• Nous a-t-elle assez fait rêver, la philosophie ! Pourtant, combien d'exemples nous rappellent que la raison est impuissante par elle seule à répondre aux attentes de la philosophie. Aussi n'y a-t-il rien de plus surprenant que de remarquer avec quelle étrange facilité elle s'en remet à l'imaginaire de répondre aux questions qu'elle se pose. Après tant d'efforts de la raison pour ordonner et parcourir la série de toutes les médiations, comment n'éprouverait-elle pas la tentation de nous faire accéder à l'absolu et de nous en faire pressentir l'immédiation ? C'est en quoi consistent précisément ces songes de la raison. En décrivant et en analysant quelques-uns d'entre eux, c'est la face obscure de la raison que Nicolas Grimaldi s'efforce d'élucider.
    Également chez Pocket :
    Bref traité de désenchantement,
    L'Art ou la feinte passion et
    A la lisière du réel.

  • Qu'y-a-t-il de commun entre un masque du Bénin et un quatuor de Schubert ? Entre la Pietà d'Avignon et un ready made de Marcel Duchamp ? Qu'est-ce qui constitue la dignité esthétique d'un objet ? Si ce n'est une propriété intrinsèque de l'objet, par quelle visée originaire la conscience se dispose-t-elle à la constituer en objet d'art ?
    Analysant les doctrines et les oeuvres, c'est à ces questions que tente de répondre cet essai. Prenant appui sur les témoignages de romanciers, de philosophes et de peintres, Nicolas Grimaldi montre que l'art n'a jamais rien figuré de naturel, et qu'à l'inverse de la vie, le propre de l'art est de nous faire percevoir, en ses objets, de tout autres mondes. C'est justement parce que cette représentation est un jeu que l'expérience de l'art est celle d'une re-naissance.
    INÉDIT

  • Toute croyance consiste à prendre une fiction pour une réalité, et par conséquent à nous persuader que pourrait être objet de notre perception ce qui n'est pourtant objet que de notre imagination. Une telle confusion ou une telle équivoque seraient-elles possibles si l'imaginaire ne constituait l'étoffe de notre perception, au point que percevoir n'est le plus souvent qu'une occasion d'imaginer ? Voilà pourquoi on ne saurait comprendre ni engagement, ni foi, ni piété, ni militantisme, ni terrorisme, sans avoir élucidé quelle part revient à notre imagination dans le sens que nous donnons à la réalité.

  • Loin d'être une énième étude sur Proust, cet ouvrage le fait redécouvrir à ceux qui en sont déjà familiers, et donne envie de s'y plonger à ceux qui ne le seraient pas encore.
    Son originalité tient à sa simplicité : le narrateur de La Recherche est enfermé dans le monde idéal de son imagination, où il lui suffit d'imaginer quelque lieu ou personne inconnus pour en pressentir la bouleversante singularité avec une intensité dont aucune réalité n'a jamais approché. Le voici alors confronté à l'alternative d'une double déception : n'être ému que par ce qui est imaginé, et demeurera toujours absent, ou bien se confronter à une réalité qui jamais ne comblera ses attentes.
    C'est seulement à la fin de l'oeuvre que cette alternative est levée. Voici que quelque chose de réel lui est soudain donné dans une sensation, et cette réalité est aussi intense, poétique et bouleversante que si elle était une création de son imagination. Telle est cette révélation que le narrateur reçoit d'un « souvenir involontaire », et La Recherche tout entière se dévoile enfin comme le récit de la quête du narrateur pour reconstruire de toute pièce, par le truchement de l'art, une présence magnifique de soi à soi.

  • "La réflexion sur la solitude me paraît liée à ce qu'il y a de plus profond dans le questionnement philosophique. C'est là que se nouent le problème du moi, de la personnalité, de la société, de la communion et de la connaissance. A ses confins, le thème de la solitude s'unit à celui de la mort." (Nicolas Berdiaeff, "Cinq méditations sur l'existence"). La solitude peut être vécue comme la condition d'une intégrité personnelle, la recherche de sa propre identité, la solitude est alors assimilée à la liberté. A l'inverse la solitude fait éprouver la vacuité et l'inanité de l'existence, on ne vit pas pour soi, on n'est pas à soi-même sa propre raison d'être. Etre seul c'est être exclu de la communauté.
    Une étude philosophique de la solitude nourrie de nombreuses références littéraires.

  • En analysant le phénomène de la croyance, cet essai tente d'élucider l'origine des religions et des idéologies. Alors que la vie est à elle-même son propre sens, pourquoi cherche-t-on à lui assigner un but pour lui reconnaître un sens ? Un tel but ne peut jamais être qu'un mythe, une fiction ou un fantasme. Aussi tous les fanatismes consistent-ils à assujettir ou sacrifier toute réalité à ce fantasme. En examinant le processus de la croyance, cet essai se présente comme une enquête sur le sens de la vie.

  • "Ce récit est un document.
    Par petites touches accumulant les choses vues, les petits faits vrais, mêlant l'analyse à l'autobiographie, il relate avec l'objectivité d'un témoin ce que furent "les événements de 68".
    Etait-ce une farce ? Peut-être. En tout cas, cette farce aura duré quinze ans. Mais, bien qu'on l'ait eue longtemps sous les yeux, on y avait si peu cru qu'on ne l'avait pas vue.
    Sans doute ce récit fait-il comprendre comment a pu se produire en quelques mois l'éffondrement de l'Université.
    Mais il montre bien davantage combien cette agitation n'était que le symptôme tardif d'une crise bien plus ample et profonde dont on avait entendu les premières craquements dès 1924.
    Une civilisation finissait, alors qu'une autre avait déjà commencé. On ne se rappelle déjà presque plus la première. Nous vivons dans la seconde.
    Il en est de la civilisation comme de la géologie. Il y a des plaques tectoniques. D'où venait le vacarme de 68, on ne le comprenait pas. C'était le bruit que faisait une plaque au moment où elle allait en recouvrir une autre."N. G.

  • La démocratie moderne serait-elle devenue une réalité trop fragile, et trop éloignée de ses propres principes, pour être confiée aux manipulateurs qui prétendent l'incarner ?

  • "La Recherche est le roman des déceptions [...] Tout se passe chez Proust comme s'il suffisait d'obtenir ce qu'on avait le plus désiré pour s'étonner presque aussitôt de le trouver si peu désirable." D'où vient une déception aussi généralisée ? Pour répondre à cette question, l'auteur analyse à partir de l'oeuvre de Proust la séparation de la conscience et du monde, le deuil du réel, les illusions de l'imaginaire, les contradictions du désir et les horreurs de l'amour. A travers Proust, Nicolas Grimaldi poursuit ainsi sa propre analyse de l'imaginaire, du désir et du temps, déjà esquissée dans ses précédents ouvrages : Traité de la banalité et Préjugés et paradoxes.

  • Qu'y a-t-il de plus semblable à un homme qu'un autre homme ? Mais qu'y a-t-il de plus irréductible à l'humain que l'inhumain ? Or, il n'y a qu'un homme pour être inhumain.
    L'un des plus singuliers paradoxes de l'inhumain est qu'il n'est pas en dehors de l'humain. Pour être inhumain, il n'est pas besoin d'avoir perdu tout sens de l'humain. Tout au contraire, l'inhumain est une des manières fort communes qu'ont les hommes d'assumer leur humanité. Quoique notre conscience morale s'en révolte et quoique notre logique s'en scandalise, il nous faut donc en reconnaître le fait : l'inhumain est une catégorie de l'humain. Rien ne paraît plus monstrueux. Rien n'est pourtant plus banal. Il suffit à chaque fois de ne pas reconnaître son semblable dans l'autre.

  • Le propos de N. Grimaldi est de montrer qu'il existe une imagination philosophique comme il existe une imagination romanesque. Pour lui la philosophie de Descartes est le meilleur exemple pour examiner la part que l'imagination prend sur la raison. Ce livre montre comment Descartes a construit sa doctrine en "imaginant" les effets que cette doctrine rendrait possibles. Selon N. Grimaldi la logique de Descartes ne fait qu'établir les conditions de possibilité pour que ce qu'il avait rêvé puisse devenir la réalité. Un essai original, une vision nouvelle sur un Descartes inconnu : la reconstitution de la création d'une doctrine philosophique.

  • En montrant que la conscience pure est pure attente, cet essai décrit comment l'attente structure transcendentalement toute représentation que nous puissions avoir du temps.

  • « Le sentiment que j'ai de moi-même a-t-il rien de commun avec la perception que les autres ont de moi ? Et ce corps, qui me précède toujours, que dit-il à autrui de ma vraie nature, de mes goûts, de mon être secret ? Ainsi, aussi inséparable que je sois de mon apparence, celle-ci signale immanquablement celui que je ne suis pas tout à fait. En d'autres termes : mon corps est-il l'expression de mon moi ou mon moi est-il le prisonnier clandestin de mon corps ? Entre moi et ce qui est mien, la relation est donc bien moins d'ordre ontologique que linguistique ou stylistique. C'est ce qui fait du snobisme ou du dandysme deux figures de cet effort que chacun entreprend pour tenter de paraître ce qu'il voudrait être, et pour tenter d'affacer ce qui volontairement sien. »N. G.

  • « Y a-t-il rien de plus insensé que le zèle et l'application méthodique de certains terroristes lorsqu'ils décident d'exterminer des gens dont ils ne savent rien ?
    Et de plus déraisonnable que de massacrer des innocents en croyant servir le Bien et la Justice ?
    Se trouve ainsi posé le problème de savoir comment pense un fanatique.
    Pour  tenter de répondre à cette question deux traits m'ont paru constitutifs d'un délire aussi criminel :
    Le premier consiste à prendre une fiction pour une réalité - ce qui est la définition du rêve.
    Le second lui fait exclure de l'humanité quiconque ne partage pas cette croyance.
    Cela ne fait-il pas de tout fanatique un somnambule ? »                                                                                                                                      N.G

  • D'où vient que tous les régimes politiques prétendent rétablir ou défendre la liberté et qu'il n'y en ait pas un qui ne semble la confisquer ou la dévoyer ? Pourquoi les diverses représentations que nous en formons spontanément sont-elles en outre si contradicctoires que nous ne puissions jouir d'aucune liberté sans nous sentir privés d'une autre ? Certains mathématiciens croient parfois avoir contribué à l'élucidation d'un problème en démontrant qu'il ne peut avoir de solution. A leur exemple, cet essai tente de montrer pourquoi la conception de la liberté tombe en d'insurmontables antinomies dès qu'on l'associe au temps en la définissant comme pouvoir d'accomplir ce qu'on désire ou de faire ce qu'on veut. Seule échapperait aux antinomies de la contingence et de la nécessité, de la différence et de l'identié, de la médiation et de l'immédiation, une liberté affranchie du désir et du temps. Mais il faudrait pour cela nous être délivrés des obsessions de l'ego et du prestige de ses images. Quoiqu'il n'y ait rien dont le monde contemporain parle autant que de la liberté, il est donc à craindre que rien ne lui soit plus étranger. C'est cette diversité que l'auteur traduit par la description de quelques exemples, avant d'en rechercher l'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • On visite des expositions. Toutes ne nous montrent les oeuvres qu'en leur achèvement. Ne comprendrions-nous pas mieux toutefois ce que peut être la peinture s'il nous était permis de surprendre le peintre dans son atelier ? Ainsi avons-nous invité le public à visiter l'atelier d'un philosophe pour y découvrir comment s'exerce sa réflexion pour mettre les idées en place.
    Sur une soixantaine d'exemples, le lecteur assiste ici à l'organisation d'une pensée soumise au seul arbitraire de l'alphabet. Qu'il s'agisse de l'art ou de l'éducation, de l'amour ou de la jalousie, de Dieu, de la bêtise, de l'ennui, etc., c'est à partir d'une multiplicité de points de vue qu'il voit se constituer la cohérence et l'unité d'une philosophie dont les thèmes fondamentaux sont la vie, l'attente, l'imagination, et le temps.
    Aussi cette entreprise a-t-elle toute la simplicité et la clarté d'une initiation, et, comme chez un peintre, toute la singularité d'un regard.

  • "Cette personne que nous aimons sans la connaître, et qui ne nous est si présente que parce que nous la recréons sans cesse en l'imaginant, un tout simple hasard en fait l'objet de nos rêveries. Nous l'avons fortuitement inventée plutôt que nous ne l'avons choisie. Mais son image nous est désormais si intime, si obsédante, que nous ne pouvons plus nous en détacher. Parce qu'il nous semble que nous ne pourrions pas vivre sans elle, il nous semble aussi que nous aurions manqué notre vie si nous ne l'avions rencontrée..."N. G.

  • Si constant, si général, si banal qu'on ne s'en étonne même plus, un fait est pourtant remarquable. Quelque avenir que nous ayons imaginé, il ne se réalise jamais sans que nous en soyons secrètement déçus. Quelle est l'origine d'une aussi infinitésimale mais aussi universelle déception ? Pour l'élucider sont ici analysés le passage de l'imagination à la perception, du possible au réel, l'attente, le désir et le temps.

  • Ce livre rassemble de courts essais écrits au jour le jour, invitant à réfléchir sur des thèmes ordinaires glânés dans la littérature, le cinéma, la télévision. Il s'interroge sur l'origine de nos croyances, des idéologies, du mal, il analyse les envoûtements de l'imaginaire et les paradoxes du jeu. Certains thèmes sont toujours pour l'auteur des énigmes comme le moi ou bien le mal, d'autres suscitent sa perplexité comme l'imaginaire et le jeu, quel est le rapport de l'imaginaire avec le jeu et du jeu avec la vie ?

  • Avertie par les ouvrages de Marcuse, la génération de 68 savait que nous n'avions plus à travailler pour vivre. Or, on ne s'était pas plutôt préparé à l'idée d'en finir avec le travail et d'en liquider les poncifs qu'une épidémie de chômage vint en faire une obsession... Une analyse qui ne fait que prolonger les travaux de l'auteur sur le désir et sur le temps.

  • L'auteur poursuit, dans cet essai, sa réflexion et son analyse de l'imaginaire, de l'envoûtement et de la croyance, commencée dans Le Désir et le Temps puis dans le Traité de la banalité. A partir de l'exemple de Judas, condamné sans avoir été jugé, cet essai s'efforce d'élucider comment on peut en venir à sacrifier un individu non encore jugé coupable, par fidélité à une cause absolue. D'où vient la méchanceté dans l'homme ? Pourquoi, s'interroge l'auteur, existe-t-il cette sorte d'invincible attirance qui porte certains au mal avec une certaine dilection ? Pourquoi Judas a-t-il livré Jésus aux bourreaux ? Comment ensuite cette trahison fut-elle récupérée et Judas, malgré son repentir, est-il devenu complice d'un crime ?
    Peut-être cette fable peut-elle aider à comprendre certains engagements extrêmistes actuels. Tout fidèle d'une Eglise, tout militant d'un parti, tout membre d'une secte est exposé à vivre le même déchirement que Judas entre sa fidélité à un idéal et sa fidélité au chef. "D'où vient qu'un simple idéal de l'imagination puisse devenir si envoûtant qu'on soit prêt à sacrifier pour lui toute réalité ?" Mais qu'en est-il de cette fidélité si la cause n'est qu'un idéal de l'imagination, une chimère ou un fantasme ? conclut l'auteur. Une réflexion sur le conflit entre morale et efficacité.

  • « - Êtes-vous jaloux ? Quand on l'est un peu, cela n'est pas tout à fait désagréable. Cela permet à des gens qui ne sont pas curieux de s'intéresser à la vie des autres personnes, ou au moins d'une autre. Et puis, cela fait assez bien sentir la douceur de posséder. Mais cela, ce n'est que dans les tout premiers débuts du mal ou quand la guérison est presque complète. Dans l'intervalle, c'est le plus affreux des supplices. »
    Comme l'étude des maladies permet de mieux comprendre le fonctionnement normal de la physiologie, c'est la vie de l'imaginaire que j'ai tenté de décrire en étudiant la jalousie comme l'une de ses formes les plus ordinairement délirantes.


  • Dialogue avec Anne-Claire Désesquelles

    Le sens commun tient généralement pour réel ce qui est immédiatement donné. Aussi penset-il qu'il n'y a de réel que le présent. Nicolas Grimaldi, ancien Professeur d'histoire de la philosophie moderne puis de métaphysique à la Sorbonne, remarque cependant, à la suite de Pascal, que « nous ne nous tenons jamais au temps présent ». Sans cesse nous guettons l'imminence du possible. Telle est la dissidence qui tient constamment la conscience à distance du réel. Or qu'est-ce qui désunit la conscience du présent pour la lier à l'avenir, si ce n'est l'attente ? L'attente est à la conscience ce que la tendance est à la vie : son principe. Non seulement l'écart est leur être même, mais cet écart n'est autre que le temps. Qu'attendre, toutefois, sans imaginer ce qu'on attend ? En nous faisant mimer ce dont l'irréel nous envoûte, le propre du jeu est de nous faire vivre à l'interface du monde et de sa fiction, à la lisière du réel.
    Anne-Claire Désesquelles, agrégée de philosophie, médaille d'or d'analyse musicale au Conservatoire de Lyon, est l'auteur d'une thèse sur L'Expression musicale dirigée par Nicolas Grimaldi. Professeur en khâgne, elle consacre ses recherches à la philosophie de Bergson, ainsi qu'au concept de rythme.

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