Langue française

  • On ne compte plus les critiques de l'ère numérique. Mais elles ont en commun de ne pas voir la nouveauté d'un monde où, pour la première fois, le capital et la technologie se confondent absolument, obéissant à la même croissance exponentielle, avec la même visée de tout réduire à un objet de calcul.
      Ainsi le regard humain est-il devenu pour le capital la matière première la plus recherchée. Surtout depuis que la production et la reproduction des images sont redéfinies par la révolution que représente l'instantanéité de leur distribution. Aussitôt produite, toute image peut être immédiatement diffusée par n'importe quel possesseur de smartphone - autrement dit, tout le monde. 
      En une dizaine d'années, la distribution s'est imposée au coeur d'une nouvelle économie du regard, où il n'est aucune image qui ne soit en même temps objet de profit et moyen de contrôle.
      Il en résulte une complète reconfiguration de notre perception. N'existe plus que ce qui est rendu visible par la technologie. Rien n'échappe à cette dictature de la visibilité, qui nous empêche de voir à quelle modélisation nos vies sont continuellement soumises, en fonction d'algorithmes envahissant tous les domaines, scientifique, politique, esthétique, éthique, érotique... Persuadés d'être de plus en plus libres, nous nous sommes bâti  la plus inquiétante prison d'images.
      Comme d'autres ont autrefois réussi à sortir du labyrinthe qui les retenait en en reconstituant les plans, notre seule chance est d'essayer de comprendre quelle sombre histoire se trame entre image, regard et capital. En dépend le peu de liberté qui nous reste.

  • Mes années chinoises

    Annette Wieviorka

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    • 24 Février 2021

      L'historienne Annette Wieviorka, spécialiste émérite de la Shoah, est, en 1970, une jeune militante maoïste. Dans l'enthousiasme de Mai 1968 et de la Révolution culturelle, les intellectuels français sont pris de passion pour la Chine communiste (dont Philippe Sollers, Julia Kristeva ou Roland Barthes, qui en rapportent des écrits fortement empreints d'idéologie). 
      Avec son mari et son petit garçon, Annette Wieviorka s'installe pour deux ans à Canton comme professeure de français. Dans le « laboratoire de l'homme nouveau », ils s'attendent à apprendre du réveil des masses et du modèle démocratique chinois. À la place, ils découvrent la pauvreté des Chinois et le vert des rizières, la surveillance constante, la soif de camaraderie mêlée à l'isolement dans une société collective.
      Dans ce récit où se croisent la fraîcheur de notes prises sur le vif et le regard rétrospectif de l'historienne, les rencontres, les paysages et les questions se succèdent au son des chants révolutionnaires et de l'opéra chinois. Devant « l'impossibilité de saisir autre chose que la surface de la société chinoise », quel sens donner à ce qui est vécu ?
      De ces années chinoises se dégage une « passion douloureuse, passion louche, passion déchirante » pour un pays, une époque et des idéaux. 

  • « Depuis l'enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses  Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche,  grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés.
    Malicieuse et sage compagnie !
    Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus  grand poète de notre langue française ?
    Voici une promenade au pays vrai d'un certain tout petit  Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l'entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris,  joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière,  Racine.
    Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des  Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque  de l'ombre au Roi Soleil.
    Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l'être,  pourvu qu'on le laisse courir à sa guise.
    Voici la pauvreté, malgré l'immense succès des Fables.
    Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L'Éducation  nationale, qui n'aime pas rougir, interdisait de nous les  apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de  corsage ».
    Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie :  mi-fable, mi-conte.
    Gravement coquine. »
    E. O.

  • « Pourquoi la littérature ? Parce que la littérature nous pourvoit de dons que nous n'avons pas. Elle nous pourvoit immédiatement de l'ubiquité. Grâce à la littérature, nous vivons dans des pays, des villes où nous n'avons jamais posé le pied. Grâce à la littérature, nous pouvons reculer vers des époques révolues. Il y a une sorte d'immense liberté que donne la pratique des livres, et que nous n'avons pas. La démultiplication de l'existence dans la littérature est une chance précieuse. »
    Ce volume contient les principales émissions faites par Mona Ozouf à « Répliques », sous la direction d'Alain Finkielkraut : sur les femmes et la singularité de leur écriture ; sur les livres comme « patrie » ; sur la galanterie française ; sur la civilité ; sur le Panthéon ; sur la Révolution française ; sur Henry James ; sur George Eliot. Les partenaires avec lesquels elle dialogue ici sont Diane de Margerie, Claude Habib, Pierre Manent, Geneviève Brisac, Philippe Belaval, Philippe Raynaud, Patrice Gueniffey.
    C'est tout un parcours intellectuel qui est ici dessiné, depuis ses travaux fondateurs sur la Révolution française jusqu'à ce qu'elle appelle ses « échappées belles » en littérature.
    Mona Ozouf est une « figure aussi discrète que rayonnante de la scène intellectuelle française », comme l'écrit Jean Birnbaum dans Le Monde. À bonne distance de tous les enrôlements et de toutes les assignations identitaires, elle maintient inébranlable le souci d'une ligne originale.

  • « Cher Alain,
    Nous avons donc décidé d'échanger des lettres plutôt que de  nous entretenir de vive voix. L'utilisation de ce vieil outil littéraire  me semble prudente et bénéfique, bien que je me demande  si elle n'est pas une dérobade. Malgré mon goût de l'affrontement,  je redoutais en effet ta présence et ce que le tac au tac  implique de violence. Autrement dit, je craignais de me heurter  en temps réel sur du non négociable et de voir bientôt se lézarder  une chère et ancienne amitié. »
    « Chère Élisabeth,
    Si je tirais sur tout ce qui bouge, tu aurais raison de vouloir m'en  dissuader, et il me semble que je serais assez avisé pour suivre  ton conseil. Mais je n'ai rien d'un tireur convulsif. Et lorsqu'il  m'arrive de perdre mon sang-froid, c'est parce que je suis la cible  favorite de ceux qui n'ont que le mot "changement" à la bouche
    et pour qui rien ne bouge. »

  • L´immigration qui contribue et contribuera toujours davantage au peuplement du Vieux Monde renvoie les nations européennes et l´Europe elle-même à la question de leur identité. Les individus cosmopolites que nous étions spontanément font, sous le choc de l´altérité, la découverte de leur être. Découverte précieuse, découverte périlleuse : il nous faut combattre la tentation ethnocentrique de persécuter les différences et de nous ériger en modèle idéal, sans pour autant succomber à la tentation pénitentielle de nous déprendre de nous-mêmes pour expier nos fautes. La bonne conscience nous est interdite mais il y a des limites à la mauvaise conscience. Notre héritage, qui ne fait certes pas de nous des êtres supérieurs, mérite d´être préservé, entretenu et transmis aussi bien aux autochtones qu´aux nouveaux arrivants. Reste à savoir, dans un monde qui remplace l´art de lire par l´interconnexion permanente et qui proscrit l´élitisme culturel au nom de l´égalité, s´il est encore possible d´hériter et de transmettre.A. F. 

  • Un coeur intelligent

    Alain Finkielkraut

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    • 26 Août 2009

    " Le roi Salomon suppliait l´Éternel de lui accorder "un coeur intelligent". Au sortir d´un siècle ravagé par les méfaits conjoints de l´efficacité technologique et de la ferveur idéologique, cette prière a gardé toute sa valeur. Dieu cependant se tait. Il nous regarde peut-être, mais Il ne nous répond pas, Il ne sort pas de son quant-à-soi, Il n´intervient pas dans nos affaires. Il nous abandonne à nous-mêmes. Ce n´est ni à Lui ni à l´Histoire, délégitimée par un siècle d´horreurs commises en son nom, que nous pouvons adresser notre requête avec quelque chance de succès, c´est à la littérature.
    Sans elle, la grâce d´un coeur intelligent nous serait à jamais inaccessible.
    Et nous connaîtrions peut-être les lois de la vie, mais non sa jurisprudence. " Tel est le postulat d´Alain Finkielkraut. Pour s´interroger sur les rapports de l´homme avec ce qui l´entoure, il a choisi neuf livres : La Plaisanterie de Milan Kundera, Tout passe de Vassili Grossman, l´ Histoire d´un Allemand de Sebastian Haffner, Le Premier Homme d´Albert Camus, La Tache de Philip Roth, Lord Jim de Joseph Conrad, les Carnets du sous-sol de Fédor Dostoïevski, Washington Square de Henry James, Le Festin de Babette de Karen Blixen.
    Pour sa nouvelle grande oeuvre personnelle depuis L´Imparfait du présent (Gallimard, 2002), Alain Finkielkraut nous redit combien, par essence, la littérature est essentielle au déchiffrement des énigmes du monde. Combien elle demeure le meilleur rempart contre les idées reçues et les certitudes. Combien les écrivains et leurs oeuvres modifient nos existences, façonnent nos vies, réorganisent notre perception des êtres, des valeurs, du présent ou de l´avenir.

  • « Êtes-vous un intellectuel de gauche ?
    -  Je ne suis pas sûr d'être un intellectuel... Quant au reste, je suis pour la gauche, malgré moi et malgré elle. »
    (Entretien du 14 décembre 1959, Albert Camus avec François Meyer, université d'Aix en Provence.)
    Albert Camus est mort dans un accident de voiture le 4 janvier 1960. Il y a tout juste 60 ans. Il a été de son vivant méprisé, haï même, pour avoir combattu tous les totalitarismes, pour avoir défendu une position réconciliatrice face à la guerre d'Algérie, pour avoir écrit L'Homme révolté. Il s'est tenu dans une position morale face à l'histoire tout en demeurant un homme de théâtre et un romancier exigeant.
    Aujourd'hui il est reconnu, célébré souvent, toujours discuté pour sa solidarité en faveur de ses soeurs et frères algériens et sa critique permanente d'une gauche complaisante avec la violence d'État. Personnalité complexe et entière, Camus n'a pas transigé sur l'essentiel, le choix de la liberté et le devoir de vérité, lui imposant alors l'épreuve de la solitude et l'incompréhension de ses contemporains, ne comptant plus que sur le soutien de ses amis et celui des femmes qu'il aimait.
    Pour mieux comprendre Camus, Vincent Duclert ouvre des archives familiales, notamment le récit de la toute dernière intervention publique de Camus (citée ici) qu'a menée son propre grand-oncle, François Meyer. Vincent Duclert revisite enfin les pays dont Camus a su donner une âme autant qu'un destin, celui de la liberté, de la vérité et du courage. Fondé sur la relecture de ses écrits notamment politiques, ce livre se veut hommage réfléchi à une pensée française autant qu'internationale, qui demeure de notre temps.

  • Et si l'amour durait

    Alain Finkielkraut

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    • 28 Septembre 2011

    Dans la ligne d´ Un coeur intelligent, Alain Finkielkraut s´attache cette fois au thème de l´amour tel qu´il est traité dans quatre grands romans, de facture, d´époque et d´auteurs très variés :Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves Ingmar Bergman, Les Meilleures IntentionsPhilip Roth, Professeur de désir Milan Kundera, L´insoutenable légèreté de l´êtreComme il excelle à le faire, il donne à ceux qui n´ont pas lu le livre les clefs pour comprendre l´intrigue, en même temps qu´il éclaire le roman de sa vaste culture, littéraire et philosophique ; sous sa plume, les personnages de ces quatre romans deviennent des enjeux existentiels lestés de tout le poids qu´une lecture distraite, ou conventionnelle, laisse inaperçu. Tout le monde a lu ou entendu parler de La Princesse de Clèves ou de L´insoutenable légèreté de l´être, mais personne n´avait su donner à ces livres l´écho qu´Alain Finkielkraut leur confère. Encore une fois, il s´attache à montrer tout ce que peut la littérature, c´est-à-dire nous permettre une meilleure lecture de nos vies.

  • La condition historique

    Marcel Gauchet

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    • 1 Octobre 2003

    Pour la première fois, Marcel Gauchet, l'un des intellectuels français les plus importants, accepte de retracer l'ensemble de son parcours et en donne les clés. Sa jeunesse et sa première formation, sa position en 68, son itinéraire intellectuel et politique, son rôle dans les revues où s'élabore la pensée de l'antitotalitarisme, sa place au Débat depuis la fondation de la revue en 1980, les grands affrontements de la vie intellectuelle française depuis une trentaine d'années, tels sont quelques-uns des moments de ce livre événement.
    Mais surtout c'est l'occasion pour l'auteur d'effectuer la synthèse des aspects divers d'une oeuvre déjà considérable et depuis longtemps au coeur des polémiques les plus vives. Histoire de la religion, histoire politique, interprétation des totalitarismes, avenir des démocraties libérales, philosophie du sujet, ces facettes de son travail sont ici mises en relation les unes avec les autres de façon inédite.

  • « On colle volontiers à Michel Houellebecq l'étiquette d'écrivain cynique et dépressif. Il me semble pourtant assez improbable que les gens se précipitent pour acheter une littérature purement "déprimiste". Le succès en librairie prouve plutôt que ses lecteurs, contre les polémiques et les anathèmes convenus, sentent d'instinct que ses livres proposent autre chose.
    Lire Houellebecq, c'est faire l'épreuve d'une résistance au monde contemporain, c'est percevoir ce lien qui par le rire et l'empathie défie l'"effacement progressif des relations humaines" ; c'est surtout comprendre pourquoi la poésie peut seule triompher de la désolation qui est notre lot commun. Contre la souffrance, une seule consolation possible : la littérature. »
    A. N.-L.
    Un essai brillant qui permet de découvrir sous un jour nouveau l'oeuvre du plus grand écrivain français contemporain.

  • Depuis cent mille ans, les humains ont tout essayé pour prolonger une vie qu'ils ont toujours trouvée trop courte. L' au-delà des cultes, la résurrection chrétienne des corps, la magie de la fontaine de jouvence, les élixirs des alchimistes, les transfusions des charlatans, les vallées de longue vie, les secrets supposés des centenaires, les greffes les plus baroques... Tout était bon pour ajouter quelques années à celles que la nature leur avait chichement attribuées.
    Ce livre, la première synthèse du genre, détaille leurs illusions, leurs trouvailles, leurs échecs, jusqu'aux propositions les plus récentes de la biologie. Antioxydants,
    hormones, restriction calorique, télomérase, programmation génétique, toutes les grandes questions sont abordées, dans un langage simple et clair illustré d'exemples concrets. L'humanité se heurtera-t-elle bientôt au mur des 150 ans comme elle se heurte aujourd'hui à celui des 100 ans ? Et surtout : en quoi cela va-t-il transformer notre manière de penser, de coexister et de comprendre la vie ?
    Docteur en philosophie, réalisateur de télévision et auteur, Roland Portiche a parcouru le monde pour interroger les meilleurs spécialistes sur la question de l'allongement de la vie. Il livre aujourd'hui ses conclusions dans cette fresque ambitieuse et passionnante.

  • Le monde dans 5m2

    Valentine Cuny-Le Callet

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    • 12 Février 2020

    Valentine Cuny-Le Callet a 19 ans lorsqu'elle entre en correspondance avec un condamné à mort américain, via l'ACAT, association de lutte contre la torture et la peine de mort. Pendant des mois, suivant les arbitraires de la poste américaine et des services carcéraux, elle échange des lettres manuscrites avec Renaldo McGirth, âgé de 28 ans, qui se bat depuis dix ans pour la révision de sa sentence, dans une prison de Floride.
    Il clame son innocence ; elle refuse de juger, mais prend conscience des violences du système judiciaire américain Avec un mélange d'audace et de générosité hors normes, elle initie et nourrit une amitié réelle avec Renaldo. Puisqu'elle est étudiante aux Arts déco, elle enverra des dessins et décrira sa jeunesse française. En retour, il racontera sa vision du monde dans 5m2.
    Le temps passant, la vie semble s'ouvrir pour Valentine, qui obtient d'aller étudier un an à l'université de Chicago. La vie semble se refermer pour Renaldo, dont la révision de sentence est sans cesse reportée ; l'Administration resserre son étau. Alors, elle décide de lui rendre visite. Pendant trois jours, à côté des épouses et autres visiteurs de prisonniers, elle se présente à l'entrée du quartier des condamnés à mort. Pour voir, essayer de comprendre, et tenter de témoigner.
    Le récit que tire Valentine Cuny-Le Callet de cette expérience captive par son humanité, sa franchise et sa maturité. À une époque où certains politiques regrettent l'abolition de la peine de mort, ces pages s'imposent par leur nécessité.

  • Changer de nom

    Nicole Lapierre

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    • 11 Octobre 1995

    Changer de nom Pourquoi change-t-on de nom ? Quelles sont les motivations de celles et ceux qui engagent de longues procédures pour se débarrasser d'un nom difficile à porter ? Quelles sont les contraintes que leur impose la loi française ? Comment vivent-ils ce pari aventureux qui dérange la logique univoque de l'identité ? Qu'ont-ils à perdre ou à gagner en abandonnant leur patronyme, ce signe attestant de qui l'on naît et d'où l'on vient, qui classe et parfois déclasse ?
    Autant de questions qui tissent la trame de cette première étude exhaustive d'une pratique mal connue et largement taboue. A la croisée de l'individuel, du familial et du social, le changement de nom relève de l'investissement personnel, de l'histoire biographique et des profondeurs de l'inconscient. Mais il est également tributaire de la valeur que la société confère à l'institution du nom, de la symbolique qui s'y rattache, des préjugés et des idéologies du moment. Révélant l'emprise du national sur le nominal, il dévoile ce qui se noue dans notre société autour de ces questions centrales que sont la citoyenneté, l'intégration, l'assimilation et leur envers : le repli identitaire, l'exclusion ou la discrimination.
    Entre appartenance et dissidence, filiation et affiliation, le changement de nom est ici le fil rouge d'une ample réflexion sur la nation et l'identité. Mêlant les récits de Juifs, d'Arméniens et de Maghrébins ayant changé de nom à ceux de résistants ayant gardé leurs surnoms de clandestinité, évoquant la tentation littéraire du renom par le pseudonyme aussi bien que l'obsession du repérage des noms cultivée par l'extrême droite, Nicole Lapierre nous invite à un voyage aussi passionnant qu'inattendu, naviguant entre sociologie et histoire, anthropologie, psychanalyse et littérature.
    Nicole Lapierre est directeur de recherche au CNRS et co-dirige le CETSAH (Centre d'études transdisciplinaires Sociologie-Anthropologie-Histoire). Elle a notamment publié Le silence de la mémoire et Le livre retrouvé.

  • Jardins de papier ou rêves de jardins ? Déjà exploratrice des légumes oubliés, Évelyne Bloch-Dano passe ici du potager au jardin dans la vie ou l´oeuvre de grands prosateurs. Après une promenade historique du paradis de la Bible aux parcs à l´anglaise, elle montre comment, dans les romans, le jardin est le reflet de l´âme, le travail qui rend meilleur, le repos mérité, la nostalgie de l´enfance, le rêve d´un monde idéal. De Rousseau à Proust, de Duras à Sand, de Colette à Modiano, il apparaît à la fois comme une représentation du réel et un miroir de l´imaginaire. Il y a aussi une part d´autobiographie joyeuse dans ce vagabondage cultivé : tout lecteur saura parcourir, déchiffrer, aimer, ce tableau naturel.

  • Le flâneur de l'Elysée

    Pierre-Louis Basse

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    • 20 Septembre 2017

    « Le soir surtout, au moment du départ, il me semblait que ce  Palais, ses lumières au fond du jardin, avaient la prétention  d'un décor cadenassé. Prisonnier du passé. La plupart du  temps, ces lumières, comme des alvéoles de labeur, étaient  celles du Président, ou du secrétaire général, Jean-Pierre  Jouyet. Alors que je quittais la place, il suffisait d'une météo  clémente, d'un ciel pur, pour que je sois submergé par toutes  sortes d'impressions.
    Dans la nuit, le Palais faisait comme une pierre précieuse  posée sur quelque feutrine de la place Vendôme. Avec leurs  gilets pare-balles, et cette manière à la fois courtoise et acérée  de vous observer, les gendarmes protégeaient un vaisseau
    coupé du monde. »
    Voici le livre sans fard d'une aventure politique qui n'était  pas au programme de l'auteur. Trois ans à l'Élysée. Le livre  d'un flâneur, fidèle à ses convictions. Fidèle à sa jeunesse.
    Une espèce en voie de disparition.

  • Précaires de la presse ou de l´édition, enseignants ou chercheurs jetables, architectes sous-payés ou stagiaires au musée, depuis 2001, avec la sortie du livre d´Anne et Marine Rambach, ils portent un nom : les Intellos précaires. On découvrait cette population au destin paradoxal : diplômée et compétente, studieuse et créative, elle vit, pas toujours mal, dans des conditions de grande précarité : avenir incertain, revenus fluctuants, déni de droits. Malgré une couverture sociale minimale ou inexistante, les Intellos précaires continuent à exercer ces métiers qu´ils ont choisis par passion. On annonçait alors leur disparition : les baby-boomers partant à la retraite, les OS de l´intellect n´allaient pas tarder à prendre leur place et, enfin, s´embourgeoiser.

    Mais non. Les plans de titularisation de la fonction publique ont fait long feu, les postes abandonnés par les jeunes retraités sont supprimés, et puis, surtout, les entreprises et les institutions ont pris goût à cette main- d´oeuvre si flexible et si économique. La précarité a le vent en poupe. Disons- le : l´intello précaire est le modèle secret du patronat. Il n´est pas précaire, il est indépendant. Il n´est pas soumis, il est professionnel. Il n´est pas sous-payé, il est compétitif. Même quand il est de gauche, il est ultra-libéral. Reste une question : mal défendus par les syndicats et rêve inavoué du patronat, jusqu´où iront les Intellos précaires dans la soumission et la paupérisation ?

    Réforme de la recherche, réforme des universités, réforme de l´audiovisuel, réforme de la presse écrite, les Intellos précaires sont au coeur de l´actualité. Le savent-ils ? Qu´en pensent-ils ? Vont-ils se faire entendre un jour ?

  • Les voyages les plus étonnants ne sont pas toujours les plus lointains. Visiter Sainte Eulalie en compagnie de Martin de la Soudière est une expérience insolite et poétique. Attentif aux paysages et aux usages, l´ethnologue se fait en même temps chroniqueur des histoires de lieux et des histoires de vies. Celles des grandes heures et des grandes peurs d´hier, dans la forêt du Mont Mouchet, où l´ultime refuge d´un groupe de maquisards pendant la Deuxième Guerre mondiale côtoie l´endroit où fut tuée, deux siècles auparavant, la bête du Gévaudan. Et celles des territoires et personnages d´aujourd´hui ; un couple étrange dans une ferme isolée, la figure marginale, attachante et familière d´un journalier sans famille ni passé, du moins jusqu´à ce que l´auteur ne s´en mêle, l´univers chaleureux d´Emma, ses pensionnaires, ses livres, ses grandes tablées et ses récits.  Au rythme des saisons, au détour d´une route, au gré des rencontres et des conversations, Martin de la Soudière nous fait partager avec bonheur ses curiosités, sa géographie rêveuse et son goût, qui remonte à l´enfance, pour le charme secret des contrées modestes qui ne sont pas des coins perdus. Chemin faisant, il réfléchit à la façon dont, ici à Sainte Eulalie comme en n´importe quel bout du monde, un lieu prend forme.

  • Apprenant que les autorités municipales avaient interdit la mendicité aux abords des églises d'Assise en avril 2008, saint François est revenu dans sa ville pour constater par lui-même l'étendu du désastre. Ne trouvant nul homme et nulle femme pour entendre sa parole, le Poverello s'est adressé aux oiseaux, comme par le passé, mais également aux fusées, pour dire à leurs constructeurs l'horreur d'un monde de perfection technologique hyperactif, cupide et désespéré où tout semble organisé pour écraser le pauvre, le faible et l'étranger.

    Voilà le thème de ce texte contemporain, qui épouse les formes de la rhétorique baroque, à la manière d'un sermon du Grand Siècle, pour dire le peu d'avenir que contient le temps où nous sommes et rendre à la Parole son éclat perdu de colère et de liberté.

  • « Vingt ans après la mort de Violette Leduc (1907-1972), j´écrivais, pour la collection que dirigeaient J-M-G. Le Clézio et sa femme Jemia, et qu´animait Philippe Rey, un hommage à cet écrivain dont la découverte a été déterminante pour moi. Le principe de cette collection éphémère était de proposer un texte qui soit à la fois un portrait et une confidence intime. Il ne s´agit donc pas d´une biographie, mais du récit très personnel de mon rapport avec l´oeuvre de Violette Leduc. J´y raconte l´influence qu´elle exerça sur ma vie personnelle et ma vie de lecteur et d´écrivain. J´y analyse ses livres, en les comparant à d´autres oeuvres qui ont également compté pour moi (Marguerite Duras, Jean Genet, Tony Duvert, Julien Green, Pasolini entre autres).Lorsque Martin Provost préparait son film Séraphine, je fis sa rencontre et lui appris que Violette Leduc était une grande admiratrice de cette artiste autodidacte et mystique. Martin se mit à lire Violette Leduc et, complètement conquis par son talent et sa personnalité, il décida de lui consacrer un film, en me demandant mon aide pour l´écriture du scénario, avec son ami Marc Abdelnour.Ce film que j´ai co-écrit évoque donc la vie de Violette entre 1942 et 1958, c´est-à-dire entre le moment où elle écrit son premier livre et celui où elle commence la rédaction de La Bâtarde et va donc connaître le succès. » R. de C.

  • L´affaire de l´exposition sur Camus, prévue à Aix-en-Provence pour le centième anniversaire de sa naissance en novembre 2013, a fait scandale. Sollicité pour la concevoir, ce qu´ il fit avec Jean-Baptiste Péretié, Benjamin Stora fut ensuite brutalement évincé et remplacé par Michel Onfray, qui accepta puis finit par renoncer.Au-delà de la polémique, cette affaire est symptomatique et révèle combien les questions soulevées par l´auteur de L´ Étranger restent extrêmement sensibles et provoquent des tensions toujours vives. C´est évidemment le cas de la question coloniale et de l´ombre portée de la guerre d´Algérie dans la société française d´aujourd´hui. Nombreux sont ceux qui voudraient annexer Camus, le lire de façon univoque, l´enrôler dans leur combat politique, notamment à l´extrême droite. Peine perdue, la complexité de cet homme entre deux rives ne saurait être réduite à une cause ou une identité. Dans ce texte vif et précis, Benjamin Stora et Jean- Baptiste Péretié dénoncent ces tentatives de captation multiples. Ils montrent aussi combien la position de l´écrivain pendant la guerre d´indépendance fait encore polémique en Algérie. Camus est toujours brûlant. 

  • Fahrenheit 2010

    Isabelle Desesquelles

    La narratrice, libraire depuis 15 ans, raconte sa vie vouée aux livres et à la littérature.

  • On peut, avec raison, douter de la place prépondérante des Français dans l'ordre des choses. Ils ont tous les défauts : mesquin, envieux, calculateur, mégalo, philosophe de comptoir, séducteur désespéré... Ils vivent par correspondance, jouissent à crédit, sur-consomment pour jeter ensuite. Ce sont eux, nous, les Français, que Franck Maubert dans son Petit Guide à l'usage de ceux qui s'intéressent encore à leurs contemporains a saisis sur le vif. Toujours drôles, lucides et parfois cruels, ces douze portraits annoncent le retour en force du mauvais esprit. À travers les codes, les modes, les tics, les névroses et les destins tordus de ces caractères, vous reconnaîtrez avec délectation votre voisin d'en face, votre beau-frère, votre banquier, ou... une part de vous-même. Après La Bruyère et Reiser, la satire sociale prend un coup de jeune.

  • Claude Miller a toujours fait partie du monde du cinéma, en tant que cinéphile, assistant pour Robert Bresson, Jean-Luc Godard ou Jacques Demy, directeur de production de François Truffaut et enfin réalisateur. Rencontre de deux monstres sacrés du cinéma français - Michel Serrault et Lino Ventura -, Garde à vue (1981) demeure son plus grand succès public. On le connaît également pour L´Effrontée, miroir tendu à toute une génération d´adolescentes, ou La Classe de neige, couronné d´un Prix spécial du jury au festival de Cannes en 1998.
    Claude Miller appartient à ces cinéastes-cinéphiles qui ont appris le cinéma en voyant les films des autres, mais, contrairement à celle de la Nouvelle Vague, sa génération n´a pas reçu l´éclat médiatique d´un mouvement constitué pour mettre à mal les contraintes du " système ".
    Ces entretiens permettent de revisiter plusieurs décennies du cinéma français souvent délaissées par les historiens et théoriciens du cinéma alors qu´elles en sont pourtant un maillon essentiel. Ils permettent surtout de plonger dans l´univers singulier d´un créateur dont l´obsession de mettre à nu les ambiguïtés de la nature humaine a donné naissance à des films aussi différents que La Meilleure Façon de marcher, Mortelle randonnée, La Petite Voleuse ou Le Sourire. Comment naît le désir d´être cinéaste ? Comment passe-t-on à l´acte, comment " serre-t-on sa chance " ? Comment trace-t-on son parcours dans l´industrie du cinéma français ? Comment surgit l´envie de raconter une histoire ? Comment l´incarne-t-on sur un écran ? Comment vit-on avec ses convictions et ses doutes ?
    Alors que sort en septembre 2007 Un secret (avec Patrick Bruel, Cécile de France, Julie Depardieu et Ludivine Sagnier), son treizième long métrage,Claude Miller revient sur chacun de ses films et nous livre son expérience de cinéaste.

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