• "Il arrive que par quelques dispositions natives nous soyons plus naturellement portés à nous souvenirs de nos joies plutôt que de nos désespoirs ; c'est souvent aussi parce que ces joies étaient de celles qui accompagnent les expériences fructueuses. Alors quand la vie a passé, et que ses avatars nous ont privés de ces lieux, de ces visages, de ces paysages où s'épanouirent nos émotions et grâce auxquels nous nous sommes construits, les chemins mystérieux de la psychologie nous les font retrouver dans le regret et la tristesse sans doute, mais aussi dans un bonheur d'éternité, et une gratitude inexprimable : ces lieux, ces instants, ces visages, je leur devais mes quelques lignes silencieuses." Par la grâce d'une écriture mélodieuse et délicate, ce petit recueil de souvenirs que nous offre Patrick Heurley nous emporte dans un flot d'émotion et de nostalgie dont il n'est pas aisé de se détacher.

  • Veillées

    Patrick Heurley

    « Ce matin, même les murs de clôture étaient couverts de givre, et les prés, les taillis, les buissons d'aubépines et leurs cenelles de vermillon clair, étaient comme poudrés d'un sucre cristallisé dans lequel la lumière étincelait doucement. Mais vers dix heures le soleil de cette fin d'automne est devenu assez chaud pour que du petit poirier sauvage venu pousser devant la maison s'égoutte toute la blancheur de la glace en poudre ; on eût dit qu'en coulant vers leur pointe l'eau de fonte précipitait dans sa chute celle des feuilles jaunies par le froid : elles tombaient à un rythme accéléré, par dizaines à la fois ; sur le chemin planté d'herbe rase, un tapis d'or s'épaississait doucement sous l'arbre que novembre dévêtait... » Entre lectures et promenades, entre réflexions, rêveries et souvenirs, le nouveau recueil de notes de Patrick Heurley nous entraîne librement dans un voyage sensible et profond au fil de ces paysages de Camargue et de Lozère qu'il aime et connait bien...

  • Une vie peut tenir en une phrase mais pas en cent cinquante pages : il n'est évidemment pas question ici d'autobiographie, exercice auquel, de toute façon, tout en moi se refuse ; dans ce petit livre il n'est pas question non plus, à y bien repenser, de profession de foi. Pour la relation de ces quelques souvenirs parfois discrètement romancés, je me suis appliqué à la vérité et à la simplicité, et j'espère être parvenu à un peu de profondeur en flânant ainsi entre le proche et le lointain, le simple et le complexe, sans jamais trop m'éloigner de ces sources de vie que célèbre merveilleusement G.M. Hopkins dans son poème "Inversnaid" : « Qu'arriverait-il au monde s'il se voyait ravir / L'humide et le sauvage ? Qu'ils nous soient donc laissés, / Oh ! qu'ils nous soient laissés, le sauvage et l'humide, / Que vivent encor longtemps herbes folles et lieux sauvages. » Le problème des fins et des moyens de la littérature est peut-être moins compliqué qu'on a bien voulu le faire entendre, et si en refermant ce petit bouquin on se dit simplement : « J'ai passé un moment heureux, un moment paisible », mon but sera atteint.

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