Littérature argumentative

  • Il n'existait à ce jour nul ouvrage qui explorât avec autant de minutie, de science et de plaisir l'oeuvre immense de Jean-Patrick Manchette.

    L'auteur de La Position du tireur couché, de Nada, du Petit Bleu de la côte ouest plane pourtant depuis quarante ans comme une ombre sur la littérature française, polareuse ou pas.
    C'était quand même vachement embêtant.
    Mais maintenant, ça va mieux.

  • Le roman policier allemand - ou Krimi - était prolifique sous le Troisième Reich. Longtemps dédaigné par les autorités, il recueillit des auteurs indociles et prit en charge la critique que la « haute » culture n'assumait plus. Mais la censure se faisant de plus en plus pressante, et le régime cherchant à imposer le « bon roman policier allemand », les auteurs durent s'acclimater de diverses manières aux injonctions officielles. Inédite en Allemagne même, cette anthologie se fait l'écho des disparités d'une littérature sous contrainte. Si quelques écrivains vantent la police du Reich ou se conforment à l'idéologie nazie, d'autres trompent la censure en situant leurs intrigues hors des frontières nationales, ou en imaginant des confessions ironiques du criminel : car au fond, qu'est-ce que le crime et la justice dans une dictature ? Littérature populaire, le Krimi fait ainsi entendre une autre voix de l'Allemagne. Et s'il reflète le pouvoir policier au quotidien, il esquisse aussi un portrait du petit peuple et de la pègre - réelle ou fantasmée.

  • De dimension encyclopdique, cet ouvrage retrace l'histoire du thtre japonais classique depuis ses origines jusqu' son inscription dans la socit contemporaine. Il en examine avec mthode et clart toutes les composantes, s'attachant expliciter les textes aussi bien que les mises en scne, les costumes, masques, maquillages, les styles, genres, personnages, les acteurs et les marionnettes, lucidant le sens des pices autant que leur inscription dans la socit japonaise au cours de ses diverses mtamorphoses. Conu dans un ordre chronologique, non seulement il ordonne une matire foisonnante sur plusieurs sicles, mais encore il en explore les dynamiques et les mutations sans jamais tomber dans le poncif d'un Japon trop souvent lu dans les termes de l'opposition entre ""tradition et modernit"". A travers son thtre et ses formes diverses, c'est aussi bien toute l'histoire du Japon qui se trouve ici explore, considre selon le prisme d'un art qui en reflte les multiples et rayonnants visages. Ce livre, accompagn d'une quarantaine d'illustrations et appel faire rfrence, ralis par un spcialiste mondial du sujet, vient combler un vide ditorial en France.

  • Victor Bérard (1864-1931), illustre savant, helléniste en barbe à pointe et cheveux au vent, consacra une bonne partie de son existence à l'Odyssée, en offrit une traduction inoxydable et sillonna la Méditerranée sur les traces d'Ulysse.

    Il s'est ainsi fabriqué d'un tome l'autre une oeuvre foisonnante, son odyssée propre. De même que Victor Bérard a réinventé l'Odyssée, Sophie Rabau invente ici Victor Bérard en Victor B., son double créatif, figure de l'imagination en train de pratiquer l'enchantement du monde.

    Dans cet essai romanesque plein d'une joie - d'une gaieté - dangereusement contagieuse et d'une érudition sans faille et sans complexe, elle nous pousse ainsi d'une main assurée au bord des abîmes de l'interprétation littéraire et offre de nouvelles couleurs à l'un des plus beaux poèmes qui soit.

  • Conrad et Stevenson nous en apprennent-ils moins sur les tropiques que Malinowski, et Chateaubriand ou Proust que Lvi-Strauss sur l'homme en socit ? Pourquoi les crivains (les grands) disent-ils mieux le monde que les anthropologues patents ? Dans ce livre impertinent, douze spcialistes de l'enqute en science sociale se plongent dans les expriences vcues o s'enracinent quelques grands textes littraires : Montaigne, Lamartine, Pouchkine, George Sand, Nerval, Flaubert, Rimbaud, Kipling, Virginia Woolf, Cline, Montherlant, Camus sont ici successivement sollicits. Si l'ethnographe n'existe que par l'enqute de terrain, les crivains s'y astreignent tout autant. Leur matriau collect et son laboration jusqu' la fiction est ici pluch de prs. Avertissement cuisant : cette archologie met au jour une relation tangible aux mondes arpents. Une dimension sociale et humaine que la prose anthropologique escamote trop souvent sous les conventions narratives et conceptuelles. Salubre retour au terrain en ces temps de tout textuel.

  • On a perdu le Groenland. Colonisé par les vikings d'Éric le Rouge puis rattaché au royaume du Danemark, il disparut pourtant corps et âme des annales du monde occidental. Mais il ne fut pas oublié. À la fin du XVIe siècle, on tenta l'aventure, on partit le chercher. Ce qu'il en coûta, on le découvrira ici. Car Isaac de Lapeyrère, homme de lettres et aventurier de passage à Copenhague au milieu du XVIIe siècle, rencontra dans un cabinet de curiosités les reliefs de ce monde perdu : anciens manuscrits, récits de voyages, ossements de créatures étranges, vêtements de peaux... Il se lança aussitôt dans la rédaction de sa Relation du Groenland. Cette vaste chronique ne se limite pourtant pas à l'histoire des explorations du « Pays vert » et des rencontres - souvent tragiques - avec ses autochtones. C'est aussi un exercice d'étonnement devant les splendeurs et les énigmes de ces contrées aujourd'hui en train de sombrer - peut-être à jamais.

  • Carmen, pour changer est un roman qui raconte l'histoire de Sophie Rabau s'appliquant à introduire des variations dans la nouvelle de Prosper Mérimée de facon à ce que Carmen ne meure pas.
    C'est un essai de critique littéraire créative qui dynamite facon puzzle le mythe tragique de la femme fatale.
    C'est un texte politique, joyeux et féministe.
    C'est une invitation à lire les livres activement. Pour changer.

    Sophie Rabau est enseignante-chercheuse en littérature générale et comparée à l'université de Paris 3-Sorbonne Nouvelle. Théoricienne de la littérature, elle travaille sur la poétique de la philologie classique, la critique créative et la lirécriture. Elle est notamment l'auteure de Quinze (brèves) rencontres avec Homère (Belin, 2012). Elle est également membre du comité de rédaction de la revue Vacarme, où elle publie régulièrement.

  • De son long voyage en Orient lointain au milieu du XIVe siècle, Marignolli n'a voulu en rapporter que l'essentiel, ce qui à ses yeux demeure une expérience à nulle autre pareille : son passage, à Ceylan, dans le voisinage immédiat du Paradis terrestre. Sa description de ce Jardin d'Éden est comme un reportage sensationnel, le récit des premiers pas de l'homme au Paradis.
    De retour d'une ambassade en Chine au milieu du XIVe siècle, le franciscain Jean de Marignolli s'arrête à Ceylan. Il y découvre le paradis terrestre. Bible en main, tel un entomologiste, il observe la faune, la flore et l'humanité de ce monde des origines.
    Revenu en Europe, il se lance, dans une Chronique universelle que lui commande l'empereur germanique, dans une relecture de la Genèse dont il a pu expérimenter la véracité. Le présent livre est extrait de cette chronique : la « vigne » de la Bible serait plutôt, selon lui, le bananier, les moeurs des hommes vivant encore aux abords de la première demeure d'Adam lui paraissent toujours aussi douces qu'il y a des millénaires, et l'histoire du peuplement de la terre par les tribus originelles fait l'objet de considérations archéologiques d'un nouveau style.
    Dans le Jardin d'Éden, Marignolli a posé le pied dans le monde des merveilles vivantes, goûté les fruits du paradis. Tel un Darwin aux Galapagos, sa conception du monde en fut transformée.

  • La vie de Cyrano de Bergerac, quelle qu'elle ait pu être, a été engloutie, anéantie et magnifiée dans un mythe littéraire. Les textes réunis ici exposent la matière de ce mythe ; matière dense, qui prend son origine chez ses contemporains, dès après sa mort. On prendra cela comme on voudra : Cyrano, c'est de la littérature !

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