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    Les psychanalystes savent depuis l'enseignement de Freud que les carences, les blessures narcissiques peuvent s'harmoniser au sein d'une société. Ce « rééquilibrage narcissique » a permis à Jésus, privé de père, d'en trouver un qu'il propose en partage à tous. Parce qu'elles servaient les politiques en place, les bases de la religion chrétienne sont ainsi posées. Siècle après siècle, elles ont conforté une structure familiale qui, pour tout croyant, est une référence, un guide, mais aussi une astreinte.

    La religion, par ses constructions artificielles, telle la notion de Dieu-Père, détourne à son avantage les questions que chacun, chacune tente d'aborder. Pour l'auteur, il ne s'agit pas de vêtir l'Humain de concepts, mais de l'aider à se dévêtir de ses fictions afin de lui permettre de retrouver le « goût du manque » d'où part un désir infini qui ne rencontre jamais un Dieu qui le comble. Il propose dans cet essai une voie disruptive qui délaisse la spiritualité verticale avec le Dieu-Père-Créateur pour une spiritualité horizontale à vivre dans le compagnonnage.

  • La déshabitation des certitudes marque le monde contemporain. Alors que la pratique religieuse proposée en Occident par le judéo-christianisme décroît et que l'intérêt pour les sciences humaines, notamment la psychologie et la psychanalyse, s'est affranchi des illusions et des adhésions excessives, les déçus ont-ils réinvesti la spiritualité ?

    À l'exception d'une frange restreinte de fondamentalistes de toutes obédiences, ce n'est pas la religion qui attire, mais une quête plus profonde, plus risquée, plus vivifiante aussi, à savoir la volonté de comprendre comment se tisse pour chacun le rapport entre sa spiritualité et l'Être censé la motiver.

    L'auteur, attentif à la théologie apophatique, qui ne propose aucune certitude mais interroge par la négative l'espace divin, souligne l'importance du Moi idéal, de l'Idéal du Moi et des questions sur l'origine et la finitude qui jalonnent la nouvelle démarche des chercheurs de déité.

  • Elle a traversé les siècles, les millénaires. On lui a fait dire, faire, beaucoup de choses et parmi elles ce que l'humanité prétend être le plus horrible des crimes, l'infanticide, jusqu'à la figer en paradigme de la mère homicide. Certains auteurs se sont introduits dans le mythe avec le projet d'obtenir un non-lieu, mais il ne s'agit pas de condamner ou d'acquitter Médée, plutôt de comprendre, d'après sa culture, le sens de son geste meurtrier.

  • Victime à quatre-vingts ans d'un accident de ski, Sebastià réside dans une annexe de l'hôpital transfrontalier de Puigcerdà. Durant son séjour, il se lie d'amitié avec son jeune médecin, Ramon, auprès duquel il évoque l'admiration qu'il porte à Albert Schweitzer, médecin, prix Nobel de la Paix en 1952. Sebastià, Ramon et Albert, ces trois médecins ont en commun d'appliquer concrètement dans leur vie active leurs choix éthiques et... de placer Johann Sebastian Bach au firmament des musiciens !

  • L'auteur, qui a vécu à Tübingen, y fait séjourner, dans ce court roman, deux hommes très différents. L'un, François, est fidèle à sa compagne restée à Genève, l'autre, Frédéric, multiplie les rapports avec les femmes, fuyant celles de son enfance, ELLE et elle. Dans un style qui traduit la discrétion et la retenue de François, mais aussi les ressentiments de Frédéric, l'auteur les accompagne l'un et l'autre sur les rives actuelles du Neckar qui gardent le souvenir du philosophe Hegel et du poète Hölderlin.

  • Dix ans après ses premières lettres, José Joselito passe une année près de Salamanca sa ville d'origine ; après son baccalauréat, il s'interroge sur son avenir : va-t-il étudier en Suisse ou en Espagne ? Pour l'instant, il entretient le potager délaissé depuis la mort d'Abuelita et vend ses légumes sur le marché. A quelques jours du printemps, il rédige cette longue lettre Je vous écris de Salamanca à l'adresse de son ex-psychotérapeute qu'il a perdue de vue, y notant les préoccupations d'un jeune homme entrant dans sa vingtième année.

  • A neuf ans José doit quitter sa grand-mère pour aller vivre en Suisse avec ses parents. Mais sa nouvelle vie ne lui plaît pas et les relations qu'il entretient avec eux restent froides. Finalement à neuf ans José est un déraciné qui extériorise son angoisse avec violence. C'est grâce à l'intervention d'une thérapeute qui lui demandera d'écrire plutôt que de dire son malaise qu'il arrivera à exorciser ses craintes.

  • François à la veille de ses trente ans revisite son enfance et les années de ses débuts d'enseignant dans le Valais, en Suisse. Au cours d'une semaine de Jachère, il retrouve Didier, un de ses anciens élèves qui fête ses vingt ans. A l'enracinement de Didier au lieu de ses origines, François, fils de diplomate oppose l'errance de pays en pays.Dieu, ce tiers auquel il leur arrive de penser, les dégage alors d'eux-mêmes. Pourront-ils pleinement respirer la vie ?

  • Apparaît dans plusieurs des six nouvelles ici présentées, le genre épistolier qu'Hubert Auque affectionne et qui marque déjà ses deux premiers romans. L'Espagne, l'Allemagne et la Suisse où l'auteur a vécu, sont les lieux d'actions ou l'espérance par-delà les affres de l'existence entraîne chacun, chacune, dans le tourbillon de la vie.

  • L'auteur, dans ces nouvelles, propose un regard compatissant sur l'homme contemporain qui ne peut plus compter avec les modèles du passé. Mais loin de le regretter, Hubert Auque souligne la dynamique dans le changement de paradigme et nous invite à reconsidérer la condition masculine à travers des hommes discrets qui peuvent exprimer leurs émotions, dire leurs peines, mais aussi devenir consolateurs dans une société elle-même fragile et versatile.

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