• « Si Cervantes est l'écrivain dont je me sens le plus proche, cela tient à sa qualité de précurseur de toutes les aventures : si sa familiarité avec la vie musulmane donne à son oeuvre une indéniable dimension mudéjar, l'invention romanesque, à travers laquelle il assume la totalité de ses expériences et de ses rêves, fait de lui le meilleur exemple de l'attitude illustrée par le dicton : humani nihil a me alienum puto. Trois siècles et demi plus tard, les romanciers font encore du "cervantisme" sans le savoir : en composant nos oeuvres, nous écrivons à partir de Cervantes et pour Cervantes ; en écrivant sur Cervantes, nous écrivons sur nous-mêmes, que sa ferveur islamique nous soit étrangère ou familière. Cervantes reste le point vers lequel toujours convergeront nos regards. » Juan Goytisolo, extrait de « Vicissitudes du mudéjarisme », in Chroniques sarrasines, Paris, Fayard, 1985.

  • Beauté n'a pas de loi

    Juan Goytisolo

    • Fayard
    • 10 Février 2016

    Traduit de l'espagnol par Aline SchulmanDans ces textes écrits entre 2003 et 2012, Juan Goytisolo nous propose sa lecture d'écrivains européens aussi divers que Arno Schmidt, Hermann Broch, Céline, Quevedo, Mikhaïl Boulgakov, Andreï Biély. Il suggère des rapprochements inédits entre les grandes héroïnes de la littérature que sont Emma Bovary, Anna Karénine et la Régente. Il établit aussi un parallèle entre les persécutions de l'Inquisition espagnole du XVe siècle et les pratiques staliniennes dont ont été victimes, entre autres, Isaac Babel et Ossip Mandelstam. Ses analyses passionnantes et érudites, où transparaît sa sensibilité aux enjeux politiques, nousincitent à redécouvrir ces chefs-d'oeuvre.Essayiste autant que romancier, Juan Goytisolo poursuit ici son analyse engagée et rigoureuse de l'« arbre de la littérature » entamée il y a vingt-cinq ans. Né à Barcelone en 1931, intellectuel engagé, opposé au franquisme, Juan Goytisolo s'est très tôt exilé à Paris. Aujourd'hui installé à Marrakech, il est devenu un critique implacable de nos sociétés. Auteur d'une quinzaine de romans et de nombreux essais, il a reçu, entre autres, le prestigieux prix Cervantès (2015) pour l'ensemble de son oeuvre.

  • Genet à Barcelone

    Juan Goytisolo

    • Fayard
    • 31 Octobre 2012

    Juan Goytisolo rencontre Jean Genet en 1955. Dès lors, il ne perdra plus de vue l´auteur du Notre-Dame-des-Fleurs (1944) ni son oeuvre, même si Genet avait l´habitude de disparaître du jour au lendemain. Dans son travail d´écriture, Goytisolo revint à plusieurs reprises sur l´étonnante figure que fut son ami. En rassemblant les quatre grands essais qu´il lui a consacrés, Goytisolo construit à sa manière, très proche et très sensible, une biographie et une réhabilitation du poète incompris dans sa dernière oeuvre. Dans un premier récit (publié par El País en 2009), il raconte l´étape juvénile de l´auteur du Journal du voleur, lorsqu´il partageait la vie de la pègre barcelonaise dans le Barrio Chino et que, pour subsister, il se livra, quelques mois durant, au vol et à la prostitution. Dans « Le territoire du poète » (chap. III de Les Royaumes déchirés, Fayard, 1988), il fait un portrait délibérément fragmentaire de Genet à partir de la relation zigzaguante qu´il a entretenue avec lui jusqu´à la fin de années 70. Quand il apprend qu´il est atteint d´un cancer, Genet réduit le cercle de ses amis parisiens et se consacre à la rédaction du livre qui deviendra son chef-d´oeuvre : Un Captif amoureux. C´est à ce livre très attaqué que le fameux texte de Goytisolo « Genet et les Palestiniens : ambigüité politique et radicalité poétique » est consacré. « Le poète enterré à Larache » (La Forêt de l´écriture, Fayard, 1997) donne une nouvelle définition de la « sainteté » du chantre du vol, de la trahison et de l´homosexualité. Vient enfin quelques lettres que Genet avait adressées à Juan.

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