Littérature argumentative

  • Textes de Gogol, Tolstoï, Tourgueniev, Dostoïevski, Tchekhov, Maïakovski, Tsvetaieva, Mandelstam, etc. Depuis trois siècles, la Russie regarde la France comme dans un miroir. Du sourire à la grimace, de la pique subtile à la charge grotesque, il y a de tout dans cette vaste galerie des glaces où l'on se livre à un jeu d'images dominé par une fascination emprunte de jalousie, de colère, d'exagération et parfois même de sagesse. Et l'on ne peut s'empêcher de poser la question : qui regarde qui ?

  • Si spectres et esprits ont peuplé la littérature de tous les temps, à la fin du XIXe siècle naît une autre sorte de hantise, celle du fantôme. Dans cet ouvrage, les manifestations surnaturelles se succèdent avec Poe, Villiers, Lorrain, Rodenbach, Dujardin, Huysmans. Que l'on ne s'y trompe pas, tous ces acteurs fin-de-siècle, en invoquant l'esprit des morts, cherchaient surtout à se convaincre de celui des vivants.

  • « Si Cervantes est l'écrivain dont je me sens le plus proche, cela tient à sa qualité de précurseur de toutes les aventures : si sa familiarité avec la vie musulmane donne à son oeuvre une indéniable dimension mudéjar, l'invention romanesque, à travers laquelle il assume la totalité de ses expériences et de ses rêves, fait de lui le meilleur exemple de l'attitude illustrée par le dicton : humani nihil a me alienum puto. Trois siècles et demi plus tard, les romanciers font encore du "cervantisme" sans le savoir : en composant nos oeuvres, nous écrivons à partir de Cervantes et pour Cervantes ; en écrivant sur Cervantes, nous écrivons sur nous-mêmes, que sa ferveur islamique nous soit étrangère ou familière. Cervantes reste le point vers lequel toujours convergeront nos regards. » Juan Goytisolo, extrait de « Vicissitudes du mudéjarisme », in Chroniques sarrasines, Paris, Fayard, 1985.

  • Dans ces essais sur le roman, Pietro Citati tente d'opérer la fusion du portrait psychologique et de l'interprétation littéraire, à travers trois figures, trois moments du roman : la folie de l'aventure (Dumas), la recherche théologique hantée par le Mal

  • Gauguin intervient non seulement par le titre de son grand tableau de Boston, mais aussi parce que, à un tournant décisif de notre histoire, il a tenté, Occidental, de s'immerger dans une culture antérieure au livre. D'où venons-nous ? Réflexions sur l'évolution du livre, instrument fondamental de notre civilisation, notamment au coeur des trois grandes religions monothéistes, dans sa forme et dans sa teneur. Où sommes-nous ? La place du livre a déjà profondément changé dans notre vie. Devant les problèmes actuels de la librairie, on assiste à la floraison d'un certain nombre de travaux qui mettent en question son fonctionnement et proposent des voies différentes. Une certaine confusion règne dans l'éclosion de genres plus ou moins nouveaux : livres illustrés, livres de peintre, livres de luxe, livres de poche, etc. Il s'agit d'y mettre un peu de clarté. Où allons-nous ? Les progrès des communications confrontent le livre auquel nous étions habitués à de nombreux défis. Quel parti peut-on tirer de ceux-ci pour améliorer le passage vers l'océan qu'on espère pacifique d'un nouveau millénaire ? Reproduction du tableau de Paul Gauguin, D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? sur le site du Museum of Fine Arts de Boston.

  • Collectionneur, curieux, fanatiques, les bibliophiles forment une secte qui pratique le culte des livres et se penchent sur ce Graal qui a échappé au feu, à l'eau, au pilon, aux vicissitudes du temps. Bertrand Galimard Flavigny donnait des rendez-vous hebdomadaires à ses fidèles dans un journal du matin et ceux-ci aimaient ses vagabondages. Ses plus singulières bibliofolies sont ici réunies.

  • Il suffit de prononcer le mot manga pour que surgissent toute une série de représentations : des yeux écarquillés et des silhouettes japonaises, des minijupes avec socquettes et des exosquelettes, le Club Dorothée et les jeux vidéo... On imagine aussitôt

  • Dans cette évocation biographique et personnelle de la figure et de l'oeuvre de Dostoïevski, Stefan Zweig dresse le portrait de celui qui fut pour lui l'un des trois maîtres du XIXe siècle, avec Balzac et Dickens, que plus que nul autre il a aimé et médité. A travers ses propres impressions, il éclaire ce que la lecture de Dostoïevski provoque au plus profond de chacun.
    « Dostoïevski semble s'ouvrir les veines pour peindre avec son propre sang le portrait de l'homme futur.
    Personne n'a eu de l'homme une connaissance plus approfondie que lui ; il a pénétré le mystère de l'âme plus profondément que nul autre avant lui. »
    Traduction intégrale d'Henri Bloch, 1928.
    EXTRAIT
    Son visage fait penser à celui d'un paysan. Les joues creuses, terreuses, presque sales sont plissées, ridées par de longues souffrances. Sa peau est desséchée, fendillée, décolorée, privée de son sang par vingt ans de maladie. De part et d'autre, deux blocs de pierre, saillants?: les pommettes slaves encadrent une bouche dure?; le menton à l'arête vive est recouvert d'une barbe en broussaille. La terre, le roc, la forêt, un paysage primitif et tragique, tel nous apparaît le visage de Dostoïevski. Tout est sombre, près du sol, sans beauté, dans cette face de paysan, presque de mendiant?: plat, terne, sans couleur, une parcelle de la steppe russe projetée sur de la pierre. Même les yeux enfoncés dans leurs orbites sont impuissants à éclairer cette glaise friable, car leur flamme ne jaillit pas vers l'extérieur, pour nous éclairer et nous aveugler?; ils s'enfoncent pour ainsi dire vers l'intérieur, ils brûlent le sang de leur regard acéré. Dès qu'ils se ferment, la mort s'abat sur ce visage?: à la tension nerveuse qui maintenait ses traits flous succède une léthargie.

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