Éditions de l'Observatoire

  • Comment se « développer » quand on est sans cesse « enveloppé » par des coachs ? Comment le développement serait-il « personnel » quand guides et manuels s'adressent à chacun comme à tout autre ? La philosophe Julia de Funès fustige avec délectation les impostures d'une certaine psychologie positive.

    « L'authenticité en 5 leçons », « La confiance en soi : mode d'emploi », « Les 10 recettes du bonheur »... Les librairies sont envahies d'ouvrages qui n'en finissent pas d'exalter l'empire de l'épanouissement personnel. Les coachs, nouveaux vigiles du bien-être, promettent eux aussi sérénité, réussite et joie. À les écouter, il n'y aurait plus de « malaise dans la civilisation », mais une osmose radieuse. Nous voici propulsés dans la « pensée positive » qui positive plus qu'elle ne pense ! C'est le non-esprit du temps.
    Pourquoi le développement personnel, nouvel opium du peuple, rencontre-t-il un tel engouement ? Sur quels ressorts psychologiques et philosophiques prend-il appui ? L'accomplissement de soi ne serait-il pas à rechercher ailleurs que dans ces (im)postures intellectuelles et comportementales ?
    Pour lutter contre la niaiserie facile et démagogique des charlatans du « moi », Julia de Funès propose quelques pépites de grands penseurs. Si la philosophie, âgée de 3 000 ans, est toujours là, c'est qu'en cultivant le point d'interrogation, elle développe l'intelligence de l'homme, fait voler en éclats les clichés et les lourdeurs du balisé, et permet à chacun de mieux affirmer sa pensée et vivre sa liberté. L'esprit n'est jamais mort, la réflexion ne rend pas les armes, une libération est toujours possible !

  • L'écrivain... quel être mystérieux ! Pourtant, à interroger ses chats, on le comprendrait bien mieux. Au travers des voix de ses alliés aux pattes de velours, Muriel Barbery dévoile les coulisses de la création littéraire. Chacun de ses quatre chartreux a son caractère : Ocha, le chef de bande, un dur au coeur tendre ; sa soeur, l'affectueuse Mizu, avec ses pattes tordues ; le placide et raffiné Petrus, qui aime les fleurs ; enfin, la narratrice, la gracieuse Kirin. Mais chacun a aussi son rôle à jouer dans la bataille de l'écriture : car, mécontents de n'être que des compagnons de délassement, les chats de l'écrivaine ont poussé le dévouement jusqu'à apprendre à lire, devenant, dans l'ombre, les conseillers littéraires de leur maîtresse. Un texte délicieusement léger sur l'éternelle poésie du quotidien, pétillant d'humour félin et de philosophie nippone, accompagné des illustrations raffinées et aériennes de Maria Guitart.

  • De Camus, Hannah Arendt disait en 1952 qu'il était « sans aucun doute pour le moment le meilleur homme en France » parmi ses pairs qu'elle trouvait « tout juste supportables ». Comment expliquer un jugement aussi tranché à l'encontre d'un milieu intellectuel où l'écrivain algérois côtoyait pourtant Jean-Paul Sartre, Maurice Merleau-Ponty ou encore Georges Bataille ?
    C'est que l'auteur de L'Homme révolté a su incarner, à une époque d'extrême polarisation du débat d'idées, le difficile équilibre de la nuance. Sa lucidité, dont son ami Char disait qu'elle est la blessure la plus rapprochée du soleil, face à la réalité de l'idéologie totalitaire et son refus obstiné de céder aux sirènes du manichéisme ont fait de lui un penseur souvent caricaturé et incompris.
    Les Justes, Lettres à un ami allemand, Le Mythe de Sisyphe, La Chute... À l'heure de l'immédiateté numérique et de la polémique permanente, il importe plus que jamais d'entendre cette pensée exigeante, tendue comme un fil d'Ariane entre des extrêmes mortifères.

  • Quand on croit à la politique, on a la manie du prie-dieu, de la messe, du sermon, des excommunications, de l'eau bénite, du catéchisme, du bûcher, du bouc émissaire, du bréviaire, des burettes, des oraisons, mais surtout : des génuflexions.
    Quand on n'y croit plus et qu'on est devenu un athée de la politique, on devient libre. Dès lors, on voit comment le cinéma politico-médiatique a pour fonction de nous laisser croire qu'un changement d'homme apportera un changement de politique, alors qu'il n'en est rien : il était évident que le nouveau président de la République serait un pion de l'État maastrichien. Le mécanisme est programmé pour ça.
    On pouvait, comme moi, ne pas se plier à ce simulacre de démocratie, ne pas prendre au sérieux cette palinodie. Regarder cette campagne en voltairien et la raconter au jour le jour n'en demeure pas moins un geste politique : car déchirer le voile des fictions contribue au démontage de la servitude volontaire.

  • Racée Nouv.

    « On est tous des additionnés », affirmait Romain Gary dans Pseudo. Rachel Khan ne le sait que trop bien. Noire, gambienne, d'origine musulmane et catholique par son père, blanche, juive et française par sa mère, elle est fière de se dire « racée ». Mais comment vivre cet excès de « races » à l'heure des replis identitaires où seule la radicalité importe ? Comment se positionner avec ce « pedigree » alors que l'injonction est de choisir un camp ? À travers une série de mots, notions et expressions « politiquement correctes », Rachel Khan pose un regard tant critique que malicieux sur notre époque idéologisée qui interdit toutes formes de nuances. Elle condamne les « mots qui séparent » ? souchien, racisé, afro-descendant, intersectionnalité, minorité... : présentés comme des outils indispensables pour combattre le racisme, ils enfoncent en fait le couteau dans les plaies qu'ils prétendent cicatriser. Puis les « mots qui ne vont nulle part » : vivre-ensemble, diversité, mixité et non-mixité, etc., qui appauvrissent le langage et, dans une « bienveillance inclusive », alimentent la haine et les silences. Mais elle défend avec force les « mots qui réparent » ? intimité, création, désir ? qui, eux, rétablissent le dialogue, favorisent la pensée non unique et unissent notre société, gangrénée par les crispations identitaires et les oppositions stériles entre les genres.  

  • « Plus d'un demi-siècle après la mort d'Alain paraît son Journal inédit. On y découvrira un philosophe lui aussi inédit : ce qu'il y dit de Mon combat et d'Adolf Hitler ; son antisémitisme viscéral que n'ébranle pas la politique antisémite de Vichy ; sa légitimation du renoncement à toute Résistance, donc sa condamnation de l'entreprise du général de Gaulle et son souhait de voir les Allemands gagner ; son analyse de l'occupation comme d'une situation pas si dés-honorante que cela ; son consentement donné aux analyses raciales de Gobineau ; sa fascination pour la force brutale des soldats nazis fanatisés et motorisés ; la préface qu'il écrit deux ans après la fin de la guerre pour le livre d'un ancien collaborateur ; son silence sur tout cela une fois la guerre terminée laissera le lecteur pantois. Ce Journal va changer du tout au tout l'image qu'on avait jusqu'alors d'Alain. »
    M.O.

  • Phénomène universel et pourtant peu traité par les grands écrivains et philosophes, la fatigue est le démon mesquin de la quotidienneté. Comment vivre avec elle, qui rend parfois si difficile la vie ?
    Est-il possible de pratiquer les vertus d'Aristote (le courage, la tempérance, l'altruisme) quand nous sommes épuisés ? La fatigue n'élargit-elle pas l'écart qui toujours existe entre ce que nous sommes et ce que nous devrions, ou voudrions être, nous qui ne sommes ni des héros ni des saints ?
    Pour Éric Fiat, ce n'est pas en luttant contre elle, mais en composant avec elle qu'il est possible de nous en faire une amie. Car s'il existe de mauvaises fatigues (dont le burn out est la plus méchante des formes), ne désespérons pas d'en vivre aussi de bonnes. Le philosophe montre alors qu'il n'est pas impossible à un homme fatigué un mardi après-midi pluvieux de novembre d'aimer encore la vie. Et entonne une ode à la fatigue pleine de musique et d'humour : distinguée de la paresse (qui est une sorte de fatigue par anticipation ou une anticipation de la fatigue), la fatigue a une puissance de décantation qui peut révéler la beauté des visages que le temps a altérés...

  • Dans un monde où les exigences de performance et de réussite sont de plus en plus tyranniques, y a-t-il encore une place pour la douceur ? Plus que jamais !

  • Et si, dans la société standardisée et normative qui est la nôtre, il y avait encore une place pour la « biodiversité humaine » ?

    Notre société, nos institutions privilégient trop souvent la standardisation des modes de vie et des façons de penser, plébiscitant notamment le diktat du QI, caricature de l'intelligence, qui déterminerait nos chances de réussites.

    Pour Josef Schovanec, le bonheur est ailleurs ! Personne autiste longtemps tenue en marge de la société, philosophe et passionné de voyages, il nous prouve que le bonheur n'est pas intrinsèque à cette hyper-normalité prônée par les systèmes en place, bien au contraire.

    Ses incessantes transhumances à travers le monde et les innombrables personnes rencontrées en chemin l'ont en effet convaincu qu'il existe une pluralité d'intelligences. Qu'elles se déploient dans le domaine des mathématiques, des langues secrètes chères à Tolkien, ou des profondeurs d'Internet, qui est en propre le pays des autistes, elles ont en commun le bonheur d'être différent.

    Avec l'érudition, l'humour et la sensibilité qui le caractérisent, Josef Schovanec nous entraîne à la rencontre de ces intelligences multiples pour une véritable leçon d'humanité.

  • Frédéric Beigbeder n'a cessé de tourner en dérision le monde auquel il appartient. Aujourd'hui, la frivolité devient une forme de militantisme.
    De la « Fashion Week » à la finale de la Coupe du monde de football, du Festival de Cannes à une attaque à main armée au bar du Ritz, de l'enterrement de Jean d'Ormesson à une visite à Charlie Hebdo : cela fait trente ans que Beigbeder est sur tous les fronts. Et sur tous les sujets, des plus frivoles aux plus graves, il garde le même ton, unique mélange de sarcasme et de tendresse, d'humour noir et de nuits blanches. Ces 99 essais le révèlent au sommet de son art.
    Dans ces textes, rien n'est vain car tout est lesté d'une discrète gravité : de toutes ses dérives, l'auteur a fait une philosophie. Pourquoi 99 ? Parce que ce chiffre lui a porté chance autrefois. On y voit le monde s'écrouler et au milieu, un type qui ne pense qu'à s'en amuser. Ce qui, quand on n'a pas d'autre choix, reste la plus profonde chose à faire.

  • « Lire a toujours été lié à ma nécessité de vivre, à ma capacité de vivre. D'être vivant. »
    Aussi loin qu'il s'en souvienne, Thibault de Montalembert a été fasciné par les livres, dans lesquels il se plongeait, enfant, dans les coins calmes des demeures familiales, pour apprivoiser ses cauchemars ou échapper à la réalité grâce à l'imaginaire.
    À la façon d'un Je me souviens, le comédien raconte une vie en permanence entrelacée à la lecture, celle qu'il faisait à voix haute à son frère Hugues, celle dans laquelle il cherchait à étancher sa soif de sens et de spiritualité, celle, bien sûr, liée au théâtre, sa vocation et son métier, jusqu'à devenir, insensiblement, l'instrument de sa liberté.

  • Un chemin de traverse se dessinait grâce à ma passion du jeu. La lecture entrait dans ma vie. »
    La relation de Guillaume de Tonquédec à la lecture est une longue histoire mouvementée, douloureuse autant que merveilleuse. Enfant, il peine à déchiffrer les mots, tâtonne dans un monde flou jusqu'au jour où une paire de lunettes bleues va tout changer et où la passion du théâtre l'entraîne, par des chemins de traverse, vers les grands textes. Aujourd'hui, dans son univers, Molière, Shakespeare, Zweig et Buzzati côtoient Sylvain Tesson, le scénario de la série Fais pas ci, fais pas ça ou les Conversations avec Billy Wilder. Tous ont un point commun : ils sont des portes ouvertes vers l'imaginaire. Avec générosité, le comédien de théâtre, acteur de télévision préféré des Français, couronné par un César, raconte ses difficultés mais aussi le travail, l'enthousiasme, les rencontres
    qui lui ont permis de les dépasser. C'est cette lutte silencieuse à l'issue heureuse qu'il souhaite partager, pour que tous les complexés, les dyslexiques, les timides apprivoisent à leur rythme les livres.

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