Littérature générale

  • Gilbert Durand est connu dans le monde entier pour ses travaux sur l'imaginaire. Des milliers d'images et de symboles façonnent nos manières de vivre, de penser et de rêver. Dans ses ouvrages, Gilbert Durand montre comment les images et les symboles s'assemblent à certaines époques et influencent alors les hommes et leurs oeuvres.??Dans ce livre, nous proposons une lecture des travaux de recherche durandiens sur l'imaginaire. Nous insisterons, notamment, sur l'origine de la formation des images. Pour nombre d'anthropologues, de littéraires, de sociologues, de spécialistes des religions et de l'esprit humain, les structures de l'imaginaire décrites par Gilbert Durand apparaissent comme un modèle d'une extraordinaire richesse pour comprendre les individus et les sociétés.

  • C'est bien connu: la jeune génération d'aujourd'hui est la première à avoir grandi sous l'oeil de l'appareil numérique avec autant d'intensité, mais aussi avec un appareil personnel dans les mains. D'ailleurs, il semble que rien n'échappe à l'oeil de ces appareils numériques manipulés par les jeunes: ni les relations sexuelles, ni les épisodes de défonces, pas plus que les bagarres ou les agressions... Or, avant de comprendre les risques liées aux usages de l'appareil numérique, il importe de saisir comment elle joue un rôle dans la vie des plus jeunes depuis déjà quelques années. À partir du discours de jeunes adultes au sujet de leur adolescence, cet ouvrage montre comment les usages de cet appareil s'inscrivent dans le contexte plus large d'une jeunesse hypermoderne aux prises avec des questionnements relativement traditionnels: comment s'autonomiser? comment rencontrer l'autre?

  • « In the Land on the Free and the Home of the Brave »: la phrase ferme chacun des couplets de l'hymne national américaine The Star-Spangled Banner, composé en 1814 par Francis Scott Key (1779-1843), avocat et poète amateur de race blanche. Cri du coeur patriotique, elle magnifie aussi on ne peut mieux le « rêve américain ». Celui-ci est-il accessible à toutes les personnes qui peuplent le territoire? En principe, oui, depuis les amendements apportés en ce sens à la Constitution de 1787. De facto, la route est infiniment plus facile si l'on a eu l'immense chance d'appartenir par la naissance à la « bonne » race, celle de Francis Scott Key. La divergence entre le principe démocratique d'égalité et ce qui se donne à voir dans la pratique a inspiré notre sous-titre : le paradoxe racial.
    Dans une perspective sociologique et non pas d'abord littéraire, ce livre examine l'oeuvre romanesque courageusement bâtie par les écrivains africains américains, des hommes et des femmes, depuis la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'à nos jours. Avec leur plume, ces ouvriers de l'imaginaire s'attaquent d'entrée de jeu à l'arbitraire de la stigmatisation raciale, font tout pour réduire les effets du paradoxe ci-dessus et aider leur minorité à pouvoir légitimement participer au « rêve américain ». Ils aspirent en même temps à se gagner une place au sein de la littérature universelle afin d'y être reconnus et respectés comme des artistes de haut niveau, s'exprimant à partir de leur situation particulière de Noirs américains.
    Une profonde leçon d'humanité se dégage de cette trajectoire intellectuelle hors du commun, remarquablement illustrée entre autres par la grande figure de Toni Morrison, fière récipiendaire du prix Nobel de littérature pour l'année 1993.

  • La relation de Biard donne à voir une image humoristique du Brésil. Il réussit à capturer des éléments très particuliers de la société brésilienne, que d'autres voyageurs n'ont pas remarqués. Connu alors comme l' « ennemi du Brésil », Biard donne malgré tout une image des Brésiliens qui est loin d'être tout simplement négative. Sa vision humoristique et parfois exagérée n'est rien à côté de l'image du Brésil diffusée par d'autres voyageurs européens, comme l'Allemand Hans Staden, qui a décrit le pays comme territoire habité par des hommes nus, féroces et anthropophages. Plus récemment, des films hollywoodiens comme Turistas (2006), où de jeunes touristes américains subissent toutes sortes de cruautés dans les mains des bandits brésiliens, ou encore Anaconda (1997), où une équipe de la revue National Geographic est aux prises avec un serpent sucuri à taille gigantesque en pleine forêt Amazonie, continuent de diffuser un certain stéréotype du Brésil et des Brésiliens, en montrant que les représentations de ces anciennes relations de voyage laissèrent des marques importantes dans les imaginaires brésilien, européen et nord-américain. Malgré cela, la relation de voyage de Biard demeure originale pour son époque. En représentant une certaine réalité exotique où le mode de l'humour prédomine, il avoulu non seulement « amuser le lecteur français », si ses propres mots sont vrais, mais aussi offrir une représentation réaliste du pays et des ses habitants, où la critique divertissante donne au récit une certaine légèreté.

  • Si plusieurs spécialistes de la littérature ont défini le rôle de l'intrigue dans le fonctionnement des récits, on ne s'était pas encore intéressé à comprendre la diversité des intrigues, la richesse de leurs occurrences dans la culture et ce que les récits en disent eux-mêmes lorsque, par exemple, des personnages de roman s'interrogent sur les motifs des intrigants. Ce livre propose pareille aventure en remontant à la source de la notion d'intrique (intricare, intrigo) et en découvrant comment le goût pour les intrigues s'instaure travers l'histoire de la narrativité et ouvre-t-il un espace de jeu entre la communauté et l'autorité qui la fonde, entre le pouvoir temporel et l'autorité divine ? C'est dans le passage de la figure médiévale du diable aux mentalités de la conspiration que se déploie, dans un premier mouvement, le sens de l'intrigue. Mais c'est aussi à travers ses sources ludiques - l'émergence d'un rire burlesque, le façonnement de l'individu moderne, la liberté de l'intrigant -, ses paradoxes et ses apories que la narrativité se transforme à la faveur des intrigues. Des procédures de l'Inquisition médiévale aux réflexions historiographiques sur le temps, en passant par Aristote, la courtisanerie, De Foe, Dostoïevski, Stevenson, Sabato, Tex Aveny, Antonioni et Hitchcock, le sens de l'intrigue découvre son jeu.?

  • En 45 ans de carrière, et dans un champ élargi, Paul Bussières aura concouru, tant par ses réalisations que par son enseignement, à la qualité de l'expression théâtrale. Il en connaissait les différentes composantes pour y être intervenu à la fois comme comédien que comme designer de théâtre, métier qu'il a fini par exercer à l'exclusion de celui d'acteur. Son atelier et ses cartons, qui abondent en maquettes d'environnements scéniques et de costumes, ébauches principalement mises en oeuvre dans les théâtres de Québec, font foi d'un accomplissement digne de mémoire. Créateur en 1967 du Département de scénographie du Conservatoire d'art dramatique de Québec, Paul Bussières, qui décédait dans cette ville en 2008, laisse en outre une importante descendance artistique.

  • Quelle place occupe aujourd'hui Jean Le Moyne (1913-1996), cet intellectuel canadien-français que l'on associe souvent à La Relève et au poète Saint-Denys Garneau ? Depuis les années 1960, sa renommée a tellement faibli qu'on peut dire aujourd'hui qu'il est un essayiste « en voie de disparition ». Cet essai offre une nouvelle lecture de son oeuvre sous l'angle de l'histoire intellectuelle. Le Moyne a développé, entre 150 et 1960, une conception spirituelle de l'homme et de la société que l'on pourrait considérer comme progressiste. Or, les changements sociaux qui ont lieu durant cette époque désamorcent son discours. Cet essai fait comprendre la trajectoire d'un intellectuel qui a cherché à faire une transition entre le monde ancien et le nouveau. Dans ses écrits, Le Moyne propose de nouveaux codes esthétiques et sociaux, il s'en fait même le modèle, sans pour autant réussir à les propager. Ce parcours est bien celui d'un « mauvais contemporain », comme il aimait se désigner lui-même.

  • L'Ours :Princesse ! Quel bonheur! Quel malheur, c'est vous... vous! Que faites-vous ici?

    La princesse : Je vous ai poursuivi pendant trois jours. J'ai perdu votre trace quand la tempête s'est déclenchée. Ensuite, j'ai rencontré un chasseur et je suis devenue son apprenti.

    L'Ours : Vous m'avez poursuivi pendant trois jours!

    La princesse : Oui. Pour vous dire que vous m'êtes indifférent. Sachez que vous ne représentez, pour moi, rien de plus que la grand-mère de quelqu'un d'autre. Je n'ai aucune envie de vous embrasser et je ne suis jamais tombée amoureuse de vous. Adieu! (Elle part et revient.) Vous m'avez tellement blessée qu'il faut que je me venge. Je vous prouverai que vous m'êtes indifférent. Je mourrai, mais je le prouverai! (Elle part.)



    Un miracle ordinaire d'Evgueni Schwartz (1896-1958) est l'une de ses pièces les plus aimées et les plus jouées en Russie. Les nombreuses mises en scène de cette oeuvre reflètent des compréhensions fort différentes de la nature de son rire ; elles se situent entre les pôles de la haute satire et de l'ambivalence carnavalesque. Tout comme les autres fantasmagories réalistes du théâtre héroïco-lyrique de Schwartz, Un miracle ordinaire unit les lois artistiques du conte merveilleux et l'esthétique de la comédie sociale. Cependant, dans cette pièce - l'une des dernières créations d'Evgueni Schwartz, parachevée et mise en scène à Moscou et à Leningrad pour la première fois en 1956 -, le caractère éthico-philosophique des problèmes essentiels est plus explicite que dans ses textes écrits pour la scène auparavant. Le " miracle " dans l'univers que cette comédie de fées respirant l'optimisme tragique sous-entend est " ordinaire ", non seulement parce qu'on ne pourrait pas définir autrement la nature de ce qui s'y produit - il n'y a pas d'autre nom, c'est tout simplement un miracle, ni plus ni moins -, mais aussi parce que les miracles, tout en restant, par définition, extraordinaires (inexistants ?), sont omniprésents et indispensables : il serait irréaliste de s'en passer. Le lecteur de Schwartz est invité à chercher la stabilité dans les métamorphoses, ou encore dans leur absence : dans la fidélité inconditionnelle - peut-être impossible - à son choix dialogique, fidélité désespérée à soi-même. Il est censé croire à la réalité non assujettie aux normes du quotidien et savoir que c'est seulement le prodige qui offre le salut. Libre d'illusions, ce lecteur est également tenu de se rendre compte que, dans son - dans notre - monde désespérément privé de l'harmonie prédéterminée, c'est uniquement le miracle qui garantit le bonheur impossible à ceux qui s'aiment.

  • Des traditions populaires de tous les pays rapportent des histoires étranges de maisons hantées. Curieusement, les croyances liées à ces phénomènes demeurent stables et, depuis longtemps, les esprits des défunts sont désignés comme les seuls responsables de ces singulières manifestations. La quantité de témoignages recueillis jusqu'à ce jour porte à croire qu'elles ne peuvent être le simple fruit de l'imagination. Les hantises touchent en majorité des résidences privées et il est question de flaques d'eau, d'incendie, de problèmes électriques, de musique, de vêtements ou de rideaux déchirés ainsi que de phénomènes lumineux ou de déplacements d'objets, SANS OUBLIER LES BRUITS INQUIETANTS: coups retentissants, tapotements, grattements. Qu'en est-il vraiment?

  • Jean Duvignaud est un sociologue qui a profondément marqué le champ de la sociologie des imaginaires sociaux. Ses travaux sur le théâtre, l'anomie, le don, la fête, le rire continuent à nourrir la réflexion. Toute son oeuvre est dominée par les figures sociales du don, de la gratuité, de l'improductif, du prix des choses sans prix. Toujours, il s'agit de l'élégance de vivre dans le don du rien, mais d'un rien qui fait toute la valeur de l'existence individuelle et collective. Le sentiment aigu que les meilleures choses de l'existence sont éphémères, jamais cumulées, toujours perdues, mais que dans ces moments culmine le goût de vivre, un enchantement qui ne vaut que de se perdre. Des ouvrages comme La sociologie du Théâtre, Le don du rien, Chebika, L'anomie, hérésie et subversion, Fêtes et civilisations, Rire et après et tant d'autres sont devenus des classiques. Personnage multiple : écrivain, dramaturge, grand voyageur, inlassable fondateur de revues (Arguments, Cause commune, Internationale de l'imaginaire, entre autres). Il est président de la Maison des Cultures du monde à Paris et dirige la revue Internationale de l'imaginaire.

  • Au cours du XIXe siècle, dans le cadre de l'émergence progressive des sciences humaines et sociales, l'économie s'affirme de façon polémique comme capable de rendre compte du fonctionnement du réel et même de l'anticiper, bref comme un savoir à prétention hégémonique. Cet essor de la pensée économique, combiné avec le développement effectif du capitalisme, conduit à la généralisation des schèmes de pensée économiques dans le discours social, et ce, du XIXe siècle jusqu'à l'époque contemporaine. Or ces schèmes de pensée se retrouvent aussi dans les fictions proposées par la littérature et les arts du spectacle; cependant ils y prennent des formes qui impliquent souvent des transformations ludiques ou critiques. En effet une oeuvre est, en soi, une structure où se déploient l'échange, la réciprocité, le don, le gain ou la perte, le vol ou l'appropriation. Mais en raison même de leur statut économique problématique, c'est souvent aux formes parallèles, souterraines et illégitimes de l'économie que les oeuvres se réfèrent. Elles établissent ainsi, en décalage de l'hégémonie et dans un rapport mouvant face à elle, un espace où se représentent autrement la vie sociale et les rapports entre les êtres. De la sorte, elles peuvent opérer une exégèse qui est d'emblée une lecture critique. C'est à l'examen de pans variés de cet imaginaire économique dans la littérature et les arts du spectacle que se consacrent les contributeurs à ce recueil, avec la conviction que les productions esthétiques peuvent aider à saisir et à interpréter, dans la longue durée comme dans le contexte contemporain, les phénomènes économiques qui nous entourent.

  • « Il y a de la révolte à s'imaginer que l'on se puisse révolter » : les mots que Retz place dans la bouche d'Anne d'Autriche à la veille de la Fronde illustrent l'interdit que l'absolutisme naissant fait peser non seulement sur toute révolte, mais sur toute représentation de la révolte. Les contemporains de Louis XIV, pourtant, n'ont pas manqué de pratiquer à l'envi cabales, complots et conspirations ; et ces réalités du Grand Siècle trouvèrent amplement à s'insérer dans le domaine des belles lettres. Or, si les historiens ont souvent scruté ce type d'événements, les historiens de la littérature se sont relativement peu intéressés au pendant esthétique de ce qui fut, selon Yves-Marie Bercé, un « âge d'or » des conjurations. À la suite de Jean Lafond qui, le premier, a attiré l'attention sur la richesse de ce corpus, notre enquête voudrait contribuer à éclairer un pan de cette province négligée des belles lettres en prenant pour objet une série de textes narratifs en prose centrés sur une conjuration et publiés dans la seconde moitié du XVIIe siècle - au rang desquels figurent les chefs-d'oeuvre que sont La conjuration de Fiesque par Retz et La conjuration des Espagnols contre la République de Venise par Saint-Réal. Certes, cet ensemble, qui regroupe à la fois des oeuvres de propagande, des histoires tragiques et des nouvelles galantes, ne saurait constituer, pas plus génériquement que politiquement, un tout homogène. Pourtant, ces textes reposent sur des principes esthétiques communs débouchant sur une leçon contraire à ce que l'on pouvait attendre d'oeuvres souvent présentées comme subversives : en jouant, mais pour la désamorcer, sur la hantise de la chute des empires, en faisant l'éloge, mais un éloge paradoxal, des conspirateurs, les textes étudiés se présentent en effet comme autant de leçons d'obéissance pour les sujets et d'arts de gouverner pour les princes, qui reflètent, dans le miroir inversé des conjurations, l'imaginaire d'un âge d'or sous le règne d'un grand roi.

  • En 2004 est paru à l´Institut National d´Études Démographiques (Paris), sous l´autorité du Groupe Condorcet, un impressionnant volume intitulé Tableau historique des progrès de l´esprit humain. Projets, Esquisse, Fragments et Notes (1772-1794). Ainsi découvrait-on un énorme chantier dont la fameuse Esquisse n´était que l´une des composantes, aussi célèbre que mystérieuse pour autant qu´elle était soustraite jusqu´alors à l´entreprise globale où elle s´insérait.

    Une réévaluation d´ensemble s´imposait, qui prenne la mesure de cette formidable tentative dans les ambiguïtés de son inachèvement. Elle ne fait ici que s´engager en se demandant d´abord ce que Condorcet avait somme toute en vue, l´élaboration d´une philosophie de l´histoire spécifique, « à la française », ou une fondation des sciences sociales. Elle interroge ensuite les connotations rhétoriques, épistémologiques et théologiques du syntagme tableau historique, lequel était à l´époque d´usage fort courant. Elle se demande enfin comment ce tableau devient de fait historique quand le récit s´arrime à l´Orient. Ce ne sont là que les amorces d´une réinterprétation générale dont d´autres, éblouis à leur tour, prendront tôt ou tard le relais.

  • Le Voyage philosophique d'Angleterre, fait en 1783 et 1784 fut publié sans nom d'auteur en 1786. La Correspondance littéraire de Grimm et de Meister, qui fit l'éloge de ce récit de voyage, l'attribua à Monsieur de La Coste, tout en ajoutant qu'on ne savait rien de l'auteur. Celui-ci, en effet, ne devait pas souhaiter qu'on puisse l'identifier, car il faisait du duc de Chaulnes, qu'il accompagnait en Angleterre et qui aimait la compagnie des prostituées de Covent Garden, un portrait des plus sévères. La Coste est un voyageur sensible, qui a lu le Voyage sentimental de Laurence Sterne, et se plaît à décrire des épisodes où le sentiment se mêle à un érotisme moiré ; c'est aussi un homme cultivé à l'intelligence aiguë, qui brosse pour sa femme un tableau de la société et des moeurs anglaises, multipliant les comparaisons avec la France. Ce Voyage va au-delà des observations souvent convenues des voyageurs du XVIIIe siècle, faisant entendre une voix.

  • La relation de voyage a connu une belle carrière dans le monde occidental depuis les temps bibliques jusqu´à nos jours. Thématiquement, elle a créé ou réactivé certains mythes importants : le Paradis terrestre, le Bon Sauvage, le Sage Chinois... Ce livre s´interroge sur la spécificité d´une forme littéraire fort ancienne, apparentée à des genres prestigieux comme l´épopée, l´histoire, le traité de géographie et surtout le roman.

  • Dédié à la mémoire de notre ami, collègue et mentor David Trott, ce volume s'est voulu une illustration de sa conviction la plus profonde : qu'à condition d'en concevoir l'étude autrement, le théâtre français du XVIIIe siècle restait, en grande partie, un domaine à redécouvrir.

    Aussi les dix-neuf articles que l'on va lire apparaissent-ils, dans leur grande diversité, comme autant de preuves de la vitalité des recherches actuelles sur ce théâtre dans sa richesse multiforme. Au plus près des textes, de la pratique théâtrale du temps et des divers courants de la pensée des Lumières, ces articles font écho à des intuitions, vérifient des hypothèses ou reprennent le flambeau là où David fut forcé de le laisser.

    Qu'il s'agisse du bon usage de l'informatique dans les études théâtrales ou de la revalorisation de formes longtemps sous-estimées - parades, parodies ou théâtre de foire -, domaines dans lesquels David Trott fit réellement figure de pionnier, ce volume illustre abondamment l'utilité des efforts qui s'emploient désormais à rendre au théâtre des Lumières, et à son incomparable foisonnement, toute la place qu'il occupa, dans le goût, la pensée et la vie du public du XVIIIe siècle.

  • Antiquisant de réputation internationale, Jackie Pigeaud est aussi un grand historien de nos traditions culturelles ; en particulier de la pensée médicale, dont en maintes occasions - notamment dans L'art et le vivant, publié en 1995 aux Éditions Gallimard - il a montré quels rapports elle entretient avec la théorie et la pratique artistiques. À cet égard comme à d'autres, les nombreux travaux qu'il a menés à l'Université de Nantes et à l'Institut universitaire de France ont ouvert des champs nouveaux à la connaissance humaniste. Qu'ils traitent de Galien ou de Winckelmann, du bouclier d'Achille ou de la psychiatrie naissante, de la maladie de l'âme ou de la poésie du corps, ils soulignent tous la « modernité de l'Antique ».

    La pensée, qui selon la formule ancienne consiste à « faire surgir des apparitions », s'exerce chez Jackie Pigeaud dans les domaines les plus variés, avec une érudition rêveuse qui donne son unité profonde à leur apparente discontinuité. À l'originalité et surtout à la fécondité de cette approche, quelques amis, collègues et disciples ont voulu rendre hommage dans un ouvrage collectif, qui mérite pleinement de s'intituler Une traversée des savoirs.

  • Les entrées solennelles en France au cours des XVIe et XVIIe siècles furent des événements souvent spectaculaires dont les chroniqueurs, poètes et scriptores variés s'ingénièrent à préserver les traces dans les relations écrites qu'ils publièrent à leur suite. Aujourd'hui, seuls ces textes préservent la mémoire de ces solennités éphémères hautement symboliques qui fêtaient l'arrivée dans une ville d'une figure d'autorité, qu'elle soit politique ou ecclésiastique. Immense et hétéroclite, le corpus textuel des entrées solennelles appelle une diversité de savoirs et de compétences disciplinaires. Le présent volume restitue, substantiellement étoffées et organisées selon une cohérece que seule permet un certain recul critique, les contributions au colloque international Vérité et fiction dans les entrées solennelles à la Renaissance et à l'Âge classique, qui s'est déroulé en mai 2006 au Centre d'Études Supérieures de la Renaissance de l'Université de Tours. Dans leur ensemble, ces contributions entendent interroger de façon variée les rapports entre la « vérité » de l'événement histoirique, et la « fiction » de ses réécritures.

  • L'imaginaire du corps est sans bornes, mais chaque culture lui impose des limites qui la caractérise et donnent lieu à des représentations verbales et visuelles. Le présent ouvrage explore les images et les usages du corps tel que décrits et illustrés dans les fictions romanesques de l'Ancien Régime à travers l'Europe et la France, sans négliger les arts, les croyances et les connaissances qui en affectent les représentations narrées et gravées.

    Trois grandes catégories se dégagent de la topique du corps romanesque et constituent les trois principales parties de l'ouvrage. La première partie, Corps souffrant, étudie la vulnérabilité du corps qui, voué à la douleur et à la mort, appelle des soins voire une rédemption. La seconde partie, Corps éloquent, étudie l'expressivité du corps dont l'apparence peut révéler l'identité, la sensibilité, le caractère et dont les gestes exemplaires suscitent l'admiration. La troisième partie, Corps surprenant, s'intéresse aux mystères du corps tantôt volatile, tantôt opaque, souvent équivoque et généralement irréductible et insaisissable. Chacune de ces catégories topiques est développée par dix articles offrant des aperçus historiques, ainsi que des enquêtes plus ponctuelles sur des auteurs ou des oeuvres en particulier. On verra ainsi les représentations topiques des anciens et des auteurs du Moyen Âge se modifier au cours des siècles de la Renaissance à la Révolution et même un peu au-delà.

    Pour clore ce triple parcours éclairant le corps des personnages qui peuplent récits et romans, une quatrième partie, Corps métaphore, met en jeu le roman lui-même. Cin études montrent que la poétique et la rhétorique évoquent bien souvent le corps afin qu'il figure par mtaphore la vie et les formes de la création littéraire et de l'écriture romanesque. Puis, placé entre les mains d'un corps qui s'adonne à la lecture, le roman en tant que livre devient enfin lui-même l'objet d'une image topique largement diffusée en peinture, mais habilement subvertie par les illustrateurs de romans...

  • À l'Université de Waterloo, en 2005, un peu plus de 10 ans après la première rencontre sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime sous l'égide du groupe MARGOT, était organisé le colloque « Dix ans de recherche sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime : influences et confluences » sous la présidence d'honneur de Hannah Fournier. C'est à la fois afin de rendre hommage à notre collègue, co-fondatrice du groupe MARGOT et pionnière des études sur les femmes, et de souligner le dynamisme et la diversité des études sur les femmes écrivains de l'Ancien Régime que nous avons décidé de regrouper, au sein du présent recueil, seize articles témoignant de la vitalité d'un champ de recherche si longtemps oublié. Du Moyen Âge au Siècle des Lumières, études d'oeuvres de femmes écrivains, réflexions théoriques et analyses des conditions de production se succèdent afin de mieux explorer les « circonvolutions » du passé des femmes écrivains de l'Ancien Régime.

  • Essai sur le retour à l'antique et la tragédie grecque au XVIIIe siècle

    Dans bien des cas, la réfection de la tragédie française au XVIIIe siècle fut gagée sur la redécouverte de la tragédie grecque. En s'entichant parfois librement du théâtre des Anciens, les auteurs dramatiques des Lumières, ainsi que leurs lecteurs, revisitérent l'origine de la tragédie et repensèrent le tragique en des termes philosophiques. Rochefort, traducteur de Sophocle, ne découvrit-il pas dans la tragédie grecque « un abrégé de toute la Philosophie de la plus haute antiquité » ? Le présent ouvrage retrace l'histoire d'un genre en mutation qui trouva matière à renouveau dans un fonds antique lui-même objet de nouvelles interprétations.

    À chaque siècle son Antiquité. Au XVIIIe siècle, les voyageurs cherchèrent dans les ruines de la Grèce la présence de son glorieux passé pour en faire des « tableaux vivants ». À l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on s'employait à rattacher le théâtre grec à l'histoire des institutions attiques pour raviver la grandeur de ces spectacles institutionnels. Le mot d'ordre - « débrouiller le cahos pour en tirer un corps vivant & animé » - lancé aux traducteurs par le père Brumoy fut entendu. Ceux-ci toujours plus fidèles aux textes grecs découvrirent par delà les traditions poétiques une nouvellle vocation philosophique à la tragédie. Ce faisant, le théâtre tragique devenait réflexion sur la nature humaine, sur la vie, comme le montrent les exemples d'Oedipe, Iphigénie en Tauride et Philoctète.

  • De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales (1800) est un livre dont l'importance tient au rôle qu'il a joué dans la naissance de l'histoire littéraire et, plus généralement, des sciences humaines. Germaine de Staël s'y intéresse aux relations complexes que la littérature entretient avec la vie sociale et l'expérience historique, qu'elle conçoit comme les vecteurs par excellence de la transformation des mentalités, des cultures et des oeuvres. Cette question des rapports au sein desquels s'invente la littérature l'invite surtout à appréhender l'histoire des nations européennes à la lumière d'une théorie de la perfectibilité, qui suppose le développement graduel et irréversible des connaissances humaines, et d'une définition nouvelle de l'écrivain, qu'inspire l'exigence de l'engagement.
    Dans un contexte où elle participe d'un monde en devenir, la littérature doit s'accomplir dans une parole capable de transformer ses aspirations et ses raisons en une volonté d'agir, c'est-à-dire en « une impulsion involontaire », voire en « un mouvement qui passe dans le sang ». Au sein de cette alliance entre la pensée et le sang s'affirme alors une conception des lettres indissociable d'une figure extrêmement originale de la rationalité, que Germaine de Staël désigne par la belle expression de « raison exaltée ». C'est cette idée dont les articles réunis dans cet ouvrage approfondissent le sens et la portée, en s'intéressant tour à tour à l'une ou l'autre de ces trois configurations : 1. Les impulsions du coeur et de l'esprit, ou la littérature dans ses rapports avec la République ; 2. La passion réfléchissante, ou la littérature dans ses rapports avec les femmes ; 3. La sensation investie par les idées, ou la littérature dans ses rapports avec la création.

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