• Potocki, Nerval, Gautire, Villiers de l'Isle-Adam : Tzvetan Todorov nous introduit d'abord au plaisir de les relire en nous enseignant à construire les limites d'un genre : dans l'hésitation non résolue du lecteur entre le naturalisme de l'étrange et le surnaturel du merveilleux. Puis il nous conduit au repérage de deux grands groupes de récits fantastiques que commandent respectivement le rapport du personage au monde et son rapport à autrui : ce n'est pas dans un attirail thématique, mais dans un réseau sous-jacent que s'organise le fantastique. Ainsi comprend-on que le fantastique soit du XIXe siècle très précisément.

  • Analyse critique des théories d'Aristote et de saint Augustin, de Tacite et de Quintilien, et de Du Marsais et de Condillac, de Diderot et de Lessing, de Goethe et des frères Schlegel, de Freud et de Lévy-Bruhl, de Saussure et de Jakobson, Théories du symbole n'est pourtant pas une histoire de la sémiotique.Il y est certes question de sémiotique. Ou plutôt d'un ensemble de disciplines qui, dans le passé, se sont partagé le domaine du signe et du symbole : sémantique, logique, rhétorique, herméneutique, esthétique, philosophie, ethnologie, psychanalyse, poétique.N'est-ce pas de l'histoire, d'autre part, que de reconstituer ces systèmes conceptuels et de chercher les lois qui ont gouverné le discours sur le discours ? Peut-être, mais à cela près qu'"histoire" et "sémiotique", loin d'être des données immuables permettant de circonscrire un projet, sont à leur tour parmi les notions que l'enquête va mettre en question.Restent : de l'histoire, la crise, par où s'opposent "classiques" et "romantiques"; et de la sémiotique, l'unité, peut-être trompeuse, du signe et du symbole. A travers leur étude s'affirme, comme une tierce voie, une pensée de la différence non valorisée; du pluriel et de la typologie.

  • Le sujet de ce livre est la relation entre "nous" (le groupe culturel et social auquel on appartient) et "les autres" (ceux qui n'en font pas partie); le rapport entre la diversité des peuples et l'unité de l'espèce humaine. Un sujet que la France vient de redécouvrir - et qui me touche aussi personnellement.Cependant, plutôt que d'exposer mes idées sur la questtion, j'ai voulu interroger les penseurs français qui y avaient déjà réfléchi, de Montesquieu à Segalen, voire de Montaigne à Lévi-Strauss. Ne disposant pas de la vérité, je suis parti à sa recherche - avec, et parfois contre, ces penseurs.Ce faisant, j'ai dû renoncer aussi à la réserve de l'historien : tout au long de ce travail, mon but a été d'apprendre, non seulement comment les choses ont été, mais aussi comment elles doivent être ; j'ai voulu connaître et juger. Car nous ne pouvons pas seulement étudier les autres : toujours, partout, en toutes circonstances, nous vivons avec eux.Tzvetan Todorov

  • Le XXe siècle souche à sa fin, et nous sommes tous tentés de nous demander : quelle sera sa place dans lhistoire ? Comment sen souviendra-t-on un jour ? Pas plus quun autre, je ne connais la réponse complète à ces questions ; mais je suis sûr que lune des inventions du siècle sera durablement attachée à son souvenir : les camps totalitaires. Nous avons fait la découverte du régime politique extrême, le totalitarisme, et de son extrême à lui, les camps.Cette institution macabre se prête à toutes sortes de commentaires, historiques, politiques, psychologiques. Celui que je propose ici, à travers une enquête narrative et personnelle, est indifférent : il a trait à la morale. Non seulement, contrairement à un préjugé répandu, la vie morale ne sest pas éteinte aux camps, mais de plus il se pourrait que nous y trouvions de quoi fonder une morale quotidienne à la mesure de notre temps.T. T.

  • « Le discours soviétique officiel décrit progressivement la réalité du pays en termes qui ne correspondent pas à l'expérience commune, comme si les mots pouvaient créer les choses. [...] L'importance de cette doctrine dépasse de loin le domaine esthétique, elle représente à l'état pur l'un des traits dominants de la société soviétique sous Staline car elle consacre le règne universel du mensonge.»
    À la fois connaisseur de l'Union soviétique et grand penseur des oeuvres d'art, Tzvetan Todorov a souhaité éclairer les rapports idéologiques entre ceux qu'il nomme les «artistes créateurs» et le pouvoir politique à partir de la révolution d'Octobre. Comment les artistes ont-ils annoncé la révolution? Comment ont-ils ensuite obéi ou échappé au réalisme socialiste désireux d'annihiler toute création? Todorov explore le destin d'artistes phares, Maïakovski, Pasternak, Boulgakov ou Mandelstam, et s'attarde sur le parcours singulier du peintre Kasimir Malevitch, dont la pluralité des voies artistiques fait écho à l'intensité de son engagement.
    Le Triomphe de l'artiste, c'est finalement le pouvoir de l'art sur celui qui veut sa mort.

  • Le penseur russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) a mené sous le régime soviétique une existence marginale, mais ses travaux, publiés en partie après sa mort, sont aujourdhui traduits et discutés dans le monde entier. Ils portent sur lhistoire de la littérature russe et mondiale, avec en particulier les livres sur Dostoïevski et Rabelais, mais aussi sur la théorie du langage, des genres littéraires, du psychisme humain, de la culture et de la connaissance, pour culminer dans une anthropologie philosophique.La question à laquelle revient inlassablement Bakhtine, à travers ces différents thèmes et approches, est celle de la nature profondément dialogique des humains : « Etre signifie être pour autrui et, à travers lui, pour soi. »Première introduction à luvre et la pensée de Bakhtine, le présent livre se situe à mi-chemin entre lanthologie et le commentaire, et il permet dentendre à nouveau la voix de Bakhtine : pour que le dialogue puisse se poursuivre. Il contient également quatre textes des années vingt, issus du cercle de Bakhtine et jamais auparavant publiés en français.

  • Comment répondre au terrorisme sans faire, hors de chez soi, un usage abusif de la force en s´engageant dans des actions militaires aussi disproportionnées qu´inefficaces (exemplairement incarnées par la guerre en Irak) ? Comment réagir, sur son territoire, face à ce que l´on considère comme une atteinte aux valeurs démocratiques sans montrer cette « fermeté » qui est un autre nom pour l´intolérance ?
    Sans baisser les bras face aux dangers ni céder à l´angélisme, les démocraties occidentales doivent veiller à ne pas se laisser entraîner par la peur dans une réaction excessive, qui risque ? et a parfois déjà commencé ? de les faire sombrer à leur tour dans la barbarie. L´enjeu : refuser, d´une part, de perdre son âme en piétinant les valeurs mêmes que l´on défend, éviter, d´autre part, d´envenimer des conflits dont l´embrasement ? à une époque où les moyens de destruction massive sont à la portée de chacun ? pourrait mettre en danger la survie de l´espèce humaine.
    Pour discuter ces questions sensibles, Tzvetan Todorov a fait appel à sa connaissance intime de l´histoire des cultures et des idées ; il nous livre un essai lumineux où les différentes approches ?, philosophique, anthropologique, politique ?, se mêlent à l´observation critique de l´actualité dans un va-et-vient constant entre présent et passé. Une véritable « boîte à outils » pour appréhender les enjeux du monde contemporain.0400 À l´intérieur des pays occidentaux, et singulièrement européens, où habite depuis plusieurs décennies une importante minorité provenant des « pays du ressentiment », on retrouve des situations qui illustrent la formule du remède pire que le mal. Cette minorité pratique une religion, l´islam, différente de celle de la majorité ; et, surtout, dans l´organisation de sa vie sociale, elle lui accorde une place qui ne correspond pas à celle que les démocraties libérales contemporaines réservent à la religion, quelle qu´elle soit. Il en résulte, sur toute une série de questions touchant à la vie quotidienne, des frictions entre différentes parties de la population. Comment diminuer ces frictions ? C´est ici qu´apparaît une réaction malencontreuse, à savoir la « fermeté », euphémisme pour l´intolérance.
    Personne n´est entièrement satisfait des conditions dans lesquelles il vit, on a même souvent l´impression que ces conditions se dégradent. À qui la faute ? L´on est tenté de chercher une réponse simple et un coupable facile à identifier : c´est cette tentation qui produit les mouvements et partis populistes. Le populisme de gauche répond : c´est la faute aux riches, il faut prendre leurs biens et les distribuer aux pauvres. Le populisme de droite défend non une classe sociale mais une nation et, à la même question, répond : c´est la faute aux étrangers. La xénophobie constitue le programme minimum des partis d´extrême droite, qui ont dû abandonner leurs autres thèmes de prédilection, l´anticommunisme et le racisme. Depuis quelques années, ces partis ont renforcé leur audience dans une bonne moitié des pays membres de l´Union européenne. Ils ne jouent nulle part le premier rôle mais, ici et là, sont devenus indispensables aux coalitions qui détiennent le pouvoir. Si celles-ci veulent le garder, elles doivent satisfaire les exigences de l´extrême droite en matière d´immigration et de cohabitation ? autrement elles risquent de perdre les voix des électeurs.
    Cette xénophobie générale se double de ce qu´il faut bien appeler une islamophobie, même si le terme est parfois employé abusivement. Les deux formes de rejet ne se recoupent que partiellement : l´islamophobie ne concerne qu´une partie des immigrés, mais elle ne s´arrête pas aux frontières du pays ; néanmoins, la majorité des immigrés actuels en Europe sont bien d´origine musulmane. Or attaquer les immigrés est politiquement incorrect, alors que critiquer l´islam est perçu comme un acte de courage ; l´un peut donc venir à la place de l´autre.
    Ce choix particulier de tradition à repousser a des raisons multiples et pour une part anciennes. L´islam est longtemps apparu comme un rival du christ

  • Que faut-il retenir du XXe siècle, quels enseignements doit-on en tirer ? Il s´est achevé par une forme d´action politique à première vue inédite : les «guerres éthiques», conduites en Irak et en Yougoslavie par les pays occidentaux qui n´emploient que des bombes «à caractère humanitaire» (Václav Havel). Nous croyons avoir bien compris le passé depuis que le mal a été clairement identifié: le totalitarisme, symbolisé pour nous par le camp d´extermination nazi et le goulag communiste. Mais la démocratie est-elle toujours un bien ? ou devons-nous penser, avec le grand Vassili Grossman, que «là ou se lève l´aube du bien, des enfants et des vieillards périssent, le sang coule» ? Se souvenir du mal passé ne suffit pas pour empêcher les errements présents. La mémoire n´est pas toujours, et intrinsèquement, une bonne chose, ni l´oubli une malédiction. Ce n´est pas en nous prenant pour l´incarnation du bien, en donnant des leçons de morale à nos concitoyens comme aux pays étrangers que nous échappons au mal. On doit résister à cette tentation tout en continuant à défendre la liberté de l´individu et l´amour des hommes. Dans une réflexion exigeante sur le siècle, depuis la naissance des totalitarismes jusqu´à la guerre du Kosovo, en passant par la bombe atomique d´Hiroshima, Tzvetan Todorov s´interroge sur le sens de cette histoire tragique. Il éclaire l´opposition entre régimes démocratiques et totalitaires, aussi entre communisme et nazisme, avant d´analyser les abus les plus courants de la mémoire. Il nous met aussi en garde contre les dérives menaçant la démocratie. Ce siècle des ténèbres est traversé par quelques sillons lumineux, hommes et femmes exemplaires qui, confrontés avec les totalitarismes, ont su précisément combattre le mal sans se prendre pour une incarnation du bien. Leurs portraits ponctuent le livre : Vassili Grossman et Margarete Buber-Neumann, David Rousset et Primo Levi, Romain Gary et Germaine Tillion.

  • 0300 Pendant des millénaires notre rapport à l´absolu, notre besoin de plénitude, a été vécu dans le cadre de l´expérience religieuse. Puis la référence au monde divin à cédé sa place à des valeurs humaines. Aujourd´hui, l´aspiration à la plénitude (au sacré, au sublime, à l´infini...), à une qualité de vie supérieure fait partie du "projet de vie" de chacun. Mais comment la mener ? Où doit-elle nous conduire ?
    Parmi les tentatives contemporaines extraordinairement variées de toucher à l´absolu, Tzvetan Todorov a voulu en retenir une : celle qui interprète cette expérience comme une quête de la beauté et l´art comme le moyen d´y accéder. Et il s´est attaché à trois serviteurs de la beauté ? Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke, Marina Tsvetaeva ?qui ont toute leur vie aspiré à une forme de perfection, et en ont fait le projet de leur existence.
    Dans un livre qui nous rappelleMémoire du mal, tentation du bien, Tzvetan Todorov ne nous offre pas seulement une triple et passionnante biographie, mais aussi une réflexion sur l´art de vivre. Le culte de la beauté et la pratique des arts ne suffisent pas à organiser l´ensemble d´une vie, conclut-il au terme de son cheminement. Nous sommes des êtres imparfaits, non des anges, et ne pouvons vivre dans une extase continuelle, dans le seul ravissement de la plénitude. La voie ne serait-elle pas de trouver une beauté dans le quotidien qui permette de découvrir le sens de la vie ? Dans leur quête, Wilde, Rilke et Tsvetaeva ont connu l´échec, mais ils ont montré le chemin.
    0400 L´« aventure » est à entendre ici en un double sens : ils n´empruntent pas des chemins bien balisés mais ouvrent des voies nouvelles ; et, intrépides, ils ne s´arrêtent pas prudemment à mi-chemin mais vont aussi loin que possible, au risque de leur bonheur, voire de leur vie : ce sont des explorateurs de l´extrême. C´est pour cette raison que leur expérience, sans ressembler à celle du commun des mortels, est éclairante pour tous. Il fallait qu´on ait affaire à des individus qui non seulement avaient aspiré à une forme de perfection, mais qui en avaient au préalable conçu le projet et qui l´avaient consigné par écrit. C´est le prix à payer pour qu´on puisse confronter théorie et pratique, jauger le projet à l´aune de sa réalisation. Cette condition nous oriente vers la vie d´êtres dont le rapport à l´absolu touche à leur profession même : ce seront des artistes, serviteurs de la beauté. Et, plus particulièrement, ceux parmi eux qui ont laissé des témoignages abondants, éloquents et fiables de leur expérience : donc des écrivains. Stefan Zweig, qui publiait en 1928 un essai intituléTrois poètes de leur vieet consacré aux destins de Casanova, Stendhal et Tolstoï, justifiait ainsi son choix : « Seul le poète peut être un Selbstkenner », c´est-à-dire celui qui se connaît lui-même.
    Tous les écrivains ne s´engagent pas dans cette voie, mais ceux parmi eux qui ont voulu le faire et ont laissé des traces écrites de leur tentative, offrent une riche matière pour notre exploration. On ne trouvera pourtant guère, dans ce qui suit, des pages de critique littéraire. Les oeuvres, on le sait, ne permettent jamais d´accéder avec certitude à la vie de l´auteur. De plus, la question qui nous importe ne concerne pas la structure et le sens des oeuvres, mais la possibilité ou non de prendre exemple sur quelques existences passées pour mieux régler la nôtre ; ou en tous les cas d´éclairer la nôtre par la leur. Qu´il s´agisse d´existences d´écrivains est une commodité, non une nécessité. La matière privilégiée sera donc constituée pour nous, non par les oeuvres de ces auteurs, mais par leurs écrits intimes, là où ils parlent d´eux-mêmes, de leur choix de vie, de leurs réussites et échecs.
    Parmi ces écrits, complétés à l´occasion par d´autres sources, c´est la correspondance qui tient une place privilégiée. La lettre se situe à mi-chemin entre le purement intime et le public, elle s´adresse déjà à un autrui pour qui l´on se peint et s´analyse, mais cet autrui est un individu que l´on connaît, non la foule impersonnelle. Les lettres manife

  • On dit que lhomme est un être social, mais que signifie exactement cette phrase ? Quelles sont les conséquences ce constat banal, quil nexiste pas de je s ns tu ? En quoi consiste, pour lindividu, la contrainte de ne jamais connaître quune vie commune ?Dans cet essai de réflexion et de synthèse, où la philosophie côtoie la théorie psychanalytique, où les uvres littéraires secondent lintrospection, Tzvetan Todorov aborde le thème central dune nouvelle ou très ancienne discipline, lanthropologie générale. Il cherche à comprendre lorgueil et le dévouement, lidentification au tyran ou à la victime, lamour des parents et celui des enfants. Lêtre humain est condamné à lincomplétude, il aspire à la reconnaissance, et son soi, même dans la solitude, est fait de rencontres avec les autres.On est heureux parce quon aime, on aime parce que, sans lamour, on nexiste pas. Notre bonheur dépend exclusivement des autres, qui détiennent donc aussi les instruments de sa destruction. La vie commune ne garantit jamais, et dans le meilleur des cas, quun frêle bonheur.

  • Au deuxième anniversaire du 11 septembre, au coeur d'une agitation médiatique signant des temps toujours troublés, une réflexion nécessaire0300Terrorisme, islamisme, sécurité internationale: loin de l´anti-américaniste primaire, adversaire de tous les sectarismes, Tzvetan Todorov nous invite d´une façon claire et pédagogique, en huit courts et denses chapitres, à revoir notre façon de réfléchir sur le nouveau désordre mondial.La paix mondiale passe-t-elle par la guerre ou par le droit? La première nous semble toujours injuste tandis que le second apparaît illusoire. Comment dépasser cette contradiction? Dans un petit livre merveilleux de clarté, totalement dénué de jargon, Todorov analyse le nouvel impérialisme américain et propose à l´Europe la voie résolue de la «puissance tranquille».Universitaire mondialement reconnu, «paysan du Danube» (il est originaire de Bulgarie) ayant enseigné dans les plus grandes universités en France et aux États-Unis, Tzvetan Todorov met au service de la cause européenne sa fibre humaniste et sa connaissance intime de l´histoire de la culture et des idées. Et il ne se contente pas d´analyser et de critiquer: il va jusqu´au bout de la démarche en faisant des propositions concrètes, courageuses, parfois inattendues.Stanley Hoffmann, préfacier de ce livre, est professeur à Harvard (spécialisé en sciences politiques, et plus particulièrement l´éthique et les relations internationales) et chroniqueur politique ? il écrit régulièrement dans des revues comme «The New Republic», «Foreign Policy», «The New York Review of Books», et «The New York Times». Il est, dans ce domaine, reconnu mondialement.

  • Dans un va-et-vient constant entre passé et présent, Tzvetan Todorov dégage les grandes lignes de cette pensée, sans détacher son regard de notre époque.
    0300esiècle aient trouvé les solutions aux problèmes qui ont surgi depuis et nous troublent chaque jour. Mais cette époque, ces trois-quarts de siècle situés à peu près entre 1715 et 1789, a vu se produire un grand basculement dont nous sommes tous les héritiers. Mieux comprendre cette transformation peut nous aider à mieux vivre aujourd´hui.
    Quel était le projet des Lumières ? Quelles idées fondamentales se trouvent à leur source ? Autonomie, humanité, universalité... Que faut-il entendre par là ? Au-delà du rejet ou de l´invocation, qu´en est-il exactement des répercussions des Lumières sur le déroulement de l´Histoire ? Quelles clefs ce mouvement nous offre-t-il pour trouver des solutions aux problèmes politiques d´aujourd´hui ? Dans l´esprit duNouveau désordre mondial, Tzvetan Todorov écrit un livre de réflexion, aussi synthétique que brillant, à mi-chemin entre philosophie politique et actualité.
    En mars 2006, Tzvetan Todorov est le commissaire de l´exposition " Lumières ! Un héritage pour demain ", à la Bibliothèque nationale de France.

  • Les Morales de l'histoire constituent d'abord une réflexion sur les formes que prend la connaissance de l'humain : Tzvetan Todorov interroge le rapport entre faits et valeurs, vérité et fiction, interprétation et éloquence ; il examine le rôle de l'intellectuel contemporain. Mais cet ouvrage est aussi une mise en pratique de la "science morale et politique" : comment vivre la liberté à l'intérieur d'une société ? Comment pratiquer l'égalité entre sociétés différentes ? Ce livre rappelle quelques faits et leurs interprétations tels que la colonisation ou la conquête de l'Amérique, vue par les Aztèques. Il ressuscite des débats d'époques très variées, entre Socrate et les Sophistes, Montaigne et Montesquieu, Spinoza et Locke, le vicomte de Bonald et Benjamin Constant, Léo Strauss et Raymond Aron. Tout au long de ces divers parcours il tâche de ne pas perdre de vue l'essentiel : les morales de l'histoire.

  • "Le capitaine Alonzo Lopez de Avila s'était emparé pendant la guerre d'une jeune Indienne, une femme belle et gracieuse. Elle avait promis à son mari craignant qu'on ne le tuât à la guerre de n'appartenir à aucun autre que lui, et ainsi nulle persuasion ne put l'empêcher de quitter la vie plutôt que de se laisser flétrir par un autre homme ; c'est pourquoi on la livra aux chiens." (Diego de Landa, Relation des choses de Yucatan, 32) J'écris ce livre pour essayer de faire en sorte qu'on n'oublie pas ce récit, et mille autres pareils. A la question : comment se comporter à l'égard d'autrui ? je ne trouve pas moyen de répondre autrement qu'en racontant une histoire exemplaire, celle de la découverte et de la conquête de l'Amérique. En même temps, cette recherche éthique est une réflexion sur les signes, l'interprétation et la communication : car le sémiotique ne peut être pensé hors du rapport à l'autre.T. T.

  • On peut regarder l'histoire politique du XXe siècle comme l'histoire du combat de la démocratie contre ses ennemis extérieurs : le fascisme et le communisme. Ce combat s'est achevé avec la chute du mur de Berlin. D'après certains, il se prolonge contre de nouveaux ennemis - islamo-fascisme, terrorisme, dictateurs sanguinaires... Pour Todorov, ces dangers, certes réels, ne sont pas des candidats crédibles à cette succession. Le principal ennemi de la démocratie, c'est devenu elle-même, ou plutôt certains aspects plus ou moins visibles de son développement, qui en menacent jusqu'à l'existence même. Le premier est une forme de démesure, un avatar de la vieille hubris des Grecs : ayant vaincu ses ennemis, certains des tenants de la démocratie libérale sont pris d'ivresse. Quelques dizaines d'années après la décolonisation, les voici lancés dans une succession de croisades où il s'agit d'apporter les bienfaits de la civilisation à des peuples qui en sont privés. Or cette démesure, non contente d'être plus meurtrière qu'on ne le dit (car les " bombes humanitaires " tuent autant que les autres), est aussi destructrice de nos propres valeurs : on part se battre pour une juste cause, et on se réveille avec le cauchemar d'Abu Ghraïb ou de Guantanamo. Le deuxième est une étrange filiation : pour Todorov, il y a en effet une continuité entre le messianisme européen du XIXe siècle, qui a notamment ouvert la voie idéologique de la colonisation, le communisme et le néo-libéralisme contemporain. Ce sont des doctrines proprement révolutionnaires, dont le but est d'établir un nouvel ordre du monde, et où la fin justifie les moyens. C'est une chose de croire dans l'universalité de ses propres valeurs et de souhaiter les promouvoir ; c'en est une autre de le faire avec une violence moins visible, et sans une considération attentive des peuples objets de notre sollicitude. La troisième menace est la tyrannie des individus : une doctrine de protection des libertés s'est aujourd'hui hypertrophiée jusqu'à donner à quelques puissants le privilège de s'approprier non seulement les richesses, mais aussi le pouvoir politique et la parole publique - bref d'occuper tout l'espace et d'exercer la liberté des renards dans le poulailler... Liberté et barrières, tolérance et responsabilité, balance des contre-pouvoirs - seul un dosage subtil pourra permettre à la démocratie de durer en étant autre chose qu'un paravent ou un faux-semblant : un modèle où les forces contradictoires qui agitent individus et sociétés trouvent une forme d'équilibre perpétuellement instable, et où le " vivre-ensemble " garde un sens.

  • Insoumis

    Tzvetan Todorov

    En racontant le destin de huit figures emblématiques, huit insoumis,Tzvetan Todorov nous propose une passionnante réflexion sur les enjeux politiques de notre temps.
    Ils ont vécu à des époques différentes, fait face à des ennemis qui ne sont pas de même nature - et leurs réponses ne sont pas univoques. Tous, pourtant, ont renoncé au confort d'une vie tranquille au nom d'un amour intransigeant : celui des êtres humains, celui de la vérité. Ils ont refusé de se soumettre : à l'agresseur venu du dehors, à leurs démons intérieurs aussi. Tous ont - parfois dès l'origine, parfois après une " conversion " religieuse ou laïque répudié l'usage de la violence dans leurs luttes.
    Si ce livre d'histoires n'est pas seulement un livre d'histoire, c'est que chacun des " insoumis " dont Todorov retrace le destin a pour nous des résonances profondes, bien au-delà des circonstances que l'auteur relate et qui dépassent le caractère héroïque, voire tragique, de certains des personnages.
    Soixante-dix ans après sa déportation et sa disparition à Auschwitz, la voix de la jeune Etty Hillesum nous émeut et nous inspire par sa volonté de partager le lot commun plutôt que de se sauver, elle, et d'affirmer la beauté du monde en toutes circonstances.
    C'est par sa religion du vrai et du juste - et aussi par son inaltérable sens de l'humour, sa façon de considérer les humains non en " blocs " ethniques, nationaux, politiques, religieux, mais un par un - que Germaine Tillion, ethnologue, historienne, résistante, s'attache à notre coeur.
    Entre les deux grands écrivains russes Boris Pasternak et Alexandre Soljenitsyne, que de différences de tempérament ! Pasternak se cache dans une résistance intérieure presque invisible pour édifier le roman majeur qu'est Le Docteur Jivago ; Soljenitsyne, guerrier sans relâche, faisant de son oeuvre et de sa position publique une arme de combat contre le régime soviétique.
    Malgré les apparences premières, il y a plus de points communs entre ces deux figures de la lutte contre les discriminations raciales que sont Nelson Mandela et Malcolm X, qu'il s'agisse du combat contre l'apartheid en Afrique du Sud ou de la révolte contre le racisme aux États-Unis, dans leur jeunesse l'un comme l'autre n'ont pas hésité à prêcher la violence contre la violence. Mais l'un comme l'autre y ont renoncé.
    Avec l'exemple de l'historien israélien David Shulman, militant pacifique inlassable des droits des Palestiniens, Todorov n'hésite pas à aborder un conflit aux racines historiques complexes et aux résonances émotionnelles mondiales ; en achevant son livre sur la figure du lanceur d'alerte Edward Snowden, il ne fuit pas la controverse et nous entraîne au coeur d'un débat démocratique contemporain majeur.

  • Dictionnaire encyclopédique des sciences du langage Ce dictionnaire ne se limite pas à la linguistique stricto sensu ; y figurent aussi les concepts fondateurs, comme celui de signe, et, symétriquement, on y a pris en considération les productions de la langue (d'où la place accordée à la poétique). Quatre grandes parties : les écoles (depuis le XVIIe siècle jusqu'à Chomsky), les domaines (y compris psycho et sociolinguistique), les concepts méthodologiques (du plus fondamental - le signe - au plus dérivé - les genres littéraires), les concepts descriptifs (du plus simple - les unités non significatives - aux plus complexes - du langage et de l'action). Cinquante-sept articles à l'intérieur desquels sont données quelque huit cents définitions, faciles à repérer grâce à l'index final, doublé d'un index des auteurs. Un irremplaçable exposé et un très commode instrument de travail.

  • La notion de littérature La littérature et les autres formes de discours ; la poésie et la fiction ; l'oeuvre individuelle dans son rapport au genre : tels sont les thèmes qu'abordent les essais ici réunis. Un trait me frappe à la relecture : c'est leur caractère, en quelque sorte, intermédiaire. Je ne m'intéresse pas à la pure spéculation ni à la description des faits pour eux-mêmes : je ne me lasse pas de passer de l'une à l'autre. La même ambiguïté se poursuit jusque dans le style de l'exposition. J'essaie d'éviter aussi bien un impressionnisme qui me paraît irresponsable, non parce qu'il est privé de théorie, mais parce qu'il ne veut pas le savoir, qu'un formalisme terroriste, où tout effort de l'auteur s'épuise à découvrir une notation plus précise pour une observation qui l'est souvent très peu. À vouloir gagner sur les deux tableaux, on risque de perdre ici et là : destin peu enviable, auquel je ne saurais pourtant renoncer.

    T. T.



    Tzvetan Todorov Directeur de recherche honoraire au CNRS, historien et essayiste, auteur d'une trentaine de livres consacrés à l'analyse des oeuvres et des sociétés, ainsi qu'à l'histoire des idées, dont La Littérature en péril (Flammarion, 2006) et La Signature humaine (Seuil, 2009).

  • The political history of the twentieth century can be viewed as the history of democracy's struggle against its external enemies: fascism and communism. This struggle ended with the fall of the Berlin Wall and the collapse of the Soviet regime. Some people think that democracy now faces new enemies: Islamic fundamentalism, religious extremism and international terrorism and that this is the struggle that will define our times. Todorov disagrees: the biggest threat to democracy today is democracy itself. Its enemies are within: what the ancient Greeks called 'hubris'. Todorov argues that certain democratic values have been distorted and pushed to an extreme that serves the interests of dominant states and powerful individuals. In the name of `democracy' and `human rights', the United States and some European countries have embarked on a crusade to enlighten some foreign populations through the use of force. Yet this mission to `help' others has led to Abu Ghraib and Guantanamo, to large-scale destruction and loss of life and to a moral crisis of growing proportions. The defence of freedom, if unlimited, can lead to the tyranny of individuals. Drawing on recent history as well as his own experience of growing up in a totalitarian regime, Todorov returns to examples borrowed from the Western canon: from a dispute between Augustine and Pelagius to the fierce debates among Enlightenment thinkers to explore the origin of these perversions of democracy. He argues compellingly that the real democratic ideal is to be found in the delicate, ever-changing balance between competing principles, popular sovereignty, freedom and progress. When one of these elements breaks free and turns into an over-riding principle, it becomes dangerous: populism, ultra-liberalism and messianism, the inner enemies of democracy.

  • Symbolisme et interprétation : deux activités qui ne se séparent pas. Constat d'étrangeté d'un discours : il faut interpréter. Mais comment ? Sur la base des structures linguistique et logique ; en tenant compte de la direction de l'évocation et des degrés de détermination du sens. Deuxième volet d'un diptyque (dont le premier était constitué par Théories du symbole), Symbolisme et Interprétation ne sépare pas théorie et histoire : une "Symbolique du langage" générale est mise à l'épreuve et complétée par une histoire typologique des "Stratégies de l'interprétation", sur le double exemple privilégié de l'exégèse patristique de la Bible et de la philologie classique. Symbolisme et Interprétation veut fournir une vue synthétique sur ce qui est bien l'une des activités humaines essentielles : l'interprétation des symboles.

  • La Libération de la France, en 1944, ce n'est pas seulement la bataille décisive que se livrent les armées alliées et allemandes, c'est aussi l'aboutissement d'une impitoyable guerre civile opposant les Français aux Français. En province et dans les campagnes, loin de la ligne de front, la résistance et la milice s'affrontent au milieu d'une population civile prise à témoin ou en otage. Ainsi la Libération n'est-elle pas seulement une épopée glorieuse mais aussi, localement, une addition d'histoires minuscules et dramatiques. Dans ce livre, construit et rédigé comme une tragédie antique, Tzvetan Todorov reconstitue dans le détail un épisode peu connu de cette guerre civile, qui se déroule durant l'été 1944 au centre même de la France, dans la paisible bourgade de Saint-Amand-Montrond. Il y est question de représailles et d'orgueil, de tractations obscures et de vengeances, d'héroïsmes modeste et de misère humaine. La forme même de ce récit et les interrogations éthiques de l'auteur confèrent à cette Tragédie française une valeur emblématique. Les Mémoires inédits de René Sadrin, maire de Saint-Armand à l'époque des faits, sont publiés ici en annexe.

  • Le recueil Théorie de la littérature, paru originellement en 1965, a révélé aux lecteurs français l'existence d'une remarquable école d'analyse littéraire, qui avait prospéré à Saint-Pétersbourg (ensuite Leningrad) et Moscou, entre 1915 et 1930. Depuis, ceux que leurs adversaires nommaient les formalistes sont devenus célèbres dans le monde entier. Le recueil a été traduit en italien, espagnol, portugais, japonais, coréen, turc et grec ; d'autres écrits des formalistes ont été publiés et traduits dans de nombreuses langues, et des ouvrages leur ont été consacrés. La présente édition a été révisée et mise à jour, pour permettre de lire ou de relire cette réflexion toujours stimulante sur l'art littéraire, issue d'un groupe de brillants jeunes critiques et linguistes russes : Viktor Chklovski, Roman Jakobson, Iouri Tynianov, Boris Eichenbaum et quelques autres. Préface de Roman Jakobson

  • Poétique de la prose : la rhétorique classique nommait oxymoron ce type de rapprochement des contraires, cette exploitation et contestation du principe d'identité et de contradiction. Une même complicité des contraires traverse ce livre. Poétique et lecture : l'analyse d'un texte particulier transforme la théorie, mais n'est possible qu'à partir d'une théorie antérieure, qui ne peut venir que d'une autre analyse... Différence et ressemblance : ces deux catégories régissent le fonctionnement du récit, l'une contre l'autre, l'une à travers l'autre. Langage et littérature : celle-ci, disait déjà Valéry, "ne peut pas être autre chose qu'une sorte d'extension et d'application de certaines propriétés du langage"; mais le langage lui-même, peut-on le connaître sans interroger au préalable ce qu'on s'accordera à tenir pour sa théorie : la littérature ? Questions modulées et transformées, d'un chapitre à l'autre, à l'aide de textes comme l' Odyssée, la Quête du Graal, les Mille et une nuits, le Décaméron, les récits de Henry James ou à travers la réflexion de quelques "auteurs" : Constant, Khlebnikov, Artaud. A l'horizon de cette recherche nécessairement toujours à recommencer : une théorie formelle de la littérature.

  • Arraché à son milieu, tout homme commence par souffrir : il est plus agréable de vivre parmi les siens. Mais par la suite, le dépaysement peut fonder une expérience profitable. Il permet de ne plus confondre le réel avec lidéal ou la culture avec la nature. Lhomme dépaysé, pour peu quil sache surmonter le ressentiment né du mépris ou de lhostilité, découvrira la curiosité et pratiquera la tolérance. Sa présence parmi les « autochtones » exerce à son tour un effet dépaysant : en troublant les habitudes mentales, en déconcertant par sa conduite et ses jugements, il favorise létonnement, premier pas obligé dans toute découverte de soi.Mon passage dun pays à lautre ma enseigné tout à la fois le relatif et labsolu. Le relatif, car je ne pouvais plus ignorer que tout ne devait pas se passer partout comme dans mon pays dorigine. Labsolu aussi, car le régime totalitaire dans lequel javais grandi pouvait me servir, en toute circonstance, détalon du mal. De là, sans doute, mon aversion simultanée pour le relativisme moral tout se vaut et le manichéisme du noir et du blanc.T.T.

empty