuel Berl, son ami Cioran ou Joseph Kessel, niçois comme lui, qui l'éveilla à la littérature. Proche des maudits, Louis Nucéra aura bataillé toute sa vie pour faire sortir du purgatoire les Calet, Guérin, Perros, Caraco ou Jean Gaulmier. « La critique négative n'était pas son domaine, écrit Bernard Morlino. Il préférait dire du bien des auteurs qu'il estimait plutôt que de se faire remarquer en disant du mal de plumitifs en mal de gloire. » Ce volume rassemble 50 portraits inédits, autant d'exercices d'admiration, une bibliothèque idéale.
    Au sommaire : Marcel AYME - Marie BASHKIRTSEFF - Emmanuel BERL - André BEUCLER - Antoine BLONDIN - Jorge Luis BORGES - Alphonse BOUDARD - Jacques BREL - Dino BUZZATI - Louis CALAFERTE - Henri CALET - Albert CARACO - Francis CARCO - Louis-Ferdinand CELINE - Blaise CENDRARS - Jacques CHARDONNE - Charles-Albert CINGRIA - Emil Michel CIORAN - Jean COCTEAU - Arthur CONAN DOYLE - Alphonse DAUDET -Joseph DELTEIL - Michel DEON - Raymond DEVOS - René FALLET - Romain GARY -Jean GIONO - José GIOVANNI - Raymond GUERIN - André HARDELLET - Victor HUGO - Panaït ISTRATI - Joseph KESSEL - Paul LEAUTAUD - Jack LONDON - Albert LONDRES - Guy de MAUPASSANT - Henry MILLER - Oscar MILOSZ - Vladimir NABOKOV - NORGE - Claude NOUGARO - Marcel PAGNOL - Charles PEGUY - Jacques PERRET - Henri POURRAT - Albert SIMONIN - André SUARES - Alexandre VIALATTE - Émile ZOLA.

  • Mes vérités

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    Colette (1873-1944) a porté sur le monde un nouveau regard de femme, assez fort pour imposer un style à la fois classique et singulier, que Cocteau se plaisait à comparer à celui de La Fontaine. Ses romans, de la série des Claudine aux oeuvres autobiographiques en passant par le sulfureux Blé en herbe, ont séduit un public toujours plus nombreux, pour lequel elle est restée la veilleuse solitaire du Palais-Royal et de la Treille Muscate, la Madone aux chats et la librettiste de Maurice Ravel. Colette aura mené une bataille quotidienne, durant son existence, avec un élan qui fit d´elle « la femme la plus libre du monde », selon Mac Orlan.
    En 1949, André Parinaud réalise une série de trente-cinq entretiens radiophoniques avec Colette. À cette époque, alors au zénith de sa célébrité, l´auteur de La Chatte n´écrit plus guère, préférant diriger l´édition de ses oeuvres complètes. De nouveaux personnages - Sido, Julie de Carneilhan - ont remplacé Claudine, Chéri, « la vagabonde » et « l´ingénue libertine ». Elle évoque tout cela, et ses rencontres littéraires, mais aussi l´amour « un sentiment qui n´est pas honorable » , son pays natal, la Bourgogne, et son amour de la nature, l´une des clés de son oeuvre.

  • Les flâneries d'un impénitent Qui mieux que Neuhoff pour jouer les snobs, en digne émule de Boris Vian, lui qui a tout vu, tout lu, tout entendu à Saint-Germain-des-Prés ? Il regrette un temps où les cigarettes n'étaient pas en plastique, l'absence de face B sur les CD, ne veut lire sa littérature que sur le papier bible de la Pléiade, continuera toujours à passer ses soirées chez Castel et ne peut se résoudre à admettre qu'à l'Académie française il y a des auteurs plus jeunes que lui ! Autant de réflexions rassemblées en 101 leçons titrées de façon décalée (Hésiter entre le vrai et le faux ; Pleurer avec le père Noël ; Retourner vers le futur ; Etre à côté de la plaque ; Prendre des cours de Lang...) Ce ne sera pas une mince affaire, mais en suivant le plus dandy des Parisiens, avec sa nonchalance maîtrisée et son détachement plein d'ironie, bref en suivant les flâneries d'un snob impénitent, on se plaît à sourire.

  • Céline s'est toujours défendu de s'être engagé politiquement, rappelant qu'il n'adhéra jamais à aucun parti, se flattant d'être un « homme de style » dépourvu de « message ». Ses écrits l'ont pourtant associé aux controverses politiques de son époque.
    « Trois thèmes principaux se détachent. Le pacifisme semble l'avoir emporté par la vigueur du sentiment. L'antisémitisme a chargé l'écrivain du fardeau d'un péché capital. Le socialisme, entendu au sens large, l'a entraîné dans la voie d'un «communisme Labiche» et dans des projets largement utopiques d'organisation sociale. L'anarchisme et le fascisme, attitudes politiques souvent attribuées à l'écrivain, méritent discussion », explique l'auteur.
    Une autre approche de la pensée célinienne fait de l'écrivain un précurseur à la fois de la démarche existentialiste et des philosophies de l'utopie. Si l'acceptation tragique et absurde de l'existence, le sens du nihilisme se retrouvent dans la pensée sartrienne, Céline se réfugia plutôt dans l'« utopie concrète », selon le mot d'Ernst Bloch, la plupart de ses propositions s'inspirant de cet « idéalisme pessimiste » cher à Marcuse.
    Enfin, les pamphlets, motifs de sa condamnation définitive. S'ils ne semblent pas avoir influencé profondément l'immédiat avant-guerre, leur outrance même desservant leur cause, la critique des maux de son époque demeure comme un témoignage de la crise des esprits, caractéristique des années 1930. Ici, « dogmatisme brutal, provocation, lyrisme, recherche de l'effet aux dépens de la rigueur sont autant d'artifices et d'obstacles à franchir pour dégager l'idée elle-même ».

  • Paru le 28 décembre 1937, Bagatelles pour un massacre n´est certes pas le premier pamphlet antisémite, mais c´est le plus violent depuis La France juive de Drumont (1886) et, circonstance aggravante, l´oeuvre d´un écrivain génialement doué. Récompensé par d´excellentes ventes, ce « pogrom de papier » est aussitôt traduit en Allemagne nazie.
    L´espace d´une diatribe truffée d´épisodes narratifs, Céline abandonne le roman pour s´égarer en politique et sceller son destin - avant de se censurer définitivement en 1945.

    L´ambivalence de Bagatelles - essai polémique ou oeuvre littéraire ? - est au coeur de la réception critique du livre. André Gide, dans la NRF, veut croire à une rodomontade ; tandis que Lucien Rebatet, dans Je suis partout, le félicite d´avoir « allumé le bûcher ». À gauche mais aussi à droite, on souligne l´obscénité et la malhonnêteté du raisonnement, inspiré voire bassement recopié des prospectus de propagande, certains reprochant même à Céline de discréditer l´antisémitisme. Mais tous ou presque soulignent la truculence rabelaisienne de Bagatelles, dont l´extrême nocivité est rarement dénoncée, sinon par la presse juive.


    Ce dossier critique, souvent déroutant pour le lecteur moderne, regroupe soixante articles parus de janvier à décembre 1938, sous la plume de Marcel Arland, André Billy, Robert Brasillach, Lucien Combelle, Léon Daudet, André Gide, Bernard Lecache, Emmanuel Mounier, Lucien Rebatet, Victor Serge... On y voit, explique André Derval dans une indispensable introduction, « la réalité virer au cauchemar, et des voix mesurées verser dans les pires partis pris et dans l´outrance ».

  • "La colère du ciel, l´affolement de nos coeurs, le crépitement des armes, les grincements de l´argent, la banquise qui fendille, l´atome qui déconne, la morale qui fout le camp, la culture émiettée et vous, chers amis, qui vous battez avec le fric, les machines, le chômage, les délocalisations, le système bling-bling et le climat qui s´échauffe, m´avez décidé à répondre aux questions de Noël Simsolo (et aux regards de la caméra de Laurent Perrin).

    Du Pandit Nehru à Roberto Rossellini, de Satyajit Ray à Grémillon, du milliardaire Tata à Jacques Rivette, du forçat Papillon à Raymond Queneau, d´Alain Delon à Claudia Cardinale, de Ramdji-trois-doigts à Charles Bronson, de Michel Audiard à Céline, de Félicien Marceau à Claude Berri, de Raymond Carver à Simenon, de l´autisme à la bombe atomique, de la politique à la bande dessinée, le manège a tourné vibure et souvent j´ai attrapé la queue du Mickey.

    Parler des rencontres essentielles, raconter les chemins de l´écriture, dire l´aventure des livres et des films, mesurer la vérité de l´amour, évoquer les amis, les maîtres, revoir les sourires à demi effacés, manger avec gourmandise, épeler le temps, sortir des nuages, réclamer justice, photographier les hommes, fouiller dans la vieille malle des souvenirs, renoncer à l´inutile, prêcher pour la liberté des esprits, lécher les blessures de l´homme abandonné sont de ma paroisse.

    Au fil de cette autobiographie dialoguée, je vous invite à venir me rejoindre au fond de mon jardin japonais pour regarder passer sur un lit de graviers minuscules l´énorme torrent de la vie."

  • Voici le récit d'une amitié, exigeante et mouvementée : celle de Céline, écrivain et médecin, et d'Henri Mahé (1907-1975), dit « Riton-la-Barbouille », artiste peintre. Durant trois décennies, de 1930 à sa mort en 1961, Céline a adressé à son ami Mahé plus de deux cents lettres, de quelques lignes à dix pages.
    Joies et irritations quotidiennes rendues dans le langage dur et sans fard de l'amitié, ponctuation lâchée à la volée, souci débraillé du mot juste : tout Céline est ici tel qu'en lui-même, avec ses bouffonneries, ses obsessions, ses haines, ses idylles, ses rêves et ses angoisses. Entre les lignes, Henri Mahé prend la parole pour raconter sa vie, leur amitié.
    Ce « classique » célinien est suivi d'un texte inédit et truculent, La Genèse avec Céline (1970), ponctué d'autres missives, ainsi que d'un choix de quarante lettres inédites (1942-1954).

  • On les qualifie de tordeurs de syntaxe, bricoleurs de langue, malaxeurs de métaphores ! Patrice Delbourg croque avec gourmandise 101 funambules du verbe, dont il évoque la vie et l'oeuvre. Pour chacun, il donne des exemples de bonheurs d'écriture. Cet escadron d'écrivains disparus, souvent issus de l'humour noir, est présenté (par ordre d'année de naissance) avec un brio qui ravira les amateurs d'une littérature décomplexée et jouissive.
    Ils sont romanciers, poètes, chansonniers, chanteurs, hommes de théâtre, scénaristes, pamphlétaires, humoristes... De François Villon à Coluche, de Rabelais à Pierre Desproges, d'Eugène Labiche à Georges Perec, de Courteline à Serge Gainsbourg, de Feydeau à Boby Lapointe, d'Erik Satie à Francis Blanche, de Guitry et Cocteau à Pierre Dac et Jean Tardieu, de Paul Léautaud et Alfred Jarry à Boris Vian et Cioran, Delbourg n'oublie personne, et surtout pas les génies méconnus tels Alphonse Karr, Georges Fourest, Raymond Roussel, Cami, Chaval, André Frédérique et consorts.

  • « Raphaël Confiant dresse un réquisitoire à l'encontre de celui qui, comme l'écrit Jean Bernabé dans la postface, fut la proue et le flambeau des jeunes auteurs créoles. Voici un portrait au vitriol du "père tutélaire" de la jeune génération, selon le mot de Patrick Chamoiseau. De quoi s'est rendu coupable le grand poète martiniquais ? D'avoir dénoncé l'oppression du tiers monde par l'Occident dans son cabinet de poète, par la voix du "Discours sur le colonialisme" (1950), tout en siégeant 47 ans au Palais Bourbon où il a prôné la loi d'assimilation (ou de départementalisation) pour les Antilles-Guyane et la Réunion, votée en 1946. "Les Antilles françaises d'aujourd'hui souffrent d'un péché originel : celui de l'assimilation... Césaire n'a conçu qu'un avenir de province française pour les Antilles", dénonce Confiant. Cette analyse politique vaut pour la culture créole, vidée de sa sève au profit d'un "sérum métropolitain". Or, Confiant, Chamoiseau et Bernabé n'ont eu de cesse d'appeler à la renaissance de la créolité. ( ) Il est temps pour le vieux roi d'aller dormir", écrivait Césaire dans "La tragédie du Roi Christophe". Les enfants spirituels ont tué leur père. » Thierry Bayle, Le magazine littéraire , avril 1994 Dans cet essai paru initialement chez Stock en 1993, Confiant analyse soixante ans d'existence poétique et politique d'Aimé Césaire, proposant un portrait de l'homme fort éloigné des habituelles hagiographies, et néanmoins empreint de tendresse.

  • En 1960, à vingt-cinq ans, Jean Thibaudeau publie son premier roman, aux éditions de Minuit. A cette occasion, il entre par hasard et plutôt malgré lui au comité de rédaction d'une nouvelle revue, Tel Quel, que viennent de fonder, au Seuil, Jean-Edern Hallier, Philippe Sollers et quelques-uns de leurs amis. Il en sortira volontairement en 1971. Point de vue tout personnel sur (peut-être) l'unique et la dernière de nos « avant-gardes » littéraires depuis le surréalisme. Récit, examen, notes, remarques, documents, explications de texte.

  • En 1960, à vingt-cinq ans, Jean Thibaudeau publie son premier roman, aux éditions de Minuit. A cette occasion, il entre par hasard et plutôt malgré lui au comité de rédaction d'une nouvelle revue, Tel Quel, que viennent de fonder, au Seuil, Jean-Edern Hallier, Philippe Sollers et quelques-uns de leurs amis. Il en sortira volontairement en 1971. Point de vue tout personnel sur (peut-être) l'unique et la dernière de nos « avant-gardes » littéraires depuis le surréalisme. Récit, examen, notes, remarques, documents, explications de texte.

  • La petite ville de Sigmaringen (Wurtemberg) abrita de septembre 1944 à fin avril 1945 les restes du gouvernement de Vichy et plus d'un millier de collaborateurs. Le Dr Destouches, alias L.-F. Céline, y soigna cinq mois durant cette colonie de « 1142 condamnés à mort », séjour qu'il décrit dans D'un château l'autre.
    Christine Sautermeister délimite la part de vérité et d'invention chez Céline, dont le roman cède au plaisir de l'amplification ou de la suggestion. Si nombre de faits sont attestés - pénuries, insalubrité, épidémies, alertes aériennes, atmosphère de délation, afflux croissant des réfugiés, débâcle de l'armée du Reich, - Céline y ajoute ses touches de délire ou de fantastique, tout en jonglant avec la chronologie ou en faisant silence sur certains épisodes ou certaines amitiés embarrassantes. Ainsi, la comparaison du roman avec les fragments de sa version primitive témoigne du travail de modération et de retenue opérés par Céline.
    Refus de se compromettre ? Tentative de dédouanement ? Faut-il taxer de germanophobie opportune la description de ses rapports avec les autorités médicales ou policières de Sigmaringen ? De même, l'écrivain fit-il scandale par ses provocations défaitistes au cours des fameuses « journées des intellectuels », qu';il évoquera pour sa défense au cours de son procès. À l'inverse, la correspondance de l'écrivain révèle un Céline vindicatif et accusateur à l'égard de ses compagnons d'exil...

  • Stendhal signant du nom fantaisiste de Bombet ses Lettres sur Haydn , généreusement empruntées au musicographe Carpani (1816) Pierre Louÿs entonnant les chansons de l'imaginaire poétesse saphique Bilitis (1895) Apollinaire bricolant ses Exploits d'un jeune Don Juan à coups de ciseaux dans un érotique allemand (1905) L'apocryphe Chasse spirituelle de Rimbaud dénoncée par André Breton (1949) Dominique Aury, alias Anne Desclos, relevant le défi d'écrire Histoire d'O sous le pseudonyme de Pauline Réage (1954) John H. Griffin traversant le Sud américain « dans la peau d'un Noir » (1961), et Gunther Wallraff la RFA dans celle d'un Turc (1985) Marc Ronceraille, canularesque poète d'avant-garde sacré par le nº 100 de la collection « Écrivains de toujours » (1978) Benjamin Wilkomirski, rescapé mythomane du camp de Majdanek, alias Bruno Grosjean, bouleversant le monde par son faux témoignage (1995) Paul Smaïl, fictif immigré marocain endossé par l'écrivain polymorphe Jack-Alain Léger (1997) J. T. Leroy, sulfureux auteur transgenre, démasqué en 2006 « Shakespeare n'a jamais existé, toutes ses pièces sont l'oeuvre d'un autre qui s'appelait également Shakespeare » , a dit Sacha Guitry. Carnets secrets d'Hitler, hétéronymes de Fernando Pessoa, faux romans noirs de Boris Vian/Vernon Sullivan, double Goncourt d'Ajar/Gary D'Alexandre le Grand au Da Vinci Code , la littérature, art du faux semblant, est indissociable de l'imposture, du canular, de la schizophrénie. Fabuleuses, pitoyables ou tragiques, voici un abécédaire sélectif d'une centaine d'« affaires » de faux et de plagiats.

  • La fortune mythique de Don Juan, égal d'un Don Quichotte ou d'un Faust, lui vient-elle du fait qu'il est perçu comme l'éternel amoureux, le frivole tombeur de femmes ? Ou son comportement nous offre-t-il une raison plus profonde d'alerter notre conscience ?
    Depuis son apparition sous l'aspect du Don Juan Tenorio (1630), le « Trompeur de Séville », sous son masque de gentilhomme, n'a de cesse de se moquer des croyances et des lois de son temps, persuadé que son orgueil lui confère une liberté absolue. Honneur et tromperie se mêlent dans une comédie de moeurs dominée par le blasphème et la révolte. La fameuse statue du Commandeur auquel il tend la main représente aussi bien l'Église, la morale, le mariage que sa propre conscience. Il se nie en tant qu'homme pour se hausser à la hauteur supposée du surhomme, supérieur à Dieu Lui-même.
    Cet essai, un regard sur l'imaginaire occidental dans sa quête paradoxale d'une volonté de liberté qui l'enchaîne à ses instincts de mort, se veut une réponse à L'Homme révolté et au Caligula de Camus. Le Commandeur, symbole du Père qu'il faut tuer afin de s'assumer en tant que fils, est aussi le Destin qu'il faut nier pour recouvrer une libre responsabilité.
    À travers le Dom Juan de Molière, le Don Giovanni de Mozart, Casanova, le Valmont des Liaisons dangereuses ou le marquis de Sade, mais aussi ces incarnations contemporaines de la révolte que sont Camus, Bataille ou la Mariée de Marcel Duchamp, Frédérick Tristan pose la question de l'idée occidentale de transgression et de progrès.

  • « Chic, il y a de l´argot dans l´air ! Le latin de la racaille. Une langue parfois morte, qui renaît sans cesse de ses cendres. Une langue jamais amorphe, toujours polymorphe... » Écrivains, chanteurs, ils s´appellent Bruant ou Céline, Renaud ou Boudard, sans oublier le tonitruant Michel Audiard et d´autres moins connus, tel l´écrivain Albert Paraz. Ils ont servi la langue française en se jouant d´elle, en la réinventant, offrant au plus grand public l´éclat des mots populaires.
    De François Villon à la série à succès Kaamelott, François Cérésa présente ces « Princes de l´argot ». Il le fait à sa manière, avec un style incomparable, le verbe fleuri. En remontant le temps, il nous raconte l´histoire de cette langue réinventée. Les époques défilent, les orfèvres de l´argot sont célébrés, jusqu´à aujourd´hui.
    Une invitation aux plaisirs de la langue française, où le lecteur se délectera de portraits et d´un florilège de citations « pas piquées des hannetons ».

  • Parce que c'était lui

    Bernard Morlino

    • Ecriture
    • 1 Décembre 2015

    L'écrivain n'est pas que ce solitaire qui passe ses jours et ses nuits à noircir des pages et des pages d'une oeuvre en devenir. Il est des amitiés riches, fécondes entre auteurs. Dans ce livre, Bernard Morlino raconte quarante d'entre elles, plus ou moins fameuses, mais toujours fortes de cette passion que seuls les artistes peuvent vivre. Montaigne et La Boétie, Valéry et Mallarmé, Cocteau et Max Jacob, Genet et Simone de Beauvoir, Queneau et Pérec, Françoise Sagan et Bernard Frank, bien sûr... Mais aussi Proust et Lucien Daudet, Apollinaire et Rouveyre, Saint Ex et Léon Werth, Char et Camus, Morand et Chardonne, Drieu et Rigaut, Guitry et Willemetz, Cabu et Wolinski... Le répertoire est vaste, et fait l'éloge de ce sentiment si fort.

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