ENS Éditions

  • En moins de vingt ans, l'édition en sciences humaines et sociales a été considérablement bouleversée. Tout a été réinventé : le marché du livre s'est transformé, le cadre légal a été radicalement modifié, la publication et la lecture en ligne ont connu un formidable essor, l'écriture même des sciences humaines s'est métamorphosée. Face à ces révolutions intellectuelles, techniques et socioéconomiques d'une ampleur inégalée, en faisant dialoguer éditeurs privés et publics, économistes, documentalistes, libraires, juristes, traducteurs, chercheurs, cet ouvrage collectif offre à celles et ceux qui se préoccupent du destin de l'édition en sciences humaines et sociales un premier bilan, à la fois clair et lucide, des changements survenus depuis le début du XXIe siècle.

  • L'histoire semble aller de soi. Pourtant, prononcer « l'évidence de l'histoire », c'est aussitôt ouvrir un doute. L'évidence est le fil conducteur de ces pages qui interrogent le statut du récit historique, l'écriture de l'histoire, la figure de l'historien, hier et aujourd'hui, de la Méditerranée antique à la France de la fin du xxe siècle. Depuis Hérodote, l'histoire est devenue une affaire d'oeoeil et de vision. Voir et dire, écrire ce qui s'est passé, le réfléchir comme un miroir : tels ont été quelques-uns des problèmes constituant l'ordinaire de l'historien. Les nombreuses reformulations modernes ont poursuivi ce travail sur la frontière du visible et de l'invisible. Parvenir à la vue réelle des choses, en voyant plus loin et plus profond. Mais, avec la fin du xxe siècle et la domination du présent, cette forte évidence de l'histoire s'est trouvée mise en question. Quel rôle pour l'historien face au « défi narrativiste », à la montée du témoin, à celle du juge, et alors même que mémoire et patrimoine sont devenus des évidences ?

  • Le deuxième livre de Jean Tardieu contient le premier, le sixième reprend des poèmes du troisième, le septième inclut le sixième, des textes du quatrième se retrouvent dans le onzième. Il convient de se méfier des sous-titres : « proses » apposé à La part de l'ombre annonce bien ce qu'il contient, mais les « poèmes » de L'accent grave et l'accent aigu peuvent être d'assez longs textes en prose ; à distinguer des « poèmes traduits des arts », textes sur la peinture, eux-mêmes différents des « poèmes à voir », sorte de calligrammes, et des « poèmes à jouer » qui sont des pièces de théâtre. Au reste, les frontières génériques sont perméables. Dans la fabrication de ses livres, Jean Tardieu est inlassablement inventeur de formes nouvelles et mystificateur. Inadvertance ? Malice ? Volonté surtout de ne pas emprisonner dans un provisoire parti pris éditorial la polyphonie d'« une voix sans personne ». Écrites par de nombreux spécialistes de l'oeuvre, mais aussi par des hommes et femmes de théâtre, les contributions réunies dans cet ouvrage se proposent d'interroger cette diversité des voix dans les livres de Jean Tardieu. On y trouve des informations, des témoignages, des réflexions, des essais. Il est ainsi, à l'image de l'auteur dont il traite, à plusieurs voix, et offre de multiples chemins dans cet univers foisonnant.

  • La littérature produite en Belgique a de tout temps fait l´objet de nombreux débats, quant à la manière d´en écrire l´histoire et d´en théoriser le développement. Cette anthologie rassemble les principaux discours qui ont marqué ces débats, de 1870 à nos

  • À la fin du xixe siècle aux États-Unis, la littérature d'écrivains noirs était encore placée sous le signe du soupçon, et ses auteurs demeuraient des exceptions. En publiant son premier recueil de nouvelles en 1899 dans l'une des plus grandes maisons d'édition de l'époque, Charles W. Chesnutt allait devenir un pionnier de la littérature noire du xxe siècle. Redécouvert dans les années 1960, méconnu en France, cet auteur figure aujourd'hui parmi les classiques de la littérature des États-Unis. Son accès à la publication dans une société profondément discriminatoire, au moment où l'édition américaine se constituait en véritable industrie et voyait se transformer la relation éditeur-auteur, nous pousse à interroger la complexité des relations entre éditeurs blancs et auteurs noirs. Cette histoire particulière éclaire plus largement un pan du développement de l'histoire de l'édition aux États-Unis, entre 1880 et 1910. Ancrée dans une double tradition française et anglo-saxonne, cette étude propose de retracer le trajet et la formation de cet écrivain africain-américain depuis son désir d'écriture, sa formation, l'apprentissage d'une profession, jusqu'à la matérialisation de son texte, et la diffusion de son premier livre. Au terme de cette trajectoire, c'est bien le passage par lequel The Conjure Woman devint livre qui se dévoile, révélant les mécanismes de la métamorphose du texte en objet de lecture.

  • Le « mal », impensé collectif, prend corps au gré de diverses représentations mythiques, poétiques, graphiques, musicales. Sorcières, guérisseuses, Machiavels, Antéchrists, voire bestiaire infernal, incarnent au théâtre ou dans la littérature pamphlétaire des xvie et xviie siècles ces « agents du diable » censés rendre visibles les dangers de l'invisible, mais que seuls leurs masques permettent de démasquer. La « diabolisation » de l'adversaire politique autorise une «chasse aux sorcières» qui n'a rien de métaphorique, mais au théâtre comme sur la scène politique, elle permet aussi la mise en évidence des jeux pervers du discours, le mal aux prises avec les mots, masque de l' « équivoque » qui ne parle pas seulement par la voix des sorcières comme dans Macbeth, mais inscrit l'ambivalence, menace de dévotement, comme mal au coeur de tout discours. L'ambivalence contient en elle la parodie, qui ne retient de l'invisible que le risible, mais elle permet aussi toutes les ruses de l'imaginaire pour surmonter les traumatismes du corps et de l'esprit, comme chez Graves ou Coleridge. Le théâtre lyrique, « chant des Enfers », témoigne aussi de cette « double voix ». Divertissement entre éthique et esthétique avec Purcell, ou affrontement idéologique entre choeurs des opprimés et choeurs des oppresseurs chez Haendel, il peut aussi prendre le relais du tragique : l'amalgame sensationnel, « théâtral », entre les monstres des enfers païens et l'enfer chrétien prive ce lieu par excellence du mal de toute référence métaphysique, pour mieux isoler comme nouveau « mal » le seul malheur de la passion trop humaine. L'enfer traditionnel se réduit à ses propres représentations parodiques, combien moins angoissantes que l'ontologie infernale proposée dans le Faust de Marlowe, égale à la contingence de l'être-là sans lieu ni durée définis.

  • À travers six études parcourant la production des travaux linguistiques au Brésil à partir de la seconde moitié du XXe siècle, cet ouvrage présente, par des trajets différents et complémentaires, les points décisifs dans la recherche sur le langage à partir du moment où la pensée brésilienne, prenant pour objet la production de connaissances sur le portugais, va établir un contact direct avec l´Europe, sans passer par le Portugal. Cet ouvrage fixe le cadre de la constitution de cette discipline : il étudie le développement de l´analyse du discours des deux côtés de l´Atlantique, les processus d´institutionnalisation de la langue nationale et le rôle normatif de ceux-ci aux côtés d´outils linguistiques comme les dictionnaires et les grammaires. Il fait ainsi le point sur l´histoire des sciences du langage au Brésil et constitue un dialogue intellectuel fécond entre la pensée brésilienne et la pensée européenne.

  • Cet ouvrage est le contraire d'un dictionnaire. Il ne parle pas de « langue » ; il ne prétend pas régenter les significations, par delà les emplois concrets du vocabulaire, pour édifier un répertoire de normes généralisables. Bien au contraire, c'est aux

  • Première monographie consacrée à cet écrivain américain particulièrement novateur, Ceci n´est pas une tragédie présente l´ensemble de son oeuvre, de 1956 à 2007. David Markson renouvelle la forme romanesque pour dire quelque chose de notre époque, de la fragmentation de sa culture, de son questionnement, de ses triomphes et de ses échecs. Depuis son roman parodique du Far West et les romans policiers des années 1960, ou encore ses expériences avec l´écriture sous contrainte dans les années 1970, jusqu´aux récits les plus récents, dont La Maîtresse de Wittgenstein et Arrêter d´écrire, Markson joue avec la forme romanesque, qu´il parodie, fragmente et redéfinit. Proche de la monodie de la tragédie grecque, mais sans la cohérence d´un cosmos balisé, sa voix narrative dresse un pacte autobiographique particulier, dépassant l´individu, dans le monde incertain d´après la Shoah. Entre l´hyper-roman à la manière d´Italo Calvino et le murmure beckettien d´une voix proche du silence, Markson trouve une expression singulière, troublante, intime : celle de nos aspirations et de nos doutes.

  • Le terme « orientalisme », tel qu´il est entendu dans le monde anglophone, a connu un retournement de sens assez paradoxal, puisqu´après avoir désigné la science de tous ceux qui tentaient de connaître l´Orient à travers ses langues et ses textes anciens

  • Au moment où on s´interroge sur le sort des langues dans une perspective de mondialisation, il est important de réfléchir aux conditions d´existence des littératures de langue française, à leurs interrelations, mais aussi à leur manière de coexister avec des littératures mieux établies et plus anciennes, comme la littérature française. Les littératures francophones ont en commun d´être de jeunes littératures et leurs écrivains, placés dans des situations de « contacts de culture », de se situer « à la croisée des langues ». La notion de palimpseste y prend une importance particulière, renvoyant à la place de ces littératures sur l´échiquier mondial et aux modèles dont dispose l´écrivain pour rendre compte de sa situation. Dans quelle mesure l´hybridité à laquelle doivent faire face les écrivains francophones donne-t-elle lieu à des « poétiques forcées », selon l´expression de Glissant, ou à l´invention de nouvelles formes du dire littéraire ? Quelles esthétiques sont ainsi mises en jeu ? À partir d´exemples tirés des littératures québécoise, belge, antillaise et africaine, cet ouvrage examine les formes et les enjeux du pastiche, de la parodie et de la réécriture dans des textes emblématiques de la scène littéraire contemporaine, qu´ils contribuent à éclairer. Couverture : Romare Bearden, Conjur Woman (1964, photomontage, 37x28,5 cm) © ADAGP, Paris 2013

  • Certaines oeuvres du modernisme américain se définissent par leur « parti pris de la lettre ». La langue est affrontée en leur sein au risque de l'écriture. En effet, si la littérature moderne est écrite, si les oeuvres postérieures à l'invention de l'imprimerie sont faites d'encre et de papier, toutes n'ont pourtant pas l'écriture pour objet. Conscientes de leur caractère matériel, de leur aliénation à la lettre, les oeuvres de Gertrude Stein, E. E. Cummings et John Cage jouent et se jouent essentiellement de leur condition. L'usage non transitif qu'elles font de l'écriture est l'occasion d'une mise en scène édifiante sur la page. Elles démasquent chemin faisant le réel d'une activité qui n'a rien d'évident : ni purement formalistes, ni simplement expérimentales, elles interrogent radicalement ce que lire et écrire veulent dire et mettent la littérature au pied du mur et en demeure de répondre.

  • S´inscrivant dans un projet de recherches sur l´histoire des théories de la formation des mots, cet ouvrage se propose, selon une approche historiographique, de faire le point sur le traitement des mots non simples dans différentes traditions linguistiques - sanskrit, grec, latin, arabe, hébreu et allemand. Offrant des perspectives multiples par une approche transdisciplinaire de son objet, ce volume, destiné à un public de linguistes, s´attache à mettre en évidence les similitudes et les différences dans la façon dont les différentes traditions linguistiques abordent le problème théorique de la formation des mots. Cet ouvrage aborde par ailleurs la problématique du mot non simple dans le cadre du traitement automatique du langage.

  • Depuis longtemps le couple-titre, cohésion et cohérence, cristallise les enjeux clés de la linguistique textuelle. En illustrant le caractère opératoire et l´articulation de ces notions, on donne la meilleure des visibilités au champ qui fait de la linguistique textuelle une discipline reconnaissable au-delà de la pure syntaxe, et en deçà de l´analyse du discours. Analyses d´exemples à l´appui, cet ouvrage, issu d´une réflexion collective et pluridisciplinaire de l´équipe Linguistique et pragmatique des textes (UMR 6039, CNRS et Université de Nice), s´est donné pour but de dégager quelques repères dans ce champ. En effet, les notions de cohésion et de cohérence ne vont pas de soi. Mais plutôt que d´apporter une énième contribution à des débats théoriques, les auteurs ont délibérément choisi de raisonner sur pièces. C´est en réfléchissant sur des faits observables dans des textes existants, incarnés par une langue à une époque donnée et conditionnés par leurs codes génériques, qu´ils ont voulu dégager la pertinence de la distinction des concepts, et de leur hiérarchie. Du niveau local au niveau global de la textualisation, ce parti pris les a conduits à sélectionner des points particulièrement sensibles, offrant ainsi au lecteur de véritables travaux pratiques de linguistique textuelle.

  • Rassemblés autour de l'idée toute simple que la langue est d'abord un produit social héritier des conflits dans lesquels elle s'est trouvée à la fois militante, médiatrice et dépositaire, ce recueil d'articles et de chroniques illustre en partie un vocabulaire sollicité par les dissensions sociales, celui de la grève. On y verra comment se met en place - au 19e siècle surtout - la résolution symbolique des conflits, soit dans des consensus provisoires sur le sens, des tabous ou des novations en langage, soit par des mots flous que déchirent des sémantismes et des appropriations contradictoires. Aucun terme de ce champ qui ne soit en même temps enjeu de polarisation, de modalisation, de coloration ou d'exclusion. Condamnation des trics et des coalitions, phagocytages de peuple et d'ouvriers, opprobre sur les jaunes, aménagement patient des confréries, des compagnonnages, des mutuelles, des bourses et du syndicalisme confédéré, brandissement du Grand Jour puis du Grand Soir, rejet officiel dans les argots ou reprise à contre-courant des tenants du parler populaire... À la limite, l'incertitude de la désignation (association, grève) tendrait à faire oublier les enracinements du vocabulaire au coeur des représentations sociales et à faire croire aux définitions minimales et abstraites des dictionnaires, Or, il paraît clair aujourd'hui que le mythe d'une langue qui serait neutre a définitivement vécu. Les mots ne sont pas grains de sable sans poids dans le vent de l'histoire. Ils sont le vent et l'histoire.

  • Il existe au moins trois modes d'accès au sens. Le premier pourrait s'attacher à l'investissement langagier de notre vécu, marqué d'apprentissages et d'expériences, moi social inconscient, peut-être aussi je profond avec son désir d'agir sur l'autre : inconnaissable. Le second est historique. Le sens s'est emparé de formes à telle époque, dans telles bouches ou sous telles plumes, pour dire ou contredire, agir ou endormir, construire ou exorciser l'événement ; il résulte d'interactions au sein de situations où se croisent des discours présents et passés. Le troisième mode réside dans le texte même. Le mot n'est jamais seul, mais entouré, pénétré par ses congénères, voisins d'énoncé et cousins d'habitudes. Les textes publiés ici soulèvent tantôt le problème des sources sociohistoriques, tantôt celui des sources textuelles, très souvent l'un et l'autre. Nous y mettons en pratique divers types d'analyse de discours et de vocabulaire, dont les méthodes d'investigation statistique de la surface appelées « lexicométrie politique ». À la recherche, chaque fois, des signes énoncés en situation, de leurs « origines », de leurs « valeurs » et des « fonctions » qu'ils sont appelés à remplir. Puisque telles sont, pour nous, les sources atteignables du sens.

  • La traduction dite « littéraire » est l'espace d'un double travail, celui des langues sur les littératures, celui des littératures sur les langues. À l'âge de la mondialisation, et d'une emprise économique et technique sans précédent, la tentative indéfiniment recommencée entre le texte original et ses multiples transferts ne peut plus se penser dans l'improbable périmètre de son objet. Force née de l'hybridité de son faire, traduire-écrire est un geste qui a le pouvoir, d'après Victor Hugo dans William Shakespeare, de jeter « un pont entre les peuples » et de servir de « passage des idées ». Ses enjeux ne sont pas seulement formels mais également éthiques. En son instabilité créatrice, la traduction relie étroitement la production de la valeur (la qualité artistique des oeuvres) à la réinvention des valeurs dans l'espace collectif. Échange et métissage, cette activité de décentrement y déploie chaque fois une pensée spécifique de l'altérité et de la culture. La tâche du traducteur apparaît ainsi inséparablement poétique et politique. Illustration : M. C. E scher's « Drawing Hands » © 2014 The M. C. E scher Company- The Netherlands. Tous droits réservés. www.mcescher.com

  • Ce travail de reconstruction conceptuelle s´inscrit dans le domaine de l´histoire de la linguistique et plus spécifiquement de l´histoire de l´école genevoise de linguistique générale. L´ouvrage propose un éclairage nouveau sur l´identité de cette école à travers l´étude comparative des théories développées par Charles Bally, Albert Sechehaye et Henri Frei entre 1900 et 1940. Faisant l´objet d´élaborations conceptuelles à la fois diversifiées et convergentes, les catégories d´expression et d´expressivité permettent de montrer en quoi se rencontrent et se distinguent les modes de représentation de cette problématique. L´effet d´homogénéité qui s´en dégage contribue également à approfondir l´image de l´héritage de Ferdinand de Saussure dans les théories de ses successeurs à la chaire de linguistique générale de l´université de Genève.

  • Cet ouvrage, consacré à l'histoire de l'automatisation mathématisation des sciences du langage, se situe en histoire et épistémologie des sciences du langage. Il s'inscrit dans l´histoire du récent. Deux moments sont distingués : la traduction automatique dans les années 1950, et les études sur corpus informatisés dans les années 1990 avec le développement inédit des ordinateurs. La traduction automatique, issue des sciences de la guerre, a été conçue comme technologie de guerre froide aux États-Unis pour fournir des traductions en série des travaux soviétiques. Elle a été conçue en dehors de la linguistique. L´ouvrage s´attache à montrer, selon une approche comparative, comment les sciences du langage ont intégré cette technologie pour amorcer leur automatisation. Cette intégration revêt diverses formes selon les traditions culturelles et linguistiques des pays impliqués (États-Unis, ex-URSS, Grande-Bretagne et France). Les études sur corpus au contraire se situent dans la continuité de thématiques familières aux sciences du langage, notamment l´étude des textes, écrits et oraux, et du lexique.

  • Qu´une oeuvre transpose ou transforme les données empiriques, qu´elle les déplace ou les occulte, qu´elle les excède ou les transfigure, elle vaut d´être étudiée en relation avec ses conditions concrètes de possibilité. Les romans de Claude Simon sont abordés ici à la lumière de l´histoire littéraire, de l´histoire culturelle et de la sociologie de la littérature, qui renouvellent l´approche d´un auteur majeur, Prix Nobel de littérature en 1985. Les choix d´écriture ou les ajustements spontanés de l´écrivain font sens par rapport au système des contraintes et des motivations où ils s´opèrent, en l´occurrence l´ensemble des possibles esthétiques et éthiques du contexte littéraire, artistique, intellectuel et politique de la seconde moitié du xxe siècle.

  • Vers la fin du xvie siècle, lorsque la reine Élisabeth perçoit que la puissance de l´Angleterre devra nécessairement s´appuyer sur la maîtrise des mers, les Anglais prennent le large pour de nouveaux horizons. L´objectif principal de cet ouvrage collectif est d´étudier les modalités des premières rencontres dans les « zones de contact », lieux incertains où le même et l´autre sont jetés ensemble sur une scène à partager. Se dessine un espace intersubjectif non entièrement déterminé, où se mettent en place, s´inventent, s´ajustent, se négocient les modalités, linguistiques et pragmatiques, cognitives et herméneutiques, d´une expérience de l´Autre. On a voulu analyser en même temps dans quelle mesure l´identité anglaise, individuelle et collective, s´était nourrie de ces mises en contexte, tout en se construisant dans des récits particuliers. De la violence impérialiste au descriptif ethnographique, de la nostalgie de la transparence originelle à la revendication joyeuse de l´hybridation ou à la méditation métatextuelle, de Drake à Chatwin, combien d´utopies et de mirages, combien de scénarios fantasmatiques, combien de mises en scène de soi, pour satisfaire toujours à nouveau le désir de voir l´invu et de dire l´inouï ?

  • La locution vision du monde est aujourd'hui très régulièrement utilisée dans la presse écrite et dans les sciences humaines, mais sait-on que c'est au linguiste allemand, Wilhelm von Humboldt (1767 - 1835), que nous devons le concept de Weltansicht traduit en français par vision du monde ? Ce concept fondamental de la théorie linguistique humboldtienne désigne une perception du monde organisée par une langue particulière. Il permet à Humboldt d'élaborer une définition innovante du langage fondée sur la prise en compte de la diversité des langues, en intégrant d'une part le rapport avec la pensée et le monde extralinguistique et, d'autre part, le lien avec une communauté humaine. Le présent ouvrage a pour ambition de faire connaître ce concept, enraciné dans les problématiques anthropologique et linguistique de la fin du xviiie siècle et du début du xixe, sa place dans la théorie du langage humboldtienne, sa portée dans la linguistique contemporaine et sa force d'actualité.

empty