• Faudra-t-il tenir pour vrai ce qu'un écrivain du moyen âge déclare des sources de ses romans ? Telle est la question posée dans ce livre. Parmi les oeuvres du XIIIe siècle, que la critique attribue à Jean Renart, deux d'entre elles (Escoufle et Lai de l'Ombre) semblent se garantir d'une source lors même qu'elles font tout pour s'en écarter ; une autre (Dole) exploite toute une série de sources réelles pour mieux dissimuler le secret, de l'invention. Et que dira-t-on de ce roman (Galeran) où les jeux obliques de l'écriture portent au niveau de l'évidence l'utilisation d'une source dont on ne s'est pas douté qu'elle en recouvrait une autre ? Ajoutons à ces oeuvres le célèbre Roman de la Rose, dont les effets d'auteurs piègent encore le lecteur, et nous aurons en résumé les résultats de nos recherches formelles, qui remettent en question l'interprétation historico-biographique des sources dans l'approche d'un texte littéraire. Les clercs, que la critique, au nom de préjugés modernes d'appréciation morale et scientifique, traite encore toujours de « faussaires », étaient difficilement séparables de ces scribes magiciens pour qui l'écriture n'était rien d'autre qu'un art de feindre. Ce pouvoir rhétorique du langage n'a pas seulement gouverné toutes les formes du discours de la clergie médiévale, mais régné souverainement - et pour cause - dans la littérature narrative. De cet art prestigieux du récit, le roman de Cervantes, quelques siècles plus tard, allait dénoncer ouvertement les mensonges pour rendre plus obscure encore la force énigmatique qui en produisait les fictions. R. D.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

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  • Ce livre traite d'un Mallarmé peu commenté : l'épistolier, auteur d'une volumineuse Correspondance, et le journaliste qui créa La dernière mode, gazette éphémère et mystérieuse décrivant les nouveautés de la vie parisienne. Il nous a semblé que, sous ce double masque, se trouvait un chef-d'oeuvre occulté. L'idée rebattue du poète contraint de gagner sa vie avait des racines trop tenaces, pour que s'excite outre mesure la curiosité de la critique sur les frivolités de La dernière mode. Même si la prose en dentelle de ce journal trahissait l'écrivain, c'était avec un sourire chargé d'émotion qu'on liquidait ce fait curieux. Quant au fourre-tout de la Correspondance, où le poète entremêlait son rêve poétique aux nouvelles de la vie de tous les jours, l'intérêt porté à ces écritures était plutôt de l'ordre de la documentation. Or, si l'on se laisse porter par les méandres de la langue mallarméenne, on aperçoit progressivement la toile d'araignée qui lie ces deux oeuvres jusqu'à les envelopper comme une seule. Les mots du langage quotidien, et même les noms propres libérés de leur référent concret, y deviennent des sortes de personnages-pseudonymes qui correspondent entre eux, mais par la musique, la figure et le rythme de leur matière littérale. Comme des spectres emmurés dans la survivance d'une représentation fantomale, dans un décor en papier, ils finissent par se détacher et surgir de ce linceul pour scintiller comme le spectre du rythme inconnu. Tel est le niveau hyperbolique où Mallarmé a porté son esthétique du quotidien, qui emprunte les images de la vie pour faire entendre la musique des lettres à ceux qui ne savent lire que le journal.

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