• Note : plusieurs versions disponibles. L'une avec audio intégré, l'autre sans audio (interopérable, lisible sur tous supports), avec morceaux audio à télécharger directement.
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    Ce poème est le récit fragmenté d'une perte. Des photos viennent donner apparemment un semblant de réalité à un parcours intérieur marqué par la douleur. Et le cri. Quand j'ai lu le manuscrit de Julien Boutonnier, c'est ce qu'immédiatement j'ai senti. Mais, le relisant, voici les quelques remarques qu'il a suscitées en moi.
    1. Le cri désigne la perte de la mère. L'absence subie comme un fléau (peste au crabe) se combat dans les mots contre les motsmorts qui coupent le souffle. Boutonnier trouve sa voix dans les lettres manquantes qu'il faut vocaliser autrement pour pouvoir dire le nom imprononçable.
    2. En ce sens, il n'est pas question d'histoire individuelle seulement, vous l'aurez compris. Il s'agit de tenter de saisir l'espace à vif de la mort à l'oeuvre en nous, en nous tous.
    3. Et les photos ne sont là que pour nous montrer que la réalité de ce qui se lit et se donne à entendre ne peut se voir, sauf dans le défaut de ce que toute image exhibe, dans ce qu'elle dé-montre.
    4. Il faut pour donner corps à tout cela une construction rigoureuse, exigeante. Julien Boutonnier y parvient avec un sens des rythmes et un feeling à toute épreuve.
    5. C'est donc un livre remarquable, bouleversant.

    Maintenant, précipitez-vous, ayez la curiosité aiguisée, à vos liseuses !

    François Rannou

    Note : il faut saluer le travail remarquable de Jean-Yves Fick dans la mise au point du manuscrit et sa relecture.

  • M.E.R.E

    Julien Boutonnier


    on est foutu, quelqu'un a dit
    la main a remué : nos cendres
    des fleurs ont été là

    La remémoration que Julien Boutonnier conduit dans M.E.R.E. construit coûte que coûte le récit impossible de la perte. À partir du trauma puis d'un rêve, l'édifice d'une narration s'élève peu à peu, serait-ce depuis sa fragilité. Chaque mot sur la page est potentiellement joint et disjoint pour chercher un sens nouveau, un signe, une langue qui donnerait à entendre ce qui depuis le début reste indicible : l'effacement, l'oeuvre de mort. Dans ce travail, la lettre est envisagée comme une balise à laquelle pourraient s'arrimer les morceaux d'un langage disloqué. La spatialisation, le ressassement, la langue tout entière manipulée avec un tel entêtement et une telle précision donnent au texte une ampleur considérable et produisent une oeuvre poétique bouleversante.
    M.E.R.E se décline en trois versions différentes et complémentaires : une version spatialisée au format papier, une version en prose au format numérique, enrichie de photographies d'Anthony Ceccarelli, de montages audio, de citations et d'extraits du journal de l'auteur, et enfin, une version performée proposée sur le site http://balises.net.
    Ce texte est le deuxième ouvrage d'une trilogie commencée avec Ma mère est lamentable, également disponible aux éditions Publie.net.

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