• Klimt

    Serge Sanchez

    "Le goût, c'est bon pour les amateurs de vin et les cuisiniers. L'art n'a rien à voir avec le goût."
    Figure centrale de la Sécession viennoise, Gustav Klimt (1862-1918) est le peintre emblématique de la Vienne fin de siècle, celle de Sigmund Freud, Gustav Mahler et Arthur Schnitzler, tous fondateurs de la modernité européenne. Il fit exploser les normes académiques et permit à l'art autrichien de s'ouvrir à l'impressionnisme et au symbolisme. Il fut aussi l'ami et le protecteur des jeunes expressionnistes Oskar Kokoschka et Egon Schiele. Ornemaniste de génie, portraitiste renommé de la haute société et paysagiste introverti, Klimt, enfin, ne cessa de représenter les métamorphoses de la femme. À la fois classique et scandaleux, il restera comme le peintre des grands mystères de la sexualité et de la mort. Son Baiser vient se placer au premier rang des oeuvres les plus célèbres de l'histoire de l'art.

  • "On nous a traités d'hommes finis parce que nous ne finissons jamais rien, dites plutôt : hommes infinis." Touche-à-tout de génie, Man Ray, né Emmanuel Radnitsky (1890-1976), incorpora à ses peintures des matériaux divers, détourna des objets de leur des

  • «  La science, on a beau dire, ça creuse. Flaubert avait sa serviette à l'Hôtel Sergent, dans le Finistère. À chaque repas, on lui proposait sept ou huit plats différents, parmi lesquels figuraient invariablement de la salicoque et du homard.   Il avait vu le patron jeter un de ces gros crustacé tout vif dans l'eau bouillante. Tout de même, il aurait pu l'estourbir avant de le supplicier, ou mettre de la gnôle dans la casserole. Le verre du condamné. L'animal serait allé au calvaire dignement, en chantant une chanson de homard.  »S. S.Cygnes, chats, cerfs, hydre, Phénix qu'ils soient fictifs ou réels, les animaux sont omniprésents dans les livres. Source inépuisable de poésie et de rêverie, de méditation, de fantasme, et parfois de terreur, ils occupent une place unique dans l'imaginaire des écrivains. Le minuscule ciron, ou pétroglyphe de la farine, a inspiré à Pascal l'une de ses plus étourdissantes Pensées  ; Nabokov n'aurait sans doute pas écrit Lolita s'il n'avait été passionné de chasse aux papillons. Que dire   de la fascination de Baudelaire pour les chats, du crocodile obsédant de Quincey ou des créatures «  drolatiques  » de Rabelais...
    Du jardin des Plantes à la Ménagerie de Versailles, de la mouche de Montaigne au chat de Balzac, Serge Sanchez nous fait découvrir, avec tout son talent de conteur, l'étonnant bestiaire qui peuple les plus belles pages de la littérature.

  • Né en 1899 dans une ville de Hongrie aujourd´hui roumaine, photographe mais aussi peintre, dessinateur, sculpteur et écrivain, Brassaï fut un artiste éclectique et de son temps.Etudiant en histoire de l´art à Budapest puis à Berlin, il s´installe à Paris au milieu des années 1920, apprend seul le français en lisant Proust, et passe des nuits entières à arpenter la capitale. Il photographie les rues, les gens, les bordels comme les chantiers, sublime les enseignes publicitaires et capture les lumières. Ami des plus grands artistes de son temps, Kandinsky, Kokoschka, Henry Miller ou Jacques Prévert, il fut aussi le portraitiste de Dali, Picasso, Matisse, Giacometti et Michaux. Alors que la photo peine à être reconnue comme un art, il réalise des clichés qui resteront à jamais les témoins d´une époque mythique : celle du Montparnasse des années 30, de la Bohème étourdissante. Photographe d´un Paris interlope et nocturne comme de la brillante société de la danse et de l´opéra, auteur d´une oeuvre aujourd´hui célèbre dans le monde entier, du Japon aux Etats-Unis, Brassaï est entré dans la légende en se promenant.« La vie de Brassaï fut une quête inlassable et tenace. Du petit soldat communiste à l´exilé hongrois des brasseries de Montparnasse, puis à l´artiste mondialement reconnu, c´est Ulysse. Mais c´est aussi Protée, un flâneur, un grimpeur, un insaisissable vagabond qui fut le poète de sa propre vie. On ne vient pas à bout des légendes. C´est ce qui fait leur étrange beauté. » Serge Sanchez

  • Par un de ces pressentiments dont il était coutumier, François Augiéras (1925-1971) avait deviné que sa notoriété serait posthume. La publication de sa première biographie devrait donner lieu à une reconnaissance attendue. Lorsque naît François Augiéras, le 18 juillet 1925 à Rochester, aux Etats-Unis, son père, professeur de musique, est mort depuis trois mois des suites d'une opération. Rentré en France avec sa mère, il passe quelques années à Paris, puis c'est le départ vers le Sud-Ouest, lieu d'origine de sa famille paternelle. Augiéras fera du Périgord magique, haut-lieu de la préhistoire, une terre spirituelle. Sous l'Occupation, il s'enrôle dans un camp de jeunesse. On joue du pipeau. On danse autour du feu. On rend un culte aux forces de la nature, ce qui convient au nomade qu'il sera toujours. N'ayant guère la fibre maréchaliste, il finit par devenir acteur dans un théâtre de marionnettes ambulant puis moniteur pour jeunes délinquants... En 1944, il s'engage dans la marine à Toulon. On l'envoie en Algérie et le désert le révèle à lui-même. Deux ans plus tard, il se rend chez son oncle, le colonel Augiéras, personnage excentrique, qui vit dans un musée fortifié en plein Sahara. Avec cet oncle, il découvre l'homosexualité. De cette rencontre, naît Le Vieillard et l'Enfant, livre publié à compte d'auteur sous le pseudonyme d'Abdallah Chaamba et envoyé à des correspondants choisis. Parmi eux, André Gide. Augiéras le rejoindra en Sicile, puis à Nice. Deux entrevues émouvantes, ultime et brève incandescence amoureuse dans l'existence du vieil écrivain qui meurt quelques mois plus tard. François a à peine vingt-cinq ans. En maraude sur les chemins du monde, Augiéras séjourna ensuite au mont Athos et envisagea de s'y faire moine. C'est là qu'il approfondit sa connaissance des icônes, avec ce fond d'or qu'on retrouvera dans ses propres peintures. Car on sait peu qu'il fut aussi peintre. Ses oeuvres, aujourd'hui très recherchées par certains collectionneurs - on pourrait presque dire des initiés- sont imprégnées d'un mystère sacré, au même titre que certaines oeuvres d'art primitif, d'Océanie ou d'Afrique. Nomade, aventurier, barbare d'Occident, comme il se nommait lui-même, Augiéras finira à l'asile, parmi les « vieux, les indigents, les idiots du village ». Parachevant l'existence d'un artiste maudit, artiste païen en quête de dépassement spirituel, il meurt au CHU de Périgeux d'une crise cardiaque, en décembre 1971, à quarante-six ans seulement. « Ma plus belle oeuvre d'art, serait-ce ma vie ? » se demandait François Augiéras. Epopée drôlatique, à la fois grandiose et misérable, son existence prend souvent des allures de légende ; traversée de flamboiements, de magie, comme celle d'un Van Gogh ou d'un Rimbaud, c'est une passionnante aventure spirituelle. Sa biographie se lit comme un livre d'aventures.

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