• Un maître de la prose interroge la peinture. Si Marcel Arland a découvert la vie des formes en même temps que Malraux et avant lui, il l'a fait d'une tout autre façon. Non comme une provocation à la pensée philosophique, mais comme on le ferait d'un ami qui, par des chemins différents, poursuit un même objet. Cet art rival et fraternel, il le sait et le veut différent de celui qu'il a choisi, doué d'autres pouvoirs qu'il entend célébrer chez les grands peintres du passé Piero della Francesca, Rembrandt, Poussin, de La Tour, Chardin et plus proche et intime, Van Gogh ou découvrir au fil des expositions, des rencontres et des années chez les contemporains qui se nomment Rouault, Klee, Soutine, Braque, Bonnard, Chagall, beaucoup d'autres encore. Mais Marcel Arland ne cessera d'exiger de la peinture cette même fidélité ardente et rigoureuse, qu'il poursuit dans ses livres, afin qu'elle apporte « à la vie humble et souffrante, sa lourde parure de terre et de ciel ». Au-delà des frontières des langages et des signes, s'annonce l'unité du projet esthétique autant que moral, qui conduit vers la Grâce. Celle des grands peintres. Celle de cette prose qui, au service de la peinture, démontre une fois de plus ses pouvoirs incomparables. Jean Blot

  • Tout art est vain, qui n'est d'abord une lutte et un recours contre la nuit . Aucun livre de Marcel Arland ne révèle mieux que celui-ci les forces antagonistes qui se disputent le coeur du plus secret de nos écrivains : la nuit et la lumière, l'ombre et le feu, l'angoisse et l'espoir.

    Sous forme de lettres écrites à des amis, vivants ou morts, ou simplement adressées " à la solitude ", Marcel Arland parcourt à nouveau le chemin qui l'a mené des ténèbres d'une maladie douloureuse à un nouvel amour du monde et de la vie. Ces mains croisées autour d'un chien mourant, ces colloques avec des crucifix vétustes, ces nuits de veille et ces journées de contemplation, ces ravissements, ces errances, des plateaux brumeux d'Auvergne aux îlots extrêmes de Bretagne, cette remémoration, enfin, d'une enfance blessée : autant d'étapes d'un dur itinéraire où la confiance, pour naître, doit déchirer le brouillard d'une détresse toujours proche.

    Mais, à la fin, ce n'est plus qu'un chant de louange, d'autant plus émouvant que l'abîme a été plus profond. Véritables Confessions du grand écrivain, ces pages ont une vibration si intense, qu'on ne sait, en les refermant, si l'on a mieux aimé le livre de vérité ou l'oeuvre de poésie.

  • Chaque semaine, j'écoute Paul Léautaud à la « chaîne » nationale. J'aime surtout ses silences ; j'aime aussi les bruits de sa canne, ses petits rires hennissants, et les non, nen, nin ! dont il scande ses colères. Je souffre un peu de le sentir en représentation. Quelle étrange faiblesse, pour un homme qui dénonce les vanités littéraires, se moque du public et chérit la solitude, que d'en prendre à témoin quelques millions d'auditeurs.

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