JC Lattès

  •            Le procès Douch (S-21) à Phnom PenhDans le procès des Khmers rouges qui se déroule actuellement à Phnom Penh, les familles de victimes, invitées à y participer sans limite en tant que parties civiles - une première en droit pénal international - sont largement absentes : moins d´une centaine. Pourtant le génocide, entre 1975 et 1979, a tué près de deux millions d´hommes (un tiers de la population). Pourquoi donc les enfants et les petits-enfants des victimes fuient-ils une justice qui n´a que trop tardé ? A la fois témoin et acteur en tant qu´avocat des parties civiles, Pierre-Olivier Sur tente de décortiquer l´anatomie de leur silence et de comprendre pourquoi le banc des victimes reste à moitié vide tandis que le bourreau paraît plus fort que jamais.  Une succession de courts chapitres raconte le procès et ses mécanismes, l´accusé et sa psychologie, la cohabitation qui s´est installée entre victimes et tortionnaires depuis 1979. Pierre-Olivier Sur raconte sa rencontre avec un homme, le fils d´une victime, qui ne reconnaît pas la légitimité du procès et refuse donc de s´y rendre. Au fur et à mesure de leurs échanges, qui constituent le fil rouge de l´ouvrage, victime et avocat finissent par ne plus faire qu´un et c´est ensemble, d´une seule voix, qu´ils conçoivent la plaidoirie finale.  S´entremêlent dans ce récit, sur le bord du Mékong, la vérité brute des procès-verbaux d´audience et l´émotion retenue d´un peuple qui retrouve sa mémoire.

  • « Les criminels sont tous des récidivistes ! » « Supprimer le juge d´instruction servira d´étouffer les affaires politico-financières !» « La justice coûte trop cher ! » « Il faut légiférer sur l´Histoire et sur la mémoire ! »... rarement la justice en France a fait autant l´objet d´attaques et d´idées reçues ; rarement aussi a-t-elle été aussi compliquée dans l'esprit des Français.

    La loi sur les peines planchers pour les récidivistes ou encore celle sur la rétention de sûreté sont les symptômes d'une politique tournée vers la répression pénale : dans une vision simpliste des choses et des hommes, il serait préférable de débarrasser la société des criminels dangereux. Aux yeux de l'opinion et de la classe politique, l'enfermement devrait être aussi immédiat et long que possible. L' annonce d'une grande loi pénitentiaire doit pourtant être l'occasion de refonder les prisons françaises. Quand au juge d'instruction, il est le fruit d'une confusion parfois dangereuse sur la même tête d'un pouvoir d'enquête et d'un pouvoir de juger. Enfin, le droit pénal ne devrait pas prétendre juger l'histoire et, ce faisant, figer une réalité historique. Plutôt que d'être durcie, la justice en France a surtout besoin d'être comprise, adaptée et humanisée. Chaque chapitre reprend une idée reçue rappelée entre guillemets. Chaque tête de chapitre commence par « Le chiffre qui tue », ou par « Le fait qu´on oublie ». Chaque fois, l´argumentation commence par un sondage ou un chiffre sur l´idée reçue traitée. A la fin de l´ouvrage, une bibliographie précise permet d´aller plus loin.

  • Revue de presse quotidienne : « Drame au terminal de Roissy, un juge d'instruction est saisi » ; « Justice en échec, au procès Outreau » ; « Mariage Gay, les poursuites du Parquet contre Noël Mamère » ; « Jacques Vergès désigné pour défendre Saddam Hussein ». Certes, tout cela ne date pas d'aujourd'hui, le rapport de forces - arma cedent togae - remonte à la nuit des temps.Mais aujourd'hui triomphe le reality show calibré pour l'écran de télévision. Quoi de mieux qu'un procès en raccourci à la TV (unité de temps, unité de lieu, unité d'action et intensité dramatique) où se mêlent la mort, l'argent, le sexe, la puissance déchue, la vengeance, et le risque d'erreur judiciaire ? C'est un fait, les juges ont pris le pouvoir. A chaque nom évoqué (Eva Joly, Laurence Vichnievsky, Renaud Van Ruymbecke, Philippe Courroye, c'est le frisson de la justice qui passe. Un sentiment rassurant mais excessif qui se propage comme une fièvre : au travail, au sport, à l'école, à l'église, à l'hôpital enfin, et pourquoi pas chez soi, face à ses enfants. Le juge est désormais partout.Mais finalement, qui sait de quoi il parle ? Qu'est-ce que le droit pénal ? Qu'est-ce qu'un juge d'instruction et comment se déroule la procédure du flagrant délit jusqu'à la Cour d'Assises ? Comment juge t-on un crime de sang, un délit de col blanc ? Y aura-t-il un jour une juridiction pénale internationale ? A partir de souvenirs très présents d'avocat, Pierre-Olivier Sur a composé dix nouvelles, dix histoires, qui illustrent admirablement les grandes lignes du Code pénal. Les articles du code, énoncés dans leur sécheresse et leur beauté implacable, en deviennent lumineux.

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