Éditions Les Herbes rouges

  • Écrire l'Amérique ne va pas de soi. Le travail que cela désigne ne consiste pas seulement à reconnaître dans l'écriture et la pensée la présence des objets les plus familiers, mais encore à discerner dans le croisement des langues et des cultures au sein desquelles nous vivons l'autre du langage, l'autre de l'art, et même l'autre de soi.

  • La constellation de l'Idiot propose une méditation singulière autour du processus
    créateur, qui concerne la littérature autant que les arts en général. Son objet : nous
    désaccoutumer de certaines croyances répandues sur la création. Aussi, refusant la
    transcendance au profit d'une immanence radicale qui rappelle Gilles Deleuze, l'auteure
    adopte une position exclusivement matérialiste. À la figure du génie créateur, qu'il soit adoré ou maudit, elle oppose celle d'un créateur idiot, dont l'idiotie évoque Clément
    Rosset. L'inspiration (divine ou phénoménologique) ne suffit plus pour créer.
    Construction et déconstruction participent pleinement à l'acte créateur.

    Alors que le texte savant évolue dans une économie dominée par l'objectivité,
    Dominique Robert avance avec cette méditation une forme proprement littéraire, une négativité. Ici, tournée en direction de Theodor Adorno et de René Lapierre, la théorie
    de la création cherche moins à raisonner sur qu'à résonner de tout ce que nous laissons
    en souffrance dans nos discours savants.

    Le fruit d'une méditation semblable serait une poétique de l'Idiot, c'est-à-dire une théorie
    bonne pour continuer à créer dans un monde où «malheur nous mène» (Dante), mais
    où nous «préférerions pas» (Melville) arrêter de créer ni de croire à la possibilité d'un
    monde meilleur.

  • Les problèmes de la création littéraire relèvent traditionnellement d'une conception mystique de l'intuition et du sentiment, voire de sensibilités particulières qui seraient propres aux écrivains. Longtemps, ces mystères ont été davantage cultivés qu'analysés.
    À l'heure où les notions d'émotion, de sentiment et d'empathie mobilisent l'attention des chercheurs, philosophes et scientifiques pénètrent dans un espace occupé depuis longtemps par les écrivains et les rares philosophes ayant théorisé l'acte d'écrire. Parmi les ouvrages de Mikhaïl Bakhtine, Paul Ricoeur, Tristan Tzara, Valère Novarina, Philippe Forest et Annie Dillard, il existe des théories subjectives de la création littéraire, chacune façonnant un imaginaire du processus créateur. Mettant de l'avant une approche bioculturelle, cet essai explore ces imaginaires théoriques en unifiant les paradigmes culturel et biologique, considérant toute pensée comme étant le produit d'une culture modelée par le biologique, mais surtout, comme étant le résultat d'une biologie s'étant maintes fois adaptée aux pratiques culturelles. Ni déterministe ni mystique, Processus agora loge à l'enseigne d'un relativisme nécessaire, celui permettant le dialogisme transdisciplinaire qui cherche à voir au-delà et en deçà du postmo-dernisme.
    Dans ce dialogue entre littérature, sciences cognitives, philosophie et anthropologie, l'expérience sensible de toute forme résulte d'un acte de création, d'imagination, afin d'ouvrir la réalité de l'esprit sur les possibilités du réel. Et dans ce vaste réel qu'il cherche à éclairer, cet essai explore les perspectives littéraires de phénomènes qui rejoignent certains des moments charnières de notre évolution en tant qu'espèce.

  • Étant donné l'état de veille et de tension permanentes où se trouve l'homme d'aujourd'hui, adonné à produire et à « communiquer », ne faut-il pas de toute nécessité l'introduire à une autre manière d'être, de vivre et de penser, qui prenne acte du vide en lui et en ce qui est, s'y ouvre, l'apprivoise et laisse se dégager de lui une authentique fécondité ?

    Être et ne pas être : apprendre à vivre et à penser en les alternant plutôt qu'en les opposant. Suivre la voie d'un certain Orient jusqu'au coeur même de l'Occident.

    M. M.

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