• Hapax

    Joachim Séné

    Hapax : mot dont on n´a pu relever qu´un exemple dans un corpus donné, propose le TLF.
    Et pourtant, aborder le plus essentiel de l´entreprise langagière, depuis toujours : "l´homme, la femme, leur amour".
    Mais l´insérer dans le contexte social contemporain, fréquentations, présentation, mariage et voyage de noces, et même : Maternité, lit premier cri. « C´est un garçon ».
    Évidemment, le détournement se fait avec humour. Mais voyez : un et ou un avec ou n´importe quel article ou pronom : une fois brûlé, plus le droit de l´employer.
    Ce qui se dit ici ressemble fort à la tentative de Perec dans Les Choses, ce livre écrit à 28 ans, et qui lui valut, parti d´une pile de vieux Madame Express et des Mythologies de Roland Barthes, le prix Renaudot. La biographie, prise brique à brique dans le déroulement du réel, du plus immédiatement concret au plus symbolique, d´une fabrique de vie. Et c´est bien le poids de ce qu´on appelle qui donne sa force et son sel au détournement.
    Joachim Séné, a son site avec bien d´autres ateliers textes en cours : figure qui pourrait être emblématique d´une nouvelle figure, encore en gestation, encore à imposer, de ce qui change pour la littérature - le mouvement de composition, le geste ou l´atelier, devenant le matériau même de ce qui est donné à lire.
    Lire par exemple ce travail à partir de la forme textuelle parfaitement identifiée des petites annonces : Petits appels.
    Hapax, c´est le mot que j´avais voulu réserver, en 2001, au moment de choisir un nom de domaine - pas grave, puisque du coup ça m´a mené à remue.net puis ce publie.net, enfin tiers livre : n´empêche, me reste une tendresse pour le projet... Mis en ligne fin 2008, on reprend le texte dans nouvelle présentation, qui lui permette de dialoguer avec Roman et La Crise.

    FB Présentation et autres travaux de Joachim Séné : voir son Journal écrit.

  • Roman

    Joachim Séné

    De Joachim Séné, nous proposons déjà Hapax, contrainte de n´utiliser qu´une seule fois chaque mot.
    Roman est un texte bref : cinq chapitres, mais ile ne font qu´une page, deux au maximum.
    Seulement, la matière c´est le roman : les conventions habituellement utilisées, ces chevilles de parole qui l´encombrent, ces repères temporels sur lesquels on glisse à mesure qu´on lit. La plus célèbre de ces conventions étant bien sûr, depuis Paul Valéry, La marquise sortit à cinq heures.
    Joachim Séné va plus loin, en triant ces conventions par genre (le temps, l´énonciateur, le dialogue, la didascalie, mais les convoquant comme matière même de l´écriture.
    Et que ça puisse raconter ainsi une histoire d´amour, ou la laisser deviner, donc être un roman ?
    Nos formes brèves sont le laboratoire idéal pour ces questions : parce qu´elles dérangent.

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  • La crise

    Joachim Séné

    Une photo prise au passage, d´un tag sur un mur de métro : la crise.Dans la phrase taguée, la crise c´est chaque fin de mois, le tagueur a hésité sur le s à la fin : fin de moi ?
    On retrouve dans ce texte de Joachim Séné son jeu majeur de détournement, combinaison, contrainte. Mais ici ce jeu s´oublie, le verbe qui devient rage, même dans les anagrammes de la toute fin.
    La domination politique s´appuie sur le verbe. Le combat social, l´inégalité, la fuite devant les ombres s´appellent politique quand ils deviennent discours, adresse, détournement des mots.
    Et notre tâche à nous, artisans de langage, ne serait pas aussi dans ce territoire, où s´atteler à ce qui maltraite la langue, ou la ravale à bien peu, en lui demandant de dissimuler ou affadir ce qu´on maltraite des hommes et des choses ?
    Quand le discours politique devient un robinet d´eau tiède, lorsqu´un mot devient une vague image dans les journaux ou sur les ondes, il évacue ce qu´il contient.
    On a besoin de ces textes-cri : c´est nous-mêmes qu´ils rehaussent.
    « La crise » est suivi de « Sans » et « Déclaration ».
    FB Pour présentation et autres travaux de Joachim Séné, lire son Journal écrit et ses Fragments, chutes et conséquences.

  • Joachim Séné a défini un territoire bien à lui de la forme littéraire. Une forme qui questionne le présent dans la plaie, par la crise, le travail, l'argent. Et qui l'interroge avec la littérature comme forme vive, presque une arme, via une poétique de la récurrence et de la série, mais toujours sculptée à même l'espace de la relation sociale, des lieux où on vit et on travaille.
    Et Arthur Maçon risque bien d'être de ces personnages capables d'échapper à leur auteur pour s'en vivre leur propre vie, à moins qu'ils ne l'aient commencé bien avant lui. Bien sûr le prénom, de celui qui symbolise à jamais pour nous tous le "en avant" du moderne, des semelles de vent.
    Mais cet Arthur Maçon là vient de plus loin. Il fut le premier homme, dans une zone confuse et pré-biblique, qui se mêle aux fantômes ou fantasmes de tyrannosaures et de grottes peintes.
    Mais on ne s'appelle pas maçon pour rien: éblouissement de factures, devis, prestations numérotées par quoi on réparerait tous les désordres du monde. C'est qu'il n'est pas bien beau, usé et rafistolé, le monde qui a l'âge d'Arthur Maçon. C'est incisif, c'est dur. Cela englobe le chômage.
    Et quelle curiosité quand l'informaticien qu'est à l'origine Joachim Séné reprend les manettes de sa propre histoire, et que l'interrogation sur l'âge et le destin du monde vient rejoindre le web, les bases de données et l'Internet.
    En donnant vie à Arthur Maçon, l'impression de libérer dans l'espace virtuel un personnage capable de l'arpenter bien au-delà de ce texte caustique et fou, coup de poing et tendresse.
    Et bien sûr visiter le site de Joachim Séné.
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  • Village

    Joachim Séné


    Aux abords de la ville, au bout d'un périphérique, d'une voie rapide, d'une nationale, d'une départementale : le Village. C'est un lieu.

    Mais le Village, c'est aussi un temps.
    Un temps de l'écart, pris dans le feuilleté des constructions et des démolitions, dans les terres labourées, désertées qu'on voit depuis les lucarnes des greniers.
    Joachim Séné s'empare de ce temps, de ce lieu, pour dessiner, avec ses formes et ses couleurs, un village réel et légendaire, le Village. S'y accrochent des souvenirs, des gestes, des visages. Les siens, les nôtres, ou ceux d'un « tu » qu'on imagine proche et qui nous parle depuis un chemin de cailloux où pédale un garçon - avec ses rêves, ses inadéquations, ses frayeurs et ses attaches incompressibles.
    Une queue de comète se forme, comme si la lumière s'adaptait à nos yeux : le Village, traversé de toutes ces strates temporelles, apparaît, ici et maintenant. Des barrières impossibles à franchir s'écartent. Nous entrons.

  • L'homme heureux

    Joachim Séné

    Qui est Robin Sonntag ? Informaticien au sein d'une société secrète, il oeuvre à sauvegarder les savoirs de l'humanité via un réseau d'algorithmes répartis sur des millions d'ordinateurs et d'appareils domestiques.
    Qui est Alice Barlow ? Celle que Robin ne parvient pas à oublier, et qu'il ne veut pas souiller de sa virilité toxique. Ne pouvant couper aucun pont avec elle dans ce monde hyperconnecté, une idée lui est venue : celle de détruire Internet pour ne plus avoir de lien, même potentiel, avec elle...
    Dans ce roman d'un nouveau genre, capable à la fois de faire chanter les protocoles régissant les réseaux immatériels et suivre le cheminement des données giclant de câble en câble, Joachim Séné réalise dans l'écosystème littéraire ce que tout un chacun expérimente en ligne : il fait oeuvre de navigation. Dystopie au présent, L'homme heureux synthétise le meilleur et le pire du web encapsulés sous la forme d'un roman à flux tendu qui « écrit les âges sombres du futur avec des bâtons de bergers étrusques ».

  • Sans

    Joachim Séné

    Nous vivons des temps troubles : le travail a changé, l'organisation des hommes aussi, et ce à quoi on les emploie. Les frictions, c'est avec ce qui ne change pas, l'ordre, la hiérarchie, l'argent.
    Voici le quatrième texte que nous proposons de Joachim Séné. Comme dans La Crise ou dans Roman, il y a démontage, et démontage violent. Ici, ces espaces neufs du travail informatique où tout le monde cohabite, où les tâches participent de notre plus haute modernité.
    Alors le vocabulaire devient masque. C'est d'abord à la langue qu'on s'attaque. Les signes, les familiarités, l'anglais, la sanctification des mots fétiches comme l'entreprise. Et puis, de l'autre côté, les Assedic, les portes fermées, le monde des actifs susceptible de se fermer à jamais sur sa langue si fragile, tant elle cache peu.
    Pour moi, pas d'hésitation : c'est notre façon, à nous littéraire, de faire de la politique. C'est mener la langue là où ça tremble, même dans les zones brillantes, mais les zones justement les plus névralgiques dans la reconduction ou la domination du monde.
    Il faut participer de ce monde pour s'en saisir. Et, probablement, être du même coup dans l'impossibilité de s'y plier. Ceux qui suivent régulièrement les billets de Joachim Séné liront en creux son choix récent de quitter ces bulles de l'informatique à l'assaut du monde, pour se faire lui aussi piéton de la littérature. C'est ce choc qui ici s'écrit, dans le creux d'un licenciement.
    Et découvrir comment, dans la rapidité des transformations de ce lieu névralgique du monde, et ce qu'il y advient du mot travail, nous avons nous-mêmes à réviser, affûter autrement nos armes. C'est la puissance immédiate de ce texte, que nous y conduire - et pas au détriment de notre humanité (qu'on lise l'apostrophe par quoi s'ouvre le texte), ni d'une étonnante capacité d'image concrète, là où peu de nous ont droit de pénétrer.
    Outre son site, Joachim Séné participe depuis plusieurs mois à une des plus curieuses expériences web du moment, le Convoi des glossolalies, textes à contrainte, où on retrouvera ce même défirchage du monde.

    FB  

  • C'était

    Joachim Séné

    Les textes de littérature qui ont le mieux honoré les contradictions propres au monde du travail, et ce qu'il fait émerger de notre humanité nue, sont ceux qui ne poursuivaient pas le travail lui-même, mais bien leur seul principe littéraire.

    C'est ce qui fait la force et la nouveauté de ce livre de Joachim Séné. Informaticien, il quitte son travail, il y a un an de cela, pour écrire. Son expérience littéraire se développe via son site joachimesene.fr . Mais les fantômes sont coriaces. Il participe à une belle aventure web d'écriture à contrainte, le Convoi des glossolales . Et c'est dans ce mince billet quotidien, cinq lignes à peine, rarement plus, que toute une année il va revisiter, en temps décalé, un an de son ancien travail salarié dans l"openspace.

    Condition moderne du travail : au coeur de la capitale, en vue de la Tour Eiffel, avec la pause clope sur le trottoir et les touillettes de la machine à café. Et pas un travail aux mains noires : le code, les bases de données.

    Alors accordons à Joachim Séné qu'avec "C'était"' nous viendrons lire une expérience formelle dérangeante, la netteté de ce qu'on voit, l'abstraction du monde, le quotidien du corps et des paroles, les chefs et le retour chez soi.

    Mais à l'inverse, qu'il nous accorde de découvrir, dans ces 53 semaines en 5 fragments, sans jamais dire "je", une mise en écriture résolue, politique et tout aussi coriace, du nouveau visage du monde du travail : un monde sans visage.

    FB

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