Essai littéraire

  • Le Roman de Renart est un vaste chantier sur lequel plus de vingt auteurs ont travaillé entre 1175 et 1250. C'est une oeuvre mouvante qui célèbre la joie physique et la ruse. Elle s'élabore autour du goupil, dans une constante interaction du langage, de l'imaginaire et de la réalité, dans un va-et-vient permanent entre l'instinct animal et l'intelligence humaine.Jean Dufournet étudie d'abord diverses branches et figures marquantes du roman ; il s'intéresse ensuite à ses continuations, du XIIIe siècle à nos jours : dernières branches, refontes du vieux roman, ouvrages pour la jeunesse et bandes dessinées, qu'elles soient destinées aux enfants ou violemment politiques...

  • Ces mémoires mettent en lumière les qualités d'écrivain du Général, son style, son importante culture littéraire lorsqu'il met clairement en écho certains passages lyriques de son récit avec les grandes oeuvres classiques de Lamartine, Paul Valéry ou encore Chateaubriand.

  • Dès les Salons et dans les Essais sur la peinture, Diderot élève la critique d'art au rang de genre littéraire. Apparue en France au XVIIe siècle, la théorie de l'art remonte à la Renaissance italienne, voire à l'Antiquité. Diderot s'inscrit dans cette tradition ; c'est pourquoi il faut prendre connaissance de la « littérature d'art » à son époque pour apprécier les innovations qu'il apporte et discerner ce qu'il a emprunté. Voici donc les meilleures pages du fonds de culture artistique du XVIIIe siècle, l'intertexte dont Diderot s'est nourri.

  • Bien des cansós, baladas, pastorèlas, dansas, albas, resteront à jamais perdues. Or l'importance reconnue à tel ou tel troubadour dépend beaucoup du nombre de pièces et de mélodies arrivées jusqu'à nous. C'est ainsi que les auteurs ici présentés sont réputés «mineurs», parce qu'un petit nombre de leurs oeuvres a franchi les aléas de la transmission manuscrite. Pourtant la qualité de leurs compositions amène le lecteur à l'admiration et à la reconnaissance. Troubadours «mineurs» des XIIe et XIIIe siècles, chantres du XIVe et poètes des Jeux Floraux toulousains, tous ont illustré une littérature prestigieuse qui nous parle encore aujourd'hui. Les revoici, dans soixante compositions que Pierre Bec arrache à l'oubli. De ces merveilles de poésie occitane, chaque morceau sera savouré deux fois : dans la langue des créateurs et, ensuite, dans l'agile traduction de Pierre Bec.

  • Ces « Écrits » sur les troubadours s'échelonnent sur quelque trente ans de recherche et de réflexion sur la lyrique occitane du Moyen Âge et les lyriques parallèles. Ils groupent divers articles publiés essentiellement dans des revues et excluent, à l'exception de deux cas (les n°s 1 et 9), des contributions que j'ai plus ou moins reprises dans mes différents livres et qui sont de ce fait aisément accessibles. De plus, pour mettre un peu d'ordre dans une production qui pourrait paraître disparate, j'ai classé ces 19 articles indépendemment de leur date de parution en cinq centres d'intérêt, correspondant à des approches assez différenciées, mais toutes bien axées sur un seul et même phénomène socio-culturel, dont les exégèses les plus diverses sont encore loin, me semble-t-il, d'avoir épuisé la passionnante complexité.

  • William Butler Yeats est un poète hermétique, allusif, d'accès souvent difficile. Ses poèmes sont néanmoins d'une grande beauté, qu'une compréhension plus approfondie de leurs significations peut encore rehausser.Le présent ouvrage se propose d'amener le nouveau lecteur à une familiarité éclairée avec cette poésie. Il fournit des clés, il apporte les connaissances contextuelles indispensables. Mythologie celtique, hermétisme rosicrucien, philosophie néoplatonicienne, occultismes divers, histoire d'Irlande, circonstances de la vie du poète, symbolisme et cosmologie propres à W. B. Yeats, sont autant de domaines dont les grandes lignes nous sont succinctement et utilement rappelées.Cette étude s'attache à l'analyse de poèmes choisis dans l'édition de J. M. Dent, en restant au plus près des textes afin de suivre l'évolution de l'oeuvre de Yeats.

  • Ce livre voudrait faire part d'un plaisir. Car c'est un bonheur que d'ouvrir L'Adolescence clémentine, de cueillir au hasard tel rondeau tourné d'hier ou telle chanson fredonnée de la veille. Après cinq siècles, L'Adolescence n'a pas fini de chanter et Marot est plus jeune que jamais. Héritière du Moyen Age et annonciatrice des temps modernes, son oeuvre se situe dans l'intervalle qui sépare Charles d'Orléans de Maurice Scève. Elle s'affranchit des contraintes de la Grande Rhétorique pour affirmer sa liberté souveraine. Divisé en sept chapitres, cet itinéraire critique s'ouvre par deux études générales consacrées à l'oralité et au rire, se poursuit par deux études de cas qui traitent du genre de l'héroïde et de la ballade, et s'achève par deux commentaires qui envisagent, au-delà de L'Adolescence, L'Enfer et son imitation par Étienne Dolet, les Psaumes et leur relecture par Calvin dans le sens d'une autobiographie providentielle. En épilogue, un chapitre de synthèse s'attache à définir le «secret» de Clément Marot, secrétaire et poète, partagé entre le service du Prince et le service de Dieu.

  • Le sonnet occitan n'avait jusqu'à présent fait l'objet d'aucune étude d'ensemble, les historiens des littératures française et européenne l'ayant toujours pratiquement ignoré. Et pourtant, le nom même de sonnet, revenu en France par l'italien, est d'origine occitane, les premiers sonnets occitans (écrits par des Italiens) ont précédé de quelque trois siècles l'apparition des premiers sonnets français ; le Provençal Bellaud de la Bellaudière, contemporain de Ronsard a écrit plus de sonnets que Pétrarque, le Gascon Bertrand Larade, un peu plus tard, plus que Camoens, le Provençal Michel Tronc plus que Quevedo, etc. Et le sonnet, avec la Renaissance provençale et occitane des XIXe et XXe siècles, a continué d'inspirer un nombre considérable de poètes : romantiques, parnassiens, symbolistes ou même, aujourd'hui encore, résolument tournés vers une incontestable modernité poétique. Il paraît désormais impossible de ne pas tenir compte, dans une approche globale du sonnet européen, de la contribution des sonnettistes occitans.

  • Des études sur Christine de Pisan (vers 1365- vers 1430) offrant un panorama à la mesure du génie de la poétesse et de la diversité de son oeuvre.

  • L'oeuvre poétique de Charles Péguy est bien connue du grand public, mais on ignore souvent le poète, gérant la revue Les Cahiers de la Quinzaine. Cette étude présente l'évolution de cette revue fondée en 1900.

  • La présente étude s'attache à montrer la pertinence esthétique et littéraire de «la ruse» dans le Roman de Renart et dans l'oeuvre de François Rabelais. Extraite à partir de ces deux corpus, la ruse est décomposée et délimitée en aspects textuels et paratextuels, que l'auteur analyse et déchiffre sous quatre catégories : la ruse de comportement, la ruse référentielle, la ruse intertextuelle et la ruse verbale.

  • Une étude sur Montesquieu en tant qu'observateur des Romains de l'Antiquité, de leur grandeur et décadence. L'auteur s'avère un historien et un écrivain politique avisé. Son histoire s'étend sur plus de deux millénaires, de la fondation de Rome (753 av. J.-C.) à la prise de Constantinople (1453).
    " Rome enfin que je hais... " : on reconnaît un passage des imprécations de Camille, lorsqu'elle s'en prend à Horace, qui vient de tuer son fiancé et les deux frères de celui-ci (Corneille, Horace, acte IV). S'il serait exagéré d'attribuer un tel sentiment à Montesquieu lorsqu'il étudie les Romains de l'antiquité, on doit convenir que le couple fascination/détestation n'est pas non plus très adéquat. La condamnation qu'on lit dans la Pensée 1740 est formelle : " Si l'on pouvoit douter des malheurs qu'une grande conquête apporte après soi, il n'y auroit qu'à lire l'histoire des Romains. Les Romains ont tiré le monde de l'état le plus florissant où il pût être ; ils ont détruit les plus beaux établissements pour en former un seul, qui ne pouvoit se soutenir ; ils ont éteint la liberté de l'univers et abusé ensuite de la leur, affaibli le monde entier, comme usurpateurs et comme dépouillés, comme tyrans et comme esclaves ".

  • Le mythe de l'écriture

    Max Bilen

    Pour Max Bilen (1917-1995), la question de la création n'était pas seulement affaire d'esthétique ou de philosophie, mais avant tout d'expérience humaine. Dans les études présentées ici, littérature, esthétique et philosophie se rejoignent pour éclairer la nature et la fonction de l'imaginaire artistique et mythique.

  • René Girard et ses thèses radicales hantent le paysage intellectuel mondial. Cependant, du fait de la position marginale de leur auteur (décentré par rapport à ses propres études de chartiste, par sa position critique post-freudienne et post-lévi-straussienne, par sa position géographique et professionnelle américaine), ces fantômes peinent à prendre corps dans la recherche universitaire littéraire de notre pays. Depuis quelque temps, toutefois, Girard jouit enfin en France d'une certaine reconnaissance, et des penseurs de premier plan n'hésitent plus à dire l'influence qu'il a pu exercer sur eux et sur leurs travaux. Lecteurs anciens et passionnés de son oeuvre, H. Heckmann et N. Lenoir ont décidé de passer outre à l'étrange désintérêt que cet auteur, « médiéviste renégat », manifeste lui-même pour la littérature française du Moyen Âge et ont invité leurs collègues à tester ses hypothèses anthropologiques sur des échantillons variés de la littérature narrative des XIIe et XIIIe siècles. Publiant avec son autorisation l'adaptation scientifique d'un de ses deux articles sur le sujet et nonobstant la difficulté théorique que présente une telle entreprise, ils en proposent ici les premiers résultats.

  • 31 chercheurs d'Amérique latine et d'Europe s'interrogent sur la dimension linguistique et créative du double sens dans la littérature, ainsi que sur les échanges culturels et artistiques entre l'Espagne et l'Amérique latine qu'il présuppose, qui en découlent, ou à l'origine desquels il peut être considéré.

  • Dès qu'éclatent les guerres de Religion, au printemps 1562, Ronsard met sa plume au service de la cause catholique et royale. «D'une plume de fer sur un papier d'acier», il compose quatre longues pièces d'alexandrins qui déplorent les misères de la France, battent le rappel des bonnes volontés et stigmatisent les protestants.Cette étude suit une progression chronologique et thématique, depuis les causes de l'engagement de Ronsard jusqu'à la «querelle des Muses», sous-jacente au dialogue polémique avec les libelles protestants. Elle replace les Discours dans leur cadre théologique et historique, mais surtout dans le débat esthétique d'une Renaissance en crise.Un chapitre particulier est consacré au genre rhétorique de la «remontrance» et aux inflexions nouvelles que Ronsard lui confère.

  • Figure marquante de la seconde moitié du XIVe siècle, Othon de Grandson a été célébré par Georges Chastellain, Jean Froissart et Christine de Pizan pour ses qualités de vaillant chevalier, et par Martin le Franc, Alain Chartier et Geoffrey Chaucer pour ses vers. Son oeuvre, tombée dans l'oubli dès la fin du XVe siècle, redécouverte à la fin du XIXe siècle par Arthur Piaget, reste encore assez mal connue. Cet ouvrage regroupe des articles inédits consacrés au chevalier-poète. Ils offrent des éclairages historiques, littéraires et paléographiques sur Othon de Grandson et son oeuvre.

  • Patrick Andrivet s'est livré à une analyse rigoureuse du regard historico-politique de Bossuet sur Rome dans deux chapitres du Discours sur l'histoire universelle. Si Bossuet admire sans réserve «les belles institutions de cette fameuse république» qui ont conduit la petite cité latine jusqu'à l'empire «le plus étendu qui fût jamais», il condamne «l'amour de la liberté» qui, dès l'origine, crée l'instabilité et voue Rome, à travers mille accidents, à la destruction. Cette contradiction a longtemps été ignorée, et les commentateurs ont fait la part belle à l'éloge, sans retenir le blâme d'un Bossuet pour qui «les hommes naissent tous sujets».

  • Il y a une dramaturgie médiévale. Cette évidence s'impose à qui retrace le travail minutieux et cohérent des dramaturges entre le XIIe et le début du XVIe siècle. Avant de porter sur la scène une matière connue, ils la remodèlent en profondeur. Aucune de leurs créations n'est une transposition brute du récit narratif, toutes témoignent d'une réflexion et d'un savoir-faire sur les moyens propres à captiver les spectateurs. Tantôt on use de conventions, tantôt on crée une imitation suggestive du réel. Étudiée ici sous l'angle de deux de ses dimensions fondamentales, l'espace et le temps, cette dramaturgie se révèle finalement plus homogène que la diversité des oeuvres dramatiques ne l'a donné à penser jusqu'à présent.

  • Depuis le XIIe siècle, Robert hante la mémoire normande. Au Moyen Âge, l'histoire de ce fils du diable circule sous les formes les plus diverses. Puis la Bibliothèque Bleue prend le relais. Au XVIIIe siècle, un conte libertin lui fait écho. Ensuite, avec les Romantiques, la légende retrouve de la vigueur et, entre autres adaptations, inspire l'opéra de Meyerbeer. D'où vient cette légende noire ? Quelles sont ses relations avec la vie de Robert le Magnifique, duc de Normandie ? Littéraires, historiens du Moyen Âge et spécialistes de la Normandie ducale répondent ici. Ils croisent leurs regards sur le personnage et retracent sa destinée littéraire.

  • Dernier des classiques ? Premier des romantiques ? André Chénier (1762-1794) fut avant tout un jeune homme pleinement inséré dans son époque, fou de poésie, tête chaude et coeur bouillant, surtout préoccupé de chanter, de mettre sa Muse à l'essai, dans les différentes voies que l'esthétique ambiante offrait à son talent. Les études ici rassemblées visent à restituer l'idée qu'il se faisait de lui-même et de son art, loin des poétiques réglementées. Victor Hugo distinguera les quatre vents de l'esprit : le satirique, le dramatique, le lyrique et l'épique. Au temps de Louis XVI, alors que le sensualisme régente les arts, il faudrait parler de souffles de l'âme. Plutôt que de genres il s'agit chez André Chénier de registres ou de styles, au sens musical du terme ; le lecteur traversera successivement le didactique, le pastoral, l'épique et le satirique. Avec l'« état présent » et l'étude de la réception du poète en son devenir, l'ensemble forme une série d'approches propres à définir la physionomie d'une oeuvre, selon un terme cher à son auteur qui disait : « Les ouvrages ont une physionomie : ils font connaître non seulement les humeurs et le caractère, mais même la figure ».

  • ... hom m'apele Rutebuef,
    Qui est dit de « rude » et de « buef ».
    Rutebeuf joue sans cesse sur la polyvalence. Par l'adjectif « rude », veut-il se rattacher au courant anticourtois, prôner la rudesse des premiers croisés dont son idéal découle directement ? Adopte-t-il ce sobriquet pour insister sur la légende du pauvre jongleur, dont il reprend, en une litanie ininterrompue, les vices et les malheurs ? Si Rutebeuf rudement oevre, est-ce parce que les difficultés de sa condition constituent une entrave à la création poétique ? Veut-il plutôt évoquer la persévérance, l'ardeur, l'acharnement d'un boeuf ? Ce « Rutebuef » porte les contradictions du poète et de son oeuvre, de la tension irréductible entre le monde extérieur et le poète vidé de son être, entre le moi, objet des malheurs, et le je, conscience souffrante, qui progressivement perd tout, jusqu'à son humanité, sa cohérence, sa réalité. À mesure que le sens se vide pour ne signifier que le néant, le langage prend de l'épaisseur et de la lourdeur pour signifier la faiblesse de l'homme devant le monde.

  • D'un manuscrit l'autre, le texte littéraire médiéval trouve sa vérité dans la vibration de ses variantes avant que l'éditeur moderne ne le fige, offrant une oeuvre arrachée à son contexte. Les enquêtes conduites dans ce volume reviennent, en amont de l'oeuvre, sur les liens du texte à son environnement manuscrit qui infléchissent son identité, liens inévitablement occultés par la pratique contemporaine de l'édition critique. Sont interrogées ici les jointures, lieux de ligature ou d'interruption, qui modifient l'étendue de l'oeuvre tant dans certains textes composés ou composites que dans l'espace du recueil manuscrit. Ainsi s'ouvre la problématique d'une écriture médiévale qui introduit dans le texte des mouvances littéraires, jouant avec les frontières de l'oeuvre et son (in) achèvement.

  • Le dialogue narratif est depuis Platon considéré comme un morceau de dialogue théâtral déposé dans les creux d´une narration. Au Moyen Âge particulièrement, où tout récit transite par la voix vive, on considère régulièrement les romans comme du théâtre enveloppé d´une narration : les dialogues littéraires sont d´abord du langage transcrit imitant la parole dans l´écriture, puis du langage oralisé, texte écrit prononcé à voix haute par le jongleur ou l´acteur.
    Que se passe-t-il quand la voix des personnages se glisse dans celle d´un conteur plutôt que dans celle d´un acteur ? L´oralité s´exprime-t-elle de manière identique dans les lectures en public et sur les tréteaux du théâtre ?

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