• Un nouveau mode de rapport au monde est né en Grèce ancienne : l'attitude critique, laquelle a marqué durablement l'histoire occidentale pour ensuite s'imposer mondialement. Dès ce moment inaugural, beaucoup s'est joué, car l'indépendance de la pensée, le rapport questionnant au monde, la tradition de la discussion critique et du franc-parler - c'est-à-dire la tradition du rapport critique à la tradition - allaient pénétrer à l'intérieur des doctrines juive, chrétienne et musulmane pour en infléchir le cours, puis gagner à l'époque moderne leur espace propre dans la Cité. Inventeurs de la démocratie et de la philosophie, les Grecs ont donné naissance à cet éthos-critique dont le pli culturel n'allait plus nous quitter. Le présent essai propose donc une lecture du Monde moderne fondée sur une réinterprétation de l'input antique grec, une analyse qui tient compte de la nouvelle humanité, critique et réfléchie, découverte en Grèce, et qui prend ses distances vis-à-vis des approches proposées par des auteurs comme Hans Blumenberg (la Modernité relève d'une autoaffirmation absolument originale), Marcel Gauchet (le désenchantement du monde est un phénomène essentiellement tardif ; la démocratie d'aujourd'hui tout autre chose que la démocratie antique), et Rémi Brague (l'Occident tient davantage de la Rome hellénisée et christianisée que d'Athènes). Notre civilisation a sans doute rompu avec certains aspects de sa tradition, mais elle n'a pas rompu avec son passé, celui plus ancien qu'elle redécouvre maintenant de manière plus libre. Le but de l'ouvrage n'est d'ailleurs pas de sacraliser l'hellénisme, mais de montrer que le potentiel critique, inscrit dans la dynamique même de cette culture, peut nous aider à mieux comprendre - et à mieux défendre - la société ouverte d'aujourd'hui.

  • Plotinus' Treatise 33 (II.9), entitled Against the Gnostics, is one of the most fascinating and complex writings of the Roman Neoplatonic master, as well as one of the most polemical, as it is the sole treatise to openly side against a rival sect or school of thought.

    We here present the reader with the full analysis of this exceptional treatise, in its original English, of Zeke Mazur (), one of the scholars most deeply versed in the connections between the Gnostics, most notably those identified as belonging to a subgroup of Platonising Sethians, and the first generation of Neoplatonists (i.e. Plotinus, Amelius, and Porphyry).

    An abridged and simplified version of the English original, accompanied by a translation of Treatise 33 (II.9) itself, will appear in 2018 in French in the Collection des Universités de France, alias the Collection Budé.

  • En Politiques, Livre III, chapitre 11, Aristote présente un argument en faveur d'un mode de décision fondé sur le cumul des opinions qui s'expriment au sein d'une réunion délibérante, que ce soit dans le contexte d'une assemblée proprement politique, d'une cour de justice ou d'un jury artistique.
    Grâce à cette additivité, à ce cumul ou à cette sommation des points de vue - c'est ce qu'on a appelé la Summierungstheorie -, des gens qui se trouvent rassemblés seraient à même de parvenir à des jugements non seulement en soi avisés, mais souvent supérieurs à ceux pris isolément par les individus soi-disant meilleurs ou par les savants, par l'élite si l'on préfère. Et voilà le platonisme potentiellement renversé ou tout au moins mis à mal.
    Si Aristote fait sien ce procédé cumulatif (Summierungsverfahren) et s'il croit au pouvoir de l'intelligence collective qui en résulte - et pourquoi en douter ? -, on peut logiquement s'attendre à ce que le genre de régime politique qu'il favorise soit lui-même en correspondance avec une telle intelligence collective, un régime de type par conséquent démocratique. 
    Or c'est bien quelque chose comme cela qui se produit au sein du traité des Politiques, d'où le portrait qui s'en dégage d'un Aristote « révolutionnaire », mais comme on le verra, « tranquille ».













    ISBN Vrin: 978-2-7116-4396-7

  • On a l'habitude de lire dans Antigone l'histoire d'un conflit entre d'un côté l'expression des liens affectifs et de la piété, et de l'autre les prérogatives de l'État dont le but premier serait le maintien des institutions. D'un côté Antigone fidèle à son frère, de l'autre Créon attaché à sa Cité. D'un côté la morale de l'affectivité ou de la conviction (Gesinnungsethik), de l'autre la morale de la responsabilité (Verantwortungsethik), pour parler comme Max Weber. Cette lecture classique de la tragédie demeure sans doute pertinente à bien des égards, mais traduit-elle l'essentiel ?
    Et si l'intention du poète n'avait pas été d'en rester à cette confrontation mais de suggérer, par-delà l'affrontement ruineux, une troisième voie possible ? Il n'y aurait plus alors deux termes seulement, le privé et le public que tout sépare, mais deux manières pour l'ordre public lui-même de se rapporter au privé, l'une conflictuelle et tyrannique, celle de Créon, l'autre conciliatrice et délibérative - démocratique en ce sens -, celle défendue par Hémon, par Tirésias, et finalement peut-être par Sophocle lui-même qui, par l'emploi d'un vocabulaire tiré de l'expérience politique athénienne, dénoue d'une main l'intrigue qu'il noue de l'autre.
    Éclairée entre autres par Aristote, une interprétation nouvelle de la pièce en découle, celle d'un poète qui surjoue les conflits pour mieux insinuer les moyens politiques de les résoudre ou de les atténuer.

  • Les études des dernières décennies ont permis de mieux ­mesurer la richesse et le foisonnement insoupçonnés de la tradition ­néoplatonicienne. Lieu de passage obligé et de remodelage aussi de toute la philosophique grecque classique (du platonisme, de l'aristo­télisme et du stoïcisme notamment), le néoplatonisme, à travers les cultures arabes, le monde chrétien, la Renaissance et l'idéalisme allemand entre autres, a marqué d'une manière décisive toute notre culture. Comment, par exemple, imaginer le rôle de la transcendance dans la réflexion philosophique, le problème de la connaissance de soi ou du schéma triadique de la pensée, sans le recours à des auteurs tels que Plotin ou Proclus ? Comment comprendre la complexité des liens unissant et séparant à la fois la philosophie et la théologie, sans les développements capitaux qu'ont pu y apporter des auteurs tels que Porphyre, Jamblique ou Damascius ? Que seraient aussi la mystique ou la théologie négative sans leurs apports décisifs ? Les études rassemblées ici, témoins d'une rencontre annuelle de ­l'International Society of Neoplatonic Studies tenue à Québec en 2006, permettront au lecteur de mieux mesurer l'importance de ce vaste domaine de recherche, aujourd'hui en plein chantier

  • L'expérience grecque - notamment démocratique - par la diversité des points de vue et la pratique des débats qu'elle institua et promut, fut un extraordinaire incubateur d'idées, de préceptes et de doctrines en tous genres. Une habitude de l'examen et de la mise à l'épreuve des discours en est issue, un éthos critique, pourrait-on dire, dont nous participons nous-mêmes, qui nous a façonnés et qu'à notre manière nous perpétuons. Premier tome d'une trilogie consacrée à l'essor de L'Esprit critique dans l'Antiquité, Critique et licence dans la Grèce antique examine les différentes expressions de la pensée critique et de la licence dans la Grèce ancienne, de l'époque archaïque à la période hellénistique. Les principales facettes de la vie sociale, culturelle et intellectuelle s'y trouvent abordées, qu'il s'agisse de la religion et des différentes formes de rapport au culte et au sacré (section : Religion et approche critique du religieux) ; de la philosophie et de ses multiples investigations sur la nature et ses principes ordonnateurs, sur les sources possibles de la connaissance et la manière de bien raisonner et de bien argumenter (section : Savoir, paradoxes et scepticisme) ; des modes de vie à pratiquer individuellement, de même que des rapports à cultiver au sein de la Cité en tenant compte du caractère soit naturel, soit conventionnel des pratiques sociales, des institutions et des lois (section : Critique sociale et politique) ; ou qu'il s'agisse enfin de la littérature et du théâtre, et plus largement de la liberté non seulement de créer ou d'user de son franc-parler, mais aussi de penser et de vivre comme on le veut (section : Licence politique et licence artistique).

  • La démocratie grecque, en prenant pour point de départ les réformes de Solon en 594 et comme terme la conquête romaine de la Grèce en 146, c'est plus de quatre siècles d'une histoire riche en expérimentations variées d'un gouvernement " de tous, par tous et pour tous ", mais aussi de réflexions et d'intenses débats sur les différentes formes que peut endosser un " régime populaire " et les défis qui se présentent à lui.

    Or après cette efflorescence exceptionnelle - unique, rappelons-le, dans toute l'Antiquité -, la démocratie grecque sombra pour quelque deux mille ans dans un oubli quasi total ou fut perçue comme un régime condamnable, voire dangereux, tout cela avant qu'une patiente revalorisation des vertus démocratiques ne s'entame quelque part dans le cours des xviie et xviiie siècles, une reconquête qui, à travers bien des contestations et nombre de reculs, se poursuit encore jusqu'à maintenant.

    Comment un tel renversement des perspectives aussi surprenant que spectaculaire a-t-il été possible, quels chemins a-t-il dû emprunter et quel rôle, tantôt direct, tantôt plus marginal, l'expérience athénienne a-t-elle joué dans cette affaire, via quels auteurs et quels acteurs politiques ? Autant de questions complexes et cruciales auxquelles les contributions rassemblées dans cet ouvrage tentent d'apporter des réponses.

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