• Genet à Tanger

    Guillaume de Sardes

    • Hermann
    • 29 Août 2018

    Début des années 70. Couché sur le dos, Jean Genet est dans son grand lit de l'hôtel Minza, en pyjama. Il est petit, la soixantaine passée, ni laid, ni beau : une calvitie, un nez écrasé de boxeur, de petits yeux un peu trop rapprochés. Il a un bras sous la tête, l'autre le long du corps. Sa main est posée à plat sur le matelas. Tenue entre l'index et le majeur une cigarette fume, traçant dans l'air immobile un serpent blanc. À côté de lui, un livre ouvert de Gérard de Nerval et un journal froissé. La lumière filtre à travers les persiennes. Genet regarde le jeu du soleil sur le plafond blanc de la chambre. La voix égale du muezzin récite la prière de la mi-journée (adh-dhouhr). Sa voix flotte comme un fil d'or, Genet l'écoute, immobile. Il est à Tanger. Il n'écrit plus depuis des années. Il ne cherche qu'à meubler le poids de ces heures vides. Mais peut-être l'essence même de la littérature est-elle l'attente ?

  • "Éden, Éden, Éden. L'enseigne en néons clignote. Comme la palpitation d'un coeur. Comme une respiration. L'image du Jardin originel s'impose à Sacha. Non pas comme on le dépeint dans les Écritures, mais tel qu'il a dû être : une forêt vierge, la matrice du monde. Un cycle perpétuel de fécondations, d'éclosions, de pourrissement. Un fouillis de lianes pleines de sève, de feuilles grasses, d'écorces humides ; un air chaud et fiévreux, saturé d'odeurs ; des eaux stagnantes, croupissantes. Et au milieu de tout ça, l'image d'une fille pâle. Une fille pâle qui danse." 2011. Un jeune Russe arrive à Paris. Il est à la recherche de sa soeur. Son errance le mène à Pigalle dans un club de strip-tease, où il rencontre une danseuse, Nina. Tandis qu'elle tourne autour d'une barre d'acier chromé, lui, raconte son histoire.

  • « J'ai décidé de travailler la danse encore plus. J'ai commencé à maigrir. Je me suis mis à danser comme Dieu. Tout le monde s'est mis à en parler. » C'est ainsi, se souvient Nijinsky, que débuta sa légende. Nous sommes en 1904. Quinze ans plus tard, en 1919, le danseur donnait sa dernière représentation, au Suvretta House, avant de perdre la raison. Entretemps, il avait été le plus grand danseur de sa génération, le chorégraphe génial de L'Après-midi d'un faune et du Sacre du printemps ; il avait été l'amant de Diaghilev, l'ami de Léon Bakst ; il avait connu Jean Cocteau et Paul Claudel, Debussy et Stravinsky ; il avait servi de modèle à Rodin, Maillol, Klimt ou Kokoschka.
    À partir des Mémoires de ceux qui l'ont côtoyé et des archives de la Bibliothèque de l'Opéra, Guillaume de Sardes retrace la vie de Nijinsky et étudie de manière précise ses talents de danseur et de chorégraphe. Grâce à la récente publication des Cahiers de Nijinsky dans leur version non expurgée, il a pu donner, pour la première fois, une interprétation originale de la pensée du danseur.

  • Rome, 1939 : indifférente à la politique, inconséquente et capricieuse jusqu´à la légèreté, Son Éminence s´amuse. Elle est octogénaire, mais pour Elle, la vie est une fête ! Elle va au hammam, déguste des glaces, raille ses collègues cardinaux, collectionne avec la même ferveur les livres précieux, les tableaux de maître et les jeunes gens. Mais voilà qu´Elle découvre l´ennui. Depuis que l´impertinente Julie n´est plus auprès d´Elle, chargée d´une mission inavouable, les heures s´allongent, deviennent interminables... Rien n´a plus la même saveur : même le Chambolle-Musigny n´est plus si bon qu´avant. Son Eminence serait-Elle enfin amoureuse ?
    Ecrit dans un style rapide et élégant, ce roman s´inscrit dans la tradition des romans libertins du XVIIIe siècle : on y retrouve la même fraîcheur, le même allant et le même penchant pour l´ironie qui, transposés dans une Italie mussolinienne, prennent un relief aussi aérien que diabolique.

  • Le dédain

    Guillaume de Sardes

    • Grasset
    • 29 Août 2012

    Marceau a trente ans. Ses nuits sont courtes : il écrit un peu, discute au bar avec ses amis, fréquente des femmes. Certaines se laissent prendre à son air indifférent, à sa voix basse, sa voix nocturne qui devient plus rauque d'heure en heure, de verre en verre, se voile et blanchit : ce sont des mâcheuses de chewing-gum aux lents regards de droguées. D'autres apprécient sa simplicité insouciante, sa voix du jour, précise et posée : ce sont des minces filles bien nées. Il y a Lili, sa cousine, qui en est à ce tte période de sa vie où, déchirée entre l'enfant et l'adulte, elle éprouve jusqu'à l'éblouissement la beauté des êtres et sa maladresse à les rapprocher. Enfin, il y a ces femmes que Marceau n'hésite pas à payer.Le dédain est un roman sur les différentes manières d'aimer.

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