Presses de l´Université Saint-Louis

  • Commenter une oeuvre d'art est paradoxalement nécessaire et impossible. Nécessaire car il faut parler. Impossible car toute parole rompt le silence de l'oeuvre et lui substitue le vacarme du concept. Tout commentateur est condamné à la contradiction d'une parole qui quitte l'oeuvre et qui pourtant lui reste connivente. L'auteur du présent essai s'efforce de rejoindre le lieu propre de l'image picturale magrittiene. Trois sources d'inspiration l'ont guidé dans ce travail. D'abord, l'image elle-même, dans sa dimension poétique, production de visibilité pensée et qui sollicite un voir épuré de tout regard. Ensuite, les Écrits du peintre qui témoignent d'une rare lucidité. Enfin, la pensé d'un propos en science humaine qui puisse interroger son objet dans le propre des raisons culturelles qui le spécifient. Néanmoins, l'image ici reste primordiale. L'auteur analyse une centaine de tableaux, laissant ceux-ci à la fois alimenter son propos et l'illustrer. L'objet du propos est l'invisible que l'image magrittienne rend visible. Ou encore le visible imagé dans son exclusive justesse pensée. L'intention du propos est une parole qui ne désespère pas de se taire en parlant, de dire l'oeuvre tout en laissant la « parole » à l'image. L'auteur espère ainsi contribuer à une compréhension épurée de l'esthétique magrittienne. À l'opposé des tendances sémantisantes, qui inclinent à réduire l'image au document représentatif ou illustratif, l'auteur s'efforce de rejoindre la conception magrittienne d'une image auto-fondée, qui, sans rien cacher montre tout ce qu'elle montre et rien que ce qu'elle montre.

  • Ce volume constitue les Actes d'un colloque international qui a eu lieu aux Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles, les 22 et 23 mai 1998, en l'honneur du centenaire de la naissance de René Magritte. À cette occasion, différentes théories sémiotiques ont été confrontées, celles qui se présentent explicitement comme telles (la sémiotique peircienne, la sémiotique cognitive) et d'autres qui, sans porter le nom de « sémiotique », partagent le même objectif, celui de comprendre comment fonctionne la signification (la rhétorique, et certaines études littéraires qui mettent l'accent sur le rapprochement entre la peinture et l'expression poétique). Une rencontre a été également établie entre les analyses sémiotiques et l'histoire de l'art. L'oeuvre de Magritte se prête particulièrement bien à une étude sémiotique, car Magritte est un penseur par images. Il présente sa peinture comme une « trace visible de la pensée ». Il a réfléchi, en images, à des questions d'ordre sémiotique, comme celles de la ressemblance et de la similitude, du visible caché, de la représentation, du rapport entre les mots, les images et les choses... On pourrait dire que l'oeuvre de Magritte est en elle-même une sémiotique, c'est-à-dire une réflexion sur le fonctionnement de la signification. On pouvait donc attendre du rapprochement entre Magritte et la sémiotique un éclairage réciproque : l'oeuvre de Magritte a permis aux sémioticiens d'aiguiser leurs concepts, et les analyses sémiotiques apportent une nouvelle compréhension de l'oeuvre. Magritte a toujours énergiquement protesté contre toute interprétation symbolique de ses tableaux. Il recherche, dit-il, « l'image qui résiste à toute explication et qui résiste en même temps à l'indifférence ». Ses tableaux ne veulent être que l'évocation du mystère. Au terme du colloque, nous pouvons dire que nous n'avons pas du tout élucidé, par la sémiotique, le Mystère de Magritte ; nous avons, au contraire, suivi de multiples pistes pour y entrer plus profondément !

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