• Ce que je crois

    Maurice Clavel

    Collection "Ce que je crois"

  • Chacun sait, par la fréquentation des mass media sinon des églises, ce qu'un nombre croissant de chrétiens malins, bien intentionnés ou les deux, fait de Dieu, au profit des idéologies planétaires qui le prescrivent et par là même déshumanisent l'homme.

    Dès lors le titre de cet ouvrage Dieu est Dieu, nom de Dieu ! - cri naguère poussé par un jeune grand poète - va de soi et dispense de toute analyse...

    ... Encore qu'il y ait, au bout de la colère, une espérance toute nouvelle...

    M.C.

  • On n'a jamais fait cela.

    Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est un fait. C'est aussi le cri des premiers lecteurs de cet ouvrage.

    Clavel était allé plusieurs fois aux usines Lip de Palente dans l'intention de ramener, au bout de quelques semaines, une plaquette documentaire sur ce conflit, le plus grave et le plus chargé d'espérance que la France ait connu depuis longtemps.

    Six mois après, il nous donne une symphonie avec choeurs et orgues, romanesque, mais peut-être plus vraie que la vérité.

    Ou encore une sorte de cathédrale... Que les définitions approximatives de cette oeuvre s'empruntent à l'architecture ou à la musique, c'est signe qu'elle n'a guère de précédent en littérature. On pourrait même penser à un film soviétique de haute époque, si la plupart des animateurs de la lutte et des principaux personnages de l'ouvrage n'étaient des militants chrétiens - auprès de qui l'auteur semble s'être enrichi.

    Et le peuple est là, lui aussi, non dans son anonymat, mais dans son âme commune et ses personnalités particulières, que la lutte révèle et qui en retour la nourrissent. C'est ce peuple qui donne souvent à ce livre sa dimension de poème épique.

    L'avenir dira si Les Paroissiens de Palente sont pour l'art de Clavel un aboutissement ou un nouveau début. Les deux, sans doute...

  • Perte et fracas

    Maurice Clavel

    « - ...Faut coire que je suis bon pour autre chose... Elle insinua : - Pour ce gosse ? Il t'a converti ? Il réprima un commencement de violence et lui répondit : - Tu fais bien d'en parler, je vais tout te dire. Ça vaut la peine... Elle attendait. - On l'a trouvé dans la rue, tout seul, en pleine fumée, la nuit du 3, la première... Au Quartier... Il avait rappliqué au grand galop de sa banlieue éloignée dès qu'il avait eu la nouvelle... Et puis toutes les autres nuits de ces deux mois, on s'est pas quittés... Ce qu'il a fait comme coups... fumants, sanglants... je te le dis pas : on peut toujours répondre que c'est de l'inconscience... Et d'ailleurs on s'en fout : ce qu'on a fait, c'est très peu... Le truc à signaler, c'est qu'il était heureux... Heureux comme nous-mêmes on ne pouvait pas l'être... Il ne l'avait jamais été, jamais, tu comprends ? C'est pas parce que c'est lui... enfin, pas tellement... Il s'embrouillait. Il reprit : - Ce n'est pas notre sous-prolo, notre bonne oeuvre. Y'en a plein comme lui, mais c'est avec nous qu'il est... Il parlait comme à une amie prise dans son rêve : - Et puis, à Flins... chez lui... la bagarre dans l'usine, dans le village, et dans les blés en gerbe, ou pas encore coupés... tu vois ça ? Ce n'est pas nous qui avons mis le feu aux meules, c'est les grenades... »

  • Les chroniques de Maurice Clavel se succèdent avec une sorte de nécessité intérieure, annonçant dès Novembre 1966 « la convulsion salutaire », proclamant le décès de « l'homme fini » et de l'humanisme, affirmant la nécessité de « tout refaire à neuf », « tout penser à zéro », espérant « un réveil venu de l'extrême-gauche ». Quand Mai éclate, Combat offre à Clavel les colonnes que le Nouvel Observateur ne peut provisoirement plus lui ouvrir ; Clavel entre alors de plain-pied dans cette révolution qu'il a prévue, suscitée même, et qui l'émerveille pourtant par sa positivité profonde et sa vivacité de fête. On sent cependant tout au long que ses sentiments pour De Gaulle ne sont pas simples : la violence des invectives est sans doute à la mesure d'un compagnonnage ou d'une amitié passée. Ainsi, par son ton passionné, par sa recherche déchirante, Clavel nous apparaît, monolithique, honnête jusqu'au mysticisme, à la jointure de deux mondes, passé-futur, dans une apocalypse peut-être commençante.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Qu'est-ce qui peut m'excuser d'avoir réuni en un livre ces chroniques du Nouvel Observateur et de Combat, ces témoignages et ces pensées qui relèvent de l'éphémère ? C'est peut-être que de nos jours il n'y a plus d'éphémère, puisqu'il n'y a plus de durable, encore moins d'éternel. C'est peut-être qu'on trouve aujourd'hui plus de sens, implicite ou caché, dans tel événement que dans telle doctrine. Que le discours en règle est usé avant que de naître, dans sa trame ou dans ses racines. C'est que, comme le disent ou le suggèrent ces textes, nous sommes dans une ère de faille, de transition ou de révolution culturelle - étant bien entendu que la culture et dans l'homme le plus profond. C'est que la vérité de telle ou telle invention a moins de poids que l'authenticité de la recherche. Un important philosophe me demanda, en juin 1970, à la date où s'arrête ce premier recueil, « le livre de philosophie qui est en filigrane de vos articles ». Je promis d'essayer. Je ne pus, ou je n'eus pas le temps. Je me récusai. Il me répondit joliment qu'il y avait, en fin de compte, plus de lumière dans le filigrane que dans la page. M.C.

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