• Dans un projet  intitulé : « Essai sur le Mystérieux », Segalen défend les droits de l'Imaginaire et étudie son conflit avec le Réel. Nous proposons une nouvelle édition de cet essai de Segalen, qui ne sera pas publié dans la nouvelle édition de ses oeuvres en cours de publication dans la « Bibliothèque de la Pléiade ».

  • Un monde se meurt. Immémoriaux, les Tahitiens ont trahi leurs dieux et leurs coutumes. Le drame se joue au moment de l'arrivée des Européens sur les rives enchantées de la Polynésie, à la fin du xviiie siècle. Il prend ici figure d'allégorie : en vain, Paofaï, le dernier païen, partira à la recherche d'une écriture capable de sauvegarder les « mots qui ne doivent pas mourir » ; et moins de vingt ans suffiront aux Occidentaux pour anéantir une culture restée jusque-là intacte.
    Dans ce premier livre, une active nostalgie mène Victor Segalen, non à déplorer, mais à recréer la belle « société antique et forte », ses fêtes, son culte du jouir, son alliance heureuse avec la nature. Quant à la langue sacrée des Maori, il la réinvente par une prose sans exemple, qui en devient le simulacre. Le livre, publié en 1907 sous un pseudonyme, acquiert tout son sens aujourd'hui où nous en mesurons le caractère prémonitoire.

  • Cette histoire d'un jeune mythomane (ou peut-être d'un jeune héros empêtré dans ses aventures) dont les récits étranges exaltent et déçoivent tour à tour, qui promet de livrer son secret et qui se reprend aussitôt, non sans laisser dans l'esprit de quoi l'inquiéter, cette histoire sardonique et douloureuse, coupée de sursauts plaisants, est un des plus singuliers documents que nous ayons sur la Chine d'hier, parée de ses soies brodées d'or et des prestiges de son passé. - Elle est aussi, elle est surtout la description, minutieuse en sa cruauté, du rêve auquel on demande trop, qui se ternit quand on l'éclaire, qui se brouille quand on tâche d'en tirer la vérité qu'il sous-entend, suppose mais n'expose pas ; livre amer et poignant, vivant et contrasté, où, du personnage principal, le lecteur se défie autant que s'en défiait l'auteur lui-même, et qui se termine, en quelque sorte, par un point d'interrogation.
    Gilbert de Voisins, La Nouvelle Revue française.

  • Stèles

    Victor Segalen

    Nommé élève interprète de la marine, Victor Segalen arrive à Pékin en juin 1909. Il rencontre à Tien-Tsin Paul Claudel et entreprend avec l'écrivain A. Gilbert de Voisins une grande expédition en Chine centrale et au Japon qui durera neuf mois. De ce séjour, qui s'interrompra avec la guerre en août 1914, naîtront les grandes oeuvres de l'écrivain, dont Stèles (1912), inspiré par les pierres écrites chinoises dont la fonction était à l'origine sacrificielle et funéraire. Ce recueil de quarante-huit poèmes en prose -- de soixante-quatre dans la seconde édition (1914), chiffre correspondant au nombre d'hexagrammes du Yi King -- se présente extérieurement et intérieurement à la chinoise, mais l'exotisme, ici, ne sert que d'alibi. Ni traductions, ni adaptations des inscriptions gravées sur les stèles chinoises, ces poèmes expriment en réalité l'univers secret de Segalen, ses opinions, ses sentiments, ses expériences du voyage, un monde de sensations et de visions qui lui est propre. Par le détour de la Chine, par ce qu'il appelle l'allégorie, ils suggèrent des notions trop pures pour tomber sous la coupe des mots. L'indicible, l'invisible, l'inouï hantent en particulier les stèles du "Milieu" qui terminent le volume et marquent, comme dans la géographie chinoise, le lieu d'un passage spirituel. Victor Segalen a veillé personnellement à l'édition à la chinoise de 1912, tirée à 81 exemplaires, "chiffre qui correspond au nombre sacré (9x9) des dalles de la troisième terrasse du Temple du Ciel à Pékin". Dans une lettre adressée l'année précédente à son ami Claude Debussy, il exposait ainsi son projet: "un recueil de proses courtes et dures, mesurées comme un sonnet", conclues par "un trait expressif" pour faire advenir le "jour de connaissance au fond de soi". Dans une autre correspondance, il précise que les caractères gravés sur les stèles chinoises sont pour lui comme "une trame soudaine figée, qui n'est plus pensée dans un cerveau, mais pensée dans la pierre où ils sont entés. Et leur attitude, hautaine, pleine d'intelligence et de visions anciennes, est un geste de défi à qui leur fera dire ce qu'ils enferment..."

  • Né d'une mission archéologique et nourri par plusieurs voyages dans la Chine profonde, ce livre de Victor Segalen, à la fois médecin, explorateur et poète, dépasse rapidement son point de départ pour devenir une grande oeuvre littéraire qui permet à l'auteur de se révéler à la lumière du taoïsme. Hommes et femmes rencontrés, souvent humbles et farouches, mais aussi objets, parures, cérémonies : tout fait signe à l'auteur d'Équipée qui tente, dans une langue choisie, de comprendre la vieille et subtile civilisation chinoise. Ce livre numérique comporte : - Une préface - Équipée. Voyage au pays du réel de Victor Segalen - Un dossier de lecture rédigé par Claude Le Manchec La rédaction du dossier de lecture, claire et accessible, a été confiée à un spécialiste universitaire. En effet, Claude Le Manchec est docteur en sciences du langage de l'EHESS. Il a publié plusieurs essais sur l'enseignement des sciences humaines pour différents éditeurs, avant d'être responsable des collections « Savoirs » et « Grands voyageurs » au sein des éditions de l'Ebook malin.

  • Texte intégral révisé du manuscrit original suivi d'une biographie de Paul Gauguin. Préface et postface de Victor Segalen. Récit autobiographique du premier séjour effectué par Gauguin à Tahiti entre 1891 et 1893, "Noa Noa" ("parfumé" en tahitien) relate sa découverte de la Polynésie et de la civilisation maorie en même temps que son aventure intérieure, celle de la renaissance esthétique et spirituelle d'un homme et d'un artiste qui, au contact des "sauvages", a fait mourir en lui "le vieux civilisé". Laissant parler sa jeune maîtresse Tehura, ce sont l'histoire, la cosmogonie, la vie quotidienne, les rites, la langue, les dieux, la sensualité et, somme toute, "l'âme" du peuple maori passant par le mystère de la femme qui traverse ce journal intime d'un peintre en quête d'un paradis terrestre, d'une sorte d'Eden mythique où retrouver l'innocence perdue. Les deux textes de Victor Segalen, qui a découvert la version enluminée du manuscrit de "Noa Noa" après la mort du peintre, éclairent et enrichissent cette épopée polynésienne. "Noa Noa" constitue une oeuvre à part entière, incontournable pour qui veut comprendre l'immensité de la création de Gauguin et son apport non seulement pictural (par la marque décisive qu'il a laissé dans l'histoire de l'art moderne: primitivisme, fauvisme, nabisme, expressionnisme, cubisme,...), mais aussi littéraire.


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