• Jumelles et jumeaux fascinent et excitent toujours l'imagination, comme ils ont fasciné et excité celle des anciens, nourrissant mythes, légendes et plus tard contes, BD ou films. La figure du double, qui occupe une place centrale dans l'imaginaire collectif, invite au fantasme, et aux clichés,  à tel point que tout le monde a un avis ou une anecdote à raconter : les jumelles sont comme ci, les jumeaux font comme ça...
    Mais les jumeaux eux-mêmes, que disent-ils d'eux et de leur histoire ?
    Pour la première fois depuis longtemps - le dernier ouvrage de référence remonte à 1963... -  la parole est enfin donnée aux jumeaux : Isabelle Lortholary, journaliste, elle-même jumelle, a recueilli des témoignages inédits avant d'interroger des spécialistes réputés, notamment des psychologues et des psychanalystes de la petite enfance et de l'adolescence, mais aussi l'anthropologue Françoise Héritier ou l'échographiste Roger Bessis. Dans ce livre passionnant, qui aborde la gémellité sur le plan aussi bien scientifique que psychologique, se déconstruisent une à une les certitudes et les vérités trop rapidement acquises pour laisser place à des paroles et histoires de fidélité, de rivalité, de complémentarité, mais aussi d'amour et d'envie. Des paroles et des histoires que nous avons souvent du mal à entendre pour ce qu'elles sont d'abord : des paroles singulières d'êtres uniques.

  • «Je vis au milieu d'un gynécée, seins et vagins qui crient à la faim, ventres et cuisses qui s'écartent, cheveux et ongles qui se peignent et se coupent et des bouches et des bouches qui s'ouvrent et appellent et gémissent, rien ne m'échappe, rien ne s'efface, je suis écrivain et me remplis de ces riens. J'hésite à déménager, je dormirais en paix, mais sans ces filles autour de moi, que pourrais-je inventer? Je ne sors jamais.» Ce sont des nouvelles pour la plupart très brèves (hormis le récit central, «Journal d'Ornolac»), plutôt des instantanés mettant en lumière des moments particuliers dans la vie de quelques femmes. Celle qui dit je est en effet toujours une femme en proie à la solitude, aux souvenirs qui apparaissent comme des fantômes, à des arrière-pensées, à des désastres amoureux ou à des amours qui auraient pu seulement exister, à des malentendus. Avec une sensibilité très fine, et un humour mélancolique (ou parfois cruel, comme dans l'histoire de Mme Coquette, très belle femme que la laideur de sa fille enchante), l'auteur développe des ambiances délicates, pleines de charme, traversées de traits d'ironie.

  • "C'est dans les pensionnats pour filles qu'on découvre les femmes, la nature des femmes, avec en partage un mépris qui colle, poisseux ; et je m'y connaîtrais sur le sujet, j'allais passer les meilleures années de ma vie ici et quand je sortirais, une moitié de l'humanité m'attendrait que je devrais affronter, ignorante. Qui sait si le monde des hommes aurait la même intensité ? Qui sait si à la peau des hommes et à leurs corps j'aurais envie de m'y coller et d'y goûter ? Que seraient-ils, en comparaison ?" Une femme évoque son adolescence dans un pensionnat au pied des Pyrénées. Alors qu'elle a quatorze ans, une jeune étrangère intègre l'Institut : Attali, mystérieuse, taciturne, que son indifférence au monde rend fascinante. L'écriture délicate d'Isabelle Lortholary restitue avec force la mélancolie des années de pensionnat et le déchirement d'un amour sans retour. Elle nous fait partager les émois des jeunes pensionnaires livrées à elles-mêmes, leur rage et leur solitude, leur infini désir de tendresse.

  • 'Et c'est ainsi que nous trinquons, vingt ans après les événements : quatre filles au pied d'une falaise et nos mères à présent enterrées dans le cimetière à côté.
    - L'été 1975, c'était celui du géologue et des deux Anglaises disparues, c'est ça?
    - C'e

  • Grand chamboulement pour Violette, dix ans : le tout nouvel emploi décroché par sa mère, célibataire, les conduit à quitter tout à trac leur arrondissement parisien pour partir vivre loin en province, là-bas à Foix. Un vrai choc pour Violette, débordée par ce changement soudain qui envahit tout. Son déménagement express, ses états d'âme, la perte de ses amis de l'école, le deuil de son ancienne vie, c'en est décidément trop : comme Anne Frank, cette jeune fille dont lui a parlé sa mère, Violette se décide à tenir un journal...

  • L´une a six ans et déteste sa mère qui est méchante. Elle a envie de la tuer.
    L´une est grondée parce qu´elle avale trop de chocolat, " Tu vas devenir grosse ma fille ". Elle arrête donc de manger. L´une regarde toutes les femmes, sur la plage, dans les magazines : elles sont fines et jolies, ne sont pas gênées par leur corps.
    Comment font-elles ? L´une et l´autre sont jumelles, on les met dans le même sac depuis leur naissance.
    Comment échapper à son destin ? Elles auront une fille du même âge. L´une ne voulait pourtant que cela, une fille. Quand elle la voit, un si joli trousseau, pour une si vilaine petite fille, elle a envie de pleurer. À l´hôpital elle n´arrive pas à l´aimer tout de suite. L´une pourrait déserter, fuir. Abandonner son mari et son bébé. Tous les après-midi, elle rêve. Son enfant pleure, elle hurle, elle ne l´entend pas. C´est leur secret. Heureuse, ou presque se compose de courtes nouvelles. Certaines décrivent de brèves scènes de la vie quotidienne, d´autres se déroulent sur plusieurs jours ou plusieurs mois.
    Chacune met en scène une femme, une mère, une fille ou une soeur, confrontées à des moments plus ou moins fragiles et sensibles de l´existence (la gémellité, le mariage, l´annonce de la maternité ou l´accouchement).
    À travers des portraits, drôles ou émouvants, des tranches de vie joliment croquées, Isabelle Lortholary explore finement la question de la féminité.
    Comment devient-on femme ? Quelle femme est-on ?

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