• Essai sur le retour à l'antique et la tragédie grecque au XVIIIe siècle

    Dans bien des cas, la réfection de la tragédie française au XVIIIe siècle fut gagée sur la redécouverte de la tragédie grecque. En s'entichant parfois librement du théâtre des Anciens, les auteurs dramatiques des Lumières, ainsi que leurs lecteurs, revisitérent l'origine de la tragédie et repensèrent le tragique en des termes philosophiques. Rochefort, traducteur de Sophocle, ne découvrit-il pas dans la tragédie grecque « un abrégé de toute la Philosophie de la plus haute antiquité » ? Le présent ouvrage retrace l'histoire d'un genre en mutation qui trouva matière à renouveau dans un fonds antique lui-même objet de nouvelles interprétations.

    À chaque siècle son Antiquité. Au XVIIIe siècle, les voyageurs cherchèrent dans les ruines de la Grèce la présence de son glorieux passé pour en faire des « tableaux vivants ». À l'Académie des inscriptions et belles-lettres, on s'employait à rattacher le théâtre grec à l'histoire des institutions attiques pour raviver la grandeur de ces spectacles institutionnels. Le mot d'ordre - « débrouiller le cahos pour en tirer un corps vivant & animé » - lancé aux traducteurs par le père Brumoy fut entendu. Ceux-ci toujours plus fidèles aux textes grecs découvrirent par delà les traditions poétiques une nouvellle vocation philosophique à la tragédie. Ce faisant, le théâtre tragique devenait réflexion sur la nature humaine, sur la vie, comme le montrent les exemples d'Oedipe, Iphigénie en Tauride et Philoctète.

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