• Ce livre va à l'encontre d'une représentation de la Terreur qui, depuis Thermidor, en fait un objet de dégoût et de honte dans l'histoire de la Révolution. Ce dégoût « n'est pas séparable ni du parallèle construit avec l'histoire des catastrophes politiques du xxe siècle, ni de l'idéalisation du modèle démocratique actuel ». La demande de terreur de l'été 1793 a pour cause l'effroi ressenti par le peuple parisien à la mort de Marat, effroi d'où émerge la détermination de « mourir pour la liberté » - la liberté ou la mort. C'est parce que l'Assemblée n'a pas mis en jugement ceux qui ont tiré sur le peuple aux Tuileries le 10 août 1792 que le peuple entre dans les prisons en septembre et reprend le glaive de la loi. Le souvenir de ces massacres hantera les révolutionnaires, soucieux « d'inventer les formes symboliques qui permettront de contenir l'ardeur ». Ainsi, le tribunal révolutionnaire est-il une manière de mettre des bornes à l'exception souveraine dans sa fonction vengeresse.



    Sophie Wahnich est directrice de recherche au CNRS rattachée au Laboratoire d'Anthropologie des Institutions et des Organisations Sociales (LAIOS) depuis 1999.


  • Comment en est-on venu à considérer en France qu'il était possible de consolider la liberté politique et publique, non seulement en se passant de la référence à la Révolution française, mais en récusant violemment toute référence positive à ce moment historique ? Vouée aux gémonies comme supposée « matrice des totalitarismes » par certains, comme objet ethnocentrique par les post-colonial studies, laissant indifférents ceux qui la considèrent comme désactivée, le crédit de la Révolution française est bien entamé. Or, l'appréciation politique et intellectuelle de la Révolution française doit moins, depuis 1945, aux historiens qu'aux philosophes, moins à l'évolution de l'historiographie comme telle qu'à la manière dont des penseurs de première importance se sont mêlés de penser la Révolution française. Les querelles philosophiques des années 1960, sur les fonctions respectives de l'histoire, de l'anthropologie, des sciences dites humaines, et de la philosophie ont installé la Révolution française au coeur des débats. Le plus fameux d'entre eux a opposé Jean-Paul Sartre et Claude Lévi-Strauss, et, dans son sillage, Michel Foucault a promu contre Sartre, une certaine conception scientifique du savoir sur l'homme où la Révolution française n'a plus eu aucun intérêt. Mais personne n'en est resté là. Avec la question d'une Révolution française à la fois enthousiasmante et cruelle se joue et se rejoue la question d'une éthique de l'histoire de la Révolution française. Ces explorations successives permettent de s'éloigner d'un mythe identitaire et de retrouver une révolution bien réelle, capable de nous donner ses Lumières, pourvu qu'on accepte de continuer à en faire l'histoire pour notre aujourd'hui. Sophie Wahnich, agrégée et docteure HDR en histoire, est directrice de recherche au CNRS. Spécialiste de la Révolution française, elle lui a consacré de nombreux ouvrages tels que La Longue Patience du peuple, 1792, naissance de la République (2008) et La Révolution française, un événement de la raison sensible (2012). Elle est membre du comité de rédaction des revues L'Homme et la société, Lignes et Vacarme.





  • La Révolution française est quotidiennement convoquée dans le contexte actuel de révolte des gilets jaunes. Ce livre a pour ambition de mettre à la disposition du lecteur l'intelligence politique de la Révolution française, véritable laboratoire pour le temps présent. Pour mobiliser la pensée révolutionnaire, Sophie Wahnich s'appuie sur de nombreux documents qu'elle commente: des extraits de cahiers de doléance, des pétitions, des poèmes ou des adresses émanant des grands ténors (Mirabeau, Robespierre, Saint-Just...) ainsi que d'une myriade de porte-paroles débattant localement. L'auteur a choisi des thèmes qui résonnent fortement aujourd'hui: danger de la puissance publique, femmes et étrangers dans la cité, violence... Elle compose ainsi un bréviaire du révolutionnaire, salutaire et étonnament moderne.



    />

  • Sommaire
    Avant propos
    1. La conscience historique de la Révolution française, de 1789 à aujourd'hui
    Approfondissement - L'histoire en partage (G. Mazeau)
    PARTIE 1 -  Devenir libre et souverain : une rupture démocratique ?
    2. Les noeuds d'une dynamique politique extraordinaire : la convocation des États généraux
    Approfondissement - « Enfin le peuple pense » : du stigmate à la Révolution (D. Cohen)
    3. Subvertir l'Ancien Régime, créer la Nation
    4. La fabrique d'un nouveau monde politique : normes juridiques et institutions sociales, de 1789 à l'été 1791
    5. L'attente républicaine : de la fusillade du Champ-de-Mars au 9 août 1792
    Approfondissement - Dossier sur le réseau des Roland (N. Perl-Rosenthal)
    6. La vengeance souveraine ou l'énigme de la Terreur, 10 août 1792-27 juillet 1794 (9 thermidor an II)
    7. Une République sans vertu ni terreur, 9 thermidor an II-18 brumaire an VIII
    Approfondissement - Penser l'après coup de la Terreur en interrogeant le concept de trauma (R. Steinberg)
    PARTIE 2  -  Religions, Révolution et Contre-révolution
    8. Les catholiques entre Révolution et Contre-révolution, de 1789 à 1793
    9. Transports sacrés révolutionnaires, volontés déchristianisatrices et liberté religieuse, de 1789 à 1794
    Approfondissement - L'investissement symbolique et financier comme forme d'adhésion au décret du 18 floréal an II (7 mai 1794) (J. Smyth)
    10. Le pluralisme religieux, de Thermidor au Concordat
    PARTIE 3  -  Vie, bonheur, justice
    11. Les économies politiques du moment révolutionnaire
    12. L'individu révolutionnaire, membre du peuple souverain
    13. À la vie à la mort, l'ardeur patriotique
    14. L'inquiétude du bonheur, l'inquiétude d'une liberté à transmettre
    PARTIE 4  -  Une révolution universelle ?
    15. La Révolution française, un modèle pour le monde ?
    Approfondissement - Révolution française, révolution atlantique ? (M. Belissa)
    16. Faire la guerre à la Contre-révolution
    17. Questions coloniales et abolition de l'esclavage
    Approfondissement - Barnave et la question coloniale (S. Degachi)
    Repères chronologiques
    L'AUTEUR :
    SOPHIE WAHNICH, directrice de recherche au CNRS, Institut interdisciplinaire d'anthropologie du contemporain CNRS-EHESS.
    Avec des approfondissements historiographiques thématiques rédigés par des historiens français et étrangers. GUILLAUME MAZEAU, maître de conférences à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. DÉBORAH COHEN, maître de conférences à l'université de Provence. NATHAN PERL ROSENTHAL, professeur, University Southern California. RONEN STEINBERG, professeur à Michigan University. JON SMYTH, docteur en histoire, London University. MARC BELISSA, Maître de conférences à Paris-Ouest. SOUAD DEGACHI, doctorante en histoire, Paris-VII.

  • L'amnistie est souvent vécue comme un dispositif qui voile la vérité historique et s'oppose à la justice due aux victimes. L'amnistie ou son refus sont aussi indissociables de la qualification des crimes concernés et supposent toujours une réécriture de l'Histoire. Comprendre la construction historique de cette représentation et la critiquer pourrait redonner à l'amnistie ses lettres de noblesse. Cet ouvrage propose un travail de réflexion sur les sociétés européennes pouvant être capables de vivre avec leur part d'irréconciliable et d'irréconcilié pour apporter au débat public et à la réflexion des législateurs un éclairage sur l'institution de la clémence la plus ancienne et la plus controversée de la tradition démocratique.

  • Le magnifique impératif de Saint-Just, " il faut que vous fassiez une cité, c'est-à-dire des citoyens qui soient amis, qui soient hospitaliers et frères ", côtoie un décret qui exclut les étrangers de l'espace politique. Après avoir connu les bienfaits de l'hospitalité, l'honneur de porter le titre de citoyen français au nom de l'universalité qu'ils incarnaient, les étrangers sont devenus en l'an II d'impossibles citoyens. Tout en affirmant l'universalité du droit qui la fonde, la nation souveraine construit ses limites.

    Persuadée qu'il faut se laisser perturber par les résonances produites par la confrontation du passé et du présent, c'est avec une sensibilité actuelle que Sophie Wahnich, historienne, chargée de recherches en sciences politiques au CNRS, aborde le regard de la Révolution sur l'étranger. Elle saisit ainsi à leur naissance les questions qui ne cessent de se poser à la conscience politique. De l'enthousiasme de la fête de la Fédération à Thermidor, elle établit avec rigueur la chronologie des attitudes révolutionnaires, confronte les discours, la production de la loi et les pratiques administratives.

    Au moment où l'on assiste à la réforme du code de la nationalité, à la remise en cause du droit du sol et à la dénégation de l'hospitalité républicaine, il s'agit de méditer sur les fondements contradictoires de l'appartenance nationale et de relancer avec lucidité les dés de l'universel.

empty