CNRS Éditions via OpenEdition

  • « C'est le 14 septembre 1964 au soir. Depuis le début de l'été, l'écrivain est sur un lit d'hôpital, à Pervograskaya, situé dans l'avenue Lénine. Il a emporté ses plus précieux manuscrits qu'il conserve auprès de lui et qu'il ne lâche pas, y compris le texte de Tout passe qu'il remettra en secret à Ekaterina Zabolotskaya, son dernier amour, la femme dont il s'est épris à la fin de sa vie. Il n'en dira rien, ni à sa femme ni à sa fille. Il sait déjà que le KGB rôde autour de ces textes. » « Vassili Grossman s'éteindra, à quelques heures près, le jour anniversaire de l'entrée des SS à Berditchev. »

  • Source de tensions et de conflits, l'incommunication se définit comme l'absence de communication entre deux personnes. Au contraire d'une conception naïve selon laquelle la croissance continue des canaux devrait suffire à dissiper les malentendus, l'incommunication apparaît au coeur de la condition humaine pour être l'horizon de toute communication. Repérée aussi bien dans la vie sociale que dans l'intimité psychique, elle reste encore peu théorisée. Convoquant, outre les sciences de la communication, la linguistique, la sociologie et la psychanalyse, cet Essentiel vise à combler cette lacune.

  • La bande dessinée est une représentation du monde qui donne à voir notre monde de représentation. C'est un art reconnu par le public et les mondes de la culture. C'est aussi un plaisir né du jeu entre la vision de l'auteur et celle du lecteur. C'est, enfin, un média méconnu : un dispositif sensible créateur de sens et de lien social. Dans cette optique, les textes réunis dans cet Essentiel montrent comment la BD rend compte des interactions politiques et économiques quotidiennes et la façon dont elle prend place dans nos imaginaires. Une invitation à plonger avec délice dans la chair du monde, au rythme des illustrations de Stéphane Heuet.

  • De la révolution haïtienne à la révolution sud-africaine, d'une révolution contrariée à une révolution réussie, de 1791 à 1994, l'histoire de la textualité en Afrique est celle d'une longue oppression. Une histoire inséparable de la traduction, au centre de la conversation qui s'établit, tant bien que mal, entre l'Europe et l'Afrique. La traduction pose ce que Paul Ricoeur appelle « un problème éthique ». L'Afrique du Sud, pays aux multiples traducteurs, est aussi celui qui a développé le plus les formes de séparation fondée sur des critères ethniques. La question des textes est nouée à la question des terres, la question des langues à celle de l'exclusion des peuples. Quand la traduction présuppose et affirme une commune humanité langagière, l'apartheid la nie. D'où l'urgence de reconsidérer l'immense aire (multi)linguistique africaine, sable de Babel, textualité proliférante, de la rumeur à la chanson et au roman.

  • Créer des automates, inventer des labyrinthes complexes à s'y perdre, remodeler les lois de la nature et s'envoler vers le soleil : les figures associées à Dédale continuent d'animer nos rêves en dépit d'un essor des techniques qui a transformé ces défis en expériences familières.

  • Comme l´indoeuropéen et l´austronésien, le domaine bantu est un exemple réussi d´application de la méthode comparative. On est en effet parvenu à restituer le berceau originel de la famille des langues bantu, à reconstruire la proto-langue ou à esquisser

  • Le primat de l'« ici et maintenant » dans la culture japonaise souligné par Katô Shûichi et l'engagement de ce grand intellectuel disparu en 2008 sont ici discutés par Augustin Berque, Julie Brock, Pierre Caye, Maurice Godelier, Edgar Morin, Hidetaka Ishida, Emiko Ohnuki-Tierney, Cécile Sakai, Hitoshi Sakurai, Moriaki Watanabe. Philosophie, anthropologie, littérature, cinéma, sont réunis pour questionner ce qui fut une des interrogations majeures de Katô Shûichi tout au long de sa vie de penseur engagé : comment penser la diversité des cultures ? Rien d'attendu dans les réponses proposées par les auteurs, qu'une table ronde avait rassemblés. L'échange avec le public, qui clôt l'ouvrage, est d'ailleurs à l'image de la liberté, de ton aussi bien que d'esprit, sous laquelle s'étaient placés les différents exposés. Le Japon en ressort notamment plus proche, moins exotique, mais aussi confronté à des défis communs aux sociétés modernes. La comparaison, enfin, entre des pays et des époques différents, et que Katô Shûichi affectionnait tout particulièrement, démontre une nouvelle fois de l'intérêt du dialogue interculturel.

  • L'explosion scientifique des XVIe et XVIIe siècles, qui est à l'origine de la science moderne, a profondément marqué la culture et les esprits de l'époque, notamment en Angleterre où elle constitue une importante source d'inspiration poétique. La période 1600-1660, de Shakespeare à Milton, voit fleurir les métaphores scientifiques, forgées à partir des représentations mentales des savants. Ces derniers recourent en effet à l'analogie pour se figurer la puissance de l'aimant, la nature de la lumière ou l'organisation du cosmos. Chez John Donne ou Henry Vaughan, par exemple, les représentations de la passion amoureuse, de la quête de Dieu, de l'attente de la mort, s'alimentent aux théories élaborées par Copernic, Gilbert, Kepler ou Paracelse. L'ouvrage nous invite à un voyage au coeur du « concert », métaphore audacieuse, extravagante ou subtile des poètes « métaphysiques » anglais. Il éclaire une poésie complexe où se manifeste une connaissance intime des sciences qui sondent les secrets du microcosme et du macrocosme. Margaret Llasera croise étude des sciences et critique littéraire : chaque chapitre retrace l'histoire de l'une des sciences retenues - le magnétisme, l'optique, l'astronomie, la météorologie, l'alchimie et la médecine - et analyse les figures poétiques qu'elle a suscitées. C'est tout l'imaginaire d'une époque où se confondaient encore les « deux cultures » qui est ainsi restitué.

  • Les Dialectes indo-européens d'A. Meillet remontent à 1908. Il nous a semblé utile qu'un ouvrage français dressât vers la fin de ce siècle un état de la question sur ces dialectes, dont certains n'étaient pas encore connus de Meillet, tandis que la problématique de ceux qu'il traite a été renouvelée. Notre titre, Langues indo-européennes, implique qu'il y a des absents : le latin et le grec, que nous supposions mieux connus du public cultivé non spécialiste que les autres langues : tokharien, indo-iranien, langues anatoliennes comme le hittite, arménien, thrace, albanais, balte et slave, germanique, italique, celtique. Chacune de ces langues fait l'objet d'un chapitre. Le livre, dû à d'éminents spécialistes internationaux, traite aussi de problèmes plus généraux : la méthode comparative, la reconstruction culturelle, les ethniques comme le nom des Aryens. Il comporte, enfin, un chapitre sur l'étrusque, non apparenté jusqu'à plus ample informé aux langues indo-européennes, mais dont la comparaison typologique avec ces dernières pose d'intéressants problèmes.

  • Alexandrie au IIIe siècle avant J.-C., une ville nouvelle dans un monde nouveau : depuis les conquêtes d'Alexandre, la culture grecque s'étend et se diversifie. Alexandrie et sa Bibliothèque : un centre intellectuel sans précédent où les poètes sont aussi astronomes, grammairiens, mathématiciens. La littérature qui naît dans ce contexte est bien sûr à l'image de ce renouvellement et de cette ouverture culturelle. C'est ce que montre ici Christophe Cusset à travers l'étude de la réécriture chez les poètes alexandrins. Ces poètes - Callimaque, Théocrite, Apollonios de Rhodes notamment - créent une nouvelle poésie en étroite continuité avec la littérature grecque des siècles passés. Comment allient-ils l'ancien et le nouveau ? Que reprennent-ils à Homère ou à Pindare ? Comment lisent-ils et comment comprennent-ils ces textes désormais classiques ? À la lumière de la critique littéraire moderne, cette étude s'attache à éclaircir les données de l'esthétique alexandrine en mesurant au plus juste, soit sur des points techniques précis, soit dans une lecture plus large, la part de l'érudition et la place du jeu poétique dans une intertextualité toujours en effervescence et ambiguë.

  • Sans ancrage syntaxique manifeste, à la croisée d'approches divergentes - rhétorique, énonciative, pragmatique -, et victime de son flou définitionnel, l'apostrophe nominale a jusqu'à présent trop peu retenu l'attention des linguistes. La profusion des désignations (vocatif, terme/nom d'adresse, ...

  • L'existence humaine est, par essence, contradictoire. Il subsiste en chacun de nous un duende, un lutin charmeur, prêt à nous envoûter, à nous libérer des destins figés. Dans cet essai subtil et nuancé, Miguel Maldonado, poète et chercheur mexicain, montre combien Octavio Paz n'a eu de cesse d'affirmer certaines choses puis leur contraire, nous entraînant dans les cercles sans fin du devenir humain. Ou plutôt dans cette spirale où les choses ne reviennent jamais au même niveau : les valeurs que l'on croyait éternelles ne sont plus attractives, alors que d'autres, que l'on croyait caduques, reprennent vie et suscitent engouement et passion. Dans les périodes « diluviennes » qui sont les nôtres, cette lecture d'Octavio Paz nous aide à enrichir la raison raisonnante par l'apport des sens et de l'imagination, et dès lors à apprécier ce que Miguel Maldonado nomme, bellement, « l'AUTRETÉ ». Au-delà des idéologies du moment, des moyens conventionnels de la pensée, ce livre rappellera la nécessité de redonner toute sa place au mystère, au rêve, à la vocation, à l'énigme du tempérament, dans la poésie, les sciences humaines et la vie.

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