• Pourquoi l'Iran chiite est-il en rivalité avec le monde sunnite ? Quelles sont les causes des premières grandes discordes ? Pourquoi la reconquête de Mossoul ne signet- elle pas la fin de Daech ? Quel est le rôle des grandes puissances dans le conflit entre sunnites et chiites ?
    La discorde entre les deux principales branches de l'islam est-elle la cause principale du chaos qui règne au Moyen-Orient ? Pierre-Jean Luizard remet en perspective les raisons historiques qui ont déclenché cette seconde fitna, en référence à la discorde originelle survenue à la mort du Prophète en 632. Malgré les tentatives de rapprochements au cours des siècles, l'affrontement confessionnel prend, avec la globalisation, une ampleur inédite.

  • Le terrorisme au nom de l'islam peut-il trouver une explication dans notre propre histoire ? Loin de toute culpabilité, Pierre-Jean Luizard reconsidère dix épisodes fondateurs de la « mission civilisatrice » que la France s'était assignée en terre arabe de l'islam : l'expédition d'Égypte de Bonaparte, le décret Crémieux, l'éloge de la colonisation par Jules Ferry, la non-application de la loi de 1905 aux musulmans d'Algérie, le ralliement de Clemenceau au parti colonial ou encore la méconnue affaire Sarrail en Syrie... L'historien met ainsi en lumière le retournement des idéaux laïcs chers aux élites républicaines, au nom du patriotisme alors moteur de la modernité, pour justifier la domination coloniale. Dès lors, comment s'étonner qu'aujourd'hui les musulmans n'aient pas la même vision des idéaux en vertu desquels ils sont invités à s'intégrer en France ? Remonter à la source de ce malentendu, en regardant au-delà de notre roman national, permet de comprendre pourquoi l'islam a tant de mal à se fondre dans la République.

    Un essai plus que nécessaire pour éclairer les enjeux qui traversent notre société.

  • Rompant avec nombre de commentaires à chaud, l'historien Pierre-Jean Luizard, grand spécialiste de la région, analyse l'ascension fulgurante et le fonctionnement de l'État islamique. Dans cet essai, qui fait dialoguer l'actualité immédiate et la grande Histoire, il explique pourquoi nous sommes pris dans le " piège Daech ", cet " État-monstre " que l'Occident a largement contribué à faire émerger. Profitant des crises en chaîne qui secouent l'Irak et la Syrie, le groupe État islamique a fait une entrée fracassante et sanguinaire dans l'actualité internationale. " Daech " a pris le contrôle d'une vaste région et dispose aujourd'hui de gigantesques ressources financières. Sa volonté de construire un État le distingue nettement d'Al-Qaïda. Rompant avec nombre de commentaires à chaud, l'historien Pierre-Jean Luizard, grand spécialiste de la région, essaie de comprendre les succès de l'État islamique, dans le contexte de déliquescence des États de la région, notamment l'Irak et la Syrie. Il met au jour des logiques moins visibles, locales autant que mondiales, sociales autant que religieuses, dont les racines remontent au début du siècle dernier, à l'époque où l'Europe dessinait les frontières actuelles du Moyen-Orient. Dans cet essai qui fait dialoguer l'actualité immédiate et la grande Histoire, l'auteur explique pourquoi nous sommes aujourd'hui tombés dans le " piège Daech ".

  • Contrairement à une idée reçue selon laquelle il n´y a pas de clergé en islam, le chiisme connaît depuis deux siècles un processus de cléricalisation rapide et sans limite. Parallèlement à leur organisation, les dirigeants religieux chiites font également preuve d´une implication croissante dans les affaires politiques.Comment fonctionne cette institution, la marja´iyya, sorte de Vatican collégial pour les chiites du monde entier ? Pierre-Jean Luizard nous offre un éclairage historique sur une instance méconnue, mais extrêmement influente. Sa lutte contre l´expansionnisme européen et le colonialisme tout au long du XIXe et du XXe siècle, son opposition à la fondation d´un État-nation arabe en Irak sous mandat britannique, le soutien à Mosaddegh, la révolution islamique en Iran, l´essor du Hezbollah au Liban, les mouvements d´opposition à Bahreïn et dans le Golfe, enfin la reconstruction, sous patronage américain, d´un État irakien dominé par les partis religieux chiites sont autant d´exemples du rôle majeur que cette direction religieuse entend jouer dans le champ du politique.Alors que les chiites sont souvent présents dans l´actualité, notamment en raison des conflits qui les opposent aux sunnites, leur clergé est encore appelé à se transformer pour faire face aux défis du XXIe siècle, en particulier à la sécularisation rapide des sociétés.Spécialiste de l´islam contemporain au Moyen-Orient, Pierre-Jean Luizard est chercheur au CNRS. Il a notamment publié La Formation de l´Irak contemporain (CNRS Éditions, 2002), La Question irakienne (Fayard, 2002 ; nouv. éd. 2004), Laïcités autoritaires en terre d´Islam (Fayard, 2008) et Comment est né l´Irak moderne (CNRS Éditions, 2009).

  • C'est tardivement que la laïcité a vu le jour en tant qu'idée dans le monde musulman. Elle a commencé à prendre corps dans le courant du XIXe siècle, dans les pays passés sous la domination ou l'influence de l'Occident. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, la laïcité a fait irruption avec les réformes brutales de Mustafa Kémal, modèles pour tout le monde musulman. C'est encore à l'exemple du kémalisme que l'idée s'est de plus en plus répandue que l'Etat devait dominer la religion, et que l'on a pu assister à cette floraison d'idéologies nationalistes qui allaient chercher dans la race, la langue ou la volonté nationale, des principes d'union. Les pays musulmans n'ont connu alors que des laïcités autoritaires qui ont paru bloquer toute émergence des sociétés civiles.
    Depuis Bourguiba jusqu'à Saddam Hussein, les professions de foi laïques ou laïcisantes ont été perçues comme le corollaire de régimes dictatoriaux et/ou de la perpétuation de la domination occidentale. Le seul pays où la laïcité a été acceptée et intégrée culturellement est la Turquie. En adoptant les valeurs du vainqueur (l'Etat-nation ethnique et la laïcité), la Turquie kémaliste entendait rompre avec un passé qui semblait avoir conduit le monde musulman à une perte presque généralisée de sa souveraineté. La laïcité venait y renforcer une identité ethnique, turque, et pour ces deux raisons, elle fut finalement acceptée malgré la violence qu'elle signifia pour une société qui se définissait encore majoritairement à partir de critères religieux.
    Mais ce choix laissait à l'armée le rôle de rempart du système établi par Mustafa Kemal. Ne peut-on donc dire que la Turquie partage aujourd'hui en partie avec les autres pays musulmans certains enjeux post-coloniaux, bien que n'ayant pas été colonisée ?
    S'il s'avère qu'il n'y a pas de laïcité démocratique possible en Turquie, modèle ou contre-modèle pour nombre de musulmans, cela aura des conséquences importantes pour les pays de la région. En revanche, un compromis entre laïcs et AKP serait une première qui manifesterait que laïcité et islam ne sont pas incompatibles dans le contexte actuel, marqué par un face-à-face récurrent entre des élites sécularisantes et autoritaires au pouvoir qui s'appuient sur les forces armées, d'une part, et de l'autre, des sociétés civiles qui s'expriment de façon croissante par l'islam.

  • L'État irakien moderne a été créé sous l'influence du colonisateur anglais sur les ruines de la Mésopotamie ottomane et contre la volonté des dirigeants de la plus importante communauté du pays, les ulémas chiites. Les circonstances de la fondation de cet État-Nation, inspiré par la pratique européenne et imposé par la force face au projet islamique transnational des religieux, expliquent l'origine de nombreux conflits en Irak et au Moyen-Orient. Retracer les événements majeurs qui ont affecté l'Irak au début du siècle, resituer le rôle des religieux chiites, jusqu'ici occulté par les historiens occidentaux aussi bien qu'irakiens, permet de comprendre la question chiite telle qu'elle se pose aujourd'hui sur les rives du Tigre et de l'Euphrate et, en particulier, le processus qui a donné naissance au chiisme politique. Les origines de la « question irakienne » remontent bien au-delà du régime actuel de Saddam Hussein. Un retour sur l'histoire et la société est d'un grand intérêt pour comprendre le présent. Ce livre retrace la genèse de la formation d'un système politique dont l'effondrement sanglant et interminable se déroule aujourd'hui devant nos yeux.

  • Comment caractériser les évolutions actuelles de l'autorité religieuse? L'option a été prise, d'emblée, de limiter le champ d'investigation aux trois traditions monothéistes. Le judaïsme, le christianisme et l'islam connaissent-ils des transformations similaires en matière d'autorité? Celles-ci sont-elles liées aux modalités de leur engagement dans la modernité?

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