• Science ou non ? Comme les autres ou pas ? La sociologie ne peut répondre à cette question en son nom seul. La comparaison entre des configurations historiques, toujours singulières, qui fait le ressort du raisonnement sociologique et garantit ainsi la pertinence descriptive des concepts typologiques utilisés dans toutes les sciences sociales, n'a jamais pu engendrer la « science expérimentale des faits sociaux » qu'avait espérée Durkheim. Dans ce livre fondateur, publié pour la première fois en 1991, Jean-Claude Passeron montre que « l'espace logique » dans lequel la sociologie articule ses constats empiriques et ses argumentations reste irréductible, même quand elle recourt à des méthodes quantitatives ou à la formalisation, à celui de la « falsifiabilité » décrit par Popper.


    Directeur d´études à l´EHESS, Jean-Claude Passeron est l´un des grands spécialistes français de la sociologie de l´éducation, de l´art et de la culture. Auteur, avec Pierre Bourdieu d´ouvrages de référence comme Les Héritiers (1964) et La Reproduction (1971), il est revenu, après 1980, sur l´épistémologie de la preuve dans les sciences historiques.

  • En 1987, une équipe d'enquêteurs emmenée par Jean-Claude Passeron et Emmanuel Pedler a suivi les visiteurs du musée Granet d'Aix-en-Provence, chronomètre en main. L'objectif : mettre en évidence les ressorts sociaux du « temps donné aux tableaux ». C'est de cette étude originale que rend compte cet ouvrage initialement paru en 1991, et qui a été beaucoup plus souvent cité que véritablement lu. La réédition qu'en propose aujourd'hui la Bibliothèque idéale des sciences sociales est augmentée de plusieurs textes importants dans lesquels les deux sociologues ont poursuivi ces analyses sur la réception des oeuvres artistiques, à la fois dans le domaine pictural et dans le domaine musical. S'attachant à décrire et mesurer précisément les « pactes » de réception artistique qui se nouent ainsi entre les oeuvres et leurs publics, l'ensemble propose une approche centrée sur le sort réservé à des oeuvres singulières, qui se distingue des enquêtes sur la consommation culturelle encore aujourd'hui largement dominantes en sociologie de la culture.

  • Si l'école aime à proclamer sa fonction d'instrument démocratique de la mobilité sociale, elle a aussi pour fonction de légitimer - et donc, dans une certaine mesure, de perpétuer - les inégalités de chances devant la culture en transmuant par les critères de jugement qu'elle emploie, les privilèges socialement conditionnés en mérites ou en « dons » personnels. À partir des statistiques qui mesurent l'inégalité des chances d'accès à l'enseignement supérieur selon l'origine sociale et le sexe et en s'appuyant sur l'étude empirique des attitudes des étudiants et de professeurs ainsi que sur l'analyse des règles - souvent non écrites - du jeu universitaire, on peut mettre en évidence, par-delà l'influence des inégalités économiques, le rôle de l'héritage culturel, capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire, que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial et qui constitue un patrimoine d'autant plus rentable que professeurs et étudiants répugnent à le percevoir comme un produit social.

    La première édition de cet ouvrage est parue en 1964.

  • Le savant et le populaire
    Face à la culture populaire, les intellectuels tombent fréquemment dans deux écueils symétriques. Célébrant l'authenticité des goûts du peuple et la richesse inaperçue de ses pratiques, par opposition aux faux-semblants des pratiques cultivées, certains oublient que la culture populaire est une culture socialement dominée et, au nom du relativisme, versent dans le populisme. D'autres, n'envisageant la culture des classes populaires que sous les traits du manque, peinent à s'extraire de leur propre légitimisme et cèdent au misérabilisme.
    C'est à éviter ces deux biais à l'œuvre dans la sociologie, la littérature ou la politique qu'invite cet ouvrage.
    Claude Grignon
    Docteur en sociologie, directeur de recherche honoraire à l'INRA, il a notamment publié L'Ordre des choses (Minuit, 1971) et Sociologie et idéologie (Droz, 2008).
    Jean-Claude Passeron
    Sociologue, directeur d'études de l'EHESS, il a coécrit avec Pierre Bourdieu Les Héritiers et La Reproduction (Minuit, 1964, 1971) et est également l'auteur du Raisonnement sociologique (rééd. Albin Michel, 2008).

  • Les controverses liées aux fondations des sciences sociales avaient pour enjeu de distinguer les arguments relevant d'une logique de la preuve ou d'une rhétorique de la persuasion. L'essor des sciences du langage et la redéfinition de la rhétorique fournissent aujourd'hui d'autres instruments pour mesurer le poids de l'énonciation dans les langages ordinaires ou scientifiques. Les études réunies ici visent à identifier les opérations caractéristiques de l'administration des preuves dans les sciences sociales.

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